Mes 10 meilleurs moments de la conférence Ecsite 2012

Décidément, ça a du bon de bosser dans un centre de sciences ! Me voici fraichement (ou presque) rentrée de la conférence annuelle d’Ecsite, le réseau européen des muséums et centres de sciences, qui s’est tenue à Toulouse toute la semaine dernière. L’occasion de croiser des centaines de participants (990 en tout) venus du monde entier et de découvrir des centres de sciences innovants et des initiatives inspirantes.

Kissia (qui s’est inscrite sur Twitter pour l’occasion : @KissiaCCSTI), Jean-Michel (@FabLabGrenoble), Laurent (@LaurentChic) et moi-même, de la Casemate, avons live-tweeté l’évènement (mes excuses aux followers qui ont du se sentir légèrement spammés ^^). Pour garder une trace un peu plus pérenne, voici un petit retour sur mes 10 meilleurs moments !

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Bricolage lors de la session sur les FabLab

Jean-Michel Molenaar et Laurent Chicoineau

Laurent animait une des premières sessions sur les FabLab dans les centres de sciences. Pour la rendre plus vivante, Jean-Michel, le responsable de notre FabLab a proposé un mini-atelier de construction de tabourets. Plusieurs participants ont ainsi assemblé des pièces de bois préalablement découpées au FabLab de Grenoble. Les speakers* se sont assis dessus pendant la conférence. Nous les avons ensuite baladés d’une salle à une autre, tout comme l’imprimante 3D et le petit Yoda qui l’accompagne : bonne opportunité pour lancer des discussions ! Cet atelier s’accompagne d’un petit défi : Jean-Michel a mis à disposition les plans des tabourets sur le site du FabLab de Grenoble et propose à ceux qui le souhaitent de les modifier pour la prochaine conférence, en 2013.

* les speakers étaient Ian Simmons du Centre for Life (Newcastle, Grande-Bretagne), Renske de Jongen, de Science LinX (Gronongen, Netherlands) et Fabrice Lourie, d’Universcience (Paris)

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Présentation de Carlo Ratti, directeur du laboratoire « Senseable City » au MIT

Carlo Ratti a évoqué, en musique et vidéos, les travaux de son laboratoire au MIT lors d’une « keynote speech » devant un public nombreux. Voici quelques éléments de cette présentation :

>> Les villes couvrent 2% de la surface de la terre mais comprennent la moitié de la population mondiale. Le but de Senseable City n’est pas seulement de collecter des informations mais de savoir comment les utiliser (photos géolocalisées en Espagne, manières dont la ville « bouge » en temps réel – énergie, température, évènements…). Voir leur compte Twitter @SenseableCity.

>> Projet Trash I Track : nous connaissons bien la chaine mondiale d’approvisionnement mais pas la chaine des déchets, d’où leur projet de tagging de 3000 déchets provenant de Seattle pour voir où ils vont.

>> Et aussi le projet CO2GO de calcul de son empreinte carbone avec votre smartphone + le Copenhagen wheel project qui permet d’apprendre des informations sur la ville pendant qu’on roule à vélo (circulation, pollution…)

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L’intervention d’Alexina Thorén Williams, pédagogue à l’Universeum à Gothenburg (Suède)

Plus que le fond même de sa présentation (sur l’imitation de la nature dans des ateliers où la lenteur est valorisée), c’est surtout la forme que je retiens. Alexina est une oratrice impressionnante, dans sa manière de rythmer son discours et capter l’attention des spectateurs. Elle a tout simplement bluffé tout le monde, avec ses blagues, ses mouvements et ses commentaires parfois loufoques ! L’année prochaine, la conférence aura lieu en Suède. J’ai déjà hâte de la revoir (en attendant, elle vient de créer son compte sur Twitter : @Alexinawill).

