Relais d’sciences fait hardiment sa mue

Les membres de Relais d’sciences n’ont pas froid aux yeux. Devant l’absence de lieux et de ressources pour concevoir des expositions « classiques », ils proposent des happenings comme un « lâcher » de dendrobates en béton pour sensibiliser à la biodiversité. On leur dit que le public des 15-25 ans est « inatteignable » et n’a pas d’autre intérêt que son téléphone portable et sa petite copine : ils axent leur programmation sur celui-ci. Quant au numérique, ils plongent littéralement dedans malgré ses nombreux points d’interrogation.

Autant de pistes lancées à dessein par le directeur du CCSTI, Bruno Dosseur, arrivé en 2003 du monde de la formation professionnelle, ou par des membres du centre, issus, eux, du spectacle vivant. Toute une équipe qui détonne dans le milieu « traditionnel » de la CSTI. Un petit retour en arrière s’impose.

Une histoire de réseaux

Relais d’sciences est une association créée en 1998 par l’Etat et la Région Basse-Normandie, en agrégeant des membres issus des communautés scientifique, éducative, économique et culturelle. Seul CCSTI de la région, l’association est d’emblée ancrée dans son territoire grâce à un réseau de partenaires, et ce malgré l’absence de lieu d’exposition. « L’association a été construite selon un modèle original, indique Bruno Dosseur, avec des médiateurs animant six antennes locales dans autant de villes de la région, jusqu’en 2002. Mais ce modèle n’a pas tenu, pour des raisons économiques et de management de projet ».

Lâcher de dendrobates

Bruno Dosseur est alors arrivé en 2003 pour organiser la recentralisation de l’association, la professionnalisation de sa démarche ainsi que son entrée dans le réseau national. L’entreprise prendra trois ans. « Ce n’est qu’en 2007 que nous avons pu revenir pleinement vers les territoires, précise-t-il, avec une programmation en saisons culturelles annuelles, les Odyssées ». De 2007 à 2010 se succèdent trois Odyssées : blanche (pôles), jaune (déserts) et verte (forêts), co-construites avec une trentaine de communes.

L’ouverture vers les jeunes adultes

Après cette période destinée à implanter fortement Relais d’sciences en région, 2011 voit le début d’un nouveau cycle, tourné vers les autres CCSTI français, notamment les plus innovants. « Pour cette année et les suivantes, nous avons créé un plan stratégique qui nous positionne sur le numérique et auprès des 15-25 ans, avec une dimension nationale, indique Bruno Dosseur, nous sommes une petite équipe de 7-8 personnes, mobile et adaptable. Cette situation nous « contraint » à collaborer, dans le bon sens du terme, avec les autres CCSTI ». Tout comme Bernard Alaux et Laurent Chicoineau, les directeurs des CCSTI de Bordeaux et Grenoble, Bruno Dosseur sait que la culture scientifique est « un élément non mineur du développement territorial ».

Voilà pourquoi il compte s’adresser aux 15-25 ans, une « cible stratégique, en plein choix de carrière mais difficile à atteindre, contrairement aux 10-12 ans, curieux de tout mais dont l’idée de carrière, scientifique ou pas, se pose encore peu ». Pour connaître ce public « zappeur » et tenter de nouveaux outils, formats et modes d’approche, Relais d’sciences travaille auprès de lycéens et d’apprentis (un public dit « captif ») avant d’ouvrir plus largement le spectre. Et cette ouverture passe en grande partie par le numérique. Ainsi, Relais d’sciences souhaite renouveler son mode d’approche en lançant des expérimentations avec des dispositifs tactiles, des écrans d’eau, des mondes virtuels, etc. et en privilégiant des événements artistiques et uniques.

Bousculer le public

Bruno Dosseur met en avant les notions de recherche, de création et d’imagination : « nous revendiquons un regard extérieur, ouvert sur le monde et pas uniquement sur les sciences. Notre démarche est de dépasser les frontières, tester, expérimenter, bousculer ce qui se fait… ». Des tests qui laissent parfois leur public pantois, comme par exemple lors de l’Odyssée verte. « L’exposition était plutôt déconcertante, notamment la jungle virtuelle sur une table tactile associée à un écran géant. Nous avons eu beaucoup de retours critiques, notamment sur la forme. En effet, notre équipe se place peu dans le transfert de connaissance et préfère amener les gens à réfléchir par eux-mêmes et à s’impliquer. Finalement, nous sommes l’inverse d’un musée : si on ne touche pas, il ne se passe rien ».

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C’est dans cet esprit que Relais d’sciences se lance dans la conception de sa prochaine exposition (mais faut-il encore utiliser ce mot ?) « Entrez en matière ! » sur la physique des particules prouvant là encore son goût pour les challenges. « C’est un sujet extrêmement difficile sur le plan formel, pas très intéressant à première vue pour le public et plutôt délicat dans la région la plus nucléarisé de France » égrène sereinement le directeur. Le dispositif ressemblera à de grandes boîtes « remplies » de technologie numérique qui présenteront les concepts de complexité, d’énergie…

De vraies « canapouts » comme les surnomme avec tendresse Bruno Dosseur, du nom des machines poétiques remplies d’engrenages et de leviers présentées dans une émission de sa jeunesse. « Ces machines seront dispersées sur le territoire pendant deux ans et pourront fonctionner de manière isolée ou bien être regroupées lors d’événements. Elles présenteront des concepts vulgarisés, les enjeux de la physique des particules, ses applications, ses acteurs… » sans oublier une dimension poétique : la question de l’origine, l’équation du tout, les formes, les multivers, la vallée de la stabilité

Une belle occasion de tester de nouveaux dispositifs, comme la Kinect pour créer de nouveaux comportements chez les visiteurs, des écrans à particule d’eau qu’ils pourront toucher ou la réalité augmentée pour saisir les particules et comprendre leur état de force, leur résistance… Plutôt osé, n’en déplaise au comité scientifique, constitué de nombreux physiciens légèrement déstabilisés par l’approche innovante.

Un lieu convivial aux antipodes du musée

L’ensemble de ces tests et de ces dispositifs numériques nourrira le projet du futur lieu d’accueil de Relais d’sciences, dont le « nom de code » est pour l’instant la « Maison de la recherche et de l’imagination » mais qui reste encore un véritable « objet non identifié », même pour ses futurs locataires. S’inspirant des FabLabs et autres LivingLabs, cette « Maison » s’écartera des codes habituels des CCSTI et aux musées. « Il s’agira d’un lieu de vie dans lequel on aura envie d’y passer un moment et surtout un lieu d’expérimentation ». Pas de salle d’expo ou d’amphi mais 2000 m² avec des espaces entièrement modulables, sans dispositif permanent et ouvert aux propositions de tests, d’expérimentations, de happening (souvenez vous des grenouilles)…

Au cœur de la ville, ce lieu proposera des horaires d’ouverture originaux (la journée bien sûr, mais aussi le soir, le dimanche, voire la nuit). Originalité : la programmation annelle sera assurée pendant 6 mois par Relais d’sciences et le reste du temps par ses partenaires (Centre de réalité virtuelle de l’Université, pôle de compétitivité sur les transactions électroniques sécurisées, Planète Science Normandie, entreprises de l’économie numérique, etc.). L’intérêt, encore une fois, est le partage des savoirs et des intérêts.

Une philosophie open source

De ces nombreuses expérimentations, Bruno Dosseur a tiré un enseignement. « Jusqu’ici, les structures productrices de contenus devaient s’adapter à chaque nouvelle technologie émergente. L’iPad est l’exemple type. Ceux qui ont décidé de l’utiliser ont du retravailler tous leurs contenus ». Le CCSTI, qui travaille actuellement sur la transposition de sa jungle virtuelle sur le web l’a bien compris. « L’avenir est dans l’ouverture aux différents métiers, la disparition du formatage. Nous devons inventer un langage commun et ne pas travailler chacun dans notre coin ».

