Trois millions d’euros pour les mathématiques

Avec Cédric Villani, médaille Fields 2010, les mathématiques françaises ont trouvé leur ambassadeur [ndlr : voir notre article]. Une bonne nouvelle pourtant insuffisante pour déclencher des vocations en masse. Pour ça, des professeurs et des bénévoles s’affairent au quotidien, à grand renfort d’ateliers, de stages et de concours.

L’association Animath, basée à l’Institut Henri Poincaré à Paris, symbolise l’effervescence de la communauté mathématique française. Dans le cadre du Grand emprunt et plus précisément de l’appel à projet « Culture scientifique et technique et égalité des chances », le projet Cap’Maths coordonné par Animath vient de recevoir trois millions d’euros pour se développer et structurer l’ensemble des initiatives françaises. Martin Andler, président d’Animath évoque avec nous les activités et les projets de son association.

Dans quelles circonstances a été créée Animath ?

Notre association a été créée en 1998 à l’initiative de la Société mathématique de France dont j’étais alors vice-président, avec le soutien de l’Associations de professeurs de mathématiques de l’enseignement public, l’Inspection générale de mathématique et divers acteurs du monde des mathématiques [ndlr : voir la liste des partenaires]. A l’époque, nous étions inquiets à cause de la diminution de la part des mathématiques dans les programmes de l’enseignement secondaire. Nous craignions alors pour la préparation des jeunes étudiants.

Martin Andler (voir la page du Laboratoire de Mathématiques de Versailles) et Elifsu Sabuncu de Deuxième labo

Nous avons créé l’association pour qu’elle devienne une « maison commune » pour toutes les personnes qui s’occupent des activités dites périscolaire, c’est-à-dire qui ont lieu hors du cadre de la classe et des programmes scolaires. Elle s’est développée lentement jusqu’en 2009, faute de moyens malgré nos demandes auprès des ministères ou du CNRS, date à laquelle un contrat avec le Fond AXA pour la Recherche nous a permis d’embaucher un secrétaire général à plein temps, Bruno Teheux et d’obtenir un bureau à l’IHP. Cela nous a fait sortir du « bricolage » et nous avons pu nous lancer dans des projets plus ambitieux. Fin 2010, nous étions alors à même de répondre à l’appel à projet du Grand emprunt pour lequel l’ensemble des acteurs des mathématiques en France se sont mobilisés.

Qu’allez-vous faire de vos trois millions d’euros ?

D’abord, les différents partenaires du projet vont pouvoir développer des actions de plus grande ampleur et cette dotation permettra en prime d’accroître leur visibilité. Il faut savoir aussi que beaucoup d’acteurs du monde des mathématiques font leur travail dans des conditions d’amateurisme et de bénévolat certes très généreuses, mais qui atteignent leurs limites. Cet argent nous permettra de professionnaliser ce champ, de fournir une infrastructure administrative qui permette aux acteurs de se concentrer uniquement sur les activités pédagogiques et la médiation et non sur l’administratif (1).

A moyen terme, il nous est demandé de construire une structure capable de transmettre le relai une fois les sommes épuisées. Nous pensons créer une fondation mais nous n’en sommes qu’au stade préliminaire de la réflexion. Il faut dire que notre budget vient d’être multiplié par 10 ou 15 ! C’est une mutation intéressante et un peu intimidante.

Sur quels types d’élèves concentrez-vous votre action ?

Nous souhaitons nous adresser à tous les élèves, ceux qui sont en situation de fragilité sociale, géographique ou victimes de stéréotypes (les filles), mais aussi ceux qui sont très motivés, qui s’ennuient à l’école et sont souvent en situation de très fort isolement. Concernant l’éducation en général et plus particulièrement l’éducation aux mathématiques, il existe des inégalités sociales et géographiques fortes entre les élèves. D’ailleurs, les maths sont une discipline qui joue un rôle important dans l’échec de certains jeunes. On parle souvent des inégalités sociales, notamment dans les banlieues, et on a malheureusement bien raison. Mais les petites et moyennes villes de province, et évidemment les zones rurales sont également concernées. Les jeunes qui y évoluent n’ont pas les mêmes chance que ceux qui vivent à proximité des centres universitaires.

Une autre inégalité est flagrante en ce qui concerne l’accès aux études scientifiques, celle entre garçons et filles. En terminale scientifique, les filles représentent 45,6% des effectifs totaux (mais seulement 38,5% en spécialité math et 13,3% en sciences de l’ingénieur) contre 78,7% en terminale littéraire. Cette proportion chute à un tiers dans les classes préparatoires à dominante math et physique et jusqu’à 14% à Polytechnique alors même que les jeunes filles obtiennent en moyenne de meilleurs résultats que les garçons au lycée (2).

Selon vous, quelles sont les causes de cette désaffection des maths par les filles ?

Les filles semblent avoir une attitude différente envers l’activité mathématique. La situation est compliquée et n’a rien de typiquement français. L’hypothèse qu’il s’agit d’une construction sociale me paraît la plus probable. Des études ont montré qu’en moyenne, les professeurs de mathématiques, y compris les femmes, privilégiaient les garçons pour les questions difficiles et les filles pour les questions d’application immédiate.

Du côté des très jeunes enfants, si on fait passer une épreuve identique à des élèves en la qualifiant d’épreuve d’art ou de maths, les filles obtiennent des résultats bien meilleurs à celle qualifiée « d’art ». Il parait très important de remédier à cette situation. D’une part car cela découle de principes démocratiques auxquels je suis attaché et d’autre part pour des motifs plus utilitaires : il n’y a pas assez d’étudiants en sciences, allons les chercher dans les « réserves » d’étudiants, du côté des filles et des jeunes de banlieues.

Quelles activités proposez-vous à ces élèves, vous et vos partenaires ?

Nos actions se classent en plusieurs catégories. Tout d’abord, celles qui entrent dans le cadre de la culture scientifique, mathématique en l’occurrence : connaissance des mathématiques actuelles, lien avec les autres disciplines, applications des mathématiques, et ce par des expositions, films, publications, conférences, visites de laboratoires (pour que les jeunes voient la science « en train de se faire »), salons mathématiques, sites web… En parallèle, nous mettons les jeunes au travail sur la base du volontariat, dans des contextes agréables : stages pendant les vacances, clubs de mathématiques, participation à la préparation de projets scientifiques, participation à des concours de différents types. Enfin, nous créons du lien social et intellectuel entre jeunes (et moins jeunes) intéressés par les mathématiques, pour remédier à l’isolement de ceux qui en souffrent. Il faut se rendre compte que ce qui est enseigné dans les classes est très loin des maths vivantes telles qu’elles se pratiquent aujourd’hui dans la recherche pure et appliquée.

A vrai dire, un élève n’est quasiment jamais confronté à des maths qui dépassent le 19ème siècle. Une grande partie du programme correspond à des savoirs qui remontent aux Grecs. Pour un jeune, les maths sont une discipline morte, sans lien avec les sciences expérimentales ou les sciences de l’ingénieur alors que ce n’est évidemment pas le cas. Dans l’organisation actuelle, les professeurs n’ont tout simplement pas le temps de présenter une culture plus vaste.

Quelle est la place de l’Institut Henri Poincaré au sein duquel Animath est hébergée ?

L’IHP est particulier car il a une vocation nationale. Son directeur, Cédric Villani, un de nos plus brillants mathématiciens s’intéresse réellement à l’action auprès du grand public. C’est un atout pour ce genre d’action. Pour lui, c’est très important et il paye de sa personne en étant lui-même très actif. L’IHP, avec d’autres partenaires, organise dans les prochaines semaines des événements publics à l’occasion du bicentenaire de la naissance d’Evariste Galois. Le 12 octobre prochain a notamment lieu une conférence pour les lycéens d’Île-de-France.

Évariste Galois

L’année prochaine sera dédiée à Poincaré à l’occasion du 100ème anniversaire de la mort de cet autre géant des mathématiques. Nous commençons également à travailler les relations internationales avec des possibles jumelages de clubs de mathématiques ainsi que la participation croisée à des stages.

La discipline mathématique semble bien se porter…

Effectivement, les maths sont la discipline scientifique qui « marche » le mieux en France, notamment en termes de reconnaissance internationale. Les mathématiciens français ont remporté près d’un quart des médailles Fields depuis le début de l’attribution de ce prix. Mais cet apparent « prestige » cache une situation plus négative, notamment une mauvaise image auprès des physiciens, biologistes et ingénieurs – ainsi qu’auprès du grand public. En effet, les mathématiciens ont toujours eu une haute idée de leur travail, déconnecté des sciences expérimentales.