Quelques citations (en anglais) :
When you visit a science center, all the family is running to see everything
When did haste become a virtue ?
We all all roadrunners
During her jogging, Alexina takes pictures of a slug… How to slow down…
We should fight for the right to relax
Learning from nature instead of learning about nature.
Mimicking and imitating : it’s annoying but also the glue that keeps us together
Mimicry as a tool for learning & entrepreneurship

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La session sur la visualisation de données

Intéressant de voir que ce thème commence à être abordé dans les centres de sciences. Anne Prugnon, du Science Museum de Londres, a lu la présentation de Dave Patten, chef du département nouveaux médias sur la datavisualisation, avec de nombreux exemples, notamment la fameuse vidéo de Hans Rosling.

Moeko Tabata, du Muséum national sur la science émergente et l’innovation (Miraikan) à Tokyo a présenté l’exposition « Songs of Anagura », où chaque visiteur est accompagné d’un avatar.

Mikko Myllykoski du centre Heureka à Vantaa, Finlande, nous a présenté une exposition qui permet de visualiser le changement climatique, et qui se visite les pieds dans l’eau ! Et une petite citation pour la route : « Quel média est le meilleur entre la TV et la radio ? C’est la radio parce qu’elle fournit de meilleurs images (dans nos têtes) ».

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L’intervention de Gayané Adourian, social media manager de Knowtex

Gayané (@GayaneAdourian) est intervenue dans la session sur le journalisme scientifique et internet, animée par Laurent, aux côtés de Nathalie Caplet (@Natnatnet) de Cap Sciences (Bordeaux), Morten Bush, de l’Experimentarium (Hellerup, Danemark) et Olivier Sanguy de la Cité de l’Espace (Toulouse). J’avoue une tendresse particulière pour la présentation de Gayané, sa première en anglais, pour de nombreuses raisons. Elle y parle de sa transformation en « social media manager » à partir de nombreux exemples d’évènements qu’elle a couvert ces derniers mois. Bravo Gaya !

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Le business bistro

Entre les sessions, nous pouvions visiter les stands du Business bistro dans lequel des sociétés proposaient leurs services aux centres de sciences. Et voici les quelques stands que j’ai repérés : Robetoy (vente de jeux pour les boutiques de muséums), Atelier Daynes (atelier de fabrication de sculptures d’hommes préhistoriques), Digiteyezer (scan 3D de visages), Science on a sphere (animations projetées sur une sphère, sur l’astronomie ou… les réseaux sociaux).

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La couverture de l’évènement par l’équipe de Knowtex

L’équipe de Knowtex (Gayané, @StephaneNT, @Ggrenot et @NicolasLoubet) était présente à la conférence pour une couverture en live de l’évènement, via Twitter, Soundcloud, Storify et petits films. Leur présence a dynamisé le flux Twitter de l’évènement, en anglais, qui comptait néanmoins une grande majorité de français (voir leurs compte-rendus sur Storify et leur visualisation de tweets). Un grand merci à eux (sans oublier @Audrey_Bardon)

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La soirée à la Cité de l’espace

Le thème de la conférence étant « Space and Time unlimited », la Cité de l’Espace nous a ouvert ses portes lors d’une superbe soirée privative (et ouais !). Nous avons eu l’occasion de voir (mais pas de tester) les animations de la cité (gyro-extreme, moon-runner, astrojump…) pour ressentir la gravité sur la Lune, sur Mars ou tester sa résistance à l’orientation. Puis nous nous sommes baladés dans les jardins de la Cité. Des astronomes amateurs avaient installé des lunettes et des télescopes (dommage, il y avait un peu de nuages) et nous avons visité la station Mir. Last but not least, le film Hubble 3D sur IMAX et la conférence de l’astronaute italien Paolo Nespoli (@astro_paolo) qui a posté de nombreuses photos de ses voyages dans l’espace sur Flickr !

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Dîner de gala

Après la photo souvenir, délicieux repas au stade de rugby Ernest Wallon, en musique !

