Du côté de la Bretagne : l’Abret en mots-clés

L’Abret, un des plus anciens CCSTI français a fait sa mue en 2010 pour réapparaître cette année avec une nouvelle remorque d’expositions itinérantes et de nombreux projets. Le président Michel Tréheux, le trésorier Michel Urien et le coordinateur régional Victor Riche nous présentent l’Abret en quelques mots-clés.

Bientôt 30 ans

L’Abret, pour Association bretonne pour la recherche et la technologie voit le jour en 1982 à l’initiative de Jean Le Mézec, membre de la direction scientifique du Centre national d’études des télécommunications (CNET). L’année suivante, le Ministère de la Recherche la charge de la constitution d’un réseau régional de la culture scientifique et technique en Bretagne. Proche des mouvements associatifs, l’Abret engage dès ses débuts une politique de soutien aux associations spécialisées telles les Petits Débrouillards et Planète Sciences.

Le « domespace » qui abrite les bureaux de l’association à Pleumeur-Bodou (22).

Une première collaboration avec la Caisse d’Epargne de Bretagne aboutira à la mise en place, en 1986 d’une remorque « Espace Ecureuil » qui fonde l’activité itinérante de l’association. En 1989, elle organise la deuxième Exposcience internationale (Brest) et soutient en 1992 la création du Planétarium de Pleumeur Bodou dans le cadre du projet Cosmopolis.

Les années 90 verront le développement des classes scientifiques. A partir des années 2000, l’Abret est chargée de la coordination régionale de la Fête de la science et organise des manifestations sur les quatre départements bretons. Elle compte aujourd’hui sept salariés et un bénévole formés aux sciences et à la médiation scientifique.

Un réseau structuré en trois pôles

Selon Michel Urien, « l’Abret a une structure éclatée en trois pôles dont chacun a ses caractéristiques propres, telles qu’ils se fondent au mieux dans leur environnement » :

  • le siège historique à Pleumeur Bodou (près de Lannion), « une zone qui détient le record du nombre d’ingénieurs au km² » sourit Michel Tréheux. Les quatre salariés (dont un itinérant avec la remorque des sciences) travaillent en forte coopération avec plusieurs associations. Ce pôle est en charge de la conception de nouvelles expositions, l’accueil de classes scientifiques pour des jeunes du primaire, les relations avec l’ENSSAT, une école d’ingénieurs de Lannion et l’IUT.
  • un pôle dans la banlieue de Saint-Brieuc inséré depuis 2009 dans le Zoopôle, sorte de pépinière spécialisée dans la sécurité alimentaire. Les deux salariés présents animent un espace dédié aux sciences (conférences, cafés-sciences) à côté de la « Cité des Métiers ».

Des événements variés

L’Abret profite de son implantation dans trois villes pour tester des formats différents : Quartiers de Sciences à Brest, Griffons la science, les Défis scientifiques du 22 ou encore la Semaine du cerveau (une première !) à Saint-Brieuc, la Fête de la Science dans les trois villes.

Très souvent, le but est d’amener la science là où on ne l’attend pas, dans les quartiers défavorisés par exemple, à grand renfort de conférences (17 en 2010), animations, cafés-sciences. Ces événements sont créés en concertation avec les chercheurs, le milieu éducatif, les responsables politiques et les services techniques des villes. La dernière initiative de l’Abret : amener les élèves du secondaire en immersion dans l’université de Brest.

Des expositions créées et animées

« Nous créons environ une grande exposition et une petite chaque année, indique Michel Tréheux, nous animons la grande exposition et également des expositions extérieures, selon les besoins des villes ou des organisations ». Le président compare cette production à celle du Palais de la Découverte «en son temps» : des manipulations avec des outils simples (voir les expositions actuelles).

« Nous développons des malles pédagogiques à partir de nos expositions, qui comprennent des expériences en format réduit. Nous avons par exemple 9 malles sur la lumière, qu’on emmène dans les classes ». L’association travaille étroitement avec un réseau de 300 chercheurs qu’elle contacte suivant les années thématiques, ainsi qu’avec des professeurs. L’Abret a également des contacts avec le British Council, qui leur propose régulièrement des expositions.

Un territoire quadrillé

Dépourvue d’espace d’exposition mais très active dans la conception de celles-ci, l’Abret s’est très tôt équipée d’une remorque d’exposition pour quadriller son territoire et aller à la rencontre de son public. « En 2009 et 2010, nous avons accueilli 20 000 visiteurs par an, indique Michel Tréheux, nous allons dans des lieux où la culture scientifique est absente ».

L’association s’installe pendant une semaine dans une ville ou une école et propose des activités de médiation scientifique, à l’image du Scientibus de Limoges (voir notre reportage). La première semi-remorque « Roule ta science » date de 1986 et présentait depuis 2009 l’exposition « Les ondes en question » dans 50 villes partout en France. Michel Tréheux en parle : « nous avons réalisé cette exposition avec la Fondation Santé et Radiofréquences, en restant impartiaux vis-à-vis des opérateurs de télécommunications ». La nouvelle remorque sera inaugurée en mai, à Pleumeur Baudou, avec l’exposition « A la lumière des lasers », créée en 2010 à l’occasion des 50 ans du laser, une thématique qui tient à cœur aux membres de l’association, pour beaucoup (ex-)chercheurs dans ce domaine. « Cette nouvelle remorque de 70 m² se déploie de chaque côté comme des poupées russes, explique Michel Tréheux, elle a été réalisé par l’entreprise Toutenkamion (Loiret) spécialisée dans ce domaine ».

Les Cafés-sciences Junior

Profitant de sa présence sur trois sites, l’Abret organise des « Cafés-Sciences », sortes de rencontres-discussion entre chercheurs et grand public. « Mais nous nous sommes vite rendus compte que le public était relativement âgé » remarque Michel Urien. L’équipe a alors récemment décidé de faire évoluer le concept en « Cafés-Sciences Junior ».

L’initiative est pour l’instant cantonnée au site de Lannion, riche de son école d’ingénieurs (ENSSAT) et de son IUT. Les étudiants, par groupes de 4 ou 5, sont incités à prendre en mains l’organisation, la recherche d’intervenants et l’animation de ces soirées, avec l’appui de l’Abret. Les précédentes soirées avaient pour thème le sommeil, les réseaux sociaux et l’amour, et ont drainé un public nombreux et rajeuni. « Les étudiants jouent vraiment le jeu, sourit Victor Riche, nous sommes passés d’environ 5% à 80% d’étudiants présents dans le public ». Le prochain Café, le 12 mai, abordera le thème du cerveau et des illusions d’optique. Une initiative qui contribue à rapprocher l’Abret de ce public d’étudiants ingénieurs.

Les nouvelles technologies

Concernant le numérique, l’Abret se pose actuellement beaucoup de questions. Conscients de l’avantage des réseaux sociaux, ses membres ont récemment découvert Facebook et Knowtex, en parallèle de la refonte du site internet. Mais leur ambition diffère de celle d’autres centres, avec un projet d’espace virtuel pour la diffusion de la culture scientifique et technique. « Beaucoup de technologies sont actuellement développées autour de la visualisation 3D, de la réalité virtuelle et augmentée, remarque Michel Urien, nous souhaitons travailler dans ce sens avec le Centre européen de réalité virtuelle (Brest), l’Ecole supérieure d’Arts de Brest pour l’architecture 3D et l’IUFM de Bretagne pour la partie pédagogique ». Un projet baptisé MUSUREVA dont les premières réalisations sont créées sur le thème des lasers, et dont le développement nécessitera vraisemblablement 3 à 4 ans.

Le tourisme scientifique

« Notre pôle de Pleumeur Bodou est situé dans un environnement très favorable au tourisme scientifique avec la Cité des Télécom, le plus grand planétarium de France, un réseau d’antennes vestige des télécom spatiales, la géologie locale, des activités possible sur le thème de la mer, des algues… » liste Michel Tréheux.

Depuis début 2011, l’Abret souhaite valoriser les associations locales, si possible hors saison, en leur amenant des visiteurs dans le cadre de séjours ou journées spécialisés ou généralistes. « Cette initiative prolonge une activité de classes scientifiques démarrée il y a 30 ans, les Classes Trégor, du nom d’une province de Bretagne » complète Michel Urien. L’association a accueilli jusqu’à 30 classes par ans, dans des hébergements de l’Ile-Grande. Ces classes découvertes sont pour l’instant plutôt destinées aux élèves de la région parisienne avec le soutien de la Mairie de Paris. L’Abret souhaite poursuivre son activité avec des enfants de maternelle, avec une préférence pour le thème de l’environnement.

Pour aller plus loin :

Voir les interviews audio et vidéo de Michel Tréheux et de Victor Riche

La page « Historique » sur le site de l’Abret

>> Illustrations : Abret

Un ch’ti peu de science avec le Forum départemental des sciences

Après la visite de quatre centres de science, sans compter les parisiens, un passage dans le CCSTI de Villeneuve d’Ascq, près de Lille, aurait pu paraître le début d’une certaine routine. Mais au sortir de la station de métro près de l’Hôtel de ville, nous avons été bluffés par la taille du Forum départemental des sciences, un bâtiment de 4000 m² cerclé de verrières créé spécialement pour la culture scientifique et technique.

