De Grenoble à Paris, tous connectés

Un design blanc et vert très « knowtexien », un thème qui nous tient à cœur, une programmation au sein de la Tech’galerie de la Cité des sciences dédiée aux « technologies émergentes »… Nous ne pouvions pas ne pas visiter l’exposition « Tous connectés ». Divisée en cinq « îlots thématiques » principaux (et un secondaire), celle-ci présente « les rouages des applications numériques d’hier et d’aujourd’hui et ouvre un débat de société en s’appuyant sur des objets, des installations et des interviews d’experts ». Conçue par le CCSTI La Casemate de Grenoble, l’exposition a subi quelques adaptations à son arrivée à Paris.

Des objets aux experts

L’entrée en matière est alléchante, avec une plante qui envoie des tweets à ses propriétaires quand elle a soif (système Botanicalls) et le drone Parrot piloté via smartphone.

Concentré sur les jeunes et leurs pratiques, le premier îlot nommé « Planète numérique » présente l’évolution des téléphones portables, depuis le radiotéléphone EGT Lisa jusqu’à l’iPhone 4 en passant par les regrettés (ou pas) Bi-Bop et Tatoo. Vincent Bontems, philosophe des techniques, casse certaines idées reçues, notamment le fait que les personnes aux nombreux liens sociaux sur internet ne sont pas en réalité de grands solitaires enfermés dans leurs chambres. C’est même plutôt le contraire… Tout le reste de l’exposition est calqué sur ce schéma : entrée en matière avec des objets communiquant, drôles, étonnants ou de haute technologie.

Le deuxième îlot, « Rouages de l’innovation », présente un jeu de réalité augmentée. Le visiteur choisit une carte et la présente à une caméra reliée à un ordinateur. Un logiciel associe une image 3D à chaque carte : vous voilà avec la tour Eiffel en main. Moins courant pour le spectateur lambda : une imprimante 3D qui permet de fabriquer de petits objets chez soi. De manière plus générale, cet îlot présente les notions d’innovation ouverte et d’open source.

Les nanotechnologies et le développement durable sont les thèmes des deux îlots suivants avec des présentations de transistors, de plaques de silicium, de composants des téléphones, du prototype de téléphone Nokia morph… Où l’ont découvre la voie de la miniaturisation et celle de la diminution de la consommation d’énergie.

Le cinquième îlot, « Débats de société », aborde la notion de vie privée et de droit à l’oubli numérique. Mais on se détourne vite des cartels et des vidéos pour jouer avec l’application de reconnaissance d’émotions (plus d’informations ici). Expression, âge, sexe : l’écran nous renvoie de nombreuses informations souvent très justes sur nous-mêmes. Ainsi, on peut regretter l’absence de dialogue réel.

Le dernier îlot, moins bien mis en valeur, présente six vidéos réalisées par des jeunes lors du concours FUTU (Fabriquons les usages des technologies ubiquitaires) et de l’atelier « Big Scale, Small Objects » tous deux proposés dans le cadre du projet européen Nanoyou (Nano for Youth). Les participants du second atelier étaient des auquel étudiants de l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble qui ont « planché » sur le thème des réseaux de communication en ville.

L’expérience grenobloise

La visite de cette exposition, au demeurant intéressante, ne prend tout son sens qu’avec l’éclairage d’un de ses concepteurs, Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI La Casemate, à Grenoble. Il nous apprend que l’idée de « Tous connectés », est apparue il y a deux ans environ (même si ce centre est déjà sensibilisé à ce thème depuis un moment). A cette époque, l’exposition en cours à La Casemate était dédiée à la démographie. Une enquête auprès des visiteurs sur les « objets communicants », menée avec un laboratoire de sociologie de Grenoble, en apprend plus à l’équipe de La Casemate sur les représentations et le degré de connaissance du public.

« A la mention des expressions « intelligence ambiante » ou « objet communiquant », quelques personnes répondaient que ça leur évoquait le Japon quand la majorité s’avouait carrément ignorante sur le sujet » explique Laurent Chicoineau. Mais il y a plus surprenant : « par cette enquête, nous voulions évaluer les enjeux et les attentes du public vis-à-vis du numérique. Nous pensions que le thème de la vie privée serait le premier à ressortir. Curieusement il était plutôt absent, au profit de celui du prix ou des risques d’addiction ».

CCSTI La Casemate, Grenoble

Grâce à cette enquête, La Casemate a découvert que le public envisageait la question du numérique selon le point de vue du consommateur, et non de l’intellectuel. « Cette enquête nous a fait beaucoup de bien. Nous étions partis sur une idée déconnectée du réel, trop théorique alors que les gens, surtout les parents, souhaitaient qu’on parle des dérives de Facebook ou du téléphone portable, de l’impact du numérique sur notre cerveau, de la fracture générationnelle ».

Cela influencera beaucoup les choix de muséographie, notamment la première partie de l’exposition (absente à Paris), qui s’apparente à une place de marché. « Sans ces résultats, nous n’aurions pas envisagé cette partie de l’exposition, qui présente des produits, des prix, des avis de consommateurs ou des explications sur l’iPad » précise le directeur du CCSTI.

Pros concernés, profs largués ?

Et l’exposition n’avait pas fini d’étonner La Casemate (voir les infos sur leur site). Plutôt destinée au grand public ou aux enseignants de sciences, c’est les professionnels qui se sont dit le plus intéressés « Les chercheurs, les ingénieurs ou les chefs d’entreprise n’ont souvent pas de vision globale du processus technique, remarque Laurent Chicoineau, alors ils sont très intéressés de découvrir ce type d’approche de l’ensemble de la chaîne technique, depuis le silicium jusqu’au produit fini, ses usages et son marché ».

Imprimante 3D (ici à Grenoble)

Une chaîne de production résumée par le symbole choisi par La Casemate pour introduire l’exposition (non repris par Paris) : un iceberg. « C’est une métaphore largement utilisée par les scientifiques dans le monde de l’informatique et des réseaux, explique Laurent Chicoineau, les 10% émergés représentent les usages et tout le reste les protocoles, la science qui est cachée au public ».

Si le grand public a répondu présent, la déception viendra finalement des professeurs de technologie, qui auraient pu s’emparer de ce thème dans leurs cours. Résultat : seulement une cinquantaine de groupes d’élève a visité l’exposition. Une faible fréquentation qui s’explique en partie par le faible nombre d’heures de cours de technologie (1h par semaine), par le programme assez en retard et parfois par le manque de connaissance des enseignants eux-mêmes.

Ce constat sera-t-il différent à la Cité des sciences ?

Pour aller plus loin

>> Illustrations : l’exposition par Knowtex, La Casemate et l’imprimante 3D par martingautron.com (Flickr, licence CC)

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