Montréal et Chicago, villes créatives arpentées par l’IHEST

Coïncidence ! Le thème de la « ville créative » (que nous explorons avec l’Atelier Français dans le cadre de sa conférence du 23 juin) a été abordé lors du cycle national 2010-2011 de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie (IHEST). Une excellente occasion de rencontrer la directrice Marie-Françoise Chevallier Le Guyader et le responsable de la communication Olivier Dargouge (membre de Knowtex).

Marie-Françoise Chevallier Le Guyader et Michel Lussault lors d’une conférence à Lyon

Établissement public créé en 2007, l’IHEST a une triple mission : la formation, la diffusion de la culture scientifique et l’animation du débat public autour du progrès scientifique et technologique et de son impact sur la société. Contrairement aux centres de sciences, il s’adresse « aux dirigeants – de l’état, d’entreprises, d’organismes de recherche – et au personnes en poste à responsabilité – élus, députés, journalistes… – dans des domaines parfois éloignés des sciences mais désireux d’acquérir des compétences ». Parmi ses activités : un cycle national annuel de formation sur un thème qui concerne une promotion de 30 à 50 personnes.

Villes et territoires innovants

Cette année, les auditeurs de la promotion « Benoît Mandelbrot » se sont rencontrés à plusieurs reprises pour travailler sur le thème de la créativité. L’occasion pour l’IHEST d’organiser  un voyage d’étude final « dans deux territoires réputés pour leur créativité : les métropoles de Montréal et de Chicago » en présence de Patrick Cohendet, membre du conseil scientifique de l’IHEST, professeur à HEC Montréal et ancien directeur du Bureau d’économie théorique et appliquée de Strasbourg.

HEC Montréal

« Spécialiste de l’innovation créative » comme le décrit Marie-Françoise Chevallier Le Guyader, il s’intéresse à la créativité des territoires avec l’IHEST depuis les débuts de l’institut. Déjà, en 2008, une table ronde sur les « territoires innovants » avait été organisée lors d’une session publique régionale à Bordeaux. En 2010, ce sont « les enjeux de l’innovation urbaine » qui auront été l’objet d’une session à Lyon.

Découverte accélérée de Montréal et Chicago

Du 1er au 7 mai dernier donc, les auditeurs se sont envolés pour l’Amérique du Nord afin de découvrir Chicago-Grand Lacs et Toronto-Montréal, deux agrégats urbains qui font partie des 40 territoires décrits par le géographe Richard Florida comme des lieux majeurs de la dynamique mondiale. Ces 40 méga-villes (dont San Francisco, la Silicon Valley, Barcelone, Helsinki, Berlin…) « rassemblent 20% de la population mondiale et produisent plus de 50 % de la richesse de la planète » explique la directrice de l’IHEST.

Olivier Dargouge précise : « ces métropoles ne reposent pas sur des industries classiques ni de services, mais plutôt sur le cinéma, le design, les jeux vidéo, le numérique… ». Abritant « le plus gros laboratoire de développement d’Ubisoft », Montréal est l’exemple même d’une ville qui s’est développée à partir des industries créatives. Lors de leur séjour, les français ont visité ce laboratoire ainsi que l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ pour Institut de recherche en électricité du Québec – l’équivalent québécois d’EDF). « Nous avons découvert un management de l’innovation fondée sur la gestion des idées » précise la directrice.

Des quartiers et des couches sociales créatifs

La promotion a également découvert « l’Espace pour la vie », une initiative des Muséums nature de Montréal (Biodôme, Insectarium, Jardin botanique et Planétarium). Charles-Mathieu Brunelle, directeur des Muséums et membre fondateur de la TOHU (la Cité des arts du cirque) leur a expliqué le projet de ce quartier : repenser le lien unissant l’être humain à la nature. Mais plus que cet espace, c’est toute la ville qui se repense pour les prochaines années.

La Biosphère du musée de l’environnement, Montréal

Cette visite aura permis à Patrick Cohendet d’exposer sa théorie. La directrice de l’IHEST nous la résume : « selon Patrick, différents milieux interagissent et contribuent au développement d’un territoire. On distingue les milieux peu connus et peuplés d’artistes et d’expérimentateurs (under ground) ; les milieux intermédiaires (middle ground) représentés par les associations, dédiés à la rencontre, aux projets, à l’innovation ; enfin des milieux installés qui rassemblent les entreprises, universités et autres institutions (upper ground) ».

Le design en fer de lance de la créativité

À Chicago, la métropole « ne repose pas sur le même type de développement économique que Montréal. Elle a été marquée par les industries lourdes, notamment les voitures mais également par l’architecture. C’est aussi et surtout le berceau du design classique du début du siècle ». Au milieu d’un programme de conférences extrêmement dense, ils ont ainsi visité le campus de l’Université de Chicago qui « associe une très grande qualité architecturale à des créations contemporaines » ainsi que l’usine de bioéthanol Marquis Energy et le Chicago Board of Trade (bourse de commerce).

Le McCormick Tribune Campus Center

Le point commun entre les deux métropoles ? Le fait qu’un grand nombre de décideurs placent le design comme discipline de management de projet. « Les designers sont capables d’analyser les demandes et les temporalités tout en s’interrogeant sur la forme du projet ».

En parallèle de leur voyage d’étude annuel, les membres de l’IHEST se déplacent en région. Concernant le thème de l’année, la créativité, la directrice fait le constat suivant. « Il existe en France depuis plusieurs années des organisations formelles dédiées à l’innovation et aux transfert de technologies. Mais pour que la « mayonnaise prenne », elles doivent entretenir des relations avec l’économie culturelle et technologique ».

Quelques exemples sont lancés : Metz, « qui a misé sur une économie de la connaissance et la proximité des activités culturelles et scientifiques » ; Salins-les-bains, « passée d’une économie du sel à une économie culturelle » ; Lyon, « qui mise sur une programmation culturelle ambitieuse » ; Nantes, « qui propose une articulation très intéressante entre la culture, les sciences et la technologie »…

Les amateurs comme catalyseurs de l’innovation

La créativité peut se vivre de manière plus personnelle selon le contexte de vie de chacun (les professions de chercheur, designer, ingénieur étant favorisées, sans être les seules). « Actuellement on va peut-être vers une forme de créativité collective liée aux technologies numériques » lance Marie-Françoise Chevallier Le Guyader, qui cite les recherches du philosophe Bernard Stiegler sur les communautés d’amateurs.

« Les amateurs sont des personnes impliquées dans des sujets qui sont aussi des objets de recherche par ailleurs. Les chercheurs devraient utiliser ces communautés comme une porte d’entrée vers la société, sur les thèmes de l’environnement (collecte d’insectes), des aliments, de la médecine (cohorte de patients)… ».

Bernard Stiegler

En parallèle de ses cycles réguliers, l’IHEST propose des universités d’été. Celle de cette année est consacrée à « l’illettrisme scientifique », soit l’incapacité à remobiliser des connaissances scientifiques apprises à l’école. Celles des années précédentes ont fait l’objet de deux publications : l’une sur la théorie économique face à la société et la seconde sur la place des science dans le débat public. Quant aux prochains cycles annuels, les thèmes font déjà saliver : la puissance (2011-2012) et l’utopie (2012-2013).

>> Illustrations : IHEST, HEC Montréal par abdallahh, Biosphère par Munnin, campus de Chicago par shapeshift, B. Stiegler par RSLN (Flickr, licence CC)

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