Situé près des universités Lille-1 (sciences et techniques) et Lille-3 (sciences humaines et sociales) et en contact avec de nombreuses entreprises innovantes de Villeneuve d’Ascq, le forum est desservi par le métro et l’autoroute. En face de lui, de l’autre côté d’un imposant parking, est installée la Rose des vents, scène nationale qui accueille des spectacles de théâtre et de danse.

Et la visite du Forum n’a fait que confirmer notre bonne impression. Beau bâtiment lumineux et coloré, il comprend un grand accueil, une salle de documentation (1), un planétarium, un café et deux espaces d’expositions, dont un spécialement conçu pour les enfants. Sur toutes les affiches des expositions présentées au Forum figure la photo d’un être humain, point de départ d’une réflexion sur le rapport de l’homme avec les objets de la science.

Pourtant, malgré un équipement et un emplacement très favorables, le Forum a connu plusieurs crises dans son histoire. Franck Marsal, le directeur depuis un peu moins d’un an et demi et Fabienne Derambure, responsable de la communication, nous évoquent l’histoire du forum et ses prétentions actuelles.

Une certaine idée de la culture

Au commencement, comme souvent, est le projet d’un homme, Bernard Maitte, physicien et professeur d’histoire des sciences et d’épistémologie à l’université Lille-1, véritable militant et moteur de la réflexion autour de la culture scientifique et technique (CST) en France.

Depuis le début des années 1980, il milite pour la création d’une structure pour la culture scientifique et technique dans la région Nord-Pas de Calais. En 1982, avec quelques amis, il créée ALIAS, une association loi 1901 aussi nommée « Centre Régional de Promotion de la Culture Scientifique, Technique et Industrielle ». Selon Fabienne Derambure, ce projet puise sa source intellectuelle dans les écrits du physicien et philosophe Jean-Marc Lévy-Leblond. Le groupe développe une réflexion autour du livre scientifique et des clubs scientifiques pour les jeunes.

Le petit groupe ne dispose pas encore de lieu d’exposition. Qu’à cela ne tienne, il décide de créer des outils pédagogiques « qui ouvrent les esprits » et d’aller sur le terrain (classes, MJC, centres sociaux…). Ces productions jetteront les bases d’un futur catalogue de plus de 50 productions originales (expositions, ateliers, malles découverte, valises exploration, planétarium…), mises à disposition dans la région, en France et même en Europe.

En 1984, ALIAS créée une valise d’exploration sur le thème de la symétrie, véritable « mix entre une exposition et un atelier, comme un musée hyper compact » décrit Fabienne. La volonté était de « faire réfléchir sur des sujets complexes mais dont on peut parler avec des choses du quotidien », comme la peinture ou l’architecture en ce qui concerne la symétrie.

Un lieu pour la CST dans le Nord

À cette époque, l’association est hébergée par la Maison régionale de la nature et de l’environnement (qui depuis a changé de nom). En 1989, le maire de Villeneuve d’Ascq, Gérard Caudron, met à disposition un local de 500 m², qui jette les bases d’un lieu d’accueil et de médiation « dans lequel l’association a pu développer des actions de mise en culture de la science sur la région » explique Fabienne qui sera embauchée un an plus tard.

« L’idée de construire un véritable CCSTI a tenu l’association durant toutes ces années et a nécessité beaucoup d’énergie » précise cette femme dynamique. Les membres et salariés de l’association ont assisté en décembre 1996 à la concrétisation de leur projet avec l’ouverture du Forum des sciences (toujours sur le format associatif, qui stoppera en 2005) en partenariat avec l’Etat, la Région, le Conseil général du Nord et la Ville de Villeneuve d’Ascq. L’ouverture de ce bâtiment ne modifie pas l’esprit et le leitmotiv des débuts : « mettre la science en culture » (2).

Depuis cette date jusqu’au milieu des années 2000, le Forum poursuit cahin-caha son activité, malgré les problèmes d’argent et la succession des directeurs. « Certains financeurs se sont désengagés devant les difficultés du Forum mais d’autres nous ont aidés, se souvient Fabienne, de plus, on a pu compter sur la motivation de l’équipe dont les membres sont des militants qui ont choisi de s’investir et défendre la structure. En cela, nous avons développé un fort esprit critique sur le plan culturel et une exigence importante ». En 2005, le budget tombe à néant pendant six mois. Si l’expérience a été difficile, elle a beaucoup appris à tous et notamment à la responsable de la communication.

Des expositions pour les 3-6 ans

Les difficultés n’ont pas empêché le Forum de se forger une solide réputation nationale dans la création d’expositions « Petit forum » pour les 3-6 ans ainsi que dans la médiation.

Ainsi, le Forum a fait le choix d’avoir recourt à un grand nombre de médiateurs – il n’y a pas d’activité non animée – et compte actuellement 55 salariés et une vingtaine de vacataires. « Nous souhaitons mettre le visiteur en situation de réflexion plutôt que de lui donner des définitions toutes faites. Nous sommes en permanence en « R&D » de la médiation humaine la plus adaptée » précise Fabienne.

Arrive alors le 1er janvier 2006, date charnière dans l’histoire du Forum puisqu’il s’agit de la départementalisation de la structure. Le bâtiment a alors 10 ans et commence à vieillir. Sa rénovation sera entièrement prise en charge par le département du Nord (3).

Un nouveau directeur, Yves Rok, est alors embauché avec l’accord du Conseil général et restera en poste deux ans et demi. Cette reprise par le département apporte une réelle sécurité à la structure, désormais nommée Forum départemental des sciences. Elle ne subit plus la pression de la recherche de financements et garde néanmoins une indépendance sur sa programmation.

Mais l’actuel directeur, Franck Marsal, ne souhaite pas s’asseoir sur une « rente de situation, à l’image de l’Arabie Saoudite avec son pétrole ». Il réfléchit déjà au modèle économique à moyen terme pour ne pas dépendre uniquement du financement des collectivités territoriales, elles-mêmes en situation difficile. « La réflexion autour des relations avec les industriels locaux se pose fortement dans les structures culturelles de la région » analyse-t-il.

Un travail en réseau

L’arrivée du nouveau directeur a également marqué un léger changement dans la philosophie du Forum avec une orientation vers le travail en réseau. Franck Marsal s’intéresse ainsi de près aux travaux de Relai d’sciences (Caen) ou Ombelliscience (Picardie), des CCSTI dépourvus de lieu d’accueil et qui en ont fait une force.

« Je vois le Forum à la fois comme un lieu, avec ses expositions, ses animations, etc. et comme un animateur de réseau. On doit concevoir le bâtiment comme un point de départ, la « pompe » qui alimente le réseau » explique-t-il. Et ses idées ne sont pas des effets d’annonce. Le Forum commence à tisser des liens avec quelques structures « culturelles » (4) et « scientifiques et techniques » (5) du département et de la région. Ces dernières, au nombre de huit, et le Forum se regroupent tous les trois mois pour jeter les bases de futures collaborations.

Selon Franck Marsal, l’objectif est d’être visible en tant que réseau pour la prochaine Fête de la science, en octobre prochain. « Nous débutons un gros travail de structuration. Une communauté culturelle autour de la science est en train d’émerger ». En fil d’Ariane, la « dimension de proximité », dans une région lourdement touchée par la désindustrialisation. Le dernier dossier de presse met en évidence les questions que le Forum se pose : « en quoi, le développement d’une CST est-il un levier de développement de nos territoires, une ressource de créativité et de cohérence dans une société en crise ? », « en quoi pouvons-nous mieux contribuer au rayonnement du Nord au niveau national et international ? »…

S’appuyer sur les jeunes et le tissu industriel

Pour tenter d’y répondre, le Forum souhaite s’appuyer sur la culture liée à ces industries disparues (industries du textile et mines) et les plus récentes (vente par correspondance, chimie, agro-alimentaire…) afin d’appuyer son travail de médiation.

« Il reste encore de très fortes inégalités dans l’accès à l’emploi, la santé, la culture et les infrastructures de transport. Le Nord-Pas de Calais est un lieu de passage (TGV, port de Dunkerque…) mais la circulation intrarégionale n’est pas si facile et le sud du département du Nord est enclavé », analyse cet ancien de la SNCF, connaisseur du monde de l’entreprise et de la fonction de manager.

« Au-delà de la pratique professionnelle, la science est aussi un champ de la culture pour la population, souligne Franck Marsal, les citoyens développent une pratique de curieux comme pour la pratique musicale amateur, à la différence près qu’il manque encore la reconnaissance et les instruments pour encourager la curiosité scientifique ». Une situation paradoxale selon lui, car « la science est pourtant un objet facile à transporter dans les zones rurales, contrairement à l’opéra. Il faut inventer de nouvelles manières de faire, des lieux pour mettre tout ça en réseau et en culture ».

Et cela débute avec les enfants, lors de l’opération Sciences Collège Nord, menée en partenariat avec d’autres structures culturelles du département et des enseignants de plusieurs disciplines et qui se renouvelle tous les ans depuis 10 ans. Au programme pour les 2500 élèves touchés chaque année au sein des 52 collèges, une thématique travaillée tout au long de l’année et mise en valeur lors de trois rassemblements : une journée d’animation, une visite d’un des sites partenaires et une journée de valorisation des travaux des élèves au mois de juin.

Tisser des liens avec l’université

Une réflexion se développe également autour du PRES lillois, pour faire le lien entre le tout jeune réseau culturel et les universités de la région. « La difficulté sera de trouver le positionnement de chacun ». Une prochaine convention-cadre avec l’université fera le point sur les partenariats et échanges avec le Forum.