Ainsi, le centre lance un travail de recherche sur la normalisation des données du contenu intellectuel. « Des données brutes entrent chez nous, dans le cadre d’une exposition par exemple. Elles doivent pouvoir être « lues » par n’importe quelle technologie et surtout être partagées selon la philosophie open source ». Autant de collaborations possibles avec les autres CCSTI mais aussi avec l’éducation nationale, les espaces publics ou toute autre institution. « Le contenu est le même mais les modes d’appropriation peuvent différer ». Ce serait donc ça, un CCSTI du futur ?

>> Illustrations : Relais d’sciences, PilotMotiv (& Jean-Marc et Valérie Léger) et photos Flickr, licence CC –> misko13, urban don, macten, dalbera

Ville créative : une enquête, une carte, un événement

Ces derniers temps, j’ai eu l’occasion de mener une enquête autour de la notion de « Ville créative » avec Camille Pène de L’Atelier Français. Cette enquête m’a permis de visiter des lieux étonnant (Strate Collège Designer, l’ENSCI-Les Ateliers, le Laboratoire, le CRI…) et de rencontrer des gens passionnés et passionnants, qui m’ont parlé de design, de médiation, d’éducation, d’art-sciences… Tous avaient leur petite idée pour améliorer la vie de leurs contemporains… Un régal de les écouter s’exprimer sur ce qui les fait vibrer ! Je vous propose de jeter un oeil aux billets rassemblés dans la weblist Knowtex « La Ville créative« .

En parallèle, Raphaël et Mikaly ont mis au point une carte interactive qui vise à recenser les lieux de création au sens large du Grand Paris, dans les sciences, les arts et la technologie (cliquez sur la carte pour la voir en vrai). Cette carte montre la diversité des sphères créatives, met en évidence des proximités géographiques et thématiques entre acteurs et, on espère, favorisera des rencontres et des collaborations. N’hésitez-pas à mettre votre grain de sel, elle est collaborative !

Gd paris

Mieux ! Profitant de l’expérience de l’Atelier français, j’ai eu l’occasion de présenter cette carte en préambule d’une conférence intitulée « La ville créative : marketing urbain ou modèle économique? » qui s’est tenue le 23 juin à la Gaîté Lyrique dans le cadre du festival Futur en Seine.

La captation vidéo de la conférence

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Les meilleurs moments

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Rupestres !

Plongeon en images dans le monde des artistes préhistoriques, avec six auteurs de bande dessinée bien actuels.

En préhistoire, l’art pariétal désigne l’ensemble des œuvres (peintures, gravures, sculptures) réalisées par l’homme sur des parois de grottes ou d’abris-sous-roche. Cet art s’oppose à l’art mobilier, exécuté sur de petits objets (statuettes, gravures sur objets de la vie courante comme des propulseurs, des éléments de parure…). Certains chercheurs opposent l’art pariétal à l’art rupestre (1), ce-dernier étant exécuté sur des parois ou des rochers exposés à la lumière du jour.

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L’art pariétal paléolithique, le plus connu, a une existence limitée dans le temps et l’espace. Il est apparu 35 000 ans environ avant le présent (2) et s’est étendu en grande majorité dans une zone située entre l’Aquitaine et les Asturies (Espagne) en passant par les Pyrénées, avant de disparaître il y a 10 000 ans BP (2) environ. Les similitudes sont frappantes entre les sites, preuve d’une culture commune ou, du moins, d’échanges entre les tribus de chasseurs-cueilleurs.

Radicalement différentes des œuvres exposées dans nos musées, peintes sur des toiles relativement modestes ou sculptées dans un atelier, les œuvres pariétales préhistoriques sont par essence inextricablement liées à leur support, quelles soient petites et discrètes (fines gravures ou ponctuations peintes) ou bien monumentales (grands panneaux ornés).

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Cet art a longtemps été ignoré des historiens de l’art et des préhistoriens. Aujourd’hui, ceux-ci en font mention comme l’ancêtre de toutes les formes d’art, sans pour autant réussir à s’accorder sur son interprétation. Les hommes préhistoriques ont-ils peint les parois de grottes parce qu’ils trouvaient ça « beau », pour s’attirer la sympathie des esprits des bêtes qu’ils chassaient ou encore lors de rites chamaniques ? Nous n’avons pas (et nous n’aurons probablement jamais) la réponse. Mais cette question en suspend est peut-être la chance de faire rêver le public et de l’inciter à contempler ces œuvres.

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C’est en tout cas cette fascination qui a poussé six auteurs de bande dessinée et non des moindres (Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, David Prudhomme, Pascal Rabaté et Troubs surnommés respectivement Le Bison, L’Abbé, Le Chafouin, La Belette, Croma et L’Auroch) à s’enfoncer dans les profondeurs de plusieurs grottes ornées pour nous livrer un album étonnant : Rupestres !

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L’équipe, surnommée le réseau Clastres, du nom d’une galerie de la grotte de Niaux

En deux ans, ils découvriront ainsi les plus belles cavités du sud-ouest de la France : les Combarelles, Font-de-Gaume, Bara-Bahau, Lascaux II, Cougnac, Niaux, Commarque, Rouffignac, Pech-Merle et Bernifal. J’avoue ma jalousie en écrivant ces lignes ! En passant, mentionnons qu’ils ont rencontré les membres de l’association Lithos Périgord, dont Pascal Raux, qui m’ont fait découvrir les magnifiques chevaux ponctués de Pech-Merle (entre autres) avec la passion qui les caractérise.

rupestres

De ces nombreuses visites, les auteurs nous livrent leurs impressions brutes, sombres, muettes mais aussi drôles, bavardes et colorées (voir quelques exemples de planches). Les traits s’entremêlent à l’image de ceux de leurs homologues du paléolithique. A tout moment, on perçoit la crainte et le respect que les auteurs ont ressenti en s’aventurant dans ces espaces figés dans le temps. A tel point qu’ils en ont même l’impression de croiser un homme préhistorique égaré au détour d’un rocher.

Il en ressort un album fort, unique qui a le mérite de ne pas tenter d’interpréter les œuvres préhistoriques mais qui se place modestement en observateur voire même en complice.

Références : Rupestres ! collectif, Futuropolis, 210 p., 25 €

Notes :

  1. Les auteurs anglais nomment l’art pariétal cave art et l’art rupestre rock art.
  2. L’expression « avant le présent » ou before present (BP) est utilisée en préhistoire pour désigner les âges, en années comptées à partir de l’année 1950, date de référence fixée arbitrairement correspondant aux premiers essais de datation au carbone 14.

Pour aller plus loin : l’émission La Grande Table, sur France Culture dédiée à cette aventure

Grand Paris, métropole créative : l’enquête et la carte collaborative

Knowtex est une communauté que beaucoup ont crue au départ cantonnée aux sciences « dures ». En fait, nos centres d’intérêts sont beaucoup plus vastes et touchent la culture, le numérique, le design, les arts, l’innovation… Nous aimons explorer les transformations du monde par le prisme de ces grands domaines.

Exposition « Le Design Cellulaire » au Laboratoire, par le designer François Azambourg et le chercheur Don Ingber

Il y a quelques semaines, nous avons rencontré Camille Pène de L’Atelier Français (1). Nous nous sommes rendu compte que nous faisions la même chose, chacun dans notre sphère : mettre les gens en réseau. Dans les industries culturelles classiques pour Camille (cinéma, édition, musique…), dans le monde de la culture scientifique et technique pour nous. Il n’en fallait pas plus pour que nous lancions une enquête commune autour d’une notion qui nous rassemble : la « ville créative », en vue d’une conférence qui a eu lieu hier soir à la Gaîté Lyrique dans le cadre du festival Futur en Seine (voir notre couverture de l’événement).