Claude Allègre, ancien ministre de l’enseignement supérieur a par exemple toujours été hostile aux maths. Dans son livre « La défaite de Platon », il assimilait la philosophie de Platon à une tentative de domination des sciences pures déductives sur les sciences inductives. Selon lui, les sciences d’aujourd’hui sont différentes et il a pris fortement partie contre ce qu’il interprétait comme une domination des maths. Autre indice du désamour pour les maths : il y a 20 ans, les physiciens mettaient sur pieds La Main à la Pâte en choisissant délibérément de ne pas y inclure les maths. Mais cela paraissait logique car les maths étaient déjà très présentes dans l’enseignement primaire alors que les sciences expérimentales avaient quasiment disparu ! Dernier facteur, plus intrinsèque : la vulgarisation en maths est tout de même plus compliquée que pour les sciences expérimentales. On a moins de moyens pour en parler. Ce n’est pas étonnant qu’aucune grande exposition de la Cité des sciences ne porte sur les maths (sauf l’espace dédié).

Mais si notre recherche en mathématiques paraît se porter très bien, avec de nombreux chercheurs, y compris des très jeunes, très prometteurs, nous sommes malgré tout très inquiets sur la crise des vocations scientifiques : nous allons rapidement manquer de professeurs de mathématiques (ainsi, cette année 300 postes au concours du CAPES en mathématiques n’ont pas été pourvus), et on prévoit à assez court terme une pénurie d’ingénieurs !

On a parlé des élèves marginalisés. Qu’en est-il des bons élèves ?

Si le système ne fonctionne pas pour une partie des élèves, qui finissent par en être éjectés, on ne peut pas dire qu’il marche très bien pour ceux qui ont un potentiel pour les études scientifiques. On le voit par exemple avec l’enquête PISA de l’OCDE qui compare les performances des jeunes de 15 ans de nombreux pays. La France obtient des résultats médiocres : nous avons un nombre plus important d’élèves en très grande difficulté (3) et nous avons une « tête » pas franchement remarquable…

Les très bons élèves forment 3,5% d’une classe d’âge en France (environ le nombre de bacheliers scientifiques option math) ; c’est moitié moins qu’en Corée. Lors des Olympiades internationales, des concours ouverts aux lycéens dans les différentes disciplines scientifiques (maths, physique, chimie), les français sont régulièrement au-delà de la 30ème place dans le classement par équipe en mathématiques. Et en physique ou chimie, nos équipes sont constituées d’élèves de classes préparatoires car nos élèves de terminale seraient trop faibles (ce qui est problématique par rapport au règlement). Quel paradoxe pour un pays au top de la recherche !

Nous sommes vraiment si nuls aux concours ?

Il y a des exceptions. Il y a d’autres types de concours, les concours de projets scientifiques. Là, les jeunes s’engagent dans un projet à long terme, qui dure plusieurs mois, et présentent leurs travaux à la fin. Nos équipes ne se sortent pas trop mal du EU Contest for Young Scientists qui a lieu tous les ans en septembre. Mais les Allemands et plusieurs autres pays sont bien meilleurs : depuis la création du concours, les Allemands ont gagné 75 prix, les Britanniques 37, les Polonais 36, et les Français 29, à égalité avec les Suisses. Il y a quelques années, j’ai participé à la sélection de deux jeunes lycéens français pour ce concours. Ils travaillaient sur l’utilisation d’un ballon sonde pour étudier l’activité biologique en haute atmosphère. Ils ont gagné un 2ème prix européen, ce qui est un magnifique résultat. Dans tout autre pays, ils seraient rentrés dans une excellente université et auraient obtenu une bourse. Et bien l’un des deux a échoué au bac et l’autre a fait un BTS. Pourquoi ? Sans doute parce que les qualités qu’ils ont montré dans ce travail ne rentrent pas dans les cases de l’excellence scolaire française.

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Autre exemple : au printemps dernier, pour la première fois, deux groupes français ont participé au concours INTEL, le plus ancien des concours de projets scientifiques au monde. Il s’agissait d’une équipe de math issue du concours C.Génial et d’une de physique issue des Olympiades de physique. Ces jeunes sont allés à Los Angeles et ont obtenu chacune le 4ème prix dans leur catégorie. Le professeur de maths, Francis Loret travaille au collège Albert-Camus de Miramas, une petite ville près de Marseille [ndlr : voir son portrait dans l’Express]. Il m’a indiqué que les élèves les plus actifs de son club sont bons élèves mais pas forcément excellents. Ils n’auront peut-être pas des dossiers en béton pour être pris dans les bonnes classes préparatoires. Alors qu’ils ont un talent fou ! Nous avons un potentiel qui a du mal à s’exprimer dans notre système éducatif. Je tiens également à souligner que les deux projets primés proviennent de petites villes de province.

Notes :

  1. Concernant les mathématiques, un autre projet a retenu l’attention : « Maths au CP » proposé par l’association Agir pour l’école. L’Académie des sciences a également été dotée pour son projet de formation des professeurs du primaire et du collège à l’enseignement basé sur l’investigation [ndlr : inquiry based] cher à l’association La Main à la Pâte.
  2. Sources des chiffres : Ministère de l’Education nationale (notamment : Repères et références statistiques Edition 2010), Ena, Ecole polytechnique (année scolaire 2007-2008)
  3. En moyenne, environ 150 000 élèves sortent du système scolaire sans aucun diplôme chaque année (source : site de l’Elysée)

>> Illustrations : Wanda’s Pictures, deuxiemelabo (Raphaëlle Trecco, tous droits réservés), Lost Archetype, Bindaas Madhaviwoodleywonderworks, valilouve, 3 : 19, Discover Science & Engineering, ebertek (Flickr, licence CC)

Coline Aunis : des planches de théâtre aux tablettes numériques

Pour mon premier portrait de la rentrée, on n’aurait pas pu trouver mieux ! Bien installée à la terrasse du café-restaurant « À toutes vapeurs » situé au sein du Musée des Arts et Métiers, je sirote un café en compagnie de Coline Aunis, chef de projet web et multimédia du musée. Veste et cheveux sombres, lunettes classiques ; sous ses airs réservés, la jeune femme cache un tempérament généreux fruit d’un parcours bigarré comme on les aime dans l’équipe de Knowtex.

Jugez plutôt. La strasbourgeoise d’origine entame des études de pharmacie juste après le bac. « Heureusement, ça n’a pas marché » précise-t-elle malicieusement. Elle obtient alors une équivalence et entre en deuxième année de bio-physico-chimie puis obtient une licence et une maîtrise de biochimie. A ce stade, Coline a eu un gros moment de doute, ne souhaitant être ni professeur, ni chercheur comme son père. Sa vocation, elle la trouvera par hasard dans la file d’attente d’un cinéma en compagnie d’une amie. Elle y croise une connaissance qui lui parle du DESS Communication scientifique et technique de Strasbourg (aujourd’hui master 1 et 2) et notamment de l’exercice de théâtre scientifique. « Ca a été le déclic » affirme Coline. Il faut dire que la jeune femme est une habituée des planches depuis l’école primaire et joue dans une ou deux pièces chaque année pendant ses études. Elle fait d’ailleurs toujours partie de la compagnie Les Bateleurs de la science.

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Réfléchie, elle décide d’accomplir un stage dans les départements communication et service de presse de l’Inserm à Paris. Test réussi. Elle passe alors le concours pour le DESS, tout en tentant sa chance du côté des écoles de théâtre. L’une d’entre elles lui laisse une chance mais Coline a déjà fait son choix : ça sera Strasbourg. Là-bas, elle monte une pièce de théâtre avec Alexandra et Clara, qui créeront plus tard la société Toile de Fond, dont nous parlerons dans un futur article.

D’un musée, à l’autre

Comme premier stage, Coline choisit le Palais de la Découverte. Grâce à une cotutelle avec la société Canal-U, elle s’essaye au journalisme audiovisuel dans le cadre de l’émission Science en cours et réalise un film sur les expositions temporaires du Palais entre 1937 et 2003. Enchantée par cette expérience, elle revient au Palais en février 2004. Kamil Fadel, le responsable du département de physique lui propose de participer aux ateliers et exposés en public. De mois en mois, elle enchaînera des contrats à la Cité des enfants de la Cité des sciences, à l’Exploradome et dans des sociétés d’édition et de production audiovisuelles. « Ca m’a permis de travailler sur différents supports : écrit, audiovisuel, multimédia et médiation orale, cette dernière étant très importante pour moi ».