A la fin de l’année 2011, le Forum départemental des Sciences fêtera ses 15 ans. La structure a la volonté de « maintenir un haut niveau de création », avec une exposition « Petit forum » par an, des ateliers, plusieurs malles et des séances au planétarium. Avec une moyenne de 100 000 visiteurs par an et le double en itinérance, le Forum se définit comme le plus gros CCSTI généraliste de province et ne cache pas son « ambition de devenir un acteur de référence de la culture scientifique au niveau national et européen », comme par exemple le Musée de l’Institut royal des sciences naturelles de Bruxelles.

Autant de projets qui seront couchés sur le papier ces prochains mois dans le futur projet culturel du Forum. Sa publication correspondra à l’élection d’un nouveau président du Conseil général, moment clé dans la vie de cette structure départementale. « Les questions de la culture scientifique ouvrent beaucoup de débats. Nous devons prendre le temps de travailler ce projet pour être écoutés et échanger. Ça ne nous empêche pas d’agir pendant ce temps » conclue Franck Marsal.

*  * *

Les visiteurs du Forum départemental des sciences

De 2006 à 2009, la fréquentation du Forum départemental a progressé de 43 % (de 57 440 à 101 225 visiteurs par an) pour un total de plus de 500 000 visiteurs. De janvier à juin 2010, la structure a accueilli 63 000 visiteurs.

À elle seule, l’exposition « Au temps des mammouths » a vu affluer 33 000 curieux. Du côté des classes, l’opération « Sciences Collège Nord » a mené à terme 54 projets en 2009 contre 31 l’année précédente. Quant à l’itinérance des outils, celle-ci est passée de 454 semaines de présentation de malles découverte, d’expositions, etc. en 2006 à 609 semaines en 2009 et 145 pour le premier semestre 2010.

Les visiteurs sont venus à 46 % en groupe scolaire, 39 % avec des enfants et 20 % avec d’autres adultes. Quant aux professions des adultes, il s’agit de 39 % d’enseignants, 15 % d’employés ouvriers (inhabituel dans une structure culturelle), 11 % de cadres supérieurs, 11 % de professions intermédiaires, 6 % de retraités et 4 % d’étudiants.

Qu’ils viennent pour la première fois (40%) ou une fois par an (40%), tous les visiteurs estiment avoir été bien accueillis, intéressés, stimulés et enthousiasmés et donnent une note de 8/10 au Forum. Enfin, le Forum est considéré à plus de la majorité comme un « lieu de découverte et de transmission des connaissances » ainsi que de « large accès à la culture pour tous » (6).

Notes

  1. Le centre de documentation offre son appui aux professionnels dans leur montage de projet de culture scientifique, s’appuyant sur un fonds multimédia de plus de 13 000 références et une connaissance aigüe des réseaux et des outils régionaux.
  2. Une partie des citations de l’article et de ces notes est tirée du dossier de presse de la saison 2010-2011.
  3. Le département a investit 1,8 millions d’euros pour la remise à niveau du bâtiment (travaux de sécurité incendie, amélioration du confort thermique, réfection de l’accueil, etc.).
  4. Le Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, le Musée-atelier du verre à Sars-Poteries, la Villa Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Cappel, le Musée de Flandre à Cassel…
  5. Le Musée-site archéologique départemental de Bavay, l’Ecomusée de l’Avesnois, le Centre historique minier Lewarde, la Cité Nature à Arras, le Centre nationale de la mer Nausicaa, la Coupole d’Helfaut-Wizernes, le Musée d’histoire naturelle et de géologie de Lille, le Palais de l’univers et des sciences à Cappelle la Grande
  6. Selon une enquête réalisée au printemps 2010 sur 258 visiteurs.

>> Voir l’album photo de notre visite sur FlickR

Un CCSTI à la recherche d’une identité différente

L’Université de Lyon, c’est 19 établissements (universités et grandes écoles) sur Lyon et Saint-Étienne, 120 000 étudiants, 230 laboratoires de recherche publics, 11 500 enseignants-chercheurs… Pas facile pour le service Science et Société, créé en 2007, de se faire connaître de tous…

Pourtant, « sur le site internet de l’Université, nos pages sont les plus visitées, notamment l’Agenda de la culture scientifique et technique dans le Rhône où sont centralisés tous les événements de nos partenaires » annonce Isabelle Forestier, la chargée de communication du service.

Le service Science et Société fait d’ailleurs office d’interface culturelle entre le monde de la recherche et le grand public. « Ça donne à l’Université une image innovante, loin des conférences poussiéreuses, et surtout une image décalée par rapport aux autres universités focalisées sur les classements de leurs chercheurs » poursuit la jeune femme. Encore faut-il que ces chercheurs connaissent le service en question.

C’est un des rôles de Mélodie Faury, chargée de mission Science et Société. Arrivée en septembre dans le service, elle anime la commission Science-Société de l’Université qui possède 19 membres (un dans chaque établissement).

« La commission est interdisciplinaire, à l’image des établissements, avec des sciences dures, du théâtre, de l’architecture… Notre mission est d’abord de sensibiliser les membres aux problèmes Science-Société » explique Mélodie. L’état des lieux en cours permettra de connaître les besoins de chacun. « J’ai déjà relevé une demande très forte de reconnaissance institutionnelle des activités de culture scientifique et une volonté de partage. En revanche, le degré d’implication est très divers entre les établissements ».

Autre projet de Mélodie, pour un peu plus tard : la mise en place de formations des étudiants et doctorants sur les problématiques science-société, en complément des formations à la médiation qui existent depuis 20 ans. « Cela existe déjà dans certaines écoles doctorales. L’objectif sera de mutualiser les connaissances ».

En parallèle, le service souhaite se faire connaître du grand public. Comme il ne possède pas de lieu d’accueil – seulement des bureaux dans l’ancienne caserne du quartier Sergent Blandan – ses projets essaiment sur le territoire du Grand Lyon et dans le département du Rhône.

Ces actions de médiation, véritables évènements tout au long de l’année, vont très prochainement trouver une seconde vie sur Internet. Un projet de lieu culturel numérique est en effet en train d’être réfléchi, pour retrouver les actions menées sur le terrain mais également pour innover en matière de médiation culturelle de sciences sur le web.

« Nous sommes en train de revoir toute l’identité visuelle du service, avec un nouveau nom, une charte graphique et un site internet, annonce Isabelle et Mélodie, le site sera à la fois destiné aux publics de notre action culturelle mais il sera aussi une plateforme de rencontre et d’échange entre les chercheurs, les médiateurs, le public, les enseignants autour des problématiques Science-Société ». En clair, le site web sera bel et bien « un outil de médiation, de créativité et d’expérimentation » pour le service. Un projet pas banal dans le monde de la Culture scientifique et technique, fortement attaché aux relations dans le monde réel.

Le service planche actuellement sur l’aspect et les fonctionnalités du site. « Nous sommes dans une phase d’incubation. Nous avons entrepris un travail sur les réseaux sociaux (1) et ne souhaitons pas refaire ce qui fonctionne déjà bien ailleurs. Nous souhaitons faire des ponts avec les sites et blogs existants » indique Mélodie. Isabelle se risque à une description idéale : « Nous aimerions que notre site soit la métaphore d’une ville où les visiteurs pourront déambuler ».

Sur le cahier des charges : un espace d’information sur les actualités et les évènements de la structure et sur la culture scientifique dans le département, la mise à disposition de ressources (documents, cours), un espace donnant la parole aux publics de la structure, la mise en relation d’acteurs pour donner naissance à des projets de culture scientifique sur les problématiques sciences et société… Mélodie souhaite également un univers très graphique et évolutif. Désireux de faire entrer ce futur site dans les « canons » du web 2.0, le service est ouvert à vos conseils. À bon entendeur…

Note

  1. Voir le compte Twitter et la page Facebook du service Science et Société.

Service Science et Société de l’Université de Lyon : histoire d’un projet

L’histoire commence à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, avec une petite association d’une quinzaine de membres. Depuis le début des années 1990, l’association Eclats (Espace culturel lyonnais d’animation technologique et scientifique) œuvre auprès des écoles et organise la Fête de la Science. Son dynamisme lui a même permis de rédiger le cahier des charges du centre Captiva (espace de CSTI lyonnais pour les enfants, proposé par la Ville de Lyon, aujourd’hui disparu) qui inspira la création de la Cité des enfants, inaugurée en 1992 à la Cité des sciences de Paris.

Vers 1995, « l’association a commencé à sombrer à cause de problèmes de gestion, explique Isabelle Bonardi, actuelle directrice adjointe du service Science et Société, malgré une tentative de réembaucher du personnel, Eclats a finalement été dissoute ». En avril 1999, le Pôle universitaire de Lyon (PUL) (1) s’appuie sur les membres de l’association pour lancer un projet de culture scientifique et technique. « Au début, nous étions trois : deux provenant d’Eclats , Mylène Saury et moi-même, et le chef de projet à mi-temps, Daniel Guinet, chercheur à l’Institut de physique nucléaire » précise Isabelle.