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L’esprit Ecsite

Je suis ravie d’être entrée dans cette « grande famille ». La conférence 2013 d’Ecsite est déjà annoncée, à Gothenburg, en Suède, sur le thème « Dreams the spirit of innovation ». J’espère vivement en faire partie ! D’ici là, j’ai du pain sur la planche, à commencer par améliorer mon anglais ! Vous l’avez sans doute remarqué, toute cette énergie m’a motivée pour reprendre le blog, le toiletter un peu et lui donner une orientation légèrement différente. Je souhaite vous faire part régulièrement des initiatives que nous lançons à la Casemate, autour du web-journalisme, du FabLab, des expos… Stay tunned !

>> Illustrations : EchoSciences Grenoble (Flickr, CC), Ecsite executive office (Flickr, ©)

Echosciences Grenoble : premier Knowtex-like en région

Après un an de préparation, de réunions et de réglages techniques, le site Echosciences Grenoble est officiellement en ligne depuis quelques minutes. Il s’agit du premier réseau social territorial de la culture scientifique.

Echosciences Grenoble : tout premier Knowtex-like ? Oui, mais avec un petit plus régional car cette plateforme a pour vocation de fédérer les acteurs culturels, scientifiques et créatifs motivés par le partage et le plaisir de la connaissance, sensibles aux innovations technologiques, à leur histoire et à leurs usages et actifs dans la vie locale de l’agglomération grenobloise.

50 % réseau social, 50 % espace d’information

Pour les mettre en lien, le site est composé de deux parties. Tout d’abord un réseau social, qui permet de connecter localement chercheurs, artistes, enseignants, designers, étudiants, journalistes, amateurs de sciences, blogueurs, animateurs socioculturels. Chaque personne remplit un profil, précise ses centres d’intérêt et peut interagir avec les autres membres.

D’autre part, la plateforme propose un espace d’information, d’échanges et de ressources qui vise à mieux faire connaître les pratiques et actions de médiation culturelle des sciences et des innovations (un peu à l’image du Knowtexblog).

Panorama des initiatives grenobloises

Ainsi, chaque semaine, cinq nouveaux articles seront proposés en Une du site. Nous traitons de sujets variés entrant dans six rubriques : recherche, innovation, médiation/éducation, création, développement durable et patrimoine. Ces articles sont rédigés par les membres de notre équipe, proposés par des contributeurs extérieurs ou provenant de plateformes partenaires. Tous sont soumis à validation par un comité éditorial composé d’acteurs du territoire, garantissant la qualité et la diversité des informations et la pluralité des opinions. En parallèle, tout un chacun peut ajouter des RDV ou des brèves et consulter des fiches qui font un zoom sur une structure grenobloise.

Ce projet est porté par le CCSTI La Casemate et financé par la ville de Grenoble, Grenoble Alpes Métropoles et les Investissements d’Avenir. En effet, Echosciences Grenoble s’inscrit dans le projet national Inmédiats déjà évoqué trois fois dans ces colonnes : présentation générale d’Audrey Bardon, interview du bordelais Alexandre Marsat par Gayané Adourian et compte-rendu du lancement du projet grenoblois par moi-même.

Un Forum des projets pour se découvrir

Le 6 mars dernier, une semaine avant le lancement du site avait lieu le premier événement estampillé Echosciences Grenoble au Stade des Alpes de Grenoble : un Forum des projets de la culture scientifique.

L’objectif de ce forum, tout comme celui de la plateforme, était de créer les conditions de la rencontre, de favoriser les co-constructions et les collaborations et de stimuler l’envie de travailler ensemble. Parmi les 12 projets sélectionnés par un groupe de travail dédié et présentés dans le document ci-dessus et sur notre chaîne YouTube, certains sont déjà lancés, d’autres encore au stade embryonnaire, mais tous partagent la même ambition de mobiliser de nouveaux partenaires, d’élargir leurs publics, de bâtir de nouvelles collaborations. Tout comme la plateforme.

Grenoblois ou non, nous attendons vos remarques et suggestions !

