[Cave Art Rocks] J’ai testé la vie au paléolithique

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Bon, autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas vrai. Je n’ai pas essayé de retrouver les sensations de mes ancêtres en mangeant de la viande crue ou en poussant un cri primal. En revanche, lui l’a fait (à quelques détails près) et il n’a pas l’air de trop mal se porter, lit-on sur Rue89

Ce français nommé Erwan Le Corre est même l’un « des hommes les plus physiquement au top de toute la planète » selon l’édition américaine du magazine Men’s Health. Et oui, vivre comme les hommes du paléolithique semble être bien utile pour emballer les petites pépées ! Petit passage en revue des tendances « so paleolithic », qui font de plus en plus d’adeptes.

Mangez comme vos ancêtres

Dans le pays du Big Mac, la sobriété n’est pas franchement de mise. Pourtant, les adeptes du régime paléolithique sont de plus en plus nombreux aux Etats-Unis (surtout dans les grandes villes, le Texas profond n’étant pas réputé pour son ouverture à la nouveauté…). Selon eux, les hommes préhistoriques étaient affranchis des « maladies de civilisation » grâce à leur régime alimentaire sain et leur mode de vie actif. Et puisque nous sommes leurs égaux, du moins du point de vue génétique, selon eux, pourquoi ne pas revenir aux bonnes habitudes ?

Mais pour un paléo-newbie, le changement est radical (et souvent coûteux). Terminés le pain, les produits laitiers et les barres chocolatées ! Place à la viande (bio et cuite bien sûr, le feu ayant été domestiqué il y a environ 400 000 ans, bien que certains ultras l’aiment crue, pour la plus grande joie d’Escherichia coli je suppose). Mais pas que. Les noix, les fruits et les légumes font également partie du régime. En bref, les aliments privilégiés sont ceux que l’homme dégustait lorsqu’il était chasseur-cueilleur, juste avant l’avènement de l’agriculture (au Néolithique, à partir de – 9000 ans environ).

Entre les régimes Atkins et Dukan, celui de Cro-Magnon est détaillé sur des sites spécialisés en nutrition ou en santé, comme par exemple Passeportssanté.net. On se demande quand même où ils vont chercher une telle précision (bah oui, l’écriture n’existait pas, et encore moins les recettes de cuisine)… En résumé, selon ces sites spécialisés : viandes maigres, volailles, poissons, fruits de mer, œufs, fruits & légumes (pauvres en amidon), noix et graines? Bieeeen ! Céréales, légumineuses, produits laitiers, produits transformés, viandes grasses, boissons gazeuses, pomme de terre, sel, sucre? Pas bieeeen ! Huiles, avocats, thé, café, alcool, fruits séchés ? Bieennn, avec modération!

C’est bien beau tout ça mais comment ça se cuisine? Le site Passeportsanté propose une journée type avec ce régime, tout de même adaptée à notre découpage quotidien en trois repas (ce qui n’était pas franchement le cas il y a 30 000 ans, quand les chasseurs devaient attendre d’avoir traqué, tué, dépecé, préparé et cuit leur viande avant de la manger…).

  • Petit déjeuner : un demi-melon, du saumon aux fines herbes (toujours un plaisir au réveil…) et des amandes.
  • Déjeuner : salade d’épinards avec des légumes, vinaigrette à base d’huile d’olive et de jus de citron, dinde avec sauce aux agrumes, noix du Brésil (pour les locavores, on repassera) et framboises.
  • Diner : viande de cheval (pas terrible pour le porte-monnaie), légumes variés cuisinés au wok, salade de fruits et graines de sésame.

Les avantages de se sustenter comme l’arrière-arrière-arrière-…-grand-père: une perte de poids rapide, moins de fatigue, plus d’énergie, moins de problèmes de digestion et d’allergie (vade retro lait et gluten) et prévention de maladies typiquement liées à la sédentarisation (maladies cardiovasculaire, hypertension, obésité…). Les adeptes interrogés par le Washington Post ou par le New York Times avouent ne plus pouvoir s’en passer. Mais il y a un inconvénient majeur : la monotonie du régime, d’où une lassitude à long terme et, plus dangereux, des carences possibles (surtout en vitamine D). D’ailleurs, sans parler forcément de carences, les paléo-mangeurs se laissent parfois aller à quelques écarts, souvent chocolatés, afin de mieux pouvoir supporter psychologiquement un tel régime.

A l’origine de cette vogue (entre autres), le radiologiste et anthropologue médical S. Boyd Eaton qui publiait en 1985 un article intitulé « Paleolithic Nutrition » dans le très sérieux New England Journal of Medicine. En 2001, Loren Cordain, professeur au Département des sciences de la santé et de l’exercice à l’Université de l’Etat du Colorado vulgarise ces thèses dans un livre grand public « The Paleo Diet » et le blog qui l’accompagne.

Voici une interview en français, des publications scientifiques pour les plus courageux (ici, ici et ) et une vidéo (en anglais) :

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Depuis, de nombreux livres, principalement en anglais, ont suivi. En France, notons que feu le Dr Jean Seignalet a publié un livre en 1996 sur ce régime, « L’alimentation ou la troisième médecine » où il évoquait les relations entre le régime alimentaire et la santé. Plus récemment, ce fut également le cas du journaliste Thierry Souccar avec « Le régime préhistorique » ou du Docteur Dominique Reuff avec « Le régime paléolithique ».

Comme tout régime, celui-ci a tout de même ses détracteurs, ou du moins des personnes qui souhaitent nuancer le message trop positif. Ainsi, Katharine Milton, chercheuse au département de biologie des insectes à l’Université de Californie (Berkeley), indiquait en 2000, dans un éditorial dans le American Journal of Clinical Nutrition, que cette diète est assez fantaisiste, étant donnés les régimes alimentaires variés des hommes préhistoriques (certains étaient plus herbivores que carnivores et le régime dépendait fortement de leur environnement). La nutritionniste de Passeportsanté, Hélène Baribeau, s’inquiétant du caractère monotone de ce régime alimentaire, précise d’ailleurs que le régime méditerranéen permet d’obtenir des résultats semblables avec bien moins de privations.

