Un ch’ti peu de science avec le Forum départemental des sciences

Après la visite de quatre centres de science, sans compter les parisiens, un passage dans le CCSTI de Villeneuve d’Ascq, près de Lille, aurait pu paraître le début d’une certaine routine. Mais au sortir de la station de métro près de l’Hôtel de ville, nous avons été bluffés par la taille du Forum départemental des sciences, un bâtiment de 4000 m² cerclé de verrières créé spécialement pour la culture scientifique et technique.

Situé près des universités Lille-1 (sciences et techniques) et Lille-3 (sciences humaines et sociales) et en contact avec de nombreuses entreprises innovantes de Villeneuve d’Ascq, le forum est desservi par le métro et l’autoroute. En face de lui, de l’autre côté d’un imposant parking, est installée la Rose des vents, scène nationale qui accueille des spectacles de théâtre et de danse.

Et la visite du Forum n’a fait que confirmer notre bonne impression. Beau bâtiment lumineux et coloré, il comprend un grand accueil, une salle de documentation (1), un planétarium, un café et deux espaces d’expositions, dont un spécialement conçu pour les enfants. Sur toutes les affiches des expositions présentées au Forum figure la photo d’un être humain, point de départ d’une réflexion sur le rapport de l’homme avec les objets de la science.

Pourtant, malgré un équipement et un emplacement très favorables, le Forum a connu plusieurs crises dans son histoire. Franck Marsal, le directeur depuis un peu moins d’un an et demi et Fabienne Derambure, responsable de la communication, nous évoquent l’histoire du forum et ses prétentions actuelles.

Une certaine idée de la culture

Au commencement, comme souvent, est le projet d’un homme, Bernard Maitte, physicien et professeur d’histoire des sciences et d’épistémologie à l’université Lille-1, véritable militant et moteur de la réflexion autour de la culture scientifique et technique (CST) en France.

Depuis le début des années 1980, il milite pour la création d’une structure pour la culture scientifique et technique dans la région Nord-Pas de Calais. En 1982, avec quelques amis, il créée ALIAS, une association loi 1901 aussi nommée « Centre Régional de Promotion de la Culture Scientifique, Technique et Industrielle ». Selon Fabienne Derambure, ce projet puise sa source intellectuelle dans les écrits du physicien et philosophe Jean-Marc Lévy-Leblond. Le groupe développe une réflexion autour du livre scientifique et des clubs scientifiques pour les jeunes.

Le petit groupe ne dispose pas encore de lieu d’exposition. Qu’à cela ne tienne, il décide de créer des outils pédagogiques « qui ouvrent les esprits » et d’aller sur le terrain (classes, MJC, centres sociaux…). Ces productions jetteront les bases d’un futur catalogue de plus de 50 productions originales (expositions, ateliers, malles découverte, valises exploration, planétarium…), mises à disposition dans la région, en France et même en Europe.

En 1984, ALIAS créée une valise d’exploration sur le thème de la symétrie, véritable « mix entre une exposition et un atelier, comme un musée hyper compact » décrit Fabienne. La volonté était de « faire réfléchir sur des sujets complexes mais dont on peut parler avec des choses du quotidien », comme la peinture ou l’architecture en ce qui concerne la symétrie.

Un lieu pour la CST dans le Nord

À cette époque, l’association est hébergée par la Maison régionale de la nature et de l’environnement (qui depuis a changé de nom). En 1989, le maire de Villeneuve d’Ascq, Gérard Caudron, met à disposition un local de 500 m², qui jette les bases d’un lieu d’accueil et de médiation « dans lequel l’association a pu développer des actions de mise en culture de la science sur la région » explique Fabienne qui sera embauchée un an plus tard.

« L’idée de construire un véritable CCSTI a tenu l’association durant toutes ces années et a nécessité beaucoup d’énergie » précise cette femme dynamique. Les membres et salariés de l’association ont assisté en décembre 1996 à la concrétisation de leur projet avec l’ouverture du Forum des sciences (toujours sur le format associatif, qui stoppera en 2005) en partenariat avec l’Etat, la Région, le Conseil général du Nord et la Ville de Villeneuve d’Ascq. L’ouverture de ce bâtiment ne modifie pas l’esprit et le leitmotiv des débuts : « mettre la science en culture » (2).

