L’exposition où on peut dérouiller les autres visiteurs

Vendredi 5 novembre. Je vais enfin visiter l’exposition MuseoGames consacrée à l’histoire du jeu vidéo au Musée des Arts et Métiers. Loïc Petitgirard, un des trois commissaires de l’exposition, m’apprend plutôt fièrement que l’exposition est prolongée jusqu’au 13 mars 2011. Une bonne nouvelle pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’y aller mais surtout une preuve de réussite qui me met encore plus l’eau à la bouche.

Et la mention des deux autres commissaires de l’exposition ne peut que confirmer ma bonne impression. À côté de Loïc, enseignant-chercheur au CNAM qui s’est chargé de la dimension historique de l’exposition, on trouve le scénographe Pierre Giner, artiste qui utilise le multimédia dans ses installations ainsi que Stéphane Natkin, le directeur de l’École nationale du Jeu et des Médias interactifs numériques (ENJMIN).

En guise de préambule, une dédramatisation nécessaire vis-à-vis d’une partie du public de ce musée, mais un peu lassante pour les passionnés. Quand est-ce que certaines personnes passeront outre l’idée reçue du jeu vidéo violent joué par un adolescent boutonneux ?

Puis suivent des jalons historiques. Depuis les premières consoles et bornes d’arcade il y a 40 ans, nous sommes passés d’un public restreint de gamers à Monsieur Tout-le-monde et le terme de « jeu vidéo » a pris 4 à 5 acceptions différentes. Nolan Bushnell, concepteur de Pong et fondateur d’Atari semble avoir la plus simple : « les jeux vidéo résultent d’un souhait naturel de faire faire aux ordinateurs des choses amusantes ».

Les quelques visiteurs qui s’attardent dans cette partie de l’exposition ne sont pas légion. Les autres ont déjà repéré la tête de Sonic peinte à terre au-dessus d’accueillants « START » et la porte entourée d’écrans présentant différents jeux.

À peine le temps d’apercevoir le mur lumineux aux mots-clés liés au game design que Loïc me fait franchir la porte. Autour de nous, des étagères protégées par des grilles qui enferment l’évolution de la technique, depuis la lanterne magique jusqu’à la Megadrive en passant par la Super Nintendo (et j’en oublie).

« En 2006, nous avons acquis une collection de micro-informatique provenant d’un collectionneur privé, explique Loïc. Le patrimoine du jeu vidéo est connu des nostalgeeks (1) mais pas du grand public ». Pas de doute, nous sommes bien au musée du CNAM, spécialisé dans la technique et la conservation du patrimoine scientifique et technique.

« Cette partie expérimentale est une préfiguration de ce que pourraient être les réserves d’un musée du jeu vidéo, poursuit Loïc, une galerie d’innovations et d’histoire de la technique ». Pour ceux qui n’auraient pas suivi, le Ministère de la Culture a lancé un projet de musée du jeu vidéo, sans rapport avec la tentative avortée à La Défense. Le CNAM, à travers l’ENJMIN, est associé à ce projet, qui pourrait faire la part belle à l’aspect « création ». « Le jeu vidéo est un média hybride qui a hérité de l’informatique, du cinéma, des télécommunications, la musique, etc. Il préfigure les médias du 21 siècle » prédit Loïc.

Puis vient le coeur de l’exposition : une immense table autour de laquelle sont disséminés de nombreuses consoles de salon, jouables s’il-vous-plait (2). Toutes sont équipées de jeux incontournables qui pourraient tirer quelques larmes aux plus geeks d’entre nous. Le matériel est classé chronologiquement, de l’ancêtre Pong au petit dernier jeu de tennis Top Spin sur Xbox et offre un concentré de matériel, graphismes et genres (plateforme, stratégie, simulation…) impressionnant. « Nous nous sommes arrêtés à l’année 2003. Nous considérons que les consoles suivantes sont chez Monsieur Tout-le-monde aujourd’hui » précise Loïc. Au centre de la table sont entreposées les machines et manettes trop fragiles pour être utilisées.