Camille et moi, assistées de Raphaël et Audrey avons rédigé une quinzaine d’articles sur ce thème à partir de rencontres et de reportages. Ces articles sont disponibles sur nos deux sites et ont été rassemblés dans une weblist dédiée. En parallèle, Raphaël et Mikaly ont mis au point une carte interactive qui vise à recenser les lieux de création au sens large du Grand Paris, dans les sciences, les arts et la technologie.

Découvrez la carte GRAND PARIS : métropole créative

Chaque thématique s’est vue attribuer une couleur (bleu pour les sciences, vert pour la technologie et rose pour les arts), un lieu pouvant bien sûr cumuler plusieurs couleurs (c’est par exemple le cas pour l’IRI). Pour chaque lieu, nous avons indiqué l’adresse postale du lieu, le lien vers le site internet (et s’il y a lieu vers le compte Twitter et la page Facebook) ainsi qu’un lien vers l’article que nous avons rédigé pour le Knowtexblog.

Cette carte a plusieurs buts : montrer la diversité des sphères créatives, mettre en évidence des proximités géographiques et thématiques entre acteurs et surtout favoriser des rencontres et pourquoi pas des collaborations. Mieux, cette carte est collaborative. Nous vous invitons donc à inscrire dès maintenant les lieux que vous considérez comme créatifs, que vous soyez habitués, membres de ces lieux ou simplement curieux.

A titre d’information, un lieu créatif – pour nous – est un lieu ouvert où des rencontres régulières sont prévues (barcamps, conférences, ateliers, etc.) et à partir duquel des projets innovants se développent. Ça laisse la porte ouverte à beaucoup d’adresses dans l’Ile-de-France. Notre équipe traitera l’ensemble des propositions et se fera un plaisir d’aller à la rencontre des acteurs de la métropole créative, afin d’enrichir notre enquête.

Si vous avez des remarques et des suggestions concernant la carte, n’hésitez pas à nous en faire part…

Note

  1. Au sujet de cette rencontre, lire notre article et celui de Camille

Médiation de l’art contemporain : le numérique en trait d’union

Vous faites peut-être partie de ces dubitatifs qui ne comprennent vraiment pas l’art contemporain. Rien à faire, ces monochromes et ces sculptures aux formes douteuses ne vous inspirent pas… Pour Gonzague Gauthier, community manager au Centre Pompidou, la raison de ce désamour vient peut-être de votre solitude face à ces œuvres d’art, qui ne vous évoquent rien, « contrairement à l’impressionnisme, plus rassurant car figuratif ». Si en plus le cartel accroché près de l’œuvre ne donne que des indices techniques (taille, matériaux utilisés…) et que l’œuvre heurte notre esthétique plutôt habituée au « beau », il n’en faut pas plus pour décrocher…

Les musées d’art se doivent donc de trouver une nouvelle forme de médiation, accessible à tout un chacun et pas seulement aux conservateurs et amateurs éclairés qui aiment entretenir ce flou autour de l’art contemporain. C’est le défi que s’est donné le Centre Pompidou. « Notre emplacement près des Halles draine un public plus jeune et plus divers que celui des autres musées d’arts, indique Gonzague Gauthier, une de nos missions depuis les débuts du centre est d’attirer ce public précis ».

Le programme jeunesse comme prototype

C’est le but du studio 13-16, un « espace exclusivement dédié aux adolescents [qui] propose un programme unique constitué de rencontres avec des artistes en tous genres (plasticiens, danseurs, DJs, chorégraphes, vidéastes…), de workshops pour s’essayer à l’art sous toutes ses facettes, d’expériences inédites autour d’œuvres interactives, de soirées et week-end festifs (Studio Party…) ».

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Cet espace est emblématique de ce que le centre souhaite mettre en place plus largement en termes de médiation. En bon community manager, Gonzague y va de ses propres propositions. En plus de l’activité « classique » tournée vers les réseaux sociaux, il aimerait utiliser l’espace physique du centre et plus largement la ville comme lieux de création : résidences numériques, installation de clés USB dans les murs pour partager des fichier avec des inconnus, accueil de « hackers » dans le centre, géolocalisation d’informations relatives aux artistes et aux œuvres dans Paris… « L’art du 20ème siècle est très collaboratif. Nous avons intérêt à mettre cette dimension en avant, à inverser les rapports entre acteurs et spectateurs ». Le but : permettre au public d’accéder aux œuvres autrement et, par là même, changer son regard sur les œuvres.

Participer pour s’approprier

On le voit, le mode participatif, direct et concret est privilégié : « l’immersion est nécessaire à la découverte. Dans le studio 13/16, le but est de créer un contact direct avec le contenu, voire avec le conservateur, plutôt qu’avec le médiateur qui explique ». Mais pour garantir cette forme de découverte, le spectateur doit à la fois avoir accès à ce savoir mais aussi aux outils pour se l’approprier (voir le remixer). Si le contact direct avec l’œuvre est incontournable – certains versent même parfois une petite larme – le numérique peut également apporter sa pierre à l’édifice.

Au centre, Gonzague Gauthier

Par chance, « nous traitons une période particulière de l’histoire de l’art, qui entretien des rapports étroits avec la technologie et le numérique » souligne Gonzague. En clair, « nous avons une cohérence entre la forme et le fond, vis-à-vis d’autres musées comme le Louvre ». Alors, profitant de sa renommée en tant qu’institution culturelle « et [de] notre légitimité dans ce domaine, avec nos travaux en commun avec l’IRCAM et l’IRI », le centre vient d’annoncer le lancement prochain de son nouveau site (voir captation vidéo), pour l’instant baptisé « Centre Pompidou virtuel » (CPV).

« Durant l’été, nous allons mener des focus groupes pour avoir une première idée des retours d’utilisateurs. En septembre, nous ouvrirons progressivement le site en bêta, pour une ouverture totale en novembre, détaille Gonzague, le CPV sera évolutif et s’ouvrira aux usagers. Un espace personnel sera disponible et adapté aux projets collaboratifs satellites tels que les ateliers Wikimédia ou les livetweets ».

Expérience autour du web sémantique

Très éloigné du site actuel, il s’agira d’une plate-forme de diffusion de contenus et de ressources numériques « résolument ouvert[e], privilégiant l’open source et l’interopérabilité ». En clair : le centre va petit à petit mettre à disposition du public les 65 000 œuvres de son fond sur ce site. « Celles-ci sont encore sous droits d’auteur mais un travail énorme a été engagé pour que nous puissions les rendre disponibles malgré cela. En revanche, le but est que l’espace personnel, adossé au centre de ressource, puisse entièrement être sous Licence Creative Commons ». La programmation (notamment les conférences) et la production éditoriale et multimédia auront également la part belle.

Une représentation possible du web sémantique

Originalité par rapport à d’autres sites institutionnels : le pari du web sémantique. « Les ressources indexées seront organisées non selon une arborescence hiérarchique rigide mais en clusters (nuages) ouverts, donnant à l’internaute la possibilité de naviguer par le sens. Chaque page sera ainsi liée à un ensemble de ressources connexes, permettant à l’utilisateur de faire son propre parcours ». En bref, il s’agit d’une approche originale que Gonzague qualifie même d’impertinente venant d’une telle institution. Décidée par le président du centre Alain Seban, elle se veut prescriptrice aux autres centres d’art et en perpétuelle expérimentation.

Est-ce que la première tentative de ce genre sera couronnée de succès ? Réponse dans quelques mois, quand les premiers visiteurs auront exploré ce site et tracé leurs propres routes au sein d’un univers jusque là peu accessible.

>> Illustrations : scarletgreen, yannick_vernet, Samuel Huron (Flickr, licence CC)

Montréal et Chicago, villes créatives arpentées par l’IHEST

Coïncidence ! Le thème de la « ville créative » (que nous explorons avec l’Atelier Français dans le cadre de sa conférence du 23 juin) a été abordé lors du cycle national 2010-2011 de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie (IHEST). Une excellente occasion de rencontrer la directrice Marie-Françoise Chevallier Le Guyader et le responsable de la communication Olivier Dargouge (membre de Knowtex).