Pendant trois ans, ces trois personnes sont toutes en situation de médiation, puis sont rejointes par une secrétaire et des personnes mises en disponibilité. Parmi leurs activités : les formations de doctorants (2), l’organisation de la Fête de la Science, le lancement de l’opération « A la rencontre de la science » où des élèves rencontrent des chercheurs (3), l’accueil de l’exposition « Quand la science rejoint l’art » (4), de l’Inserm dans l’Opéra de Lyon en 2000 – « notre tout premier événement festif » – ou encore la Nuit du cinéma scientifique à l’ENS. Le groupe n’est pas « créateur d’exposition mais plutôt organisateur de temps forts » précise Isabelle. Petit à petit, les quatre membres régulier deviennent chargés de projet.

La demande de labellisation CCSTI en 1999, en même temps que La Rotonde à Saint-Étienne, a été obtenue en 2009. Très vite, les CCSTI de la région Rhône-Alpes – un par département actuellement – créent un réseau (voir le site internet tout juste lancé). « Le contrat de plan État-Région a assis notre budget de fonctionnement et a structuré notre rôle » assure Isabelle Bonardi.

C’est la période « dorée » de la CSTI en Rhône-Alpes avec Roger Fougères en tant que président de la commission enseignement supérieur et recherche. Le CCSTI lyonnais s’essaye alors à la création d’une exposition sur le thème des fractales, en collaboration avec le Laboratoire d’informatique en image et systèmes d’information (LIRIS à l’Université Lyon 1), qui possède un logiciel de création de fractales, et une artiste en résidence dans ce laboratoire.

En octobre 2002, Daniel Guinet démissionne et le conseil général vote l’arrêt de ses subventions au CCSTI afin de se concentrer sur le projet du Musée des Confluences. L’année se termine tant bien que mal et Isabelle Bonardi est alors prise au poste de chef de projet début 2003.

Jusqu’à fin 2002, le service était financé à parts égales entre l’État, la région, le département et la ville à hauteur de 200 000 euros environ. « De nombreuses personnes souhaitaient un CCSTI à Lyon, nous étions assaillis de demandes auxquelles nous ne pouvions pas répondre par manque de subventions et de personnels » déplore Isabelle Bonardi.

Le groupe organise pendant un mois l’événement « La chimie dans tous les sens » au sein duquel il accueille « La chimie, naturellement » (une exposition de l’Espace des sciences à Rennes) au château de Saint-Priest, près de Lyon. En 2005, dans le cadre de l’année mondiale de la Physique, le CCSTI participe à la conception du Camion des sciences avec des chercheurs grenoblois et lyonnais.

Entre 2004 et 2006, le PUL passe de quelques membres à une trentaine puis se mue en 2007 Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) nommé Université de Lyon (UdL) avec aujourd’hui 19 membres (universités et grandes écoles) sur Lyon et Saint-Étienne. « Cette structure a pris de plus en plus d’ampleur en termes de taille, de dynamisme et d’attraction de financements » confie la directrice adjointe. « L’action du CCSTI est devenu un des piliers de l’action de l’Université de Lyon notamment en terme d’ouverture culturelle et d’attraction des jeunes ».

En 2007, le CCSTI recrute son premier directeur, Alexis Michel, mathématicien venu de l’Université de Bordeaux. « Cette homme brillant a mis en place des révolutions dans le service, estime Isabelle, comme le développement du site internet, ce qui a attiré l’attention des politiques sur notre travail, notamment le Conseil général et la communauté urbaine qui ont alors choisi de nous financer à nouveau ». C’est également Alexis Michel qui ouvre les portes de l’Europe au CCSTI.

La structuration du PRES en services entraîne cette année-là la création du service Science et Société dont le CCSTI est l’outil opérationnel. « Nous ne voulions pas d’un banal service de CST, alors nous avons orienté nos actions sur la réciprocité et l’échange, avec une place prépondérante réservée au citoyen ». Isabelle Bonardi est nommée directrice adjointe. Elle exerce depuis une fonction de management et de mise en place opérationnelle de la politique proposée par la direction.

2009 marque l’arrivée de Béatrice Korc au poste de directrice. Au jour de notre interview, en novembre dernier, cette réalisatrice venue de Paris se donne encore quelques mois pour peaufiner le projet global de développement de la structure pour les trois prochaines années en lien avec ses missions spécifiques au sein de l’Université de Lyon.

« Ce sont des équilibres subtils à créer. Nous avons une mission ancrée dans le département du Rhône via les actions du CCSTI mais nous avons en même temps une mission transversale d’animation des questions « science-société » pour les établissements membres de l’Université de Lyon, qui recouvre le territoire de l’Académie de Lyon, explique Béatrice Korc.

Ainsi par exemple, le CCSTI La Rotonde à Saint-Étienne est sur le même périmètre académique et un service d’un établissement membre du PRES.  Il  faut voir comment nous pourrions mutualiser à l’avenir certains moyens tout en conservant une parfaite autonomie. Par exemple, ils produisent des reportages intéressants avec leur radio TramWeb. Pourquoi ne pas le faire à une échelle plus large ? ».

Très prise par les projets européens (voir notre article à ce sujet), elle ne s’est pas encore attelée aux partenariats avec le monde industriel. « Il me semble nécessaire de commencer par expliquer aux entreprises ce qu’est la médiation culturelle des sciences : ni des conférences traditionnelles ni de la communication corporate ».

2011 et l’Année mondiale de la Chimie sera une occasion de nouer des dialogues. « Les chimistes ont souvent du mal à parler de leur travail et le public est effrayé. Il faut travailler avec les entreprises, leur expliquer en quoi l’ouverture vers la société civile et l’écoute de certaines inquiétudes sont importantes pour faire évoluer les représentations des uns et des autres. Une médiation autour des textiles, très liés à l’histoire lyonnaise, pourrait être un bon début ».

Hyperactive, cette femme « à poigne » souhaite travailler sur le sens des choses. « Surtout, ne pas faire du saupoudrage événementiel mais inscrire notre action dans la durée ». Les 11 membres de l’équipe, dont 8 équivalents temps plein croulent sous le travail, mais avec le sourire. « Chaque projet est un prototype, indique Béatrice, on expérimente beaucoup de choses, ce qui prend du temps ».

Dans les grands axes développés au PRES figurent la santé et la ville décarbonée, un des thèmes que l’Université de Lyon a développé lors de l’Exposition universelle de Shanghai. D’ailleurs l’actuel campus de la Doua à Villeurbanne va devenir le premier éco-campus européen, futur lieu d’échanges et de recherche sur les questions environnementales.

« 2011 et 2012 seront l’épreuve du feu pour notre  nouvelle programmation et pour notre développement au sein de l’Université. Les questions Science et Société sont inscrites dans tous les dispositifs proposés dans le cadre du grand emprunt. Si tous les projets que nous développons actuellement portent leur fruits, nous devrions disposer de nouveaux types de financements à l’avenir ». De quoi prévoir des projets encore plus ambitieux.

Notes

  1. A l’époque, le PUL réunissait six structures : les universités Claude Bernard Lyon 1, Louis Lumière Lyon 2, Jean Moulin Lyon 3, l’Institut national des sciences appliquées (INSA), le CNRS et l’École normale supérieure (ENS).
  2. Ces formations, qui ont perduré jusqu’à aujourd’hui, ont lieu dans le cadre de modules d’insertion professionnelle ou dans celui du Centre d’initiation à l’enseignement supérieur (CIES).
  3. Cette opération a duré jusqu’en 2009
  4. Lors de cet événement, des trinômes d’étudiants documentalistes, scientifiques et venant du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD) étaient formés. Chaque groupe s’emparait d’une photo et a créé une scénette (travail sur les légendes, textes déclamés, peinture, pièces de théâtre, danse…)

>> Photos : Ilian Ginzburg pour l’Université de Lyon (n°1) et Knowtex

La Rotonde : entre médiation et éducation

Dans les bureaux de La Rotonde, au sein de l’École nationale supérieure des Mines de Saint-Etienne, les affiches de théâtre côtoient les mallettes pédagogiques. Depuis 2006, le CCSTI participe au développement de l’enseignement des sciences à l’école primaire, à travers le projet européen Pollen (2006 à juin 2009) et l’actuel Fibonacci (voir la page dédiée sur le site).

Le projet Pollen, financé par la Commission européenne, a été initié par l’opération française La main à la pâte et soutenu par l’Académie des sciences. Il avait pour but de « mettre les enfants en situation d’observer, de questionner et de comprendre le monde qui les entoure, grâce à la mise en place d’une démarche d’investigation ». Saint-Étienne a fait partie des 12 villes « pépinières des sciences » où le projet a été lancé (1). C’est aussi la seule ville en France à avoir accueilli le dispositif, qui l’a faite rentrer dans le réseau des centres-pilote de La main à la pâte.

Peur des sciences ou matériel trop coûteux

La responsable de ces projets, Clémentine Transetti, une jeune femme pleine d’humour diplômée d’un DEA de neurobiologie (2), a demandé aux enseignants pourquoi ils ne faisaient pas de sciences : « les réponses sont toujours du même ordre : ils ne sont pas formés, ils ont peur des sciences et pensent que cette discipline nécessite un matériel coûteux ».

Clémentine doit donc réussir à désacraliser les sciences pour ces instituteurs, leur proposer des séquences d’enseignement ludiques tout en collant au plus près au programme de l’Éducation nationale. « C’était dur de trouver le juste milieu entre la liberté du monde de la CST et le manque de flexibilité de l’Éducation nationale, avec son programme et ses évaluations ».

Elle a donc mis en place un dispositif de mallettes contenant des documents pédagogiques et du matériel pour la classe, qui collent au plus près du programme de l’Éducation nationale depuis la petite section de maternelle jusqu’en CM2.