Elle entre au Musée des Arts et Métiers en tant que vacataire pour les ateliers jeune public et obtient ensuite un contrat d’un an en tant que démonstratrice auprès du grand public. Au moment du renouvellement de ce contrat, elle apprend qu’un poste de chef de projet web et multimédia se préparait. Elle y postule après une formation au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) voisin et une expérience au service multimédia au Palais de la Découverte.

Réserves du Musée des Arts et Métiers

A ses débuts à ce poste, Coline se charge des contenus du site principal et de la mise en place des mini-sites dédiés aux expositions temporaires. « Je m’occupais – et m’occupe toujours – du suivi de production et de la coordination du comité web du musée. Il s’agit d’un groupe de 20 personnes représentant chaque département du musée qui est consulté sur les sujets concernant internet ». Coline propose des évolutions à apporter au site comme les nouvelles rubriques, encadre et motive les collaborateurs éditoriaux et produit une newsletter tous les deux mois.

Lors de son embauche, en 2007, « c’était les débuts du développement des réseaux sociaux et des technologies de la mobilité dans les musées. Le Muséum de Toulouse faisait alors figure de précurseur. C’est une mouvance à laquelle je crois vraiment, pour donner une nouvelle image de l’institution et créer de nouveaux rapports, plus conviviaux, avec les publics. Ca inscrit le musée dans l’air du temps ». Il faut dire que le musée a longtemps été perçu comme « poussiéreux », avec peu de cartels et une collection difficile à appréhender (une image qui lui colle encore à la peau). Malgré sa motivation et son intérêt, ce n’était pourtant pas évident de lancer le mouvement. Il aura fallu batailler un moment avant de pouvoir ouvrir fin 2009 une page sur Facebook et début 2010 un compte Twitter au nom du musée.

Lucide, Coline tente d’évaluer l’impact de cette activité sur les réseaux sociaux. Si l’animation des comptes lui prend du temps, elle n’est pas encore récompensée par de nombreuses interactions. « Les visiteurs n’aiment pas forcément que leur nom apparaisse en commentaire sur la page Facebook du musée. Mais cela n’empêche pas qu’ils sont attentifs à nos mises à jour ». Coline souhaite pérenniser cette activité et pense déjà à l’organisation de soirées ou de live-tweets, comme elle a pu faire avec un autre #museogeek Omer Pesquer dans l’exposition Museogames.

L’exposition Museogames (voir notre article)

Cette récente exposition a d’ailleurs été l’occasion pour Coline de mettre en place un groupe de partage de photos sur Flickr, un hashtag dédié (#museogames, le premier du musée), un blog et notamment une rubrique « l’expo et vous » avec trente interviews de visiteurs-gamers. Des projets qui demandent du temps et de l’investissement, d’autant plus que Coline est seule à son poste.

En parallèle de la gestion des sites et de l’animation de communauté, la jolie brune est également chargée de la coordination des projets de recherche. Elle cite par exemple Plug (1), un projet qui a eu lieu en deux éditions entre 2008 et 2010. « Il s’agit d’un serious game ubiquitaire qui s’appuie sur les collections du musée. La première année, nous avons mis en place une première version du jeu, qui a bien plu mais qui était un peu plus « game » que « serious » » indique Coline. Les retours des visiteurs-testeurs ont permis d’affiner le jeu pour la seconde version dans laquelle les équipes ont élevé les aspects pédagogiques.

http://www.dailymotion.com/videox9boi1

« Le scénario était poussé, avec différents niveaux de jeu qui s’adaptaient au temps de réponse moyen du visiteur. Si celui-ci mettait du temps à répondre, la difficulté diminuait et inversement. Les joueurs étaient vraiment plongés dans l’univers du jeu avec un maître de cérémonie, des comédiens, une personne qui faisait se rencontrer les équipes et deux autres qui géraient l’adaptabilité du jeu ». Mais l’expérience a aussi permis de comprendre les limites de l’exercice : « le business model n’était pas bon. Nous avions presque plus de comédiens et techniciens que de visiteurs, pour un temps de jeu de 3 heures : dur à pérenniser ».

La réalité augmentée et personnalisée

Aujourd’hui, Coline est impliquée dans le projet européen ARtSENSE pour « Augmented RealiTy Supported adaptive and personalized Experience in a museum based oN processing real-time Sensor Events » (ouf !). Derrière ce nom à rallonge se cache un projet ambitieux et pour le moins risqué : entre février 2011 et 2014, plusieurs équipes de recherches et musées européens (voir la carte) vont plancher sur un système de médiation qui s’adapte à l’état physiologique et comportemental du visiteur.

Anticipation de ce que pourrait être le dispositif ARtSENSE

« Les visiteurs porteront des lunettes de réalité augmentée ainsi que des capteurs de l’activité cérébrale, cardiaque, des détecteurs de mouvement et du son environnant, qui seront reliés à un ordinateur. Lorsqu’un contenu leur sera proposé, les capteurs devront être en mesure de détecter leur état d’intérêt. S’ils sont désintéressés par l’œuvre, le système devra leur proposer autre chose » résume la jeune femme.

Aux musées de réfléchir sur les contenus et les réactions du public, tandis que les laboratoires de recherche élaborent des capteurs et peaufinent les modèles informatiques. Au CNAM, le Musée et le laboratoire CEDRIC (Centre d’étude et de recherche en informatique et communications) sont impliqués. Du côté du musée, l’équipe concernée a choisi l’œuvre sur laquelle portera le projet : le laboratoire de Lavoisier. « Nous avons listé l’ensemble des contenus historiques, scientifiques, sociologiques autour de Lavoisier en tant que personne, mari, scientifique, révolutionnaire… Nous tentons actuellement d’organiser ce contenu en une arborescence qui permet aux contenus d’être adaptatifs. En somme, chaque contenu doit pointer vers un autre et ainsi de suite selon des critères d’intérêt que nous devons définir ».

Et cette définition n’est pas simple. « Un tel projet est inédit et novateur en termes de médiation. Les guides voient en direct les réactions des visiteurs et peuvent adapter leurs propos au fil de la discussion. Ici, c’est au système de détecter ces signaux et d’adapter les contenus ». Coline, en charge de la coordination du projet pour le Musée des Arts et Métiers retravaille actuellement l’arborescence mise en place, tout comme ses homologues dans les autres musées partenaires, afin de l’adapter aux spécifications techniques imposées par les laboratoires de recherche. L’objectif : présenter un prototype fin janvier 2012 qui « permettra de poser les bases et d’avoir des premiers retours à partir desquelles on tentera d’aller encore plus loin dans les processus d’adaptabilité et de réalité augmentée, lors des deux années suivantes ».

Selon elle, ce projet de recherche est aussi stimulant que délicat car il soulève de nombreux problèmes, voire même des controverses : comment déterminer des critères d’intérêt pour une œuvre ? Faut-il créer des « profils-types » de visiteurs ? Doit-on proposer ou imposer ce système dans les musées ? Des questions d’actualité quant au rôle du musée vis-à-vis de ses publics.

Note

  1. Voir le site du projet, le site mis en place lors de Futur en Seine et le compte-rendu de l’équipe du Muséolab d’Erasme

>> Illustrations : Coline Aunis, Dalbéra (Flickr, licence CC), capture d’écran du site internet du MAM,  Knowtex (Flickr, licence CC), ARtSENSELoKan Sardari (Flickr, licence CC)

La grotte des rêves perdus… bof !

Vendredi, direction le cinéma pour déguster le dernier film de Werner Herzog sur la grotte Chauvet. Pour une passionnée d’art pariétal, la programmation d’un tel film au ciné et en 3D ressemble un peu à Noël avant l’heure. Tous les JT en parlent, tout le monde a adoré… C’est donc ravie que je chausse les lunettes et me détends dans le siège quand la lumière commence à baisser.

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Petits éléments de contexte en passant… Le 18 décembre 1994, Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel et Christian Hillaire découvrent une cavité près du Pont d’Arc (Ardèche). Très rapidement, les trois spéléologues se rendent compte qu’ils viennent de révéler un trésor inestimable, la grotte comprenant plusieurs centaines de peintures rupestres ainsi que des ossements d’animaux et des empreintes de pas humains. Le 18 janvier 1995, la découverte est rendue publique. Très rapidement la grotte est classée Monument historique et son entrée est surveillée jour et nuit. De 1998 à 2001, l’équipe scientifique révèle peu à peu ses secrets dont le plus marquant est certainement l’âge des peintures (plus de 30 000 ans) qui en fait les plus anciennes connues au monde. Deux fois plus vieilles que la grotte de Lascaux. Des échelles de temps hallucinantes, et une même nécessité de conservation.