Marie-Françoise Chevallier Le Guyader et Michel Lussault lors d’une conférence à Lyon

Établissement public créé en 2007, l’IHEST a une triple mission : la formation, la diffusion de la culture scientifique et l’animation du débat public autour du progrès scientifique et technologique et de son impact sur la société. Contrairement aux centres de sciences, il s’adresse « aux dirigeants – de l’état, d’entreprises, d’organismes de recherche – et au personnes en poste à responsabilité – élus, députés, journalistes… – dans des domaines parfois éloignés des sciences mais désireux d’acquérir des compétences ». Parmi ses activités : un cycle national annuel de formation sur un thème qui concerne une promotion de 30 à 50 personnes.

Villes et territoires innovants

Cette année, les auditeurs de la promotion « Benoît Mandelbrot » se sont rencontrés à plusieurs reprises pour travailler sur le thème de la créativité. L’occasion pour l’IHEST d’organiser  un voyage d’étude final « dans deux territoires réputés pour leur créativité : les métropoles de Montréal et de Chicago » en présence de Patrick Cohendet, membre du conseil scientifique de l’IHEST, professeur à HEC Montréal et ancien directeur du Bureau d’économie théorique et appliquée de Strasbourg.

HEC Montréal

« Spécialiste de l’innovation créative » comme le décrit Marie-Françoise Chevallier Le Guyader, il s’intéresse à la créativité des territoires avec l’IHEST depuis les débuts de l’institut. Déjà, en 2008, une table ronde sur les « territoires innovants » avait été organisée lors d’une session publique régionale à Bordeaux. En 2010, ce sont « les enjeux de l’innovation urbaine » qui auront été l’objet d’une session à Lyon.

Découverte accélérée de Montréal et Chicago

Du 1er au 7 mai dernier donc, les auditeurs se sont envolés pour l’Amérique du Nord afin de découvrir Chicago-Grand Lacs et Toronto-Montréal, deux agrégats urbains qui font partie des 40 territoires décrits par le géographe Richard Florida comme des lieux majeurs de la dynamique mondiale. Ces 40 méga-villes (dont San Francisco, la Silicon Valley, Barcelone, Helsinki, Berlin…) « rassemblent 20% de la population mondiale et produisent plus de 50 % de la richesse de la planète » explique la directrice de l’IHEST.

Olivier Dargouge précise : « ces métropoles ne reposent pas sur des industries classiques ni de services, mais plutôt sur le cinéma, le design, les jeux vidéo, le numérique… ». Abritant « le plus gros laboratoire de développement d’Ubisoft », Montréal est l’exemple même d’une ville qui s’est développée à partir des industries créatives. Lors de leur séjour, les français ont visité ce laboratoire ainsi que l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ pour Institut de recherche en électricité du Québec – l’équivalent québécois d’EDF). « Nous avons découvert un management de l’innovation fondée sur la gestion des idées » précise la directrice.

Des quartiers et des couches sociales créatifs

La promotion a également découvert « l’Espace pour la vie », une initiative des Muséums nature de Montréal (Biodôme, Insectarium, Jardin botanique et Planétarium). Charles-Mathieu Brunelle, directeur des Muséums et membre fondateur de la TOHU (la Cité des arts du cirque) leur a expliqué le projet de ce quartier : repenser le lien unissant l’être humain à la nature. Mais plus que cet espace, c’est toute la ville qui se repense pour les prochaines années.

La Biosphère du musée de l’environnement, Montréal

Cette visite aura permis à Patrick Cohendet d’exposer sa théorie. La directrice de l’IHEST nous la résume : « selon Patrick, différents milieux interagissent et contribuent au développement d’un territoire. On distingue les milieux peu connus et peuplés d’artistes et d’expérimentateurs (under ground) ; les milieux intermédiaires (middle ground) représentés par les associations, dédiés à la rencontre, aux projets, à l’innovation ; enfin des milieux installés qui rassemblent les entreprises, universités et autres institutions (upper ground) ».

Le design en fer de lance de la créativité

À Chicago, la métropole « ne repose pas sur le même type de développement économique que Montréal. Elle a été marquée par les industries lourdes, notamment les voitures mais également par l’architecture. C’est aussi et surtout le berceau du design classique du début du siècle ». Au milieu d’un programme de conférences extrêmement dense, ils ont ainsi visité le campus de l’Université de Chicago qui « associe une très grande qualité architecturale à des créations contemporaines » ainsi que l’usine de bioéthanol Marquis Energy et le Chicago Board of Trade (bourse de commerce).

Le McCormick Tribune Campus Center

Le point commun entre les deux métropoles ? Le fait qu’un grand nombre de décideurs placent le design comme discipline de management de projet. « Les designers sont capables d’analyser les demandes et les temporalités tout en s’interrogeant sur la forme du projet ».

En parallèle de leur voyage d’étude annuel, les membres de l’IHEST se déplacent en région. Concernant le thème de l’année, la créativité, la directrice fait le constat suivant. « Il existe en France depuis plusieurs années des organisations formelles dédiées à l’innovation et aux transfert de technologies. Mais pour que la « mayonnaise prenne », elles doivent entretenir des relations avec l’économie culturelle et technologique ».

Quelques exemples sont lancés : Metz, « qui a misé sur une économie de la connaissance et la proximité des activités culturelles et scientifiques » ; Salins-les-bains, « passée d’une économie du sel à une économie culturelle » ; Lyon, « qui mise sur une programmation culturelle ambitieuse » ; Nantes, « qui propose une articulation très intéressante entre la culture, les sciences et la technologie »…

Les amateurs comme catalyseurs de l’innovation

La créativité peut se vivre de manière plus personnelle selon le contexte de vie de chacun (les professions de chercheur, designer, ingénieur étant favorisées, sans être les seules). « Actuellement on va peut-être vers une forme de créativité collective liée aux technologies numériques » lance Marie-Françoise Chevallier Le Guyader, qui cite les recherches du philosophe Bernard Stiegler sur les communautés d’amateurs.

« Les amateurs sont des personnes impliquées dans des sujets qui sont aussi des objets de recherche par ailleurs. Les chercheurs devraient utiliser ces communautés comme une porte d’entrée vers la société, sur les thèmes de l’environnement (collecte d’insectes), des aliments, de la médecine (cohorte de patients)… ».

Bernard Stiegler

En parallèle de ses cycles réguliers, l’IHEST propose des universités d’été. Celle de cette année est consacrée à « l’illettrisme scientifique », soit l’incapacité à remobiliser des connaissances scientifiques apprises à l’école. Celles des années précédentes ont fait l’objet de deux publications : l’une sur la théorie économique face à la société et la seconde sur la place des science dans le débat public. Quant aux prochains cycles annuels, les thèmes font déjà saliver : la puissance (2011-2012) et l’utopie (2012-2013).

>> Illustrations : IHEST, HEC Montréal par abdallahh, Biosphère par Munnin, campus de Chicago par shapeshift, B. Stiegler par RSLN (Flickr, licence CC)

Entre design et FabLabs : visite des ateliers de l’ENSCI

Mardi 14 juin, une discrète rue près de la place de la Bastille, à Paris. Des étudiants vont et viennent entre les scooters décorés et la vitrine de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI – Les Ateliers). La visite sera plutôt déroutante. Suivant mon guide Simon d’Hénin, designer et enseignant, je parcours une enfilade d’ateliers (où le bois et le plastique voisinent avec des maquettes et des textiles) juxtaposés à des bureaux (les « bocaux »), un studio photo – « pour apprendre à communiquer sur son projet » – une bibliothèque bien fournie en ouvrages de sciences humaines ou un studio de documentation sur les différentes matières et leurs modes de fonctionnement. Chaque porte me propulse dans un univers différent, la poussière et les prototypes en mousse rose d’une salle contrastant avec le parquet impeccable de la suivante.