« Nous avons réparti le programme dans une grille, avec cinq thèmes scientifiques par an (3). Nous avons cherché des modules pédagogiques existants et créé ceux qui manquaient, fabriqué des mallettes à partir de ces modules ou de notre propre expérience et mis en place des rotations de ces mallettes entre les écoles ».

Un réseau d’enseignants et de villes

Le CCSTI a déjà formé 200 enseignants de 50 écoles du département (4) et son action a touché 4500 élèves. Certains étudiants et doctorants de l’École des Mines et de Polytechnique accompagnent les instituteurs et recadrent la démarche scientifique quand ils en ont besoin. Une activité qui entre dans le cadre du service civil (à la place du service militaire) des étudiants de Polytechnique (5).

« Cette initiative ludique et détournée marche très bien du côté des enseignants qui ont souvent une formation littéraire. Ils se décomplexent et se sentent accompagnés, souris Clémentine, en revanche, nous avons du mal à les suivre régulièrement sur le long terme ».

En effet, Pollen prévoyait la formation de 50 enseignants la première année, puis 50 autres la deuxième et encore 50 la troisième, tout en continuant à suivre les enseignants formés les années précédentes. «  Pour Fibonacci, nous avons fait le choix de ne plus prendre de nouvelle école et de concentrer notre travail sur celles avec qui nous avons déjà travaillé ».

Cette année, La main à la pâte a fait évoluer Pollen vers le projet Fibonacci en s’associant avec l’Université de Bayreuth (Allemagne) pour la partie sur les mathématiques. L’École des Mines de Saint-Étienne est devenue centre de référence, avec l’École des Mines de Nantes. L’Université Henri Poincaré de Nancy participe également au projet.

Des échanges et des inquiétudes pour le futur

Dans ce cadre, La Rotonde poursuit les projets initiés avec Pollen et est devenue tuteur de l’Université libre de Bruxelles et de l’Association nationale italienne des enseignants de sciences naturelles, à Naples. « Nous les aidons à mettre en place le projet suivant leur propre système éducatif ». Une petite délégation d’enseignantes italiennes était d’ailleurs présente lors de ma visite. La barrière de la langue n’est pas encore évidente à franchir, mais les mallettes et l’émission « C’est pas Sorcier » ont l’air de plaire…

Si Clémentine est très positive au sujet de l’implication des enseignants, elle est plus critique sur l’implication de l’Éducation nationale, pourtant très favorable au lancement de Pollen. La restriction actuelle des budgets et la forte diminution des heures de formation continue dans l’année risquent de transformer l’activité de La Rotonde en simple « prêt de mallettes pédagogique sans accompagnement des enseignants » déplore Clémentine. Pourtant selon elle, ces projets européens ont permis de passer de « pas de science » à « un peu », « ce qui est déjà très positif ».

Notes

Outre Saint-Étienne, le projet européen Pollen a mobilisé les villes de Lisbonne (Portugal), Girone (Espagne), Pérouse (Italie), Ljubljana (Slovénie), Vac (Hongrie), Bruxelles (Belgique), Leicester (Royaume-Uni), Amsterdam (Pays-Bas), Berlin (Allemagne), Stockholm (Suède) et Tartu (Estonie)

Comme plusieurs autres membres de La Rotonde, Clémentine a été formée à la médiation pendant une année à l’IUT de Tours (licence pro « Développement et protection du patrimoine culturel, spécialité Médiation scientifique et éducation à l’environnement »)

Ces thèmes sont répartis dans des sections plus larges : l’eau, l’air, hygiène et respect de l’environnement, le corps humain, le ciel et la terre, animaux et végétaux, technologie et  une section « joker » si les enseignants ont le temps (alimentation, ombre et lumière, énergie, équilibre, classification)

Les activités ont débuté dans 11 écoles maternelles et élémentaires situées à proximité de l’École des Mines, puis ont été élargies dans le quartier de Montreynaud et dans la ville de Saint-Chamond.

C’est « L’accompagnement en science et technologie à l’école primaire » (ASTEP) lancé par le ministère de l’Éducation nationale, le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur et l’association La main à la pâte

>> Pour aller plus loin, lire le dossier de la Banque des Savoirs : Mieux enseigner les sciences à l’Ecole

>> Photos : Licence CC, CCSTI La Rotonde – École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne

La Rotonde : un réseau et des productions

Le site internet de La Rotonde est incontestablement beau. Mais cette recherche graphique aurait tendance à camoufler les autres sites créés par le CCSTI, qui tissent petit à petit une toile où viennent se fixer tous les acteurs de la culture scientifique et technique dans la Loire. Parmi ces sites : R² sciences 42, créé en 2008, dont le nom évoque le réseau et les ressources (RxR = R²) autour des sciences dans le département de la Loire (42).

Julie Fortin, présente à La Rotonde depuis cinq ans, est responsable des activités autour de ce site. La jeune femme est géographe de formation et titulaire d’une maîtrise en sciences de l’environnement (1). « Pour relancer le réseau de nos partenaires, nous nous sommes inspirés de l’ouvrage Éprouvette écrit par l’ancien directeur Hervé Jacquemin en 1999 » indique la jeune femme.

À partir de ce guide de la CSTI de la Loire et en compagnie d’une stagiaire, Elodie Leconte, elle a réactualisé les adresses et activités des acteurs (2) et les a numérisées sur le site R² sciences 42.« Nous avons également procédé à une enquête auprès d’eux pour savoir s’ils connaissaient La Rotonde et connaître leurs attentes en termes de formation, de communication et de mise en réseau ». Le résultat : une carte interactive, très prisée, des ressources et des acteurs – environ une centaine – qui permet au public de préparer ses sorties et aux professionnels de monter des projets en commun.

Combiner vulgarisation et réseautage…

Accompagnant cette carte, un agenda des événements autour de la CST dans le département de la Loire. La carte comme l’agenda sont collaboratifs. Chaque acteur peut créer une fiche sur sa structure (infos pratiques) et ajouter un événement sur l’agenda.

« Les grosses structures, comme le Planétarium, qui ont déjà une stratégie de communication, l’utilisent moins. Ils se contentent de m’envoyer leurs informations par mail. En revanche, les petits musées techniques presque anonymes sont moteurs car ce site est une vitrine pour eux. J’ai en tête l’exemple des dynamiques responsables de la Mine d’or de Bissieux à Saint-Joseph ».

L’utilisation de la carte interactive ne paye pas de mine et pourtant « nous sommes les seuls en France à l’avoir développé, indique Julie, la Normandie a une carte semblable mais moins complet que le nôtre car nos reportages TV et radio viennent enrichir les descriptions des acteurs depuis trois ans ».

Un CCSTI tête de réseau

Depuis 2006, La Rotonde est moteur dans son département, en organisant une fois par an une journée de rencontre entre acteurs de la Loire et en dynamisant le réseau avec des événements. « Lors de la Fête de la Science, il y a eu une trentaine de manifestations pour environ 80 projets ».

Cette année, La Rotonde a également co-organisé l’École d’été des CCSTI Rhône-Alpes, avec le service Science et Société de l’Université de Lyon, sur le thème des Cafés des sciences. « Nous souhaitons développer des activités dans la plaine du Forez, une zone très rurale ».

La Rotonde est par ailleurs moteur dans la formation de formateurs à la médiation et la vulgarisation scientifiques. « Nous travaillons avec les médiathèques, les fédérations d’éducation populaire, l’Université Jean Monnet et les élèves ingénieurs ou doctorants de l’École des Mines ».

La CST, les médiathèques, les sons et les images

Concernant les médiathèques, le CCSTI participe au projet « Couleurs du Monde », un prix de littérature jeunesse du département de la Loire. « Pendant une année, des enfants de 8 à 12 ans découvrent huit albums jeunesse et développent des activités culturelles et scientifiques autour de ces ouvrages ».

Le personnel de La Rotonde, qui fait partie du comité de pilotage du projet, propose une journée de formation pour la trentaine d’animateurs sur la culture scientifique et technique et met en place des malles pédagogiques autour des sujets traités. Selon Julie, « les animateurs s’ouvrent aux sciences et aiment beaucoup nos formations ».

Autres initiatives : les productions audiovisuelles sur la recherche, l’innovation et la culture scientifique dans la Loire. La journaliste Christine Berton, formée aux techniques de radio et de vidéo s’occupe notamment des sites Carbone 42, Tramweb et plus largement des thématiques Science & Société.

Ne venant pas du monde scientifique, elle avoue pourtant ne pas avoir de difficulté d’adaptation avec ce monde des sciences. « Ma position est celle du public curieux. J’ai pour principe de contextualiser la situation pendant que je pose ma question. Ainsi, l’auditeur a les clés pour comprendre l’entretien ».

Carbone 42 est un magazine télévisé composé de deux reportages par mois sur les acteurs départementaux (en entreprise, dans les laboratoires ou dans les collèges lors des actions pédagogiques) et de « La Boîte à Bidouilles », une expérience de physique ou chimie avec des objets du quotidien, scénarisée et filmée dans des cadres variés (par exemple dans les serres municipales) (3).