D’autres arguent que nous – et nos estomacs – ont en partie évolué, par exemple pour pouvoir digérer le lait. Pourquoi alors s’en priver? Michel Raymond, chercheur en biologie évolutive et auteur de l’ouvrage « Cro-Magnon toi même » est également assez sceptique.

http://www.dailymotion.com/videox7i7fk

Selon lui, mieux vaudrait déjà remonter au régime d’avant-guerre (ou plutôt d’avant la société de consommation) pour obtenir des résultats satisfaisants. En effet, le régime paléolithique soulève des problèmes liés au mode de production de l’alimentation. Etant donné la démographie mondiale, il n’est plus envisageable de s’affranchir de l’agriculture ou de l’élevage pour nourrir tous les terriens. Ajoutons à cela que la production de viande, aliment central dans ce régime, pose déjà de nombreux problèmes écologiques…

Faites un peu d’exercice

Faute de régime totalement adapté, autant pratiquer une activité physique, ça ne fait pas de mal. Après tout, la chasse au bison se fait rare de ce côté-ci du périphérique… Erwan Le Corre, l’apollon cité en début d’article l’a bien compris, lui qui a lancé le mouvement Movnat, une sorte de « Paléo fitness », et qui distille des vidéos d’entraînement en milieu naturel sur internet. Et voici la bande-annonce toute en muscle:

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Des chaînes comme Cross-Fit aux Etats-Unis proposent également des exercices sensés être préhistoriques comme le lancer de pierre, le combat primitif ou le monter à la corde… Pour compléter le tout, n’hésitez pas à essayer le tir au propulseur (testé et approuvé). Y’a même une association si votre gosse cherche un sport pour la rentrée ^_^

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S’agripper à des roches, grimper aux lianes et pousser les troncs d’arbres dans une rivière, c’est bien beau, mais si vous voulez vraiment aller au bout des choses, il va falloir poser les baskets…

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La course pieds-nus n’est pas une lubie de paléo-fondamentalistes, pour preuve le marathonien Abebe Bikila la pratiquait avec succès. Selon de nombreux athlètes, cette pratique permettrait de corriger des défauts de postures entraînés par nos baskets toujours plus sophistiquées et de supprimer mal de dos et douleurs musculaires. Pour les frileux, il existe aussi des chaussures minimalistes comme les Vibram Fivefingers Bikila LS.

Mais il semble bien que malgré nos efforts, nous n’arriverons jamais à rivaliser avec nos ancêtres, notamment à cause des centaines d’années de confort derrière nous. C’est la thèse de Peter McAllister auteur du livre «Manthropology», qui affirme que nous ne serions que des mauviettes face à nos ancêtres. Il va même jusqu’à comparer des athlètes actuels aux hommes et femmes préhistoriques «lambda». Le magazine Sport & Vie n° 121 revient longuement sur cette thèse.

Passons sur la manière discutable de ces comparaisons. Peter MacAllister affirme qu’Alexey Voyevoda, champion du bras de fer, ferait pâle figure face à UNE Néandertal (qui avait plus de muscles et des bras plus courts lui offrant un meilleur bras de levier). Idem pour Usain Bolt, qui serait écrasé au sprint par un aborigène australien vivant il y a 20 000 ans et dont on a retrouvé des traces fossilisées. Courant à 37 km/h sur un sol meuble et glissant, il arriverait sans peine à 45 km/h sur une piste… Mmmh, j’en doute un peu… J’y reviendrai sans doute dans un futur billet

Lavez-vous… sans savon

Et pour finir, après un repas frugal et quelques heures d’exercice, il serait temps de passer sous la douche… mais sans savon. C’est l’expérience qu’ont tenté des adeptes du retour aux sources. Après une période de tests de quelques mois, ils ne dégageraient aucune odeur et leur peau aurait retrouvé la douceur de celle d’un bébé (non, je ne fais pas de pub)… Une histoire de pH et de régulation de la peau…

C’est un des préceptes avancés par Richard Nikoley dans son blog « Free the animal » où on peut lire un condensé du mode de vie préhistorique. Alors faites comme lui, libérez l’animal qui est en vous ! Quant à moi, je vais me reprendre un peu de glace.

A la préhistoire du style

<< Découvert sur le site de Télérama >> Chevaux, bisons, aurochs… Des grottes de Fôz Coa à celles de Lascaux, les silhouettes tracées par les hommes préhistoriques révèlent l’invention d’un style artistique il y a 25 000 ans. Démonstration avec Emmanuel Guy, préhistorien et historien de l’art.

Les scientifiques jouent-ils aux dés ?

« La science n’a pas de limites », « certaines grandes découvertes se font sous la douche », « il faut toujours faire confiance aux experts » ou encore « les scientifiques sont des hommes très intelligents et socialement inadaptés ». Voilà quelques idées reçues qu’on croirait tout droit sorties du café du commerce.

On les retrouve toutes, ainsi que d’autres tout aussi gratinées dans le livre « Les scientifiques jouent-ils aux dés ? » publié aux éditions du Cavalier Bleu. Lecture indispensable moins pour se distraire du temps exécrable que pour bousculer sa propre vision des sciences. Et oui, même si vous êtes un habitué des magazines de vulgarisation et autres blogs de sciences, vous trouverez sans aucun doute un ou plusieurs passages qui viendront bousculer votre vision des choses.

En quatre grands chapitres et avec de judicieuses citations de chercheurs, humoristes, penseurs ou héros de séries (The Big Bang Theory, The Simpsons…), l’ouvrage démystifie les sciences et techniques et souligne leurs rapports étroits avec la société.