Les étudiants s’activent, travaillent sur les machines, les métiers à tisser ou se concentrent sur leurs ordinateurs, posés au milieu d’un bric-à-brac d’objets et de prototypes. Ces futurs designers développent des projets personnels ou menés en partenariat avec des entreprises ou des laboratoires comme la SNCF, la RATP, Intermarché, Orange, Bouygues, le CEA. Leur futur métier ? Inventer le monde de demain…

Une école-atelier

L’ENSCI est une école publique de design industriel qui fonctionne sous la double tutelle des Ministères de l’Industrie et de la Culture. Elle a pour objectif de faire converger création et industrialisation. « Avec une philosophie humaniste et dans la logique d’un développement durable, l’ENSCI se met au service de la qualité de vie des personnes et de la compétitivité des entreprises françaises et européennes » lit-on sur le site de l’École. En bref, elle a une double fonction : former des designers et agir comme un ambassadeur auprès du monde industriel, pas forcément accoutumé au design « pour lui montrer les champs d’action potentiels » résume Simon.

http://www.dailymotion.com/videoxakm41

Depuis sa création en 1982 par le ministère de la Culture, l’ENSCI se niche rue Saint Sabin, au cœur de Paris, dans les anciens ateliers du décorateur Jansen. « Cet homme a créé un des tous premiers groupements d’artisans d’art, précise mon guide, environ 500 personnes travaillaient ici entre les années 1920 et 1970 ». Aujourd’hui, les 10 000 m² de l’école accueillent environ 250 étudiants de tous horizons, « du jeune bachelier aux bac + 5, voire des médecins, dentistes, polytechniciens… », qui peuvent venir travailler 365 jours par an, 24h sur 24.

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Des cursus pour tous les goûts

En effet, l’école propose deux diplômes en formation initiale (« créateur industriel » et « designer textile ») pour les futurs designers ainsi que deux cursus post-diplôme (« création et technologie contemporaine » et « innovation by design »). Ces deux derniers s’adressent « aux ingénieurs et scientifiques qui ont besoin d’ajouter une dimension créative à leur travail ou aux artistes qui souhaitent acquérir des connaissances sur la matière ».

C’est le cas de Simon. Issu d’une formation en mathématiques, il était plutôt frustré par l’absence d’approche humaine et sociale des sciences dures. Après un cursus à l’ENSCI, il débute sa carrière en tant que directeur artistique pour des marques de commerce équitable. En 2007, il revient à l’ENSCI pour mettre en place la formation de Conception et Fabrication Assistée par Ordinateur, en parallèle de ses activités de designer : « je suis revenu pour introduire les sciences à l’ENSCI et sensibiliser les étudiants à la culture numérique ».

Ici, « l’expérimentation est importante, depuis la table à dessin jusqu’à l’atelier », insiste Simon. Les formateurs souhaitent responsabiliser l’étudiant grâce à une pédagogie de projets, qui représentent la moitié du temps des élèves, et surtout un parcours à la carte. « Tous les 6 mois, l’élève a un rendez-vous pédagogique avec ses enseignants pour voir si son projet a besoin d’être recentré ». Un fonctionnement sensiblement différent de celui de Strate Collège [que nous avons également visité], mais un intérêt partagé pour les projets.

Objets, formes et couleurs

Discutant dans la grande cour intérieure des Ateliers, Simon m’explique que dans le passé, les étudiants y ont prototypé des voitures et même un dirigeable utilisé par Nicolas Hulot lors d’aventures cavernicoles. « Aujourd’hui, nous nous recentrons sur la création d’interfaces et de petits objets intelligents ». La formation de designer textile, « longtemps parent pauvre du design » est notamment un point fort de l’ENSCI.

Après un petit périple dans les étages, nous voici dans les combles des Ateliers, où s’active un petit groupe de jeunes filles souriantes. Elles apprennent à tisser et à explorer les différentes matières. « Ici, le travail est plus subtil qu’aux autres étages et tout est beaucoup plus long : il faut installer une chaîne, préparer le textile… Les étudiants travaillent beaucoup sur les couleurs, alors qu’ailleurs, cette réflexion vient souvent en dernier ». L’industrie s’intéresse de plus en plus aux textiles (techniques, intelligents, à mémoire de forme…) pour des habits ou des objets près du corps (oreillers ergonomiques…).

Le travail sur la matière et les objets est la raison d’être du département Conception et Fabrication Assistée par Ordinateur créé par Simon afin de « sortir de l’image et revenir au réel, aux objets ». L’idée de prototypage rapide (produire un objet quelques heures seulement après l’idée originale), centrale dans le design, a incité l’école à participer à une expérience autour des FabLabs avec Cap Digital depuis 18 mois dans l’optique de l’actuel festival Futur en Seine. Nés d’une expérimentation pédagogique d’un professeur du MIT, les FabLabs ont pour but avoué : « de sortir d’une culture d’utilisateurs d’objets pour entrer dans une culture de créateurs ». Pour ce faire, ces lieux permettent au public de se réapproprier les machines. « Mais si on démocratise les machines, qu’est-ce qu’on en fait ? » se demande Simon.

Se réapproprier les machines… et la ville

Quelques étudiants ont tenté de répondre à cette question. Lors de ma visite, ils étaient à pied d’œuvre pour l’événement FabLab² qui a lieu actuellement à la Cité des sciences. L’idée est partie d’un projet sur le mobilier urbain intelligent. L’étudiante Léa Bardin et ses collègues ont planché sur la notion de « hacking urbain », ou comment ajouter des petits éléments à la ville pour se la réapproprier et la rendre plus vivable (1).

Ils ont alors créé des portes manteaux, un chargeur de batterie de téléphone portable installé dans les cabines téléphoniques inutilisées, un système d’accueil et de mise en valeur des journaux dans une rame de métro… « Nous identifions les espaces d’action, les manques, les déficiences et créons rapidement les objets et services pour les combler, précise Simon, la souplesse des FabLab permet une création rapide d’objets, de services voire même de la poésie ». Léa renchérit : « il faut trouver une relecture non destructrice d’un lieu ou d’un objet, par exemple une tablette en bois qui relie deux chaises du Jardin du Luxembourg pour offrir un support de partage. L’intervention est minime mais elle crée un nouvel usage ».

L’exposition à la Cité des sciences a pour but de confronter les étudiants au grand public et tester le principe même et l’intérêt d’un FabLab en Ile-de-France. « Est-ce que les gens sont prêts à s’investir ? Sommes-nous capables de les mobiliser ou bien les FabLabs ne sont-ils qu’une lubie de designer ? » se demande Simon. Les exemples du Vélib (les utilisateurs retournent la selle d’un vélo endommagé) ou de l’échange de livres, comme à Montreuil, montrent bien que le grand public est capable de se réapproprier collectivement l’espace urbain.

Mais il reste la question du modèle économique. Selon Simon, il existe trois types de FabLab, gérés de manière différente : les FabLab pédagogiques dédiés au rapprochement entre le grand public et le monde de la création, les FabLab « pro » destinés aux industriels pour tester des prototypes à moindre coût – « permettant une production sans moule là où des usines utilisent des moules à injection à 150 000 euros » – et des FabLabs dédiés aux designers pour matérialiser leurs idées. « On dessine une pièce le matin et on a un prototype le lendemain contre environ deux mois pour un processus industriel. Ces échelles de temps et d’économie accélèrent le passage à l’innovation » assure Simon.

