La science dans les quotidiens

Vendredi 16 janvier 2009 avait lieu une conférence sur la place de la science dans les quotidiens, organisée par l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI), association à laquelle j’ai envoyé une demande d’adhésion soit dit en passant. Ce sujet m’intéressant particulièrement, je vous livre un petit compte-rendu.

A la mène, Dominique Wolton, directeur de l’Institut des Sciences de la Communication du CNRS qui rappelle qu’il existe environ 350 journalistes scientifiques en France (sur 50 000 cartes de presse) dont 80 % sont affiliés à l’AJSPI. Il déplore le manque de culture scientifique et d’intérêt pour les questions liées aux sciences. Pourtant d’après lui, celles-ci ont vraiment un rôle à jouer, entre les journalistes, le public et les chercheurs : « les enjeux sont également politiques car la technique – plus que la science d’ailleurs – tient une place forte dans notre culture. Il faudrait en parler plus, et pas forcément lors des événements ou des catastrophes ». Il n’hésite pas à dire qu’il faudrait également écrire des articles plus pointus pour le lecteur afin d’éviter le simplisme, la «peopolisation de la science ». Une solution : évoquer les controverses de la science, pour aider le lecteur à mettre un pied dans cet univers (un clin d’oeil à Baudouin Jurdant en passant, le responsable de mon master de journalisme scientifique, qui ne jure que par les controverses scientifiques, parfois théâtralisées). Enfin, il incite les journalistes à avoir une vision plus positive et incisive.

D’après Hervé Morin, journaliste scientifique au Monde, la science a toujours été présente dans son journal. En 1993, la science et la médecine étaient présentes dans une publication hebdomadaire. La nouvelle formule de 1995 donne ensuite une place plus conséquente à la science (5 jours par semaine) grâce à une collaboration avec le journal Nature ainsi que des chroniques scientifiques tournées vers les animaux, l’astronomie, le climat… « Puis on a assisté à une montée en puissance de la question environnementale jusqu’à la création de la page Planète placée devant la page International ». Les autres questions scientifiques seront traitées une fois par semaine dans une double page nommé Découverte (affaire à suivre).

Quant à l’activité des rédacteurs, Martine Perez, journaliste scientifique au Figaro, affirme que celle-ci s’est modifiée profondément. Il y a quelques années, les journalistes recevaient les publications scientifiques par la poste. « Aujourd’hui, nous croulons sous les mails. Nous devons faire des choix, souvent accumuler quelques publications sur le même sujet avant d’écrire un article ». Leur principal rôle est « de remettre les informations pointues dans leur contexte, surtout dans les sujets frontières comme le procès sur l’hormone de croissance par exemple ». Pour la journaliste, la science doit en effet se préoccuper de la société car ces sujets intéressent les gens.

Denis Sergent, journaliste à La Croix, est d’accord avec ce point de vue. Le journal, né en 1883 sous la plume de prêtres, privilégiait alors les sujets astro et zoologie. Aujourd’hui, il s’intéresse à toutes les sciences « dures et humaines ». Le journaliste souligne le rôle primordial des infographies dans les articles scientifiques.

Vient ensuite Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération qui tient également le blog {science²}. Le propos se fait plus dur. Normal pour le représentant d’un journal exsangue, qui préfère selon lui « sacrifier les pages Science plutôt que le foot. Quand un journal se vend peu, la science se fait discrète ». Et c’est un vrai cercle vicieux. « Le système est tiré vers le bas, les journalistes n’ont plus le temps de recouper les informations alors que le public a besoin de vraies expertises pour savoir où il va ».

La conclusion est unanime : internet ne peut pas se substituer à la presse sur les sujets scientifiques qui nécessitent du recul. Alors ruez-vous chez votre marchand de journaux !

Pour en savoir plus : Une émission radio réalisée par une partie de la promotion biogéomédia (sur le site de Frédéric Woirgard, photographe et journaliste indépendant) et une étude de David Larousserie, journaliste à Sciences et Avenir, sur la place de la science dans les quotidiens français.

Une réflexion au sujet de « La science dans les quotidiens »

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