« Vous allez sur la lune mais vous pouvez pas empêcher mes chaussettes de sentir mauvais ? » Homer Simpson

L’approche est d’autant plus intéressante que ce recueil est le fruit de scientifiques de formation. Les 10 auteurs (1), membres du groupe Traces (voir nos portraits) ont fait ce pas de côté qui consiste à observer les sciences et techniques par le biais des sciences humaines et sociales. Beaucoup d’entre eux sont médiateurs, blogueurs, « communicants » de la science. Leurs écrits s’en ressentent, qui sont simples et pleins de bon sens, loin de certains dogmes « parfois véhiculés par les scientifiques eux-mêmes » indique Bastien Lelu, coordinateur du projet.

Son acolyte Richard-Emmanuel Eastes précise : « nous avons souhaité avoir une approche critique de la science, dans le bon sens du terme, la désacraliser, montrer qu’elle ne dévoile pas d’hypothétiques lois qui régiraient l’univers par exemple, tout en incitant sur la robustesse de ce qu’elle produit ».

Les chercheurs, souvent moqués et comparés à des professeurs Tournesol (dans le meilleur des cas) sont remis à une place qui leur sied mieux, celle d’humains qui font leur travail, avec humilité et passion. Un point est également fait sur le processus de création par la science, trop peu connu et plutôt rigide et codifié, avec ses publications relues par les scientifiques eux-mêmes et publiées dans les revues à comité de lecture.

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Un processus aux antipodes de la construction de ce livre, voulu dès le départ comme un processus collectif. « Nous aurions pu penser uniquement des séminaires, des réunions de travail sur ce sujet, nous aurions également pu l’écrire seulement Bastien et moi mais le résultat n’aurait pas été le même » avoue Richard-Emmanuel Eastes. Et pour cause, ce projet de livre, ainsi que celui du manifeste Révoluscience dont Mélodie et Antoine ont déjà parlé dans nos colonnes (1, 2 et 3), ont nourri les réflexions du groupe Traces et accompagné sa mise en place, dès l’été 2008. « A l’époque, nous nous voyions toutes les semaines au moins une demi-journée pour une séance de réflexion » se souvient Bastien Lelu. Les années 2008 et 2009 seront ainsi rythmées par des séances où chaque membre exposait ses lectures ou ses expériences sur la médiation des sciences, les science studies, la philosophie des sciences.

Les deux coordinateurs en ont alors profité pour collecter « en vrac » des énoncés possibles d’idées reçues sur la science, les « débroussailler » et les classer pour arriver dès fin 2009 avec un plan du futur ouvrage. Puis ils ont distribué le travail aux auteurs selon leurs affinités et… ont relu et corrigé le résultat. Un vrai travail d’équipe pour un résultat à mettre entre toutes les mains.

Note

  1. Parmi les 10 auteurs, un grand nombre est présent sur Knowtex : Antoine Blanchard, Richard-Emmanuel Eastes, Mélodie Faury, Édouard Kleinpeter, Bastien Lelu, Nicolas Loubet, Matteo Merzagora, Hélène Monfeuillard, Livio Riboli-Sasco, Claire Truffinet

Loïc Petitgirard : du chaos à l’expo

Les parcours sinueux, on connait dans le monde de la culture scientifique et technique (CST). Ce n’est pas Loïc Petitgirard qui dira le contraire. Formé aux « sciences dures » (mathématiques et physique) à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon à la fin des années 1990, il prendra vite un chemin différent de ses camarades.

« A l’ENS, les étudiants doivent suivre une dominante mais ils ont également la liberté d’aller tester autre chose, explique-t-il, pour ma part, j’ai passé l’agrégation de mathématiques tout en découvrant l’histoire et la philosophie des sciences ». C’est là qu’il rencontre Girolamo Ramunni, historien des techniques à l’université Lyon 2, qui plus tard deviendra son collègue.

Entre physique et histoire, son cœur balance

Toujours friand de sciences physiques – « j’ai fait deux stages de recherche en physique théorique ; ça me branchait » – Loïc dérive pourtant petit à petit du côté des sciences humaines : « j’aimais poser des questions sur la science, son histoire, ses concepts, sa dimension sociologique ». Jusqu’au jour où l’étudiant a du faire un choix : « j’ai franchi le pas pour me former sérieusement à l’histoire avec un DEA en histoire contemporaine ».

De sa rencontre avec les historiens « purs et durs », il garde un souvenir ardu mais enrichissant. Il enchaîne, moyennant quelques négociations, avec une thèse en histoire contemporaine spécialisée en sciences à l’université Lyon 2. « Il s’agissait d’un parcours innovant. Nous étions trois extraterrestres au parcours hors des sentiers battus : l’un en philosophie, le deuxième au théâtre et moi en histoire ». Pas si anecdotique dans un monde où la pression sociale n’est pas négligeable. « Une partie des scientifiques, sceptique, ne comprend pas ce que sont les sciences humaines et sociales. Heureusement, certains m’ont soutenu ».

Le sujet de sa thèse ? La théorie du chaos, toujours à la mode depuis sa naissance au début du XXe siècle, « même si la notion de réseaux et de complexité a pris le pas aujourd’hui ». Cette thèse a permis à Loïc de comprendre d’où vient cette notion, comment elle a émergé, et plus largement les mécanismes de construction et d’acceptation d’un concept scientifique. « Le sujet d’une thèse en épistémologie et histoire des sciences peut paraître ardu, mais, plus globalement, il s’agit de comprendre ce qu’est la science, comment elle fonctionne et quels sont ses rapports avec la société. Une petite pierre à l’édifice ! ».