Depuis cette date jusqu’au milieu des années 2000, le Forum poursuit cahin-caha son activité, malgré les problèmes d’argent et la succession des directeurs. « Certains financeurs se sont désengagés devant les difficultés du Forum mais d’autres nous ont aidés, se souvient Fabienne, de plus, on a pu compter sur la motivation de l’équipe dont les membres sont des militants qui ont choisi de s’investir et défendre la structure. En cela, nous avons développé un fort esprit critique sur le plan culturel et une exigence importante ». En 2005, le budget tombe à néant pendant six mois. Si l’expérience a été difficile, elle a beaucoup appris à tous et notamment à la responsable de la communication.

Des expositions pour les 3-6 ans

Les difficultés n’ont pas empêché le Forum de se forger une solide réputation nationale dans la création d’expositions « Petit forum » pour les 3-6 ans ainsi que dans la médiation.

Ainsi, le Forum a fait le choix d’avoir recourt à un grand nombre de médiateurs – il n’y a pas d’activité non animée – et compte actuellement 55 salariés et une vingtaine de vacataires. « Nous souhaitons mettre le visiteur en situation de réflexion plutôt que de lui donner des définitions toutes faites. Nous sommes en permanence en « R&D » de la médiation humaine la plus adaptée » précise Fabienne.

Arrive alors le 1er janvier 2006, date charnière dans l’histoire du Forum puisqu’il s’agit de la départementalisation de la structure. Le bâtiment a alors 10 ans et commence à vieillir. Sa rénovation sera entièrement prise en charge par le département du Nord (3).

Un nouveau directeur, Yves Rok, est alors embauché avec l’accord du Conseil général et restera en poste deux ans et demi. Cette reprise par le département apporte une réelle sécurité à la structure, désormais nommée Forum départemental des sciences. Elle ne subit plus la pression de la recherche de financements et garde néanmoins une indépendance sur sa programmation.

Mais l’actuel directeur, Franck Marsal, ne souhaite pas s’asseoir sur une « rente de situation, à l’image de l’Arabie Saoudite avec son pétrole ». Il réfléchit déjà au modèle économique à moyen terme pour ne pas dépendre uniquement du financement des collectivités territoriales, elles-mêmes en situation difficile. « La réflexion autour des relations avec les industriels locaux se pose fortement dans les structures culturelles de la région » analyse-t-il.

Un travail en réseau

L’arrivée du nouveau directeur a également marqué un léger changement dans la philosophie du Forum avec une orientation vers le travail en réseau. Franck Marsal s’intéresse ainsi de près aux travaux de Relai d’sciences (Caen) ou Ombelliscience (Picardie), des CCSTI dépourvus de lieu d’accueil et qui en ont fait une force.

« Je vois le Forum à la fois comme un lieu, avec ses expositions, ses animations, etc. et comme un animateur de réseau. On doit concevoir le bâtiment comme un point de départ, la « pompe » qui alimente le réseau » explique-t-il. Et ses idées ne sont pas des effets d’annonce. Le Forum commence à tisser des liens avec quelques structures « culturelles » (4) et « scientifiques et techniques » (5) du département et de la région. Ces dernières, au nombre de huit, et le Forum se regroupent tous les trois mois pour jeter les bases de futures collaborations.

Selon Franck Marsal, l’objectif est d’être visible en tant que réseau pour la prochaine Fête de la science, en octobre prochain. « Nous débutons un gros travail de structuration. Une communauté culturelle autour de la science est en train d’émerger ». En fil d’Ariane, la « dimension de proximité », dans une région lourdement touchée par la désindustrialisation. Le dernier dossier de presse met en évidence les questions que le Forum se pose : « en quoi, le développement d’une CST est-il un levier de développement de nos territoires, une ressource de créativité et de cohérence dans une société en crise ? », « en quoi pouvons-nous mieux contribuer au rayonnement du Nord au niveau national et international ? »…

S’appuyer sur les jeunes et le tissu industriel

Pour tenter d’y répondre, le Forum souhaite s’appuyer sur la culture liée à ces industries disparues (industries du textile et mines) et les plus récentes (vente par correspondance, chimie, agro-alimentaire…) afin d’appuyer son travail de médiation.