« L’idée est de donner une perception du territoire à travers les sciences et techniques, précise Christine, voilà pourquoi nos vidéos, que je réalise avec Guillaume Desbrosse, ne se situent pas dans l’actualité : elles ont une plus longue durée de vie ». Les productions vidéo de Carbone 42 sont également diffusées sur les télévisions locales TL7 et Cap Canal, sur le compte Dailymotion de Carbone 42 et sur la webTV universcience.tv.

Quant à Tramweb, il s’agit d’une webradio du monde de la recherche, spécialisée dans les sciences humaines et sociales (SHS), même s’il lui arrive de basculer parfois dans les sciences dures. « Les SHS donnent moins prise à l’image. On est plutôt dans l’idée, le concept, analyse Christine, voilà pourquoi nous souhaitons aller au-delà des reportages télévisés de 6 minutes en développant plutôt des interviews audio ». Avec à terme un projet de diffusion sur une des radios locales.

Notes

  1. Julie a d’abord travaillé au Centre SITE (Sciences, Informations et Technologies pour l’Environnement) de l’École des Mines. Ses activités étaient ciblées autour de l’aide à la décision et de l’ingénierie environnementale (sciences, NTIC, gestion des déchets, chaîne de production)
  2. Parmi les partenaires de La Rotonde : l’Université Jean Monnet, le Planétarium, le Musée d’Art et d’Industrie, le Musée de la Mine, l’Ecole nationale supérieure d’Art et de Design, l’Ecole nationale supérieure d’Architecture de Saint-Etienne, la Cité du Design…
  3. Au départ, Carbone 42 était une émission tout public de la télévision locale TL7, financée par le Conseil général. Suite à la révision des programmes par la chaîne, Carbone 42 est devenu un format de 6 minutes. Réalisateurs : Christine Berton et Guillaume Desbrosse.

>> Photos : Licence CC, CCSTI La Rotonde – École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne

La Rotonde à Saint-Étienne : 11 ans d’innovation

« Le département de la Loire a été marqué, des décennies durant, par une histoire industrielle où le noir du charbon se mêlait au rouge des fonderies » (1). Cette phrase d’Hervé Jacquemin, le charismatique ancien directeur du CCSTI La Rotonde de Saint-Étienne, géologue passionné par la vulgarisation scientifique, résume bien l’histoire et le patrimoine de la Loire.

Située au sein de l’École nationale supérieure des Mines de Saint-Étienne (2), La Rotonde est dépositaire de ce patrimoine. Mais, loin de se replier sur le passé industriel de la Loire et de se morfondre face aux voisins lyonnais et grenoblois, le CCSTI a constamment innové en matière d’animation, de théâtre et de graphisme. Aujourd’hui, La Rotonde entame un nouveau cycle avec son directeur Arnaud Zohou, philosophe arrivé en juillet 2009 lors des dix ans de La Rotonde.

Attablés au restaurant de l’École des Mines, établissement créé en 1816, Arnaud et Guillaume Desbrosse, le responsable science & multimédia retracent l’histoire de ce projet. Au milieu des années 1990, Hervé Jacquemin et le directeur de l’École des Mines de l’époque, Philippe Hirtzman, montent un projet de délégation à la culture scientifique et technique au sein de l’École. Projet qui donnera naissance à La Rotonde en 1999 dans le bâtiment A circulaire, construit en 1973 pour héberger le centre de calcul du département informatique (voir la visite virtuelle).

Rapidement labellisé CCSTI, c’est le seul en France à être rattaché à une école d’ingénieur. « Les toutes premières activités constituaient en des animations face public dans La Rotonde, surtout orientées géologie, avec Hervé, Ségolène Courant puis Aurélie Monin, explique Guillaume, l’arrivée de Florence Delaporte a contribué à élargir les thématiques » (voir la présentation de La Rotonde sur leur site).

Les activités ont rapidement dépassé le cadre de l’École des Mines avec des expositions hors-les-murs, l’organisation de la Fête de la Science, le premier festival de théâtre de science « Scènes de Méninges » en 2003, des productions audiovisuelles… Au fil des années, l’équipe est passée de deux à six puis à neuf personnes (voir les animations annuelles qui présentent l’équipe).

L’Ecole nationale supérieure des Mines de Saint-Etienne

L’art en fil conducteur

Selon Arnaud, « l’approche artistique est un des fils conducteurs de notre action. Nous avons la volonté d’être décalés, d’éviter les expos-panneaux, de pousser la recherche graphique avec nos publications et notre site. Nous sommes avant tout un centre culturel, en questionnement identitaire permanent » (voir la programmation 2010-2011).

La Rotonde est originale à plusieurs titres : « notre structure n’est pas un musée avec des expositions comme à la Galerie Eurêka, à Chambéry. Comme nous sommes dépendants des horaires d’ouverture de l’École des Mines, nous ne sommes ouverts au grand public que le mercredi après-midi. Une partie de notre action se déroule pendant les événements » précise Guillaume.

En 2009, La Rotonde a enchanté près de 30 000 personnes dont 11 000 uniquement pour la Fête de la Science et plus de la moitié de scolaires (voir le rapport d’activités). Les animateurs Émilie Renaude et Kevin Fauvre se déplacent également auprès des centres de loisirs et des centres sociaux, pour toucher un public plutôt hermétique aux sciences, dans les villes de Rive-de-Giers et Saint-Chamond par exemple.

Une programmation de théâtre scientifique

L’activité phare du CCSTI, entre 2003 et 2009, a été l’organisation du festival  Scènes de Méninges. « Le lancement enthousiaste nous a permis d’avoir une visibilité nationale, estime Arnaud, mais il est dur de pérenniser un événement ». S’il est pour l’instant impossible de maintenir le festival faute de financements, La Rotonde ne souhaite pas stopper le théâtre scientifique.

Le 15 novembre, date de ma visite, la compagnie « Les ateliers du spectacle » était justement en train de terminer l’installation de leur spectacle « Le t de n-1 » sur les maths et le fonctionnement du cerveau. Les comédiens animeront également pendant 15 jours des ateliers et profiteront de leur résidence à La Rotonde pour rencontrer des chercheurs qui travaillent sur les domaines qui les intéressent.

Le CCSTI fait également profiter le Centre microélectronique de Provence Georges Charpak et la ville de Gardanne (Bouches-du-Rhône) de son expérience pour préparer l’événement « Marseille Provence 2013, capitale européenne de la Culture ». Toujours dans son rôle de Pygmalion, La Rotonde a mis en place une base de données des compagnies de théâtre scientifique, bientôt remise à jour, « pour que les programmateurs de salles de théâtre s’intéressent aux sciences ».

Un site internet en création permanente

Le site internet de La Rotonde est un exemple du questionnement identitaire et de la recherche graphique évoqués plus haut, avec des innovations permanentes notamment de la page d’accueil (en cliquant sur une des lettres en haut à droite, on peut jouer à Tetris !).

« L’ancien site accueillait déjà 10 000 visiteurs uniques par mois dont 70 % des entrées via la Boîte à Bidouilles (3). Il a été réalisé avec le graphiste Fabien Cornut (société 642) et le webmaster Hubert Blein (société Pixelsmills) en étroite collaboration avec Guillaume Desbrosse. Il se veut ouvert afin de laisser la place à d’autres artistes de s’emparer de la mise en valeur du contenu. En ce moment l’artiste Florence Delaporte (atelier Padgom), anciennement chargée des spectacles à La Rotonde, travaille sur le graphisme de la partie jeune public du site ».

Dans cette veine et à l’occasion de la Biennale du design, La Rotonde s’investit avec L’Ecole supérieure d’Art et de Design de Saint-Etienne dans un projet autour du libre : une imprimante 3D qui pourrait faire le lien entre designers et ingénieurs. « C’est l’occasion d’associer l’imprimante avec un scanner pour créer une sorte de mini-fonderie portative ; avec l’objectif de monter un FabLab autour de ce projet…. » explique Arnaud.

Des relations à tisser avec les industries

Depuis début septembre et sous l’impulsion de l’École des Mines, le nouveau venu Emmanuel Baroux s’occupe de la valorisation de la recherche et de l’industrie. Cet ancien géologue spécialisé dans les séismes et la tectonique a une expérience de valorisation de la recherche à Sofia-Antipolis dans le cadre du programme « Sismos à l’école ».

Pour La Rotonde, il pense axer son travail sur les métiers de la recherche et de l’industrie. Le 17 novembre dernier avait d’ailleurs lieu le lancement de l’opération C.Génial sur le bassin stéphanois (4). Cette initiative fait venir les ingénieurs et techniciens locaux dans les classes. Un bon moyen de développer le carnet d’adresse pour le CCSTI qui n’a pas souvent travaillé avec les entreprises locales. « Ce projet permet également d’impliquer la chambre de commerce, les collectivités locales, l’inspection académique… note Emmanuel, on va tourner dans une dizaine d’établissements de janvier à juin ».

Le deuxième projet sur lequel Emmanuel travaille est le Camion des sciences, une semi-remorque qui abrite l’exposition itinérante « La physique fait du sport », financé par la région Rhône-Alpes, à destination des collèges et lycées. « Chaque année, le camion fait quatre étapes d’une semaine par département, au sein des deux académies (Lyon et Grenoble). Les établissements de zones rurales ou difficiles sont privilégiés ». Le CCSTI de Grenoble, la Casemate, s’occupe de la coordination régionale et La Rotonde joue le même rôle à l’échelle de la Loire.

Notes

Hervé Jacquemin dans « Éprouvette », une recension des acteurs de Culture scientifique, technique et industrielle datant de 1999 et éditée par La Rotonde.