Sa thèse en poche, Loïc signe un contrat postdoctoral au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) puis obtient le concours de maître de conférences en 2005. « Mon approche de l’histoire contemporaine des sciences collait avec le projet du CNAM, qui s’est mis en place petit à petit notamment avec le Musée des Arts et Métiers ». Ce poste a amené Loïc à se diversifier, notamment du côté de l’histoire des techniques et de la diffusion de la CST (expositions, colloques, patrimoine…).

Former des passeur de savoirs au CNAM

En parallèle de sa titularisation, le CNAM a mis en place le Magister sciences et techniques dans la société, qu’il dirige avec Girolamo Ramunni, destiné aux personnes qui travaillent dans le milieu de la CST ou dans un domaine connexe. « On leur apprend le cadre intellectuel, les pratiques et les outils (écrit, radio…) pour travailler dans ce milieu ». Et Loïc d’égrener les thèmes cruciaux de ce secteur : la recherche en train de se faire, l’économie de la recherche, les débats science-société…

Travaillant au sein d’un organisme de formation continue et professionnelle, l’équipe est à l’écoute de ses « auditeurs » : horaires adaptés (une quinzaine de rendez-vous dans l’année, le soir et le samedi) et évolution des cours suivant l’actualité (à la rentrée, la question du nucléaire sera abordée), les enjeux (nouveaux médias) ou la demande grâce à un carnet d’adresse bien fourni en intervenants de ce milieu.

Station de métro des Arts et Métiers

Une formation exigeante et réflexive

Si les sujets peuvent varier, la formation ne se départ pas d’un certain nombre de principes : « nous sommes attachés à la dimension culturelle des sciences mais aussi des techniques, complètement sous-estimées dans les débats, souligne Loïc, nous souhaitons mettre en débat les résultats de la recherche et pas seulement faire de la vulgarisation de l’actualité. En bref, nous apprenons à nos auditeurs à construire un discours culturel avec une distance critique ».

Pendant la formation, les auditeurs développent un projet qu’ils explicitent dans le cadre d’un mémoire. La forme des projets peut varier (exposition, émission radio, site internet, spectacle…) mais l’accent est toujours mis sur le processus. « Les auditeurs doivent expliquer la manière dont ils ont abordé le thème et ce que ça leur a suscité comme interrogation ».

Aéroplane de Clément Ader

Le magister nécessite deux ans pour le mener à bien. Conscient que tout le monde ne pouvait pas être aussi disponible, le CNAM a créé en parallèle un Certificat de compétences de construction d’une opération de CST d’une année afin d’acquérir les rudiments et les outils essentiels du monde de la culture scientifique. « Le certificat peut également être vu comme une poupée russe incluse dans le magistère. Les auditeurs sont libres de découvrir la première année et de poursuivre une année de plus avec le magistère ». Et bon nombre d’entre eux s’est laissé prendre au jeu. « Beaucoup croient ne rien apprendre de nouveau en s’inscrivant au certificat car ils ont souvent passé 15 ans dans ce milieu. Mais il y a toujours quelque chose qu’ils n’ont pas vu et qui attise leur curiosité ».

Une communauté d’auditeurs

Les cours du magister et du certificat sont suivis par une quinzaine d’auditeurs à Paris et entre 20 et 30 en région via des captations vidéo téléchargées sur une plateforme privée ainsi que des wiki de notes. Des petits groupes se sont même spontanément formés, notamment à Toulouse, Nantes et Reims pour suivre collectivement les enseignements à distance.

Les centres régionaux du CNAM les prennent en charge et organisent des rencontres avec les professionnels locaux. « Nous aimerions mettre en avant la richesse de ces profils et de ces parcours, sur le web, afin de créer une dynamique de groupe. Jusqu’ici, on découvrait souvent en fin d’année que les auditeurs ont des ressources » note Loïc.

Le Pendule de Foucault

Afin de compléter son offre, l’équipe de Paris va inaugurer en janvier prochain un parcours de licence professionnelle en partenariat avec le CNAM Pays-de-la-Loire à Nantes. Il s’agira peu ou prou du programme du certificat de compétences renforcé par des outils de communication, de marketing et de management (un savoir-faire reconnu au CNAM). « Il s’agit d’une formation hybride qui émane des demandes des régions. Elles veulent des personnes capables de proposer des analyses en rapport avec la politique culturelle de la région, de construire un projet de culture scientifique et de le « vendre » à des élus et des collectivités ».

Quant à Loïc, ces prochains mois, il espère pouvoir « développer un beau projet d’exposition pour le musée en 2013 ». Souhaitons-lui la même réussite que la précédente exposition MuséoGames.

>> Illustrations : portrait par Loïc Petitgirard, autres photos Flickr, licence CC par Thomas Claveirole, Katchooo, Oric1 et Collinox.

[ebook] Knowtexblog saison #1 : Le Grand Mix

C’est l’été : la saison des embouteillages, du bronzage… et des bilans. Nous n’échappons pas à la règle, nous qui bloguons depuis 10 mois sur les pratiques innovantes de la médiation culturelle des sciences et techniques. Avec plus de 230 billets au compteur, ça valait le coup de se pencher sur nos productions et d’en sortir une « petite » compilation (une centaine de pages tout de même).

Autant l’avouer tout de suite, le choix a été dur et nous avons mis de côté, à regret, un grand nombre d’articles. Ce fut également l’occasion de découvrir la manière dont on édite un ebook (vos remarques sont les bienvenues) et de nous adonner au remixage de contenus, une pratique qui nous est chère. Petit exercice de style sans prétention pour un « best-of » à glisser dans son sac de plage télécharger sur ses tablettes, smartphones et autres écrans et à partager sans modération ;-)

Téléchargez l’ebook au format PDF en cliquant sur le lien « Download » ci-dessous.