« Il reste encore de très fortes inégalités dans l’accès à l’emploi, la santé, la culture et les infrastructures de transport. Le Nord-Pas de Calais est un lieu de passage (TGV, port de Dunkerque…) mais la circulation intrarégionale n’est pas si facile et le sud du département du Nord est enclavé », analyse cet ancien de la SNCF, connaisseur du monde de l’entreprise et de la fonction de manager.

« Au-delà de la pratique professionnelle, la science est aussi un champ de la culture pour la population, souligne Franck Marsal, les citoyens développent une pratique de curieux comme pour la pratique musicale amateur, à la différence près qu’il manque encore la reconnaissance et les instruments pour encourager la curiosité scientifique ». Une situation paradoxale selon lui, car « la science est pourtant un objet facile à transporter dans les zones rurales, contrairement à l’opéra. Il faut inventer de nouvelles manières de faire, des lieux pour mettre tout ça en réseau et en culture ».

Et cela débute avec les enfants, lors de l’opération Sciences Collège Nord, menée en partenariat avec d’autres structures culturelles du département et des enseignants de plusieurs disciplines et qui se renouvelle tous les ans depuis 10 ans. Au programme pour les 2500 élèves touchés chaque année au sein des 52 collèges, une thématique travaillée tout au long de l’année et mise en valeur lors de trois rassemblements : une journée d’animation, une visite d’un des sites partenaires et une journée de valorisation des travaux des élèves au mois de juin.

Tisser des liens avec l’université

Une réflexion se développe également autour du PRES lillois, pour faire le lien entre le tout jeune réseau culturel et les universités de la région. « La difficulté sera de trouver le positionnement de chacun ». Une prochaine convention-cadre avec l’université fera le point sur les partenariats et échanges avec le Forum.

A la fin de l’année 2011, le Forum départemental des Sciences fêtera ses 15 ans. La structure a la volonté de « maintenir un haut niveau de création », avec une exposition « Petit forum » par an, des ateliers, plusieurs malles et des séances au planétarium. Avec une moyenne de 100 000 visiteurs par an et le double en itinérance, le Forum se définit comme le plus gros CCSTI généraliste de province et ne cache pas son « ambition de devenir un acteur de référence de la culture scientifique au niveau national et européen », comme par exemple le Musée de l’Institut royal des sciences naturelles de Bruxelles.

Autant de projets qui seront couchés sur le papier ces prochains mois dans le futur projet culturel du Forum. Sa publication correspondra à l’élection d’un nouveau président du Conseil général, moment clé dans la vie de cette structure départementale. « Les questions de la culture scientifique ouvrent beaucoup de débats. Nous devons prendre le temps de travailler ce projet pour être écoutés et échanger. Ça ne nous empêche pas d’agir pendant ce temps » conclue Franck Marsal.

*  * *

Les visiteurs du Forum départemental des sciences

De 2006 à 2009, la fréquentation du Forum départemental a progressé de 43 % (de 57 440 à 101 225 visiteurs par an) pour un total de plus de 500 000 visiteurs. De janvier à juin 2010, la structure a accueilli 63 000 visiteurs.

À elle seule, l’exposition « Au temps des mammouths » a vu affluer 33 000 curieux. Du côté des classes, l’opération « Sciences Collège Nord » a mené à terme 54 projets en 2009 contre 31 l’année précédente. Quant à l’itinérance des outils, celle-ci est passée de 454 semaines de présentation de malles découverte, d’expositions, etc. en 2006 à 609 semaines en 2009 et 145 pour le premier semestre 2010.

Les visiteurs sont venus à 46 % en groupe scolaire, 39 % avec des enfants et 20 % avec d’autres adultes. Quant aux professions des adultes, il s’agit de 39 % d’enseignants, 15 % d’employés ouvriers (inhabituel dans une structure culturelle), 11 % de cadres supérieurs, 11 % de professions intermédiaires, 6 % de retraités et 4 % d’étudiants.