Le Pont d’Arc, près de la grotte Chauvet dans les gorges de l’Ardèche (source : Fabdebaz, Flickr, CC)

Autant le dire, le réalisateur a eu un sacré privilège de pouvoir entrer dans cette grotte et procéder au tournage, à raison de quatre heures par jour pendant deux semaines. Etant données les conditions drastiques (temps autorisé dans la grotte et éclairage limités, obligation d’évoluer sur une toute petite passerelle pour ne pas endommager les sols…), je ne m’attendais pas à un film totalement maîtrisé sur le plan technique. Malheureusement, j’ai été assez déçue à plusieurs titres.

L’équipe du film, avec Werner Herzog à droite (source : Hebdo-Ardèche.fr)

D’abord, la 3D… Elle semblait idéale pour pouvoir retranscrire l’émotion qu’on éprouve devant de telles œuvres, peintes sur des parois avec le souci des volumes. En effet, les hommes préhistoriques se sont adaptés aux irrégularités des roches pour peindre, et les ont même incluses dans leur composition. Mais là, autant être franche, j’ai eu plusieurs fois la nausée pendant le film, à commencer par les premiers plans à l’extérieur et la séquence où on suit les préhistoriens qui randonnent jusqu’à l’entrée de la grotte. La caméra à l’épaule (voir tenue à bout de bras) n’a rien arrangé. Néanmoins, dans la grotte, on peut apprécier quelques très beaux rendus, notamment les jeux de lumière et parfois même de superbes plans où on oublie les limites techniques de l’exercice (mais trop rares à mon goût).

Ensuite, et c’est là le plus problématique : le scénario ! Werner Herzog oscille sans arrêt entre récit de voyage et documentaire, mais sans basculer totalement vers l’un ou l’autre. On comprend bien l’émotion qu’on ressent dans la grotte, et la nécessité de remonter régulièrement pour ne pas se laisser « happer », mais… c’est tout. Très peu d’explications techniques, des interviews de chercheurs bâclées (à mon goût), des pointes d’humour sympathiques mais qui arrivent comme un cheveu sur la soupe et même un post-scriptum carrément incompréhensible…

Rhinocéros (source : Wikipédia)

Le réalisateur a voulu interroger de nombreuses personnes mais sans vraiment approfondir chaque témoignage sauf peut-être celui d’un jeune chercheur (dont j’ai oublié le nom) et celui de Jean-Michel Geneste. Une des visites de la grotte se fait avec sa conservatrice, Dominique Baffier. Si on est heureux d’apprendre quelques anecdotes sur chaque panneau, ça ressemble plutôt à une visite lambda comme on peut en faire dans de nombreuses grottes du sud-ouest de la France, l’été, en short avec une vingtaine de personnes. On pouvait attendre légèrement mieux d’un tel film.

Connaissant un peu ce monde là, j’ai pu passer outre ces faiblesses mais mon ami, venu en curieux s’est senti vraiment frustré, au point de me questionner après le film sur des faits qui auraient du être abordés. Avec quoi les hommes préhistoriques ont-ils peints ? (oui, oui, on admire des peintures pendant 1h30 mais on n’apprend jamais avec quoi elles sont faites). Pourquoi on retrouve des ossements d’ours dans la grotte ? A quoi ressemble une Europe sous l’emprise de glaciers aussi gigantesques ?

Détail du panneau des lions (source : Venetian red)

Dans la grotte, les plans rapprochés sur les peintures sont très réussis. Mais pourquoi cette absence de commentaires sur le style ? A peine mentionne-t-on à un moment la recherche de mouvement qu’ont eu les artistes du paléolithique en multipliant les dessins de pattes ou de corne pour donner l’impression que les animaux bougent. Pourtant, un des membres de l’équipe scientifique de la grotte, Marc Azéma, développe ses recherches dans ce sens et a même conçu une exposition sur le rapprochement entre art pariétal et bande-dessinée ou dessin animé. Pourquoi n’apparait-il pas ? Pourquoi aucune comparaison n’est faite avec Lascaux, une grotte beaucoup plus connue du grand public ?

Tant de pistes lancées pour si peu de réponses… Les préhistoriens Carole Fritz et Gilles Tosello nous montrent des relevés des peintures mais on ne comprend pas vraiment à quoi ils servent ni la difficulté de les faire. A un moment, on évolue au sein d’une représentation 3D de la grotte mais beaucoup trop rapidement pour avoir une idée de la taille de ce réseau et de l’emplacement des peintures. Le témoignage d’un parfumeur, devenu maître dans la découverte de grottes « à l’odeur » n’est pas franchement indispensable. Tout comme le passage en Allemagne pour évoquer les statuettes de Vénus. De manière plus anecdotique, à un moment, on comprend que certains plans extérieurs ont été pris grâce à un petit appareil volant téléguidé… On assiste à son atterrissage via la caméra qui est fixée à bord, mais c’est tout. Pas plus d’informations sur le matériel utilisé par le réalisateur (ah, si, il explique que pour sa première visite, il disposait d’une caméra amateur…).

Des conditions de tournage difficiles (source : iTélé)

Pour finir (on va croire que j’ai vraiment la dent dure) : la bande son n’est pas non plus franchement séduisante. Elle est même carrément envahissante. Devant de si belles fresques, Werner, pas besoin d’en rajouter !

Pour finir, on l’aura remarqué, je suis vraiment déçue par film. Mais cette déception est à la hauteur de mon attente. Un tel sujet regorge de possibilité pour réaliser un film grand public émouvant. Werner Herzog l’a tenté, et on peut le remercier d’avoir porté ce sujet au cinéma. Cela va-t-il motiver d’autres cinéastes ou documentaristes à s’emparer de l’art pariétal ?

>> Pour aller plus loin :
La visite virtuelle par le Ministère de la culture
Un article de Sylvestre Huet
La page fan Facebook

[Tweets] Science, data, avenir : 1001 liens sur le journalisme

Puisque c’est mon métier (enfin une partie) et que de nombreuses questions se posent à son sujet, voici une petite revue de liens glanés sur Twitter depuis octobre 2009 (date de mon inscription sur Twitter) au sujet du journalisme en général et du journalisme scientifique en particulier.

Journalisme scientifique

Pour ceux qui voudraient se lancer

« C’est quoi un journaliste scientifique? » (Jean-Yves Casgha, RFI, 19 août 2011, rediffusion du 13 mai 2011)
[en] So you want your first science journalism job? (blog de Mico Tatalovic, 1er juillet 2010)
[en] How did you become a Science Writer? – leading journalists respond (Site de la Fédération mondiale des journalistes scientifiques, 30 août 2010)
Les bénéfices de l’ouverture, par Baudouin Jurdant, directeur de la formation de journalisme scientifique à Paris-7 jusqu’à l’année dernière : ou les bienfaits de la philo des sciences pour les futurs journalistes scientifiques (Cairn.info)
Journalisme scientifique 101: oubliez le pour et le contre par Pascal Lapointe (Agence Science Presse, 7 septembre 2010)

journalism

Les journalismes « environnement »

Le recul du journalisme environnemental, par Pascal Lapointe (ASP, 21 novembre 2010)
Journalistes et environnement : un combat risqué (Blogal Warming, 20 octobre 2009)
Environnement: les journalistes bâillonnés (Journal de l’environnement, 8 juin 2010)
Journalisme nucléaire, par Pascal Lapointe (ASP, 27 mars 2011)
Quand journalistes et scientifiques font bon ménage par Gayané Adourian (Prisme de Tête, 24 septembre 2010)

D’une manière plus générale

Controverses, fraudes et impostures : les journalistes scientifiques mènent l’enquête par Claire Truffinet (Knowtexblog, 19 juin 2011)
Plaidoyer pour un journalisme (scientifique) qui réfléchit, par Pascal Lapointe (Agence Science Presse 16 septembre 2010)
[en] Will You Be E-Mailing This Column? It’s Awesome (New York Times, 8 février 2010)
La “bactérie tueuse”, laboratoire du journalisme de communication par André Gunthert (L’Atelier des icones, 11 juin 2011)

Le journaliste scientifique « mal aimé » ?