Entre les chercheurs, les industriels et le grand public

Revenons à la définition du designer. Selon Simon, c’est une personne qui, lorsqu’elle travaille pour une entreprise, est « capable de faire un constat puis de proposer un objet qui comble un besoin voire carrément de suggérer une modification dans la manière même de penser de l’entreprise ». Il donne alors l’exemple de l’industrie du téléphone portable, dont les grandes firmes n’ont pas eu les mêmes stratégies : « ce domaine est pendant longtemps resté éloigné des standards homme / machine. Puis est arrivé l’iPhone, un objet communicant et pas seulement vecteur de services. Face à Apple, Nokia n’a pas su franchir le pas. En privilégiant l’outil sur l’interface, ils ne se sont pas remis en question ».

Un autre exemple de l’importance du designer réside dans la recherche scientifique et technique. « Souvent, les innovations restent dans les tiroirs faute de savoir les mettre en valeur. Les designers ont leur rôle à jouer en les faisant évoluer vers une utilité ou en imaginant d’autres usages ». L’ENSCI a donc travaillé avec des chercheurs sur la supraconductivité ou les plastiques auto-cicatrisants. Si le métier a longtemps été assimilé à celui du styliste « créatif mais ingérable », il s’apparente plutôt à celui de manager de projet, « quelqu’un capable d’aller au bout de ses idées, de garder une cohérence dans l’ensemble du projet et de proposer un objet compétent et esthétique ».

Notes

  1. La notion de hacking, surtout en informatique,  n’est pas systématiquement liée à celle de « pirate » ou de « hors-la-loi ». Ici, on pourrait la traduire par « bidouillage » ou « bricolage ».

Pour aller plus loin

>> Illustrations : lukas, lukas, sveeta, nodesign.net, nodesign.net (Flickr, licence Creative Commons)

Un « CRI » pour l’accès au savoir

A quelques encablures du Jardin du Luxembourg, le Centre de recherches interdisciplinaires (CRI) se niche au sein de la Faculté de Médecine Paris Descartes. Ce centre, fondé en 2005,  dit « offrir un lieu convivial d’échanges aux carrefours des sciences de la vie, des sciences exactes, sciences naturelles, cognitives et sociales ».

Et de fait, à peine la porte poussée, je ressens une sorte de décalage, un je-ne-sais-quoi insignifiant mais qui change tout. Ici, les murs du couloir sont parsemés de posters présentant des parcours d’étudiants plutôt hors du commun. A mon arrivée, professeurs et étudiants échangent à bâtons rompus dans la salle café, tout en s’activant. Il faut dire que le CRI recevait le jour-même une dizaine de visiteurs venus des plus grandes universités internationales (Harvard, Cambridge…) pour sélectionner les futurs étudiants de son école doctorale.

Un des nombreux posters qui ornent les murs du CRI

On m’installe dans un bureau. Sur la table, une « Ball of whacks », petit jeu constitué de pièces aimantées qui s’assemblent selon des formes variées, un peu comme les cursus proposés au CRI. Les directeurs,  François Taddéi et Ariel Lindner, le manipuleront tour à tour pendant notre entretien, glissé au milieu de leur emploi du temps surchargé.

Des parcours aux frontières des disciplines

Le premier à prendre la parole est Ariel Lindner, chercheur israélien au laboratoire Inserm de génétique moléculaire évolutive et médicale (également nommé TaMaRa’s Lab). Issu d’un programme interdisciplinaire en chimie et physique de Jérusalem, le chercheur a fait sa thèse à l’interface entre biologie et chimie, à l’Institut Weizman, « un lieu dédié à la recherche créative ». Dans ce cadre, il a côtoyé les chercheurs du MRC Laboratory of Molecular Biology (Cambridge) – « le lieu qui a accueilli le plus de Prix Nobel » – et du Scripps Research Institute (San Diego). C’est lors d’un post-doctorat dans l’équipe de Miroslav Radman qu’il rencontre François Taddéi, alors jeune chercheur dans l’équipe (voir  son portrait par Gayané).

François Taddéi

A l’époque, les membres de l’équipe, tous soudés, étaient déjà très intéressés par les notions d’innovation et d’éducation. « Nous avons commencé à travailler il y a 8 ans avec nos étudiants les plus motivés, dans la salle café de notre ancien labo, sourit Ariel, nous les aidions à développer et concrétiser leurs envies ». Ces cours furent une franche réussite et menèrent à la création du master « Approche interdisciplinaire du vivant » qui attire depuis des étudiants variés en physique, génétique, des ingénieurs… Quelques temps plus tard suivra l’école doctorale « Frontières du vivant » (FDV). Après un déménagement dans leurs locaux actuels (1), il y a deux ans, l’équipe lance en septembre prochain la licence FDV.

La liberté de lancer des projets

« Nos étudiants doivent se sentir dans un laboratoire, rencontrer et travailler avec des chercheurs et ce, dès la licence, précise Ariel Lindner, nous les poussons à interagir entre eux quelque soit leur année d’études ». Pour ce faire, les projets personnels, sous forme de clubs de quelques étudiants, sont vivement encouragés et soutenus, « mais jamais imposés et sans la notion de hiérarchie, ajoute François Taddéi, sinon ça dénaturerait le principe ». C’est du cerveau de Livio Riboli-Sasco, un de ces jeunes hyperactifs, que vient l’idée de l’association Paris-Montagne, qui « met en relation chercheurs et lycéens issus de milieux défavorisés pour les initier à la pratique de la recherche et leur donner goût aux études scientifiques ».

Livio Riboli-Sasco

Autre exemple de réussite de ces clubs : « en 2006, deux étudiants du master souhaitaient travailler sur la biologie synthétique alors que personne n’en parlait encore en France, se rappelle Ariel, comme souvent, de part leur travail de veille, les étudiants étaient plus au courant que les chercheurs. Dès le début de leur séminaire, des chercheurs, intrigués, sont venus prendre des notes. Certains ont même orienté leurs recherches vers ces notions ». Des travaux qui mèneront plusieurs équipes au premier prix de la recherche fondamentale dans la compétition internationale iGEM (International genetically engineered machine competition) en 2007 et 2010 (ainsi que deux autres prix en 2008 et 2009).

L’équipe du CRI lors du concours iGEM 2010

Un parcours-LEGO

Quelle est la recette du CRI ? François Taddéi nous la livre simplement : « on apprend beaucoup plus facilement en faisant et en échangeant. C’est simple à dire et c’est également simple à appliquer… Encore faut-il oser ». Ariel Lindman renchérit : « nous travaillons avec des étudiants brillants, qui construisent eux-mêmes leur parcours. De notre côté, il s’agit d’un mélange entre enseignement actif et passif. Nous nous assurons qu’ils construisent leur projet dans les meilleures conditions pour qu’il ne s’effondre pas… même si parfois, l’erreur peut également faire progresser ». Une recette qui semble fonctionner car les candidats sont de plus en plus nombreux chaque année.

Dans le bureau d’Ariel et François…

Mais du côté des jeunes sortants de cette formation, on note un certain malaise… « Une partie de nos étudiants ne trouve pas sa place en France car ils souffrent d’une forme de rejet du système » constate Ariel. Trop créatifs, trop brillants, ils se voient contraints de travailler à l’étranger, dans des écosystèmes déjà habitués à cette manière de travailler. « Par défaut, l’homme est conservateur, constate François, cela marche dans un environnement stable, mais pas dans un contexte changeant. La Californie l’a déjà compris. En France, c’est encore hétérogène ».

Vers un écosystème innovant…

Un des futurs objectifs des directeurs du CRI est donc d’agir en aval de leur formation pour créer « un environnement où les jeunes chercheurs et ingénieurs créatifs ont des chances de survivre » explique François Taddéi, qui travaille sur la notion d’écosystème innovant. Poussant plus loin la métaphore biologique, il évoque « les bactéries [qui] échangent de l’information sur la manière de coopérer et [qui] coopèrent pour échanger de l’information ». Selon lui, « beaucoup d’écoles alternatives existent, mais l’intérêt est de mettre en contact tout l’écosystème et densifier le réseau. Et pour ça, il faut inventer les outils » : un lieu fort et accueillant, une utilisation intelligente des réseaux sociaux, des rencontres régulières… Livio et lui-même collaborent actuellement pour créer un tel incubateur d’innovation pédagogique avec l’Unesco.