L’École des Mines met à disposition le bâtiment de La Rotonde ainsi que des bureaux et deux salaires. C’est aussi elle qui gère le CCSTI financièrement (budget de 400 000 euros).

Au sujet de la Boîte à Bidouilles, lire un article d’universcience.

Ont participé des délégués, experts ou directeurs des entreprises : Areva, France Télécom Orange, EADS, Schlumberger, Technip.

>> Illustrations : Licence CC, Knowtex (la 3ème) et CCSTI La Rotonde – École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne

>> Voir notre album photo du reportage à La Rotonde.

Un CCSTI dans le 9-3

23 ans ; c’est l’âge du CCST de Saint-Ouen, l’Atlas, dont le nom signifiait à l’origine « Atelier de loisirs et d’animations scientifiques ». Depuis, le centre a évolué, tout en conservant ses valeurs. Aujourd’hui, il est « un outil essentiel de l’action culturelle que développe la municipalité » (1). Sa phrase clé : « La science à portée de tous ». Valérie Mariette, sa directrice, nous en parle autour d’un café pris dans les coulisses du centre.


Knowtex : Quelle est l’histoire d’Atlas ?

Valérie Mariette : La création de l’Atlas remonte à 1987, à peu près à la même époque que la Cité des sciences (2). Ce centre est né de la volonté d’un élu de la ville de Saint-Ouen, Monsieur Christian Le Gall, qui se préoccupait de l’éducation aux sciences en direction des jeunes et de l’intégration des sciences dans la culture. Dès les années 1980, cet élu avait bien vu ce que l’Atlas allait devenir, je pense notamment à la thématique science/société.

L’Atlas est particulièrement lié à l’histoire de Saint-Ouen (93), marquée par l’industrie. A l’époque, l’activité du centre concernait notamment la découverte de l’informatique par les jeunes et des activités pour la petite enfance.

Pendant les dix premières années, l’Atlas a développé des ateliers sur les sciences et les techniques. Puis, à mi-parcours, il a été rattaché au service culturel de la mairie, ce qui a permis d’élargir ses publics et ses approches (stages, ateliers thématiques, conférences, rencontres avec des  scientifiques, développement de l’approche croisée « art et science » notamment avec le théâtre de science). Aujourd’hui, la ville de Saint-Ouen accueille plutôt des sièges sociaux d’entreprises et l’Atlas a orienté son activité selon deux axes : culturel et éducatif.

L’Atlas, c’est qui ?

Nous sommes sept salariés (3) dont cinq médiateurs qui ont des thèmes de prédilection variés. Tous ont une formation scientifique et de médiation d’au moins cinq ans après le Bac. Les deux autres personnes sont notre secrétaire-comptable et moi-même. Nous accueillons entre 13 000 et 15 000 visiteurs par an, avec un budget de 42 000 € pour le fonctionnement du bâtiment (matériel, spectacles, documentation) et 10 000 € pour l’investissement (ordinateurs, télescopes)…

Quelles sont les activités principales d’Atlas ?

Nous sommes une structure d’animation, c’est le cœur de notre métier. Nous accueillons régulièrement des expositions, comme c’est le cas actuellement avec l’expo-dossier de la Cité des sciences sur la biodiversité (voir encadré).

Nous proposons des stages et ateliers, avec une approche « loisir », le mercredi après-midi et en soirée avec les habitants de Saint-Ouen sur les thèmes de l’informatique, la robotique, la photographie, la vidéo, l’astronomie (dans le parc du Sausset par exemple…). Dans chacune de nos actions nous privilégions l’approche expérimentale.

Nous participons également aux événements de la CST comme la Fête de la Science (voir plus bas), la Nuit des étoiles, la Fête de la Nature, les années internationales (évolution, biodiversité, chimie…), la Semaine européenne de réduction des déchets… Nous aimons particulièrement les spectacles de théâtre scientifique, les visites de terrain, les ateliers…

Depuis peu et avec l’exemple du Muséum de Toulouse, nous nous ouvrons au web 2.0 pour notre communication et notre veille (site internet / blog / compte Twitter @atlas_sciences / page fan Facebook / compte Knowtex).

Comment articulez-vous votre action avec les autres associations de la ville ?

L’approche territoriale est primordiale pour une structure comme la nôtre. On ne peut pas travailler seuls. Au niveau local, nous proposons des actions et des projets en partenariat avec les services municipaux de la ville de Saint-Ouen (enfance, environnement…), les associations locales (rucher audonien pédagogique, l’Espace 1789…), les médiathèques, les maisons de quartier, la structure Mains d’œuvres qui fête ses 10 ans cette année et qui héberge le Centre de ressources art sensitif (CRAS)… L’objectif est d’associer les compétences et savoir-faire de chacun, la connaissance des publics également.

Par exemple, nous ne sommes pas homologués comme un centre ou une école de formation à l’informatique mais nous proposons une approche ludique, pour appréhender l’informatique sans stress. Nous travaillons en réseau et de manière complémentaire avec les autres espaces multimédia de la ville.

Et du côté de l’éducation nationale ?

Les classes viennent à l’Atlas et nos médiateurs se déplacent dans les établissements scolaires. Nous abordons des thèmes larges en lien avec le programme pédagogique, en ajoutant des notions d’histoire des sciences. En cela, nous sortons un peu des programmes, par exemple avec l’animation actuelle de Sébastien et Manu sur la faune de Burgess.

Concernant les collèges, nous avons mis en place une opération « Savants Collèges » qui consiste en des rencontres avec des scientifiques pour évoquer leur  parcours professionnel. Après 7 années d’existence, l’opération est remodelée de façon à mieux répondre aux demandes de projets des enseignants mobilisés sur ce type de partenariat. Les rencontres avec les chercheurs, les visites de laboratoires et de sites industriels restent d’actualité.

Du côté des lycées, nous avons un partenariat renouvelé chaque année avec un des deux lycées de la ville. Nos actions là-bas s’apparentent à celles que nous menons dans les collèges et nous les complétons avec des initiatives et des projets de professeurs sur la biodiversité ou l’astronomie par exemple.

Notes :

  1. Citation de Hayat Dhalfa, adjointe au maire de Saint-Ouen, déléguée à la culture et à l’animation de la cité, publiée dans le programme d’Atlas d’octobre à décembre 2010
  2. L’ouverture de la Cité des sciences date du 13 mars 1986
  3. L’équipe de l’ATLAS : 5 médiateurs scientifiques (Margot Bournaud, Maud Guellec, Vincent Verroust, Emmanuel Chesne, Sébastien Freudenthal), secrétariat, accueil et comptabilité : Zoubida Bentahar, direction du service : Valérie Mariette.

Visite virtuelle de l’Atlas

Le bâtiment de l’Atlas est une ancienne gare de 450 m² qui accueillait précédemment les services techniques puis le service de l’enfance de la mairie de Saint-Ouen (93). Au rez-de-chaussée, le visiteur est accueilli dans un hall qui comprend le bureau de la secrétaire-comptable, un espace  comprenant un coin lecture de revues scientifiques ainsi que l’exposition en cours de présentation. En enfilade, on trouve une salle multimédia pour les stages internet (équipée avec Linux et Ubuntu) puis une salle d’animation et de spectacles. Au premier étage se trouvent une salle de réunion, deux autres salles multimédia dont une qui comprend une trentaine de postes pour l’initiation à l’informatique (équipée avec Windows), un laboratoire de photographie argentique, un laboratoire de chimie-biologie, un atelier de bricolage et technique (labyrinthe laser, robotique) et une terrasse. Enfin, le dernier étage est occupé par une salle d’activités pour les enfants.

Voir les informations pratiques et notre reportage photo

La Fête de la science à l’Atlas

Du 18 au 24 octobre, l’Atlas propose :

  • une exposition sur la biodiversité en partenariat avec la Cité des sciences
  • un atelier jeu sur l’environnement avec le collectif Mains d’œuvres (16 octobre – 14 à 16h)
  • une rencontre avec Denis Couvet, professeur au MNHN et directeur de l’unité Conservation des Espèces, Restauration et Suivi des Populations (19 octobre – 20h)
  • une ciné-rencontre « La forêt enchantée » avec Christine Rollard, chercheuse au MNHN (21 octobre – 20h)
  • un spectacle de théâtre « Dernières nouvelles de la mer » par la compagnie Et demain, Bloom et Oceanopolis (22 octobre – 20h)

Sébastien, globe-trotter geek à l’Atlas

Sébastien Freudenthal, ou @chaacattac, a découvert Knowtex récemment. Depuis, c’est un de nos interlocuteurs les plus actifs, notamment sur les réseaux sociaux qu’il explore pour son CCSTI et pour lui-même.

Son trait de caractère qui m’a frappée au premier abord : l’enthousiasme. A peine a-t-il découvert Knowtex que Sébastien m’invite à venir faire un tour à l’Atlas, le CCSTI de la ville de Saint-Ouen dans lequel il travaille en tant que médiateur. Je m’empresse de répondre à son invitation pour découvrir cet homme sympathique, amateur de BD engagé.