Pige et journalisme scientifique, même combat par Pascal Lapointe (ASP, 25 juin 2010)
[en] How Do We Fix Science Journalism? Simple – We don’t (A Quantum Diary Survivor, 9 mars 2010)
Scientifiques et journalistes: le syndrome du déficit, par Pascal Lapointe (ASP réédité sur Knowtex, 23 mars 2011)
La télé n’aime pas les sciences… et les journalistes scientifiques, par Denis Delbecq (Effets de Terre, 7 décembre 2010)

Sur les sources et les méthodes de travail

Citez vos sources ! par David Monniaux (La vie est mal configurée, 2 avril 2011)
Exclusif ! Un journaliste balance ses sources, David Larousserie (A la source, 12 avril 2011)
Et si on expliquait plutôt que de se précipiter? Par Pascal Lapointe (ASP, 10 avril 2011)
[en] Good and bad reporting par Dave Hone (12 mai 2010)
[en] Le site Knight Science Journalism Tracker, qui combat le « mauvais » JS et ses approximations.
[en] A manifesto for the simple scribe – my 25 commandments for journalists (The Guardian, 19 janvier 2011)

Généralités sur le journalisme et les médias

Internet et les réseaux

Eric Scherer prône un journalisme réinventé et augmenté (Les Inrocks, 22 août 2011)
Comment WikiLeaks embringue la presse traditionnelle
(Rue89, 26 juillet 2010)
« Internet est une formidable opportunité de casser les codes journalistiques »
(Sur Mon Ecran Radar, 5 juillet 2010)
[en] Students and Journalists Believe Everything They Read Online (Science in Seconds, 9 février 2011)
[en] Journalists on Twitter: how do Britain’s news organisations tweet? (The Guardian, 8 avril 2011)
Blogs et journalistes
(Sciences et Avenir, 6 septembre 2010)
Sur le web, l’article journalistique a-t-il encore un sens ?
(Rue89, 5 juin 2011)

Quote

Le nerf de la guerre

Publicité : combien « vaut » une journaliste beauté ? (Eco89, 25 février 2011)
Lancement de jaimelinfo.fr, un site pour financer la presse en ligne (AFP, 26 mars 2011)
Du journalisme culturel comme support d’aide à la vente (Le Comptoir de la BD, 26 octobre 2010)
Qui paiera pour le journalisme en ligne ? par Pascal Lapointe (ASP, 22 mars 2011)

Aux États-Unis… et ailleurs

« The New York Times », résistance à la une (Télérama, 8 décembre 2009)
Pourquoi le Huffington Post est une mauvaise nouvelle pour le journalisme par Pascal Lapointe (ASP, 11 février 2011)
Longue vie à Longshot : Le Magazine imaginé par des journalistes, créé par tous (ReadWriteWeb, 31 août 2010)
[es] « La hoja sagrada » webdocumentaire d’El País
Le quotidien portugais « i », superhero de la presse
(Antoine Laurent, 11 novembre 2009)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

L’information hyperlocale

Aux États-Unis, les agités de l’hyperlocal (Le MediaLab de Cécile, 6 novembre 2009)
Le come-back des correspondants locaux
(Volume, 27 octobre 2009)

Autres

Échapper au monde médiatisé par Bernard Stiegler (Jean-Luc Raymond, 31 janvier 2010)
Debout pour défendre le journalisme !
(SIC!, 5 novembre 2009)
[Thèse] La mobilisation du mythe du journaliste-reporter sur le web, nouvel Eldorado participatif ? (@SIC, 6 mai 2009)
Les femmes des «évêques»
(Slate, 15 mai 2009)
Florence Aubenas, George Orwell: une différence de classe
(Media Trend, 24 février 2010)
[en] Passions and Detachment in Journalism (New York Times, 31 août 2010)
Revue XXI : pari réussi sur la «valeur » du journalisme de récit
(Journaliste & Entrepreneur, 22 octobre 2010)
« Roman, théâtre, journalisme : comment on « agite la vie » »
(Le Monde, 28 mai 2011)
La meilleure des boussoles
(La Page du Médiateur, 28 janvier 2010)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La néo-revue est-elle l’avenir de la presse ? par Pierre Assouline (La république des livres, 8 avril 2011)
Chercheuse d’infos, oui, journaliste, non
(Work in Progress, 26 mars 2010)
Receleur, l’autre nom du journaliste qui protège ses sources (Slate, 11 juin 2010)
Les journalistes ont-ils une déontologie ?
(Sciences Humaines, 2006)
Plaidoyer en faveur de Pulvar, journaliste intègre qui dérange
(Rue89, 23 décembre 2010)
Critique, journaliste, blogueur, tous semblables, tous différents
(Le Comptoir de la BD, 14 avril 2011)
Comment être journaliste… comme il y a 20 ans ?
(Graphisme et interactivité, 22 août 2011)

Le data-journalisme

Quézaco ?

Journaliste de données, c’est quoi ? (Fing Live, 6 juillet 2010)
[en] How to be a data journalist (The Guardian, 1er octobre 2010)
2 ans de datajournalisme vus par le Guardian (Owni, 29 juillet 2011)
[en] David McCandless on data visualisations (Net Magazine, 5 juillet 2011)
Le datajournalisme en 10 sites, par Gayané Adourian (Knowtexblog, 22 juillet 2011)
Le « data journalism » contre Albert Londres par Jean-Christophe Féraud (Sur mon Ecran radar, 9 février 2010)
« Pour faire du datajournalisme, il faut savoir maîtriser Excel » Nicolas Kayser-Bril, datajournaliste chez Owni (DataNews, 28 février 2011)
Le journalisme de données, les données ouvertes, et la dictature de la transparence (ReadWriteWeb, 19 octobre 2010)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les geeks/hackers, des journalistes ? Et inversement

Peut-on être journaliste d’investigation sans être hacker ? (Internet Actu, 21 juin 2010)
La programmation, l’avenir du journalisme ? (Owni, 30 juillet 2010)
Les geeks sont-ils l’avenir du journalisme ? (RSLN, 9 juillet 2010)
Le journalisme « hacker » Une nouvelle utopie pour la presse ? (La vie des idées, 21 juin 2011)
Hack The Press, les pirates de l’info se cherchent encore (La Voix du dodo, octobre 2010)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Quelques exemples de datavisualisations

Un exemple de datavisualisation de tweets à partir de laquelle un journaliste pourrait construire un article, par Raphaël Velt suite aux Rencontre numériques (mai 2011)
Tour de France 2011 : puissance des coureurs en montagne (conçu par Dataveyes pour L’Express)
150 films de guerre (Télérama)

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Outils et « guides » pour devenir un datajournaliste

Mémoire multimédia d’Antoine Bouthier sur le journalisme de données (2011)
L’e-book d’Owni sur le datajournalisme
[en] Visualising data – tools and publishing (Online Journalism Blog, 28 avril 2010)
[en] 5 Tools for Online Journalism, Exploration and Visualization (ReadWriteWeb, 2 octobre 2010)

Le journalisme « automatique »

Robot Journalist Takes Pictures, Ask Questions, Publishes Online (Singularity Hub,18 mars 2010)
L’ère du robot-journalisme ? (Nonfiction.fr, 23 décembre 2009)
Les agrégateurs hyperlocaux : que font-ils ? (Penser local, 30 juillet 2009)

Techniques et ressources

Prise de pouvoir de l’audience : 10 conseils du prof. Rosen pour en profiter (Owni, 2 septembre 2010)
[en] Think like a journalist (NewsTrust)
MadeinPress, le moteur de recherché de la presse française
Ressources sur les médias et la presse sur Curiosphère.tv
Liste Twitter « Médias » du journaliste Sébastien Bailly
[ebook] « L’enquête par hypothèse – Manuel du journaliste d’investigation, Mark Lee Hunter
Journalistes, sept manières de protéger vos sources (Rue89, 7 novembre 2010)
Centre de recherche d’information (Zefab)
Cartographie des métiers de la presse (Observatoire des métiers de la presse)

Un peu d’humour

[en] Write your own academic sentence
Comment ne pas répondre aux journalistes (Rue89, 29 juillet 2010)
[en] Journalism Warning Labels
Le journalisme LOL n’est pas le contraire du journalisme sérieux (Boumbox, 9 juin 2010)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Avenir de la presse et des journalistes