Car à terme, le but n’est pas de réserver ce genre d’études stimulantes à quelques privilégiés. « Paris, c’est bien, mais que fait-on de la province et plus largement de Rio, Kinshasa ou Delhi ? Comment proposer notre offre aux gens qui habitent loin ou bien à ceux qui ne sont pas dans les bons réseaux ? » questionne François. La question est d’autant plus prégnante quand on sait que « le nombre d’étudiants va doubler dans 15 ans. Il faudrait construire une université de 30 000 personnes chaque jour dans le monde ! » glisse Ariel Lindner, qui avance une proposition. « Si les pays en voie de développement tentent d’imiter les occidentaux, alors le décalage entre nos deux mondes restera constant. Il faut qu’ils trouvent un autre cadre, qui privilégie l’interdisciplinarité et la rencontre entre chercheurs ».

… et une Université X.0

François milite également pour une redéfinition de l’université. « Les connaissances sont disponibles sur le web mais il faut de l’interaction pour les transformer en réalité tangible. Une université doit servir à ça : échanger, donner les possibilités de monter des projets, pointer du doigt les vrais enjeux, proposer des unités de valeur blanches dans le cursus pour garder des degrés de liberté ; en somme, être une source de valeur ajoutée ». Selon lui, les bibliothèques et les maisons des jeunes et de la culture ont joué ce rôle d’enclave culturelle à un moment donné. Aujourd’hui, c’est au tour des universités de reprendre le flambeau, moyennant le soutien du service public. Le CRI, quant à lui, bénéficie d’un soutien financier important de la Fondation Bettencourt Schueller, ainsi que de l’appui de la faculté de médecine.

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Au terme de notre entretien, François propose un cadre pour mettre en application ses idées : les scientific discovery games, ces petits jeux qui donnent accès à la recherche de manière ludique. Enthousiasmé par les concepts de « bricole », de prototypage rapide, de feedback chers aux designers, François avoue avoir une vision évolutionniste de l’éducation – « pragmatique, dynamique, qui s’améliore sans cesse » – plutôt que perfectionniste – « la vision divine de la création ».

Par ce système de jeux, de « hacking où on décortique les éléments pour garder ce qu’on veut », François tente de faire progresser de concert la recherche et l’éducation : « pendant longtemps, les gens étaient sélectionnés selon leur capacité à mémoriser. Par exemple, j’ai obtenu mon diplôme de polytechnicien grâce à ma capacité à calculer des équations plus vite que les autres. Mais aujourd’hui, les personnes légitimes sont ceux qui contribuent à faire augmenter les connaissances. Gates, Jobs et les fondateurs de Google n’ont même pas fini leurs études ! ».

Notes

  1. Rénové en 2009, ce lieu comprend une salle de séminaire entièrement équipée, une salle de réunion, une salle d’échanges informels (salle café), des bureaux d’accueil destinés aux professeurs visiteurs, une bibliothèque, un laboratoire de modélisation ainsi qu’un laboratoire expérimental.

>> Illustrations : Knowtex, rsepulveda, Ptits Déjeuners de la Science, igemhq, Knowtex, EMSL

Le Laboratoire : la culture comme innovation

Le 23 juin prochain, en marge de la programmation de Futur en Seine, l’Atelier Français organise l’événement « La ville créative : marketing urbain ou modèle économique? ». Afin de préparer cette discussion, L’Atelier Français et Knowtex s’associent pour proposer un dossier qui comprendra des rencontres avec des acteurs et des penseurs de la ville créative, ainsi qu’une enquête sur les lieux créatifs.

C’est un lieu comme aucun autre. Les visiteurs en partent souvent décontenancés. Là-bas, pas de cartel ou de frises chronologiques rassurants mais la création pure, semblable aux plus obscures œuvres d’art contemporain. Et pourtant, chaque exposition – on les appelle plutôt « expériences » – a un petit goût de déjà vu pour les habitués des CCSTI. Une telle familiarité s’explique sans doute parce que la science est présente, là, en filigrane…

Autant l’avouer tout de suite, je faisais partie des visiteurs dubitatifs à ma première visite au Laboratoire, ouvert en 2007 non loin du Louvre. A l’époque, dans la salle principale, le plasticien Fabrice Hyber et le chercheur Robert Langer souhaitaient « faire partager (métaphoriquement) le processus de division cellulaire et de transformation d’une cellule souche en neurone » à l’aide de grands sabliers gonflables, de tonneaux de pommes en fermentation et d’un axone en malabar géant… Dans une salle proche trônait un système de filtration végétale de l’air plutôt mystérieux (1). Mais les membres du Laboratoire savent y faire. Accueillants, curieux de connaître le ressenti de leurs visiteurs, ils vous donnent irrésistiblement envie d’en savoir plus. Je suis alors revenue voir l’exposition sur le design cellulaire et la présentation de la gourde Pumpkin au LaboShop, un showroom attenant au Laboratoire. Toujours cette sensation de décalage…

Système de purification végétale de l’air (Bel-Air renommé en ANDREA)

Il aura fallu une rencontre avec David Edwards, le fondateur du lieu, écrivain et professeur à l’Université Harvard, marié à une française et qui partage son temps entre Paris et Boston, pour comprendre vraiment la philosophie du lieu. Selon lui, le Laboratoire est un point de rencontre entre l’art et la science qui donne à voir les processus de recherche souvent occultés au public et « qui comptent parfois plus que les résultats qu’ils génèrent ». Des artistes et des chercheurs renommés s’y côtoient et réfléchissent ensemble sur un thème donné. Le Labo est donc à la fois le lieu de leur recherche expérimentale et celui de la présentation de ces œuvres. En somme, il vient remplacer le système de peer-review bien connu des chercheurs.

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Depuis 2007, 12 expositions ont été présentées dont six orientées design et six autres plutôt art contemporain (2). Lors des vernissages, le Labo peut accueillir entre 300 et 600 personnes, un nombre qui tombe à 50 par jour ou 100 en semaine, lors des quatre jours d’ouverture, à cause du caractère encore « confidentiel » du lieu. Cette discrétion auprès du grand public n’empêche pas les œuvres d’être vues par un million de personnes par an dans le monde entier. Pour preuve « l’achat de l’exposition de Shilpa Gupta par le muséum du Danemark et l’évolution permanente de l’exposition de Ryoji Ikeda à Tokyo et ailleurs ».

En somme, rien à voir avec les centres de sciences qui ont « un modèle plutôt orienté vers la communication scientifique, ce qui n’est ni notre mission ni notre intérêt » précise David Edwards. Selon lui, les musées de sciences ne présentent pas suffisamment de « controverses, d’angoisse, de conflit ». L’étude qu’il a menée en 2005 auprès de parisiens était claire. Ceux-ci n’avaient « pas envie d’une autre salle d’exposition à Paris » mais ils étaient néanmoins ouverts à un lieu expérimental ainsi qu’à la science, sous réserve de pouvoir la critiquer.

Le réseau ArtScience Labs

Actif dans le milieu de l’éducation et du design, entrepreneur à la fibre sociale et au carnet d’adresse bien rempli, David Edwards souhaite participer et soutenir financièrement des projets « artscience » qu’il considère comme de véritables « catalyseurs de l’innovation ». « Nous pensons que les expositions culturelles sont une façon intéressante et efficace socialement pour faire avancer les idées. Cette idée est assez répandue dans le monde du design mais pas encore du côté des sciences ou de l’éducation en général ». Voilà pourquoi « l’incubateur culturel » de Paris s’inscrit dans un réseau international de laboratoires, les « ArtScience Labs » aux États-Unis (Boston, Cambridge dans le Massachusetts) et en Afrique du Sud (Le Cap et Pretoria).