Qu’ils viennent pour la première fois (40%) ou une fois par an (40%), tous les visiteurs estiment avoir été bien accueillis, intéressés, stimulés et enthousiasmés et donnent une note de 8/10 au Forum. Enfin, le Forum est considéré à plus de la majorité comme un « lieu de découverte et de transmission des connaissances » ainsi que de « large accès à la culture pour tous » (6).

Notes

  1. Le centre de documentation offre son appui aux professionnels dans leur montage de projet de culture scientifique, s’appuyant sur un fonds multimédia de plus de 13 000 références et une connaissance aigüe des réseaux et des outils régionaux.
  2. Une partie des citations de l’article et de ces notes est tirée du dossier de presse de la saison 2010-2011.
  3. Le département a investit 1,8 millions d’euros pour la remise à niveau du bâtiment (travaux de sécurité incendie, amélioration du confort thermique, réfection de l’accueil, etc.).
  4. Le Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, le Musée-atelier du verre à Sars-Poteries, la Villa Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Cappel, le Musée de Flandre à Cassel…
  5. Le Musée-site archéologique départemental de Bavay, l’Ecomusée de l’Avesnois, le Centre historique minier Lewarde, la Cité Nature à Arras, le Centre nationale de la mer Nausicaa, la Coupole d’Helfaut-Wizernes, le Musée d’histoire naturelle et de géologie de Lille, le Palais de l’univers et des sciences à Cappelle la Grande
  6. Selon une enquête réalisée au printemps 2010 sur 258 visiteurs.

>> Voir l’album photo de notre visite sur FlickR

La mise en culture des sciences, une affaire d’universitaires ?

L’Université Lille-1, Sciences et Technologies a ouvert ses portes en octobre 1967, sur un terrain de 116 ha au sud de Villeneuve d’Ascq (1). Elle compte aujourd’hui 18 000 étudiants, 1500 enseignants-chercheurs et 160 chercheurs.

A l’origine, vue du ciel, elle symbolisait une cellule délimitée par les voies (en rose sur le plan), comprenant les bâtiments de mathématiques, physique, chimie, SVT, etc., traversée par la voie aérienne de métro et dont la bibliothèque universitaire tenait lieu de « noyau ». Mais cette structure s’est vite étendue au fur et à mesure des ajouts de départements (sciences économiques et de gestion, science sociales), les IUT et les centres de formation.

À la fin du mois de novembre dernier, nous nous sommes rendus dans l’Espace culture (EC sur la carte) pour rencontrer Nabil El-Haggar, vice-président de l’Université Lille-1, chargé de la culture, de la communication et du patrimoine scientifique.

La CST fait partie de la culture

Disponible et jovial, l’homme souhaite remettre les choses dans leur contexte avant de parler de sciences. « La culture d’une manière générale est très maltraitée en France, contrairement à ce qu’on pense. Elle est extrêmement instrumentalisée par la classe politique française, par exemple avec la Fête de la Musique ».

Selon lui, à la fin des années 1990, la France a réduit la culture à sa dimension spectaculaire – « comme quand le roi amenait un bouffon pour amuser la compagnie » – sans prendre en compte le problème de l’accès réel à la culture, « un élément fondamental pour notre maitrise de la transformation du monde et la bonne marche de la démocratie ». Descendant l’échelle d’une marche, il évoque ensuite la culture scientifique comme faisant partie de cet ensemble, « une culture parmi tant d’autres qui donne les moyens à ce que chacun puisse construire sa propre vision du monde ».

L’Université française joue-t-elle actuellement un rôle dans cet accès à la culture ? Pour Nabil El-Haggar, elle « ne se pense toujours pas, ou peu, en dehors de l’enseignement et de la recherche, comme une institution productrice de culture » (2). Cela est en partie dû à son histoire et sa faible influence politique par rapport aux « grandes écoles, instituts divers, Collège de France, etc., à qui l’on a confié la formation des élites de la nation ».

L’Université ignore-t-elle la culture ?