Êtes-vous prêt à devenir un lecteur « responsable » ? (TerraEco, 31 janvier 2010)
Journaliste à louer (Télérama, 13 février 2010)
Notre combat (Le Monde Diplomatique, octobre 2009)
L’avenir du journalisme en jeu
(Je perds donc je pense, 24 novembre 2010)
[en] Can apps save news journalism? (The Guardian, 23 août 2010)
Nouveaux métiers du journalisme – le compte rendu (Social Media Club, 22 février 2010)
[en] Future of the Media Lifecycle

Les journalistes sont devenus interchangeables et doivent innover (CMC, 30 août 2010)
[en] Jobs in journalism are growing (Journalism 2.0, 9 août 2010)
Le temps de l’entre-journalisme
(Le WebLab Solutions, 24 mars 2010)
Jeunes journalistes : avez-vous un avenir ?
(Médias[2])
Pour se vendre, faut-il se transformer soi-même en marque, comme certains journalistes ?
(Le Devoir, 27 octobre 2009)
Journaliste et animateur de communauté : deux métiers en un ?
(Journ@lismes.info, 9 novembre 2009)

>> Pour aller plus loin, voir les weblists Knowtex « Journalisme scientifique » et « Datajournalisme »
>> A venir : une compilation de liens sur le blogging (scientifique ou pas)
>> Illustrations : SMBC, 10 000 words, cc

[Tweets] LEGO et les couleurs

Inscrite sur Twitter depuis l’automne 2009, j’en ai brassé des liens, parfois sans pouvoir les mettre assez en valeur. Cette rubrique me permet de vous en présenter certains.

cowboy

Voir d’autres affiches LEGO des blockbusters de cet été

Vos LEGO sont précieusement rangés dans la cave. Vous n’osez pas les sortir, de peur de paraître en pleine régression. D’autres n’ont pas ces scrupules et en font même un mode de vie. Owni a recueilli leurs témoignages, en parallèle à une enquête sur la société LEGO.

Mais à quoi peuvent-ils bien s’amuser ? Quand les adultes jouent avec les fameuses petites briques, ça peut donner ça ou ça. Plus ambitieux que vos constructions enfantines, non ?

Enfin, signe des temps, la société se met au vert avec une toute nouvelle boîte : une gare intermodale.

Et sinon, une petite vidéo en stop motion comme il en fleurit des milliers sur internet et ma weblist Knowtex sur les LEGO. N’hésitez pas à ajouter vos propres liens en commentaire ;-)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

[Cave Art Rocks] J’ai testé la vie au paléolithique

>> Cet article a également été publié sur SSAFT.

Bon, autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas vrai. Je n’ai pas essayé de retrouver les sensations de mes ancêtres en mangeant de la viande crue ou en poussant un cri primal. En revanche, lui l’a fait (à quelques détails près) et il n’a pas l’air de trop mal se porter, lit-on sur Rue89

Ce français nommé Erwan Le Corre est même l’un « des hommes les plus physiquement au top de toute la planète » selon l’édition américaine du magazine Men’s Health. Et oui, vivre comme les hommes du paléolithique semble être bien utile pour emballer les petites pépées ! Petit passage en revue des tendances « so paleolithic », qui font de plus en plus d’adeptes.

Mangez comme vos ancêtres

Dans le pays du Big Mac, la sobriété n’est pas franchement de mise. Pourtant, les adeptes du régime paléolithique sont de plus en plus nombreux aux Etats-Unis (surtout dans les grandes villes, le Texas profond n’étant pas réputé pour son ouverture à la nouveauté…). Selon eux, les hommes préhistoriques étaient affranchis des « maladies de civilisation » grâce à leur régime alimentaire sain et leur mode de vie actif. Et puisque nous sommes leurs égaux, du moins du point de vue génétique, selon eux, pourquoi ne pas revenir aux bonnes habitudes ?

Mais pour un paléo-newbie, le changement est radical (et souvent coûteux). Terminés le pain, les produits laitiers et les barres chocolatées ! Place à la viande (bio et cuite bien sûr, le feu ayant été domestiqué il y a environ 400 000 ans, bien que certains ultras l’aiment crue, pour la plus grande joie d’Escherichia coli je suppose). Mais pas que. Les noix, les fruits et les légumes font également partie du régime. En bref, les aliments privilégiés sont ceux que l’homme dégustait lorsqu’il était chasseur-cueilleur, juste avant l’avènement de l’agriculture (au Néolithique, à partir de – 9000 ans environ).

Entre les régimes Atkins et Dukan, celui de Cro-Magnon est détaillé sur des sites spécialisés en nutrition ou en santé, comme par exemple Passeportssanté.net. On se demande quand même où ils vont chercher une telle précision (bah oui, l’écriture n’existait pas, et encore moins les recettes de cuisine)… En résumé, selon ces sites spécialisés : viandes maigres, volailles, poissons, fruits de mer, œufs, fruits & légumes (pauvres en amidon), noix et graines? Bieeeen ! Céréales, légumineuses, produits laitiers, produits transformés, viandes grasses, boissons gazeuses, pomme de terre, sel, sucre? Pas bieeeen ! Huiles, avocats, thé, café, alcool, fruits séchés ? Bieennn, avec modération!

C’est bien beau tout ça mais comment ça se cuisine? Le site Passeportsanté propose une journée type avec ce régime, tout de même adaptée à notre découpage quotidien en trois repas (ce qui n’était pas franchement le cas il y a 30 000 ans, quand les chasseurs devaient attendre d’avoir traqué, tué, dépecé, préparé et cuit leur viande avant de la manger…).

  • Petit déjeuner : un demi-melon, du saumon aux fines herbes (toujours un plaisir au réveil…) et des amandes.
  • Déjeuner : salade d’épinards avec des légumes, vinaigrette à base d’huile d’olive et de jus de citron, dinde avec sauce aux agrumes, noix du Brésil (pour les locavores, on repassera) et framboises.
  • Diner : viande de cheval (pas terrible pour le porte-monnaie), légumes variés cuisinés au wok, salade de fruits et graines de sésame.

Les avantages de se sustenter comme l’arrière-arrière-arrière-…-grand-père: une perte de poids rapide, moins de fatigue, plus d’énergie, moins de problèmes de digestion et d’allergie (vade retro lait et gluten) et prévention de maladies typiquement liées à la sédentarisation (maladies cardiovasculaire, hypertension, obésité…). Les adeptes interrogés par le Washington Post ou par le New York Times avouent ne plus pouvoir s’en passer. Mais il y a un inconvénient majeur : la monotonie du régime, d’où une lassitude à long terme et, plus dangereux, des carences possibles (surtout en vitamine D). D’ailleurs, sans parler forcément de carences, les paléo-mangeurs se laissent parfois aller à quelques écarts, souvent chocolatés, afin de mieux pouvoir supporter psychologiquement un tel régime.

A l’origine de cette vogue (entre autres), le radiologiste et anthropologue médical S. Boyd Eaton qui publiait en 1985 un article intitulé « Paleolithic Nutrition » dans le très sérieux New England Journal of Medicine. En 2001, Loren Cordain, professeur au Département des sciences de la santé et de l’exercice à l’Université de l’Etat du Colorado vulgarise ces thèses dans un livre grand public « The Paleo Diet » et le blog qui l’accompagne.

Voici une interview en français, des publications scientifiques pour les plus courageux (ici, ici et ) et une vidéo (en anglais) :

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Depuis, de nombreux livres, principalement en anglais, ont suivi. En France, notons que feu le Dr Jean Seignalet a publié un livre en 1996 sur ce régime, « L’alimentation ou la troisième médecine » où il évoquait les relations entre le régime alimentaire et la santé. Plus récemment, ce fut également le cas du journaliste Thierry Souccar avec « Le régime préhistorique » ou du Docteur Dominique Reuff avec « Le régime paléolithique ».

Comme tout régime, celui-ci a tout de même ses détracteurs, ou du moins des personnes qui souhaitent nuancer le message trop positif. Ainsi, Katharine Milton, chercheuse au département de biologie des insectes à l’Université de Californie (Berkeley), indiquait en 2000, dans un éditorial dans le American Journal of Clinical Nutrition, que cette diète est assez fantaisiste, étant donnés les régimes alimentaires variés des hommes préhistoriques (certains étaient plus herbivores que carnivores et le régime dépendait fortement de leur environnement). La nutritionniste de Passeportsanté, Hélène Baribeau, s’inquiétant du caractère monotone de ce régime alimentaire, précise d’ailleurs que le régime méditerranéen permet d’obtenir des résultats semblables avec bien moins de privations.