Tous inspirés des pratiques du Media Lab du MIT, des labos de Google et d’Ideo et du Futurelab d’Ars Electronica, ils pratiquent « la collaboration interdisciplinaire, le prototypage rapide, le contact permanent avec le public [et] l’ouverture sur la production » (3). Le réseau propose ainsi une cinquantaine d’expériences chaque année, « faisant appel aux esprits créatifs de centaines d’étudiants, artistes, designers et scientifiques du monde entier ». Le financement de ces programmes provient de trois sources : d’une part la diffusion des programmes éducatifs, d’autre part la vente de produits et enfin la partie culturelle (sponsors des expositions, des galeries et des lieux où sont vendues les produits).

Le prix étudiant « ArtScience Prize »

Ce large réseau est fédéré par un programme éducatif pensé par Edwards dans le cadre des cours qu’il donne à Harvard depuis 10 ans et prolongé par le ArtScience Prize qui a vu le jour à Paris à l’automne 2010. Cette année, des étudiants de grandes Ecoles d’ingénieurs et de design (4) planchent sur le thème du futur de l’eau en partenariat avec Orange Labs. A la clé : un workshop d’une semaine du 14 au 20 août prochain à Paris et la présentation du lauréat à l’Université Harvard à l’automne. « Dans ce programme éducatif, les jeunes apprennent en créant. On pousse les étudiants à créer des rêves d’art et de design à la frontière de la science ». Pour 2012 et 2013, les thèmes des mondes virtuels et de la biologie synthétique ont été retenus.

Le FoodLab et le PureStore

Alter ego culinaire du Laboratoire, le FoodLab se concentre sur des projets de recherche autour de « l’air que nous respirons et [des] liquides que nous buvons (…) inspiré[s] des recherches de David Edwards sur les aérosols et [de] la cuisine techno-émotionnelle de Thierry Marx ». Ses expérimentations ont mené à différents produits originaux : le Whif, le Whaf, les bouteilles consommables, la gourde Pumpkin… Lorsqu’un projet « prototypé » dans le cadre d’une exposition, du FoodLab ou du prix ArtScience « présente une propriété intellectuelle intéressante, il est breveté par le biais de notre organisation commerciale ». Parfois, une start-up est même lancée pour commercialiser le produit issu de cette recherche, qu’on retrouve dans le PureStore (nommé jusqu’ici Laboshop) juste à côté du Laboratoire à Paris.

En plus du développement commercial, David Edwards brigue un développement social. « L’arrivée d’Alexandre Terrien à la tête du Pure Store en septembre prochain va nous permettre de proposer une vie sociale et culturelle » espère David Edwards. Interrogé sur ce futur lieu, le dynamique Alexandre explique : « qu’il s’agira d’un espace public plutôt tourné vers les jeunes générations et qui fonctionnera sur le principe d’un club. A l’étage, le public sera accueilli dans le Store et pourra descendre dans le FoodLab au sous-sol, afin de pouvoir déjeuner pour un prix raisonnable ». Bien entendu, les créations du Laboratoire dont les deux petits nouveaux (Pure et Aladdin), tournées vers le bien-être et l’écologie, figureront au menu dans une ambiance conviviale. A côté, un espace de recherche et d’innovation culinaire sera réservé au Chef Thierry Marx et au scientifique Raphaël Haumont. Egalement présenté sous le signe de l’expérimentation, le PureStore sera l’ambassadeur du Laboratoire auprès des plus jeunes, avec une forte volonté d’innovation et de co-construction de projets.

Notes

  1. J’apprendrais plus tard que le système Bel-Air, conçu par le designer Mathieu Lehanneur et David Edwards a été présenté à une exposition du MOMA de New York et s’est vu décerner le titre d’Invention de l’année par Popular Science au printemps 2008 ! Ce système est maintenant commercialisé sous le nom d’ANDREA
  2. Selon Valérie Abrial, directrice de la communication, les expositions de design qui « augurent d’un futur produit drainent un public large et intéressé contrairement aux expositions culturelles qui attirent plutôt un public habitué d’art contemporain ».
  3. Le manifeste du Laboratoire, par David Edwards, 2010, Odile Jacob
  4. Le programme est proposé à Télécom ParisTech, l’Ecole Centrale de Paris et Strate Collège Designers pour Paris, aux écoles publiques de Boston, à l’école publique d’Oklahoma City et à l’Institut St Joseph de Singapour.

Suivez l’enquête « Ville créative » menée en compagnie de l’Atelier Français, grâce à la weblist dédiée

>> Illustrations : Image de Une par bicouni et images de l’article par THEfunkyman, redking, redking, Marion Sabourdy

Prix littéraire grâce à deux squelettes !

Je l’indiquais dans mon précédent billet : j’ai récemment participé à un concours littéraire lancé par le muséum et la bibliothèque de Toulouse. En voici les résultats :

Premier prix : Les dames de Théviec de Sylvie Castéra Saglier
Deuxième prix : Les fugueuses de Marion Sabourdy
Prix spécial : Les sœurs oubliées de Pierre F. Jaouen
Prix des internautes : Au pied du tertre des ancêtres de Ludovic Ferry (39,5% des 344 votes)

>> Les nouvelles lauréates sont accessibles ici avant leur prochaine mise en ligne au format e-book.

squelette

Les deux squelettes dont il fallait conter l’histoire (Jeki et Alio dans ma nouvelle)

Un peu plus d’une semaine après l’annonce des résultats, je suis encore sur mon petit nuage ! J’étais assez loin d’imaginer atteindre ce résultat, surtout quand j’ai su que 53 personnes ont participé à ce concours.

Comme je l’ai indiqué en commentaire du billet annonçant les résultats, je souhaite remercier les membres du jury (1) dont la décision m’encourage fortement à poursuivre dans ce domaine (on se croirait à Cannes ^^). Ce concours est mon premier, et ne sera sûrement pas le dernier !

Bravo à l’ensemble des participants (les textes accessibles sont tous plus étonnants et intéressants les uns que les autres) et mention spéciale à l’équipe du Muséum qui a bossé dur pour organiser ce concours et nous tenir en haleine via les réseaux sociaux.

J’ai adoré l’ambiance de ce concours, mélange de respect entre auteurs et de compétition sympathique (sans parler du thème, qui me tient vraiment à cœur, comme beaucoup d’entre vous). Non contente de m’être exercée à l’écriture, j’ai également rencontré des auteurs charmants et passionnés comme Mathilde et Frédéric, via le profil Facebook « Paroles de squelettes ».

Concours de nouvelles 2011 : délibération du jury

Les membres du Jury en pleine délibération

Malheureusement, le plaisir est entaché par le fait que je ne pourrai pas être présente à Toulouse pour la remise des prix… Je tiens à m’excuser auprès du jury, des membres du Muséum et de toutes les personnes présentes le 25. En espérant pouvoir discuter avec vous et vous lire dans le futur…

Et le programme pour ceux qui souhaitent assister à la remise des prix, le 25 juin de 10h30 à 12h au Muséum de Toulouse, au restaurant le Moai (attention, il faut réserver) :

10h30 : Accueil autour d’un café et distribution des entrées au Muséum
11h00 : Discours du Directeur du Muséum et présentation du jury, remise des prix, lecture de la nouvelle qui a reçue le premier prix et rencontre avec les membres du jury.

Notes

(1) Le jury était constitué des auteurs Mouloud Akkouche et Frédérique Martin, des éditions Privat, du libraire Bibliosurf, d’un représentant du Centre Régional du Livre, de la préhistorienne Cristina San Juan-Foucher (commissaire scientifique de l’exposition préhistoires), d’un membre des Éditions du Muséum de Toulouse, d’un membre des médiathèques du Muséum et d’un membre de la médiathèque José Cabanis (Intermezzo)

>> Illustrations : Muséum de Toulouse (voir le profil Flickr)