On y trouve une des premières consoles (Magnavox Odyssey de 1972) qui nécessitent des cartes bien réelles car elle est jouée comme un jeu de société ou encore la MB Vectrex qui possède des calques colorés à fixer sur l’écran. Tout est fait pour inciter les visiteurs à attraper une manette. Pour les plus timides les parties sont retransmises sur des écrans géants derrière les joueurs. Petite nostalgie à la vue de Sonic et du cultissime GoldenEye-007 sur Nintendo 64. D’après Loïc, les jeux seront changés de temps en temps et certaines consoles rares ou fragiles sont parfois mises à disposition.

Cette salle principale propose des petites niches thématiques « qui sont autant d’éclairages sur le jeu vidéo ». On découvre ainsi les rapports culturels entre le cinéma et les jeux vidéo avec un petit film sympathique comparant les univers de Mario et de Buster Keaton. Des interviews des anciens élèves de l’ENJMIN montrent que les métiers liés aux jeux vidéo sont nombreux et variés et surtout que la scène française n’a pas a rougir. « Mais d’après les américains, malgré la créativité des game designers français, leurs jeux sont chers et jamais livrés dans les temps » plaisante Loïc. Enfin, un documentaire assez déroutant présente des témoignages de gamers qui parlent de leur avatar dans les Sims.

Après cette salle, un mur est formel : Game Over ! Mais en fait pas tout à fait. On pénètre ensuite dans une salle sombre qui cliquète de bruits caractéristiques. « Nous souhaitions reproduire l’atmosphère d’une salle d’arcade ». Ici, pas vraiment d’explication. Le visiteur est libre de s’adonner à une certaine forme de régression en explosant des cibles avec un pistolet (Police Trainers), livrer des pizza en évitant – ou pas – les passants (Radikal Bikers) ou en (re)découvrant Space invaders et Street Fighters.

En sortant de l’exposition, on a joué, ri, on s’est souvenu, on a appris quelques dates clés et on a envie d’approfondir sur le site internet. Mission réussie.

Notes

  1. Les nostalgeeks sont des nostalgiques des jeux vidéo anciens. A ce sujet, voir par exemple ce forum ou celui-ci consacrés au rétrogaming.
  2. Les consoles jouables ont été fournies par l’association MO5.com pour la préservation du patrimoine informatique et vidéo-ludique.

>> Voir notre album photo de la visite.

2 réflexions au sujet de « L’exposition où on peut dérouiller les autres visiteurs »

  1. Salut
    j’ai pas du tout aimé personnellement. j’y suis allé cet été. Beaucoup de consoles HS, sans parler des bornes d’arcade. Les explications sur le hardware des consoles sont sympa mais un seul jeu par plateforme j’ai trouvé que c’était limité. Mettre Mario sur SNES c’est bien mais c’est aussi passer à côté de performances graphiques de la console qu’on voyait pas mal sur d’autres jeux (Lylat Wars, les jeux au NScope etc)
    Sinon l’interactivité, le fait de pouvoir tout toucher, c’est bien vu, ça aurait été un échec cuisant sinon.
    Enfin voila je reste sur ma faim, heureusement l’entrée est pas chère du tout. je regrette de ne pas avoir pu me rendre au musée national des jeux vidéo avant sa fermeture, pour comparer.

  2. Merci pour ton commentaire, on voit bien là le passionné, voire érudit de jeux vidéo.

    Je comprends ta frustration, légitime pour quelqu’un d’aussi pointu dans sa manière d’appréhender une telle exposition. En revanche, je ne pense pas que le Musée des Arts et Métiers ait visé précisément de tels visiteurs en concevant cette expo.

    Le but, non dissimulé, était d’amener tout un chacun à se (ré)approprier des anciennes consoles et à préfigurer un futur musée des jeux vidéo (sans prétendre à l’exhaustivité). Il s’agissait en bref d’un test, pas si mal réussi pour le grand public.

    En effet, certains jeunes sont venus plusieurs fois dans l’expo et ont passé des heures à s’affronter. Pas mal pour capter leur attention ! Tout l’intérêt sera ensuite de pouvoir faire de la médiation autour de ça et d’aller plus loin dans la précision…

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