D’autres arguent que nous – et nos estomacs – ont en partie évolué, par exemple pour pouvoir digérer le lait. Pourquoi alors s’en priver? Michel Raymond, chercheur en biologie évolutive et auteur de l’ouvrage « Cro-Magnon toi même » est également assez sceptique.

http://www.dailymotion.com/videox7i7fk

Selon lui, mieux vaudrait déjà remonter au régime d’avant-guerre (ou plutôt d’avant la société de consommation) pour obtenir des résultats satisfaisants. En effet, le régime paléolithique soulève des problèmes liés au mode de production de l’alimentation. Etant donné la démographie mondiale, il n’est plus envisageable de s’affranchir de l’agriculture ou de l’élevage pour nourrir tous les terriens. Ajoutons à cela que la production de viande, aliment central dans ce régime, pose déjà de nombreux problèmes écologiques…

Faites un peu d’exercice

Faute de régime totalement adapté, autant pratiquer une activité physique, ça ne fait pas de mal. Après tout, la chasse au bison se fait rare de ce côté-ci du périphérique… Erwan Le Corre, l’apollon cité en début d’article l’a bien compris, lui qui a lancé le mouvement Movnat, une sorte de « Paléo fitness », et qui distille des vidéos d’entraînement en milieu naturel sur internet. Et voici la bande-annonce toute en muscle:

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Des chaînes comme Cross-Fit aux Etats-Unis proposent également des exercices sensés être préhistoriques comme le lancer de pierre, le combat primitif ou le monter à la corde… Pour compléter le tout, n’hésitez pas à essayer le tir au propulseur (testé et approuvé). Y’a même une association si votre gosse cherche un sport pour la rentrée ^_^

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S’agripper à des roches, grimper aux lianes et pousser les troncs d’arbres dans une rivière, c’est bien beau, mais si vous voulez vraiment aller au bout des choses, il va falloir poser les baskets…

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La course pieds-nus n’est pas une lubie de paléo-fondamentalistes, pour preuve le marathonien Abebe Bikila la pratiquait avec succès. Selon de nombreux athlètes, cette pratique permettrait de corriger des défauts de postures entraînés par nos baskets toujours plus sophistiquées et de supprimer mal de dos et douleurs musculaires. Pour les frileux, il existe aussi des chaussures minimalistes comme les Vibram Fivefingers Bikila LS.

Mais il semble bien que malgré nos efforts, nous n’arriverons jamais à rivaliser avec nos ancêtres, notamment à cause des centaines d’années de confort derrière nous. C’est la thèse de Peter McAllister auteur du livre «Manthropology», qui affirme que nous ne serions que des mauviettes face à nos ancêtres. Il va même jusqu’à comparer des athlètes actuels aux hommes et femmes préhistoriques «lambda». Le magazine Sport & Vie n° 121 revient longuement sur cette thèse.

Passons sur la manière discutable de ces comparaisons. Peter MacAllister affirme qu’Alexey Voyevoda, champion du bras de fer, ferait pâle figure face à UNE Néandertal (qui avait plus de muscles et des bras plus courts lui offrant un meilleur bras de levier). Idem pour Usain Bolt, qui serait écrasé au sprint par un aborigène australien vivant il y a 20 000 ans et dont on a retrouvé des traces fossilisées. Courant à 37 km/h sur un sol meuble et glissant, il arriverait sans peine à 45 km/h sur une piste… Mmmh, j’en doute un peu… J’y reviendrai sans doute dans un futur billet

Lavez-vous… sans savon

Et pour finir, après un repas frugal et quelques heures d’exercice, il serait temps de passer sous la douche… mais sans savon. C’est l’expérience qu’ont tenté des adeptes du retour aux sources. Après une période de tests de quelques mois, ils ne dégageraient aucune odeur et leur peau aurait retrouvé la douceur de celle d’un bébé (non, je ne fais pas de pub)… Une histoire de pH et de régulation de la peau…

C’est un des préceptes avancés par Richard Nikoley dans son blog « Free the animal » où on peut lire un condensé du mode de vie préhistorique. Alors faites comme lui, libérez l’animal qui est en vous ! Quant à moi, je vais me reprendre un peu de glace.

A la préhistoire du style

<< Découvert sur le site de Télérama >> Chevaux, bisons, aurochs… Des grottes de Fôz Coa à celles de Lascaux, les silhouettes tracées par les hommes préhistoriques révèlent l’invention d’un style artistique il y a 25 000 ans. Démonstration avec Emmanuel Guy, préhistorien et historien de l’art.

Les scientifiques jouent-ils aux dés ?

« La science n’a pas de limites », « certaines grandes découvertes se font sous la douche », « il faut toujours faire confiance aux experts » ou encore « les scientifiques sont des hommes très intelligents et socialement inadaptés ». Voilà quelques idées reçues qu’on croirait tout droit sorties du café du commerce.

On les retrouve toutes, ainsi que d’autres tout aussi gratinées dans le livre « Les scientifiques jouent-ils aux dés ? » publié aux éditions du Cavalier Bleu. Lecture indispensable moins pour se distraire du temps exécrable que pour bousculer sa propre vision des sciences. Et oui, même si vous êtes un habitué des magazines de vulgarisation et autres blogs de sciences, vous trouverez sans aucun doute un ou plusieurs passages qui viendront bousculer votre vision des choses.

En quatre grands chapitres et avec de judicieuses citations de chercheurs, humoristes, penseurs ou héros de séries (The Big Bang Theory, The Simpsons…), l’ouvrage démystifie les sciences et techniques et souligne leurs rapports étroits avec la société.

« Vous allez sur la lune mais vous pouvez pas empêcher mes chaussettes de sentir mauvais ? » Homer Simpson

L’approche est d’autant plus intéressante que ce recueil est le fruit de scientifiques de formation. Les 10 auteurs (1), membres du groupe Traces (voir nos portraits) ont fait ce pas de côté qui consiste à observer les sciences et techniques par le biais des sciences humaines et sociales. Beaucoup d’entre eux sont médiateurs, blogueurs, « communicants » de la science. Leurs écrits s’en ressentent, qui sont simples et pleins de bon sens, loin de certains dogmes « parfois véhiculés par les scientifiques eux-mêmes » indique Bastien Lelu, coordinateur du projet.

Son acolyte Richard-Emmanuel Eastes précise : « nous avons souhaité avoir une approche critique de la science, dans le bon sens du terme, la désacraliser, montrer qu’elle ne dévoile pas d’hypothétiques lois qui régiraient l’univers par exemple, tout en incitant sur la robustesse de ce qu’elle produit ».

Les chercheurs, souvent moqués et comparés à des professeurs Tournesol (dans le meilleur des cas) sont remis à une place qui leur sied mieux, celle d’humains qui font leur travail, avec humilité et passion. Un point est également fait sur le processus de création par la science, trop peu connu et plutôt rigide et codifié, avec ses publications relues par les scientifiques eux-mêmes et publiées dans les revues à comité de lecture.

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Un processus aux antipodes de la construction de ce livre, voulu dès le départ comme un processus collectif. « Nous aurions pu penser uniquement des séminaires, des réunions de travail sur ce sujet, nous aurions également pu l’écrire seulement Bastien et moi mais le résultat n’aurait pas été le même » avoue Richard-Emmanuel Eastes. Et pour cause, ce projet de livre, ainsi que celui du manifeste Révoluscience dont Mélodie et Antoine ont déjà parlé dans nos colonnes (1, 2 et 3), ont nourri les réflexions du groupe Traces et accompagné sa mise en place, dès l’été 2008. « A l’époque, nous nous voyions toutes les semaines au moins une demi-journée pour une séance de réflexion » se souvient Bastien Lelu. Les années 2008 et 2009 seront ainsi rythmées par des séances où chaque membre exposait ses lectures ou ses expériences sur la médiation des sciences, les science studies, la philosophie des sciences.

Les deux coordinateurs en ont alors profité pour collecter « en vrac » des énoncés possibles d’idées reçues sur la science, les « débroussailler » et les classer pour arriver dès fin 2009 avec un plan du futur ouvrage. Puis ils ont distribué le travail aux auteurs selon leurs affinités et… ont relu et corrigé le résultat. Un vrai travail d’équipe pour un résultat à mettre entre toutes les mains.