Relais d’sciences fait hardiment sa mue

Les membres de Relais d’sciences n’ont pas froid aux yeux. Devant l’absence de lieux et de ressources pour concevoir des expositions « classiques », ils proposent des happenings comme un « lâcher » de dendrobates en béton pour sensibiliser à la biodiversité. On leur dit que le public des 15-25 ans est « inatteignable » et n’a pas d’autre intérêt que son téléphone portable et sa petite copine : ils axent leur programmation sur celui-ci. Quant au numérique, ils plongent littéralement dedans malgré ses nombreux points d’interrogation.

Autant de pistes lancées à dessein par le directeur du CCSTI, Bruno Dosseur, arrivé en 2003 du monde de la formation professionnelle, ou par des membres du centre, issus, eux, du spectacle vivant. Toute une équipe qui détonne dans le milieu « traditionnel » de la CSTI. Un petit retour en arrière s’impose.

Une histoire de réseaux

Relais d’sciences est une association créée en 1998 par l’Etat et la Région Basse-Normandie, en agrégeant des membres issus des communautés scientifique, éducative, économique et culturelle. Seul CCSTI de la région, l’association est d’emblée ancrée dans son territoire grâce à un réseau de partenaires, et ce malgré l’absence de lieu d’exposition. « L’association a été construite selon un modèle original, indique Bruno Dosseur, avec des médiateurs animant six antennes locales dans autant de villes de la région, jusqu’en 2002. Mais ce modèle n’a pas tenu, pour des raisons économiques et de management de projet ».

Lâcher de dendrobates

Bruno Dosseur est alors arrivé en 2003 pour organiser la recentralisation de l’association, la professionnalisation de sa démarche ainsi que son entrée dans le réseau national. L’entreprise prendra trois ans. « Ce n’est qu’en 2007 que nous avons pu revenir pleinement vers les territoires, précise-t-il, avec une programmation en saisons culturelles annuelles, les Odyssées ». De 2007 à 2010 se succèdent trois Odyssées : blanche (pôles), jaune (déserts) et verte (forêts), co-construites avec une trentaine de communes.

L’ouverture vers les jeunes adultes

Après cette période destinée à implanter fortement Relais d’sciences en région, 2011 voit le début d’un nouveau cycle, tourné vers les autres CCSTI français, notamment les plus innovants. « Pour cette année et les suivantes, nous avons créé un plan stratégique qui nous positionne sur le numérique et auprès des 15-25 ans, avec une dimension nationale, indique Bruno Dosseur, nous sommes une petite équipe de 7-8 personnes, mobile et adaptable. Cette situation nous « contraint » à collaborer, dans le bon sens du terme, avec les autres CCSTI ». Tout comme Bernard Alaux et Laurent Chicoineau, les directeurs des CCSTI de Bordeaux et Grenoble, Bruno Dosseur sait que la culture scientifique est « un élément non mineur du développement territorial ».

Voilà pourquoi il compte s’adresser aux 15-25 ans, une « cible stratégique, en plein choix de carrière mais difficile à atteindre, contrairement aux 10-12 ans, curieux de tout mais dont l’idée de carrière, scientifique ou pas, se pose encore peu ». Pour connaître ce public « zappeur » et tenter de nouveaux outils, formats et modes d’approche, Relais d’sciences travaille auprès de lycéens et d’apprentis (un public dit « captif ») avant d’ouvrir plus largement le spectre. Et cette ouverture passe en grande partie par le numérique. Ainsi, Relais d’sciences souhaite renouveler son mode d’approche en lançant des expérimentations avec des dispositifs tactiles, des écrans d’eau, des mondes virtuels, etc. et en privilégiant des événements artistiques et uniques.

Bousculer le public

Bruno Dosseur met en avant les notions de recherche, de création et d’imagination : « nous revendiquons un regard extérieur, ouvert sur le monde et pas uniquement sur les sciences. Notre démarche est de dépasser les frontières, tester, expérimenter, bousculer ce qui se fait… ». Des tests qui laissent parfois leur public pantois, comme par exemple lors de l’Odyssée verte. « L’exposition était plutôt déconcertante, notamment la jungle virtuelle sur une table tactile associée à un écran géant. Nous avons eu beaucoup de retours critiques, notamment sur la forme. En effet, notre équipe se place peu dans le transfert de connaissance et préfère amener les gens à réfléchir par eux-mêmes et à s’impliquer. Finalement, nous sommes l’inverse d’un musée : si on ne touche pas, il ne se passe rien ».

http://www.dailymotion.com/videoxdd96t

C’est dans cet esprit que Relais d’sciences se lance dans la conception de sa prochaine exposition (mais faut-il encore utiliser ce mot ?) « Entrez en matière ! » sur la physique des particules prouvant là encore son goût pour les challenges. « C’est un sujet extrêmement difficile sur le plan formel, pas très intéressant à première vue pour le public et plutôt délicat dans la région la plus nucléarisé de France » égrène sereinement le directeur. Le dispositif ressemblera à de grandes boîtes « remplies » de technologie numérique qui présenteront les concepts de complexité, d’énergie…

De vraies « canapouts » comme les surnomme avec tendresse Bruno Dosseur, du nom des machines poétiques remplies d’engrenages et de leviers présentées dans une émission de sa jeunesse. « Ces machines seront dispersées sur le territoire pendant deux ans et pourront fonctionner de manière isolée ou bien être regroupées lors d’événements. Elles présenteront des concepts vulgarisés, les enjeux de la physique des particules, ses applications, ses acteurs… » sans oublier une dimension poétique : la question de l’origine, l’équation du tout, les formes, les multivers, la vallée de la stabilité

Une belle occasion de tester de nouveaux dispositifs, comme la Kinect pour créer de nouveaux comportements chez les visiteurs, des écrans à particule d’eau qu’ils pourront toucher ou la réalité augmentée pour saisir les particules et comprendre leur état de force, leur résistance… Plutôt osé, n’en déplaise au comité scientifique, constitué de nombreux physiciens légèrement déstabilisés par l’approche innovante.