Productrice de recherche scientifique, l’Université ne s’intéresse paradoxalement pas à « la culture qu’engendre cette (…) recherche [ou à] la conservation et [la] valorisation du patrimoine scientifique qui a rendu cette recherche possible » (3). Elle se cantonne depuis longtemps à animer la vie étudiante « sur des campus construits il y a quarante ans et qui peinent souvent à se donner une âme ». En cela, la France se distingue des pays anglo-saxons dont les États-Unis dont les universités « produisent une culture qui déborde dans le reste du pays, comme par exemple l’art contemporain ».

Mais la prise de conscience commence, notamment à Lille. « Mon rôle est de concevoir un projet culturel exigent, ce que nous avons fait il y a 17 ans. Depuis, l’Espace Culture qui accueille les activités culturelles – plus de cent manifestations par an – voit un public divers : étudiants, personnels et public extérieur participer à ces activités. Une part importante de ces manifestations traite des questions scientifiques. En d’autres termes la culture scientifique occupe une place importante dans notre politique culturelle multidisciplinaire ».

Le projet de Lille 1

Le vice-président peut s’appuyer sur un développement de la culture débuté il y a plus de 17 ans à Lille 1 dans ce qu’il nomme « l’un des plus grands services culturels universitaires français », ainsi que sur 14 personnes et un budget annuel de 130 000 euros provenant du Conseil régional, de la DRAC, de l’Université et de la ville de Villeneuve d’Ascq. Son projet remet « la pensée et le débat d’idées au cœur du projet culturel de l’université » avec une volonté de toucher l’ensemble de la région Nord-Pas de Calais. « Plus de 60 % de nos publics sont extérieurs à l’université. Ils viennent de Lille voire des frontières belges ».

L’Espace culturel en lui-même est un lieu unique, avec un amphithéâtre pour les conférences et les représentations de théâtre, une salle de danse, une salle d’art contemporain avec des expositions sur le patrimoine scientifique et un café qui dispose d’une petite scène.

Chaque année, l’espace concentre ses efforts sur deux grandes thématiques (et quelques autres annexes). La première thématique est sociétale. En 2009, « la crise » était mise en avant (crise du corps humain, de l’enfance, en géologie…) et cette année la migration est à l’honneur avec un cycle de 12 conférences pluridisciplinaires avec des chercheurs de sciences dures et sciences humaines. La deuxième thématique, plus intemporelle, permet d’organiser une dizaine de conférences et deux journées d’étude. En 2009, il s’agissait de « créativité et territoires » et cette année… de l’université.

Ces événements et réflexions sont anticipés dans la revue Les nouvelles d’Archimède, « la seule et unique revue de réflexion pluridisciplinaire (science, économie, droit, politique, histoire des sciences…) universitaire en France » (4). « L’ensemble des thématiques soulevées pendant ces conférences est ensuite restructuré et restitué dans des ouvrages collectifs, 21 à ce jour », qui trônent en bonne place dans le bureau de Nabil.

« Nous travaillons actuellement sur notre deuxième colloque international à Lille sur « Science et savoirs ancestraux : qu’ont-ils à se dire ? » qui aura lieu vers l’automne 2011 ». Sans compter l’ambitieux projet de l’Université : Sphère, un parc virtuel de sciences et technologies en partenariat avec l’INRIA, les sociétés 3DDuo et Idées-3Com. « D’autre part nous travaillons pour la protection et la valorisation du patrimoine scientifique de Lille 1. »

Les Universités à la place des CCSTI

Quand on évoque avec lui le rôle des CCSTI, Nabil El-Haggar ne cache pas son scepticisme. Pour lui, la décision de l’Etat de confier la diffusion de la culture scientifique à ces centres, il y a une trentaine d’années, reflète le manque de confiance de la classe politique dans l’Université, ainsi que le manque d’intérêt des universitaires de se saisir du problème à l’époque.

Le vice-président pense « que l’accès à la culture scientifique doit être prise en charge par les scientifiques et les chercheurs, en d’autres termes par les universitaires. Cela est bénéfique pour la culture scientifique et les universitaires. C’est pourquoi les lieux naturels pour accueillir ces activités devraient être des universités, ouvertes sur la Cité, plutôt que les CCSTI.

Pendant des années, le dialogue avec le Forum des sciences était très difficile. Le nouveau directeur Franck Marsal a la ferme volonté de travailler avec l’université dans le cadre d’un partenariat respectueux et efficace. Celui-ci sera acté notamment avec une convention-cadre ».