Note

  1. Parmi les 10 auteurs, un grand nombre est présent sur Knowtex : Antoine Blanchard, Richard-Emmanuel Eastes, Mélodie Faury, Édouard Kleinpeter, Bastien Lelu, Nicolas Loubet, Matteo Merzagora, Hélène Monfeuillard, Livio Riboli-Sasco, Claire Truffinet

Loïc Petitgirard : du chaos à l’expo

Les parcours sinueux, on connait dans le monde de la culture scientifique et technique (CST). Ce n’est pas Loïc Petitgirard qui dira le contraire. Formé aux « sciences dures » (mathématiques et physique) à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon à la fin des années 1990, il prendra vite un chemin différent de ses camarades.

« A l’ENS, les étudiants doivent suivre une dominante mais ils ont également la liberté d’aller tester autre chose, explique-t-il, pour ma part, j’ai passé l’agrégation de mathématiques tout en découvrant l’histoire et la philosophie des sciences ». C’est là qu’il rencontre Girolamo Ramunni, historien des techniques à l’université Lyon 2, qui plus tard deviendra son collègue.

Entre physique et histoire, son cœur balance

Toujours friand de sciences physiques – « j’ai fait deux stages de recherche en physique théorique ; ça me branchait » – Loïc dérive pourtant petit à petit du côté des sciences humaines : « j’aimais poser des questions sur la science, son histoire, ses concepts, sa dimension sociologique ». Jusqu’au jour où l’étudiant a du faire un choix : « j’ai franchi le pas pour me former sérieusement à l’histoire avec un DEA en histoire contemporaine ».

De sa rencontre avec les historiens « purs et durs », il garde un souvenir ardu mais enrichissant. Il enchaîne, moyennant quelques négociations, avec une thèse en histoire contemporaine spécialisée en sciences à l’université Lyon 2. « Il s’agissait d’un parcours innovant. Nous étions trois extraterrestres au parcours hors des sentiers battus : l’un en philosophie, le deuxième au théâtre et moi en histoire ». Pas si anecdotique dans un monde où la pression sociale n’est pas négligeable. « Une partie des scientifiques, sceptique, ne comprend pas ce que sont les sciences humaines et sociales. Heureusement, certains m’ont soutenu ».

Le sujet de sa thèse ? La théorie du chaos, toujours à la mode depuis sa naissance au début du XXe siècle, « même si la notion de réseaux et de complexité a pris le pas aujourd’hui ». Cette thèse a permis à Loïc de comprendre d’où vient cette notion, comment elle a émergé, et plus largement les mécanismes de construction et d’acceptation d’un concept scientifique. « Le sujet d’une thèse en épistémologie et histoire des sciences peut paraître ardu, mais, plus globalement, il s’agit de comprendre ce qu’est la science, comment elle fonctionne et quels sont ses rapports avec la société. Une petite pierre à l’édifice ! ».

Sa thèse en poche, Loïc signe un contrat postdoctoral au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) puis obtient le concours de maître de conférences en 2005. « Mon approche de l’histoire contemporaine des sciences collait avec le projet du CNAM, qui s’est mis en place petit à petit notamment avec le Musée des Arts et Métiers ». Ce poste a amené Loïc à se diversifier, notamment du côté de l’histoire des techniques et de la diffusion de la CST (expositions, colloques, patrimoine…).

Former des passeur de savoirs au CNAM

En parallèle de sa titularisation, le CNAM a mis en place le Magister sciences et techniques dans la société, qu’il dirige avec Girolamo Ramunni, destiné aux personnes qui travaillent dans le milieu de la CST ou dans un domaine connexe. « On leur apprend le cadre intellectuel, les pratiques et les outils (écrit, radio…) pour travailler dans ce milieu ». Et Loïc d’égrener les thèmes cruciaux de ce secteur : la recherche en train de se faire, l’économie de la recherche, les débats science-société…

Travaillant au sein d’un organisme de formation continue et professionnelle, l’équipe est à l’écoute de ses « auditeurs » : horaires adaptés (une quinzaine de rendez-vous dans l’année, le soir et le samedi) et évolution des cours suivant l’actualité (à la rentrée, la question du nucléaire sera abordée), les enjeux (nouveaux médias) ou la demande grâce à un carnet d’adresse bien fourni en intervenants de ce milieu.

Station de métro des Arts et Métiers

Une formation exigeante et réflexive

Si les sujets peuvent varier, la formation ne se départ pas d’un certain nombre de principes : « nous sommes attachés à la dimension culturelle des sciences mais aussi des techniques, complètement sous-estimées dans les débats, souligne Loïc, nous souhaitons mettre en débat les résultats de la recherche et pas seulement faire de la vulgarisation de l’actualité. En bref, nous apprenons à nos auditeurs à construire un discours culturel avec une distance critique ».

Pendant la formation, les auditeurs développent un projet qu’ils explicitent dans le cadre d’un mémoire. La forme des projets peut varier (exposition, émission radio, site internet, spectacle…) mais l’accent est toujours mis sur le processus. « Les auditeurs doivent expliquer la manière dont ils ont abordé le thème et ce que ça leur a suscité comme interrogation ».

Aéroplane de Clément Ader

Le magister nécessite deux ans pour le mener à bien. Conscient que tout le monde ne pouvait pas être aussi disponible, le CNAM a créé en parallèle un Certificat de compétences de construction d’une opération de CST d’une année afin d’acquérir les rudiments et les outils essentiels du monde de la culture scientifique. « Le certificat peut également être vu comme une poupée russe incluse dans le magistère. Les auditeurs sont libres de découvrir la première année et de poursuivre une année de plus avec le magistère ». Et bon nombre d’entre eux s’est laissé prendre au jeu. « Beaucoup croient ne rien apprendre de nouveau en s’inscrivant au certificat car ils ont souvent passé 15 ans dans ce milieu. Mais il y a toujours quelque chose qu’ils n’ont pas vu et qui attise leur curiosité ».

Une communauté d’auditeurs

Les cours du magister et du certificat sont suivis par une quinzaine d’auditeurs à Paris et entre 20 et 30 en région via des captations vidéo téléchargées sur une plateforme privée ainsi que des wiki de notes. Des petits groupes se sont même spontanément formés, notamment à Toulouse, Nantes et Reims pour suivre collectivement les enseignements à distance.

Les centres régionaux du CNAM les prennent en charge et organisent des rencontres avec les professionnels locaux. « Nous aimerions mettre en avant la richesse de ces profils et de ces parcours, sur le web, afin de créer une dynamique de groupe. Jusqu’ici, on découvrait souvent en fin d’année que les auditeurs ont des ressources » note Loïc.

Le Pendule de Foucault

Afin de compléter son offre, l’équipe de Paris va inaugurer en janvier prochain un parcours de licence professionnelle en partenariat avec le CNAM Pays-de-la-Loire à Nantes. Il s’agira peu ou prou du programme du certificat de compétences renforcé par des outils de communication, de marketing et de management (un savoir-faire reconnu au CNAM). « Il s’agit d’une formation hybride qui émane des demandes des régions. Elles veulent des personnes capables de proposer des analyses en rapport avec la politique culturelle de la région, de construire un projet de culture scientifique et de le « vendre » à des élus et des collectivités ».

Quant à Loïc, ces prochains mois, il espère pouvoir « développer un beau projet d’exposition pour le musée en 2013 ». Souhaitons-lui la même réussite que la précédente exposition MuséoGames.

>> Illustrations : portrait par Loïc Petitgirard, autres photos Flickr, licence CC par Thomas Claveirole, Katchooo, Oric1 et Collinox.

[ebook] Knowtexblog saison #1 : Le Grand Mix

C’est l’été : la saison des embouteillages, du bronzage… et des bilans. Nous n’échappons pas à la règle, nous qui bloguons depuis 10 mois sur les pratiques innovantes de la médiation culturelle des sciences et techniques. Avec plus de 230 billets au compteur, ça valait le coup de se pencher sur nos productions et d’en sortir une « petite » compilation (une centaine de pages tout de même).

Autant l’avouer tout de suite, le choix a été dur et nous avons mis de côté, à regret, un grand nombre d’articles. Ce fut également l’occasion de découvrir la manière dont on édite un ebook (vos remarques sont les bienvenues) et de nous adonner au remixage de contenus, une pratique qui nous est chère. Petit exercice de style sans prétention pour un « best-of » à glisser dans son sac de plage télécharger sur ses tablettes, smartphones et autres écrans et à partager sans modération ;-)

Téléchargez l’ebook au format PDF en cliquant sur le lien « Download » ci-dessous.