La visite du centre me permet d’en savoir plus sur lui. Par mail, il m’avait déjà parlé de l’animation sur la faune de Burgess sur laquelle il était en train de travailler. Il n’attend pas longtemps avant de me montrer avec fierté le matériel dont il se sert devant son public : des bestioles en plastique importées directement du Canada, des « machines à fossiliser » avec de la pâte à modeler, de « vraies-fausses » reconstitutions de fossiles dessinées par son ami illustrateur Florian Mons… « Avec cette animation, je souhaite montrer aux enfants les difficultés des paléontologues à reconstituer les animaux à partir des fossiles. Grâce à quelques indices, ils vont devoir choisir la reconstitution qui leur parait la plus plausible » explique-t-il, un livre de Stephen Jay Gould à la main.

C’est dans son bureau décoré d’une mini-éolienne, de coquillages et d’un globe que Sébastien me parle de son parcours. Comme beaucoup de médiateurs scientifiques, il a commencé par un cursus en sciences dures, en l’occurrence de la physique fondamentale jusqu’en deuxième année de master à l’université Paris-6. Il a ensuite enchaîné sur un DEA d’océanologie/météorologie. Il mentionne l’intitulé de sa thèse avec un peu d’ironie, comme pour s’excuser de sa complexité : « Utilisation des fréons comme traceurs de la circulation profonde en Atlantique tropical. Identification et suivi de la composante récente de l’Eau de la Mer du Labrador entre 1990 et 2000 ». L’homme est modeste mais sa passion l’emporte et il fouille dans une caisse à la recherche de photos. « On a fait deux campagnes dans l’océan Atlantique avec le bateau de l’Ifremer baptisé Thalassa pour mesurer la concentration des fréons dans des masses d’eau le long de l’équateur ».

Après sa thèse, il a eu envie de changer d’air et a postulé au Palais de la Découverte comme médiateur. Monica Rotaru, la responsable du département des sciences de la terre, cherchait des gens pour des exposés sur la météo et le climat. Ensuite, il a travaillé pour les associations Planète Sciences et Icare en tant que vacataire pendant un an, puis a été embauché à Icare entre 2003 et 2008, date à laquelle il a rejoint l’Atlas.

« A mon arrivée à l’Atlas, j’étais impressionné par les moyens financiers et matériels qu’on donne aux médiateurs pour qu’ils puissent créer leurs animations. Je n’étais pas habitué à ça. On touche vraiment à tout – veille documentaire, réseaux sociaux, bricolage, photo, informatique (1) – de la conception jusqu’à l’animation et c’est très gratifiant. De plus, le public est varié, de la maternelle jusqu’au 3ème âge ».

Son péché mignon ? La bande dessinée, qu’il tente d’introduire dans ses animations. Au deuxième étage de l’Atlas, la bibliothèque est remplie de BD et il compte la réapprovisionner avant le Festival de la BD organisé à Saint-Ouen pour la première fois du 12 au 15 mai 2011 par l’association Ferraille liée aux éditions Les Requins Marteaux. Dans ce cadre, l’Atlas accueillera Jens Harder,  auteur de l’ouvrage Alpha…directions qui présente l’histoire de la Terre (Beta et Gamma sont en cours de réalisation).

Sébastien ne cache visiblement pas sa joie. « L’exposition sur cette BD de science restera ensuite un mois à l’Atlas après l’événement » annonce ce passionné que vous pouvez retrouver sur Knowtex.

« Nous accueillerons également Emmanuel Bellegarde qui a réalisé des films d’animation à l’aide de scotch. Nous développerons des projets autour de ça dans le cadre d’un atelier ». Enthousiaste, je vous l’avais dit !

Note

  1. A ce sujet, Atlas a référencé un lien sur le logiciel Scratch, un langage de programmation pour tous, développé par le MIT.

Un forum et beaucoup de questions

Ordinateur sur les genoux et dûment badgée, me voici à la Cité des sciences le 28 septembre dernier pour le Forum territorial de la Culture scientifique technique et industrielle (CSTI) organisé par Universcience (programme ici).

Forum Universcience

Je me fais toute petite au milieu d’une salle comble – 423 inscrits – et observe les visages – pour le moins tendus – des acteurs de la culture scientifique française. Quelques ordinateurs sont présents mais nulle trace de « gazouillis » sur Twitter… L’événement semble presque se passer à huis clos. Un comble pour un monde qui souhaite s’ouvrir à de nouveaux publics ! Heureusement, je suis vite rejointe par Antony Auffrey (@antonydbzh) des Petits Débrouillards Bretagne pour un sympathique live-twitt.

Une partie des personnes présentes s’était quitté lors du colloque « Communiquer la science en territoire » en juin dernier (2) sur ces paroles : « L’Etat délègue ses responsabilités traditionnelles, la mission de diffusion de la CST n’est plus de son ressort. Comment va-t-il aider les opérateurs à assumer leurs nouvelles missions ? ». C’est en partie pour tenter de répondre à cette question que ces opérateurs se sont retrouvés dans la capitale, en réponse à l’invitation du comité de pilotage du forum (3).

D’après Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI grenoblois La Casemate et membre du comité, « le Ministère de la Recherche a réorienté sa ligne d’action en matière de CSTI : disparition de la mission culture scientifique, création d’une nouvelle direction scientifique « Science et Société » et transfert annoncé des crédits CSTI centraux à Universcience – charge au nouvel établissement de gérer et distribuer ces crédits dans les régions ». La somme ? 50 millions d’euros, annoncés dès l’ouverture par Ronan Stéphan, directeur général pour la Recherche et l’Innovation au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Au programme dès le début de l’année 2011, une mutualisation des supports (l’Agenda de la culture scientifique déjà mis en place par Universcience en est un exemple) mais aussi des moyens et des productions. Claudie Haigneré souhaite impulser au niveau national une stratégie de la CST en synergie avec les universités, les collectivités et les industriels, selon un modèle qui pourrait d’apparenter à l’ANR. En plus de son activité propre, Universcience deviendrait une structure nationale de valorisation des productions régionales. « L’enjeu n’est pas que financier. Il s’agit de profiter de ces réorganisations pour inventer de nouvelles formes de collaborations entre Paris et les régions – voire des collaborations intra-régionales » poursuit Laurent Chicoineau.

Durant la journée, les participants ont fait preuve d’inquiétude. J’ai noté un certain besoin de reconnaissance de la part des acteurs en région, qui se sentent souvent comme la cinquième roue du carrosse, les bénévoles notamment. L’organisation du forum était telle (quatre tables rondes de 4 à 6 intervenants en moyenne) que le public n’a pas vraiment pu poser les questions qui le rongeait visiblement. La plus partagée concernait le futur statut d’Universcience, à la fois opérateur, animateur et agence de financement.

Aucune réponse satisfaisante n’a pu être apportée dans l’instant. Claudie Haigneré, présidente d’Universcience, a botté en touche en évoquant la constitution d’une instance nationale autour d’Universcience, formée notamment par les membres du comité de pilotage du forum rejoints par d’autres acteurs.

Du coté des régions, ça s’active également. Le buffet proposé aux participants le midi me semble symbolique. Les petits groupes se forment, les poignées de main se multiplient. On n’a pas attendu Universcience pour mettre en place des projets entre les centres de science en région. En parallèle de l’événement, l’AMCSTI a publié sur son site internet un livre blanc intitulé « Pour une nouvelle gouvernance de la culture scientifique, technique et industrielle en France ». Une effervescence qui sera sans doute positive et obligera les opérateurs à repenser leur action pour contrer les baisses de subventions annoncées par les collectivités.

Amcsti - Livre blanc

D’après un mail envoyé par Universcience aux participants quelques jours après le forum, celui-ci constitue « une première étape que nous souhaitons prolonger avec vous, dans le de cadre de rencontres en région et de groupes de travail ».

Sur ce blog, nous souhaitons participer à ce débat avec nos lecteurs et les acteurs de la CST française. Nous publierons dans les semaines qui viennent des réactions, réflexions et autres articles sur le thème de la CST en région. Le prochain épisode concerne les axes de travail proposés lors du forum et le suivant fera la part belle aux réactions « à chaud ». Restez attentifs !

Notes

  1. Durant cette journée, @antonydbzh et moi (@Fuzzyraptor et @Knowtex) avons eu l’occasion de commenter les événements du forum et d’interagir avec d’autres webacteurs, notamment les CCSTI @Capsciences (Bordeaux), @Espace_sciences (Rennes) et @atlas_sciences (Saint-Ouen), le webmaster du Muséum de Toulouse @samuelbausson, le site de démocratie participative @sciencesetdemoc et le réseau social de l’Université Paris-Descartes @Carnets2
  2. Colloque « Communiquer la science en territoires, regards croisés des producteurs de science et des acteurs territoriaux », le 3 juin 2010. A ce sujet, lire Les Cahiers de l’Association « Communication Publique » de septembre 2010
  3. Le comité de pilotage est constitué par l’Association des Musées et Centres de Science pour le développement de la CSTI (AMCSTI), l’Association nationale Les Petits Débrouillards, l’Office de coopération et d’information muséographiques (Ocim), les associations d’élus locaux, la Conférence des présidents d’universités (CPU), l’Agence nationale de la recherche (ANR), les Délégations régionales à la recherche et à la technologie (DRRT), les Directions régionales des affaires culturelles (Drac) et l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)

Ressources

La weblist Knowtex « Les sciences dans les régions »

Le débat sur « Sciences et Démocratie » : La culture scientifique et technique

>> Image : cliché Universcience

Nous tenons à remercier Mélodie Faury qui nous a cités sur son blog et toutes les personnes qui prennent le temps de nous parler de leurs expériences.