Nabil El-Haggar pense même que le Forum départemental des sciences pourrait faire partie du PRES et ainsi s’approcher du monde universitaire. En guise de projet « de chauffe » entre le département culture de l’université, le PRES et le Forum départemental des sciences : la Fête de la Science 2011.

Le changement de style sera sans doute visible, entre les actions des associations locales et du forum des sciences, qui se déplacent beaucoup à Lille et le vice-président, plus mesuré vis-à-vis des événements ponctuels et désireux d’ancrer la culture scientifique physiquement au sein de l’université.

Notes

  1. Lire l’historique de Lille 1, hébergé sur le site internet de l’université.
  2. Citation tirée de l’article « Université, culture et politique – Le cas français » dans le 55ème numéro des Nouvelles d’Archimède, le journal culturel de l’Université Lille 1 (octobre à décembre 2010)
  3. A ce sujet, lire l’ouvrage « Enseigner, Rechercher » qui « vise à valoriser l’exceptionnel patrimoine des établissements d’enseignement supérieur de [la] région [Nord-Pas de Calais »
  4. Les 3 numéros annuels de la revue de 50 pages sont tirés à 15 000 exemplaires et déposés sur le campus de Lille 1, dans des points précis de la région (théâtre, FNAC…) et envoyés par la poste aux 2000 abonnés.

>> Pour aller plus loin, voir la page Facebook et le compte Twitter de l’Espace culture de Lille 1

>> Lire le billet « Rencontres universités-Société à Strasbourg », sur le blog de Laurent Chicoineau.

>> Illustrations : Damien Pollet (FlickR, licence CC), Nabil El-Haggar, Koen Cobbaert (FlickR, licence CC) et Knowtex

Culture scientifique VS culture artistique : comment harmoniser les univers ?

« J’ai rencontré il y a peu le journaliste scientifique Sylvestre Huet [ndlr : qui tient le blog {sciences}²], il m’a dit qu’il n’avait pas écrit d’article sur la Culture scientifique et technique (CST) depuis 10 ans… » confie Béatrice Korc. Une anecdote révélatrice du manque de visibilité de la CST que la directrice du service science et société de l’Université de Lyon souhaite combattre.

Pendant vingt ans productrice de films et réalisatrice de documentaires, ne venant pas du milieu universitaire, Béatrice se définit comme un OVNI dans ce monde qu’elle a intégré depuis peu. « Je viens d’un milieu très différent, réellement interdisciplinaire, avec un fonctionnement plus libre et autonome que celui de la CST. C’est positif car on peut apporter un décalage des regards, analyse Béatrice, même si ce décalage fait qu’on met peut-être plus de temps à être acceptés par le milieu académique ».

Son regard est aiguisé : « dans la CST, on parle de culture, de création d’interfaces entre les univers, d’aspects créatif comme dans le monde culturel, mais  sur des objets qui demandent des compétences spécifiques. La culture scientifique fait partie du champ culturel ». Selon elle, « la CST a cependant moins d’autonomie créative que le secteur culturel au sens large. En partie parce que les demandes de retour de certains financeurs ne sont pas les mêmes. Souvent, ils confondent médiation et communication, apprentissage du questionnement et du doute propres à la pensée scientifique avec travail sur l’acceptabilité sociale des sciences et des technologies…».

Plutôt que de faire la course à l’innovation et à la communication immédiate, Béatrice a décidé de « repositionner les choses dans le temps long, inscrire les questionnements dans la durée, comprendre les cheminements et les questions que nos prédécesseurs se sont déjà posées et qui dans bien des cas peuvent éclairer le présent ».

Pour cela, elle milite pour la réintroduction de la philosophie et l’épistémologie dans les cursus. Elle fait partie depuis 2003 du comité scientifique des Rencontres CNRS jeunes « Sciences et Citoyens » créées par Edgar Morin, qui ont lieu à Poitiers (du 5 au 7 novembre cette année). Les activités du service plaisent également aux jeunes chercheurs qui sont heureux de sortir des cadres et contraintes imposés par leurs métiers, comme lors de la Nuit des chercheurs.