Un lieu convivial aux antipodes du musée

L’ensemble de ces tests et de ces dispositifs numériques nourrira le projet du futur lieu d’accueil de Relais d’sciences, dont le « nom de code » est pour l’instant la « Maison de la recherche et de l’imagination » mais qui reste encore un véritable « objet non identifié », même pour ses futurs locataires. S’inspirant des FabLabs et autres LivingLabs, cette « Maison » s’écartera des codes habituels des CCSTI et aux musées. « Il s’agira d’un lieu de vie dans lequel on aura envie d’y passer un moment et surtout un lieu d’expérimentation ». Pas de salle d’expo ou d’amphi mais 2000 m² avec des espaces entièrement modulables, sans dispositif permanent et ouvert aux propositions de tests, d’expérimentations, de happening (souvenez vous des grenouilles)…

Au cœur de la ville, ce lieu proposera des horaires d’ouverture originaux (la journée bien sûr, mais aussi le soir, le dimanche, voire la nuit). Originalité : la programmation annelle sera assurée pendant 6 mois par Relais d’sciences et le reste du temps par ses partenaires (Centre de réalité virtuelle de l’Université, pôle de compétitivité sur les transactions électroniques sécurisées, Planète Science Normandie, entreprises de l’économie numérique, etc.). L’intérêt, encore une fois, est le partage des savoirs et des intérêts.

Une philosophie open source

De ces nombreuses expérimentations, Bruno Dosseur a tiré un enseignement. « Jusqu’ici, les structures productrices de contenus devaient s’adapter à chaque nouvelle technologie émergente. L’iPad est l’exemple type. Ceux qui ont décidé de l’utiliser ont du retravailler tous leurs contenus ». Le CCSTI, qui travaille actuellement sur la transposition de sa jungle virtuelle sur le web l’a bien compris. « L’avenir est dans l’ouverture aux différents métiers, la disparition du formatage. Nous devons inventer un langage commun et ne pas travailler chacun dans notre coin ».

Ainsi, le centre lance un travail de recherche sur la normalisation des données du contenu intellectuel. « Des données brutes entrent chez nous, dans le cadre d’une exposition par exemple. Elles doivent pouvoir être « lues » par n’importe quelle technologie et surtout être partagées selon la philosophie open source ». Autant de collaborations possibles avec les autres CCSTI mais aussi avec l’éducation nationale, les espaces publics ou toute autre institution. « Le contenu est le même mais les modes d’appropriation peuvent différer ». Ce serait donc ça, un CCSTI du futur ?

>> Illustrations : Relais d’sciences, PilotMotiv (& Jean-Marc et Valérie Léger) et photos Flickr, licence CC –> misko13, urban don, macten, dalbera

Ville créative : une enquête, une carte, un événement

Ces derniers temps, j’ai eu l’occasion de mener une enquête autour de la notion de « Ville créative » avec Camille Pène de L’Atelier Français. Cette enquête m’a permis de visiter des lieux étonnant (Strate Collège Designer, l’ENSCI-Les Ateliers, le Laboratoire, le CRI…) et de rencontrer des gens passionnés et passionnants, qui m’ont parlé de design, de médiation, d’éducation, d’art-sciences… Tous avaient leur petite idée pour améliorer la vie de leurs contemporains… Un régal de les écouter s’exprimer sur ce qui les fait vibrer ! Je vous propose de jeter un oeil aux billets rassemblés dans la weblist Knowtex « La Ville créative« .

En parallèle, Raphaël et Mikaly ont mis au point une carte interactive qui vise à recenser les lieux de création au sens large du Grand Paris, dans les sciences, les arts et la technologie (cliquez sur la carte pour la voir en vrai). Cette carte montre la diversité des sphères créatives, met en évidence des proximités géographiques et thématiques entre acteurs et, on espère, favorisera des rencontres et des collaborations. N’hésitez-pas à mettre votre grain de sel, elle est collaborative !

Gd paris

Mieux ! Profitant de l’expérience de l’Atelier français, j’ai eu l’occasion de présenter cette carte en préambule d’une conférence intitulée « La ville créative : marketing urbain ou modèle économique? » qui s’est tenue le 23 juin à la Gaîté Lyrique dans le cadre du festival Futur en Seine.

La captation vidéo de la conférence

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les meilleurs moments

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Rupestres !

Plongeon en images dans le monde des artistes préhistoriques, avec six auteurs de bande dessinée bien actuels.

En préhistoire, l’art pariétal désigne l’ensemble des œuvres (peintures, gravures, sculptures) réalisées par l’homme sur des parois de grottes ou d’abris-sous-roche. Cet art s’oppose à l’art mobilier, exécuté sur de petits objets (statuettes, gravures sur objets de la vie courante comme des propulseurs, des éléments de parure…). Certains chercheurs opposent l’art pariétal à l’art rupestre (1), ce-dernier étant exécuté sur des parois ou des rochers exposés à la lumière du jour.

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L’art pariétal paléolithique, le plus connu, a une existence limitée dans le temps et l’espace. Il est apparu 35 000 ans environ avant le présent (2) et s’est étendu en grande majorité dans une zone située entre l’Aquitaine et les Asturies (Espagne) en passant par les Pyrénées, avant de disparaître il y a 10 000 ans BP (2) environ. Les similitudes sont frappantes entre les sites, preuve d’une culture commune ou, du moins, d’échanges entre les tribus de chasseurs-cueilleurs.

Radicalement différentes des œuvres exposées dans nos musées, peintes sur des toiles relativement modestes ou sculptées dans un atelier, les œuvres pariétales préhistoriques sont par essence inextricablement liées à leur support, quelles soient petites et discrètes (fines gravures ou ponctuations peintes) ou bien monumentales (grands panneaux ornés).