Parisienne d’origine, venue au départ à Lyon faire un film pour la télévision, son arrivée à la tête de cette structure est motivée par l’idée qu’elle se fait des missions d’un service Science et Société au sein d’une grande université : une mission de service public, « fondamentale en temps de crise. Je suis venue avec l’idée de prendre part à un enjeu collectif majeur : remettre la question du savoir au cœur de nos actions, en utilisant les outils de médiation ».

Le service a pour l’instant peu de relations avec Universcience :  « nous n’avons pas été sollicités pour participer à la réflexion en cours, à part pour une intervention sur les projets européens dans le cadre du forum territorial du mois de septembre dernier » [ndlr : voir notre article]. Membre de l’AMCSTI, Béatrice Korc est pour l’instant interrogative quant à sa capacité de représenter la diversité des structures qui éclosent aujourd’hui au sein des Universités. Le modèle de Lyon, à savoir un CCSTI outil opérationnel du service Science et Société d’un PRES, n’est pas évident au sein de cette association.

Ainsi, le service se situe dans deux clubs (université et CCSTI) avec le PRES de Bordeaux (proche du CCSTI Cap sciences), l’Université de Strasbourg (qui a lancé le Jardin des sciences) et celle de Montpellier 2, qui a un service de culture scientifique en plus de Connaisciences, la préfiguration du CCSTI Languedoc-Roussillon. Béatrice plaide pour un rassemblement des acteurs de la CST dans les régions : « il faut qu’on arrive à se mobiliser entre nous sur les sujets qui nous paraissent pertinents et sur lesquels on a une expertise à apporter. Dans notre cas, il s’agit des projets européens et des débats science et société ».

Pour toutes ses activités, son expérience au cinéma l’a aidé : « la notion de narration est importante pour réaliser un film comme pour construire un projet de médiation. Il faut prendre une matière, un sujet, voir comment ont peut le tisser, ce qui peut être travaillé, comment on garde ce qui est le plus cohérent avec ce qu’on projette de raconter. Quand on fait des films, on doit savoir comment construire une histoire pour intéresser les gens. Il faut que tous les acteurs existent. Même le « méchant » a son rôle à jouer » sourit-t-elle.

>> Photos : Béatrice Korc et Ilian Ginzburg

Un forum et beaucoup de questions

Ordinateur sur les genoux et dûment badgée, me voici à la Cité des sciences le 28 septembre dernier pour le Forum territorial de la Culture scientifique technique et industrielle (CSTI) organisé par Universcience (programme ici).

Forum Universcience

Je me fais toute petite au milieu d’une salle comble – 423 inscrits – et observe les visages – pour le moins tendus – des acteurs de la culture scientifique française. Quelques ordinateurs sont présents mais nulle trace de « gazouillis » sur Twitter… L’événement semble presque se passer à huis clos. Un comble pour un monde qui souhaite s’ouvrir à de nouveaux publics ! Heureusement, je suis vite rejointe par Antony Auffrey (@antonydbzh) des Petits Débrouillards Bretagne pour un sympathique live-twitt.

Une partie des personnes présentes s’était quitté lors du colloque « Communiquer la science en territoire » en juin dernier (2) sur ces paroles : « L’Etat délègue ses responsabilités traditionnelles, la mission de diffusion de la CST n’est plus de son ressort. Comment va-t-il aider les opérateurs à assumer leurs nouvelles missions ? ». C’est en partie pour tenter de répondre à cette question que ces opérateurs se sont retrouvés dans la capitale, en réponse à l’invitation du comité de pilotage du forum (3).

D’après Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI grenoblois La Casemate et membre du comité, « le Ministère de la Recherche a réorienté sa ligne d’action en matière de CSTI : disparition de la mission culture scientifique, création d’une nouvelle direction scientifique « Science et Société » et transfert annoncé des crédits CSTI centraux à Universcience – charge au nouvel établissement de gérer et distribuer ces crédits dans les régions ». La somme ? 50 millions d’euros, annoncés dès l’ouverture par Ronan Stéphan, directeur général pour la Recherche et l’Innovation au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Au programme dès le début de l’année 2011, une mutualisation des supports (l’Agenda de la culture scientifique déjà mis en place par Universcience en est un exemple) mais aussi des moyens et des productions. Claudie Haigneré souhaite impulser au niveau national une stratégie de la CST en synergie avec les universités, les collectivités et les industriels, selon un modèle qui pourrait d’apparenter à l’ANR. En plus de son activité propre, Universcience deviendrait une structure nationale de valorisation des productions régionales. « L’enjeu n’est pas que financier. Il s’agit de profiter de ces réorganisations pour inventer de nouvelles formes de collaborations entre Paris et les régions – voire des collaborations intra-régionales » poursuit Laurent Chicoineau.

Durant la journée, les participants ont fait preuve d’inquiétude. J’ai noté un certain besoin de reconnaissance de la part des acteurs en région, qui se sentent souvent comme la cinquième roue du carrosse, les bénévoles notamment. L’organisation du forum était telle (quatre tables rondes de 4 à 6 intervenants en moyenne) que le public n’a pas vraiment pu poser les questions qui le rongeait visiblement. La plus partagée concernait le futur statut d’Universcience, à la fois opérateur, animateur et agence de financement.

Aucune réponse satisfaisante n’a pu être apportée dans l’instant. Claudie Haigneré, présidente d’Universcience, a botté en touche en évoquant la constitution d’une instance nationale autour d’Universcience, formée notamment par les membres du comité de pilotage du forum rejoints par d’autres acteurs.

Du coté des régions, ça s’active également. Le buffet proposé aux participants le midi me semble symbolique. Les petits groupes se forment, les poignées de main se multiplient. On n’a pas attendu Universcience pour mettre en place des projets entre les centres de science en région. En parallèle de l’événement, l’AMCSTI a publié sur son site internet un livre blanc intitulé « Pour une nouvelle gouvernance de la culture scientifique, technique et industrielle en France ». Une effervescence qui sera sans doute positive et obligera les opérateurs à repenser leur action pour contrer les baisses de subventions annoncées par les collectivités.

Amcsti - Livre blanc

D’après un mail envoyé par Universcience aux participants quelques jours après le forum, celui-ci constitue « une première étape que nous souhaitons prolonger avec vous, dans le de cadre de rencontres en région et de groupes de travail ».

Sur ce blog, nous souhaitons participer à ce débat avec nos lecteurs et les acteurs de la CST française. Nous publierons dans les semaines qui viennent des réactions, réflexions et autres articles sur le thème de la CST en région. Le prochain épisode concerne les axes de travail proposés lors du forum et le suivant fera la part belle aux réactions « à chaud ». Restez attentifs !

Notes

  1. Durant cette journée, @antonydbzh et moi (@Fuzzyraptor et @Knowtex) avons eu l’occasion de commenter les événements du forum et d’interagir avec d’autres webacteurs, notamment les CCSTI @Capsciences (Bordeaux), @Espace_sciences (Rennes) et @atlas_sciences (Saint-Ouen), le webmaster du Muséum de Toulouse @samuelbausson, le site de démocratie participative @sciencesetdemoc et le réseau social de l’Université Paris-Descartes @Carnets2
  2. Colloque « Communiquer la science en territoires, regards croisés des producteurs de science et des acteurs territoriaux », le 3 juin 2010. A ce sujet, lire Les Cahiers de l’Association « Communication Publique » de septembre 2010
  3. Le comité de pilotage est constitué par l’Association des Musées et Centres de Science pour le développement de la CSTI (AMCSTI), l’Association nationale Les Petits Débrouillards, l’Office de coopération et d’information muséographiques (Ocim), les associations d’élus locaux, la Conférence des présidents d’universités (CPU), l’Agence nationale de la recherche (ANR), les Délégations régionales à la recherche et à la technologie (DRRT), les Directions régionales des affaires culturelles (Drac) et l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)

Ressources

La weblist Knowtex « Les sciences dans les régions »

Le débat sur « Sciences et Démocratie » : La culture scientifique et technique

>> Image : cliché Universcience

Nous tenons à remercier Mélodie Faury qui nous a cités sur son blog et toutes les personnes qui prennent le temps de nous parler de leurs expériences.