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Cet art a longtemps été ignoré des historiens de l’art et des préhistoriens. Aujourd’hui, ceux-ci en font mention comme l’ancêtre de toutes les formes d’art, sans pour autant réussir à s’accorder sur son interprétation. Les hommes préhistoriques ont-ils peint les parois de grottes parce qu’ils trouvaient ça « beau », pour s’attirer la sympathie des esprits des bêtes qu’ils chassaient ou encore lors de rites chamaniques ? Nous n’avons pas (et nous n’aurons probablement jamais) la réponse. Mais cette question en suspend est peut-être la chance de faire rêver le public et de l’inciter à contempler ces œuvres.

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C’est en tout cas cette fascination qui a poussé six auteurs de bande dessinée et non des moindres (Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, David Prudhomme, Pascal Rabaté et Troubs surnommés respectivement Le Bison, L’Abbé, Le Chafouin, La Belette, Croma et L’Auroch) à s’enfoncer dans les profondeurs de plusieurs grottes ornées pour nous livrer un album étonnant : Rupestres !

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L’équipe, surnommée le réseau Clastres, du nom d’une galerie de la grotte de Niaux

En deux ans, ils découvriront ainsi les plus belles cavités du sud-ouest de la France : les Combarelles, Font-de-Gaume, Bara-Bahau, Lascaux II, Cougnac, Niaux, Commarque, Rouffignac, Pech-Merle et Bernifal. J’avoue ma jalousie en écrivant ces lignes ! En passant, mentionnons qu’ils ont rencontré les membres de l’association Lithos Périgord, dont Pascal Raux, qui m’ont fait découvrir les magnifiques chevaux ponctués de Pech-Merle (entre autres) avec la passion qui les caractérise.

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De ces nombreuses visites, les auteurs nous livrent leurs impressions brutes, sombres, muettes mais aussi drôles, bavardes et colorées (voir quelques exemples de planches). Les traits s’entremêlent à l’image de ceux de leurs homologues du paléolithique. A tout moment, on perçoit la crainte et le respect que les auteurs ont ressenti en s’aventurant dans ces espaces figés dans le temps. A tel point qu’ils en ont même l’impression de croiser un homme préhistorique égaré au détour d’un rocher.

Il en ressort un album fort, unique qui a le mérite de ne pas tenter d’interpréter les œuvres préhistoriques mais qui se place modestement en observateur voire même en complice.

Références : Rupestres ! collectif, Futuropolis, 210 p., 25 €

Notes :

  1. Les auteurs anglais nomment l’art pariétal cave art et l’art rupestre rock art.
  2. L’expression « avant le présent » ou before present (BP) est utilisée en préhistoire pour désigner les âges, en années comptées à partir de l’année 1950, date de référence fixée arbitrairement correspondant aux premiers essais de datation au carbone 14.

Pour aller plus loin : l’émission La Grande Table, sur France Culture dédiée à cette aventure

Grand Paris, métropole créative : l’enquête et la carte collaborative

Knowtex est une communauté que beaucoup ont crue au départ cantonnée aux sciences « dures ». En fait, nos centres d’intérêts sont beaucoup plus vastes et touchent la culture, le numérique, le design, les arts, l’innovation… Nous aimons explorer les transformations du monde par le prisme de ces grands domaines.

Exposition « Le Design Cellulaire » au Laboratoire, par le designer François Azambourg et le chercheur Don Ingber

Il y a quelques semaines, nous avons rencontré Camille Pène de L’Atelier Français (1). Nous nous sommes rendu compte que nous faisions la même chose, chacun dans notre sphère : mettre les gens en réseau. Dans les industries culturelles classiques pour Camille (cinéma, édition, musique…), dans le monde de la culture scientifique et technique pour nous. Il n’en fallait pas plus pour que nous lancions une enquête commune autour d’une notion qui nous rassemble : la « ville créative », en vue d’une conférence qui a eu lieu hier soir à la Gaîté Lyrique dans le cadre du festival Futur en Seine (voir notre couverture de l’événement).

Camille et moi, assistées de Raphaël et Audrey avons rédigé une quinzaine d’articles sur ce thème à partir de rencontres et de reportages. Ces articles sont disponibles sur nos deux sites et ont été rassemblés dans une weblist dédiée. En parallèle, Raphaël et Mikaly ont mis au point une carte interactive qui vise à recenser les lieux de création au sens large du Grand Paris, dans les sciences, les arts et la technologie.

Découvrez la carte GRAND PARIS : métropole créative

Chaque thématique s’est vue attribuer une couleur (bleu pour les sciences, vert pour la technologie et rose pour les arts), un lieu pouvant bien sûr cumuler plusieurs couleurs (c’est par exemple le cas pour l’IRI). Pour chaque lieu, nous avons indiqué l’adresse postale du lieu, le lien vers le site internet (et s’il y a lieu vers le compte Twitter et la page Facebook) ainsi qu’un lien vers l’article que nous avons rédigé pour le Knowtexblog.

Cette carte a plusieurs buts : montrer la diversité des sphères créatives, mettre en évidence des proximités géographiques et thématiques entre acteurs et surtout favoriser des rencontres et pourquoi pas des collaborations. Mieux, cette carte est collaborative. Nous vous invitons donc à inscrire dès maintenant les lieux que vous considérez comme créatifs, que vous soyez habitués, membres de ces lieux ou simplement curieux.

A titre d’information, un lieu créatif – pour nous – est un lieu ouvert où des rencontres régulières sont prévues (barcamps, conférences, ateliers, etc.) et à partir duquel des projets innovants se développent. Ça laisse la porte ouverte à beaucoup d’adresses dans l’Ile-de-France. Notre équipe traitera l’ensemble des propositions et se fera un plaisir d’aller à la rencontre des acteurs de la métropole créative, afin d’enrichir notre enquête.

Si vous avez des remarques et des suggestions concernant la carte, n’hésitez pas à nous en faire part…

Note

  1. Au sujet de cette rencontre, lire notre article et celui de Camille

Médiation de l’art contemporain : le numérique en trait d’union

Vous faites peut-être partie de ces dubitatifs qui ne comprennent vraiment pas l’art contemporain. Rien à faire, ces monochromes et ces sculptures aux formes douteuses ne vous inspirent pas… Pour Gonzague Gauthier, community manager au Centre Pompidou, la raison de ce désamour vient peut-être de votre solitude face à ces œuvres d’art, qui ne vous évoquent rien, « contrairement à l’impressionnisme, plus rassurant car figuratif ». Si en plus le cartel accroché près de l’œuvre ne donne que des indices techniques (taille, matériaux utilisés…) et que l’œuvre heurte notre esthétique plutôt habituée au « beau », il n’en faut pas plus pour décrocher…

Les musées d’art se doivent donc de trouver une nouvelle forme de médiation, accessible à tout un chacun et pas seulement aux conservateurs et amateurs éclairés qui aiment entretenir ce flou autour de l’art contemporain. C’est le défi que s’est donné le Centre Pompidou. « Notre emplacement près des Halles draine un public plus jeune et plus divers que celui des autres musées d’arts, indique Gonzague Gauthier, une de nos missions depuis les débuts du centre est d’attirer ce public précis ».

Le programme jeunesse comme prototype

C’est le but du studio 13-16, un « espace exclusivement dédié aux adolescents [qui] propose un programme unique constitué de rencontres avec des artistes en tous genres (plasticiens, danseurs, DJs, chorégraphes, vidéastes…), de workshops pour s’essayer à l’art sous toutes ses facettes, d’expériences inédites autour d’œuvres interactives, de soirées et week-end festifs (Studio Party…) ».

http://www.dailymotion.com/videoxetcph

Cet espace est emblématique de ce que le centre souhaite mettre en place plus largement en termes de médiation. En bon community manager, Gonzague y va de ses propres propositions. En plus de l’activité « classique » tournée vers les réseaux sociaux, il aimerait utiliser l’espace physique du centre et plus largement la ville comme lieux de création : résidences numériques, installation de clés USB dans les murs pour partager des fichier avec des inconnus, accueil de « hackers » dans le centre, géolocalisation d’informations relatives aux artistes et aux œuvres dans Paris… « L’art du 20ème siècle est très collaboratif. Nous avons intérêt à mettre cette dimension en avant, à inverser les rapports entre acteurs et spectateurs ». Le but : permettre au public d’accéder aux œuvres autrement et, par là même, changer son regard sur les œuvres.

Participer pour s’approprier

On le voit, le mode participatif, direct et concret est privilégié : « l’immersion est nécessaire à la découverte. Dans le studio 13/16, le but est de créer un contact direct avec le contenu, voire avec le conservateur, plutôt qu’avec le médiateur qui explique ». Mais pour garantir cette forme de découverte, le spectateur doit à la fois avoir accès à ce savoir mais aussi aux outils pour se l’approprier (voir le remixer). Si le contact direct avec l’œuvre est incontournable – certains versent même parfois une petite larme – le numérique peut également apporter sa pierre à l’édifice.

Au centre, Gonzague Gauthier

Par chance, « nous traitons une période particulière de l’histoire de l’art, qui entretien des rapports étroits avec la technologie et le numérique » souligne Gonzague. En clair, « nous avons une cohérence entre la forme et le fond, vis-à-vis d’autres musées comme le Louvre ». Alors, profitant de sa renommée en tant qu’institution culturelle « et [de] notre légitimité dans ce domaine, avec nos travaux en commun avec l’IRCAM et l’IRI », le centre vient d’annoncer le lancement prochain de son nouveau site (voir captation vidéo), pour l’instant baptisé « Centre Pompidou virtuel » (CPV).

« Durant l’été, nous allons mener des focus groupes pour avoir une première idée des retours d’utilisateurs. En septembre, nous ouvrirons progressivement le site en bêta, pour une ouverture totale en novembre, détaille Gonzague, le CPV sera évolutif et s’ouvrira aux usagers. Un espace personnel sera disponible et adapté aux projets collaboratifs satellites tels que les ateliers Wikimédia ou les livetweets ».

Expérience autour du web sémantique

Très éloigné du site actuel, il s’agira d’une plate-forme de diffusion de contenus et de ressources numériques « résolument ouvert[e], privilégiant l’open source et l’interopérabilité ». En clair : le centre va petit à petit mettre à disposition du public les 65 000 œuvres de son fond sur ce site. « Celles-ci sont encore sous droits d’auteur mais un travail énorme a été engagé pour que nous puissions les rendre disponibles malgré cela. En revanche, le but est que l’espace personnel, adossé au centre de ressource, puisse entièrement être sous Licence Creative Commons ». La programmation (notamment les conférences) et la production éditoriale et multimédia auront également la part belle.

Une représentation possible du web sémantique

Originalité par rapport à d’autres sites institutionnels : le pari du web sémantique. « Les ressources indexées seront organisées non selon une arborescence hiérarchique rigide mais en clusters (nuages) ouverts, donnant à l’internaute la possibilité de naviguer par le sens. Chaque page sera ainsi liée à un ensemble de ressources connexes, permettant à l’utilisateur de faire son propre parcours ». En bref, il s’agit d’une approche originale que Gonzague qualifie même d’impertinente venant d’une telle institution. Décidée par le président du centre Alain Seban, elle se veut prescriptrice aux autres centres d’art et en perpétuelle expérimentation.

Est-ce que la première tentative de ce genre sera couronnée de succès ? Réponse dans quelques mois, quand les premiers visiteurs auront exploré ce site et tracé leurs propres routes au sein d’un univers jusque là peu accessible.

>> Illustrations : scarletgreen, yannick_vernet, Samuel Huron (Flickr, licence CC)