>> Illustrations : SylvainP, pasma, CCSTI Grenoble La Casemate (Flickr, CC)
>> Article publié sur Knowtex le 12 mars 2012

Toile de Fond : la forme au service du sens

Vendredi 7 octobre dernier, au Palais de la Découverte. Une jeune femme brune évolue sur scène devant un groupe de lycéens. Pendant une heure, Coline Aunis change de personnalité comme de chemise pour évoquer la vie de Marie Curie côté cour – et côté cœur. Tour à tour jeune auteure stressée, vieille polonaise nostalgique, professeur qui ose des envolées lyriques malgré un air stressé, académicien anglais quelque peu hautain et journaliste américaine survoltée, la webmaster du Musée des Arts et Métiers (1) prouve avec brio qu’elle a plus d’un tour dans son sac.

Coline Aunis en séduisante journaliste américaine

Au fond de la salle, Alexandra de Kaenel, co-auteur du « Petit monde de Marie Curie » (2) avec Coline, et Clara Bensoussan, fondateur de Toile de Fond agence de communication des sciences (aussi sur Knowtex !), observent avec attention les réactions des jeunes spectateurs. Clara, Alexandra et Coline sont toutes trois issues du Master de médiation scientifique, à Strasbourg. En 2005, le Palais de la Découverte, désireux d’accueillir du théâtre de sciences, a demandé à Alexandra et Coline de rédiger une pièce sur Marie Curie dans le cadre de l’Année internationale de la Physique. Le texte écrit en quelques semaines sur un coin de table donnera lieu à plus de 40 représentations au Palais ou lors du Festival Sciences sur Seine de 2005 à 2007. Il sera ensuite retravaillé et produit en 2011 par Toile de Fond.

Dès leurs premiers jours de formation et le fameux cours de théâtre, les jeunes femmes sont devenues complices. A la fin des études, chacune a pris une route différente afin de continuer à se former. « Clara est partie plutôt du côté du multimédia et de la scénarisation d’animations, explique Alexandra, pour ma part, je suis devenue médiatrice scientifique dans le département de physique du Palais et j’ai exercé cette activité pendant cinq ans. J’ai appris la médiation orale, la conception d’expositions, la rédactions d’articles pour le magazine du Palais, la préparation des contenus des bornes multimédia… ». Quant à Coline, nous en avons parlé par ailleurs (1).

Une dose de médiation, un soupçon d’entreprenariat…

En 2006, Clara crée Toile de fond avec pour activité principale la scénarisation d’animations multimédia. Rapidement, la société ajoute des cordes à son arc avec des ateliers de découverte et du théâtre de sciences. En 2008, Clara met notamment en place un atelier pour enfants autour de la Théorie de l’évolution au sein du Muséum d’histoire naturelle de Marseille intitulé « Atelier Science sur scène : Dans les pas de Charles Darwin… ». Cet atelier croise les univers du théâtre et de la science, une façon décalée de travailler autour d’un thème maintes fois traité.

« Suite à une phase de jeux/découverte autour de spécimens pour s’approprier la théorie, les enfants étaient invités à écrire des saynètes sur la vie de Darwin, sa théorie de l’évolution et le scandale qu’elle provoque au sein de la société du XIXème siècle ». L’expérience s’est avérée concluante, au point que « Clara a ensuite écrit la pièce de théâtre Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ? mise en scène par Caroline Steinberg et jouée par des comédiens professionnels depuis 2009 » (2).

Une scène de « Quelque chose vous turlupine, Monsieur Darwin ? »

C’est un an plus tard qu’Alexandra rejoint Clara et le champ d’action de Toile de fond continue de s’élargir avec de nouvelles activités, stands, expositions, formations à la médiation, etc. C’est ainsi que la petite forme théâtrale « Le Petit monde de Marie Curie » est ajoutée au répertoire de Toile de fond, avec quelques modifications dans la mise en scène et dans le texte, et surtout un format qui offre un temps de rencontre et d’échange avec un spécialiste du domaine suite à la représentation. Coline, la comédienne « historique » de la pièce continue à la jouer en parallèle de son activité.

http://www.dailymotion.com/videox9w1mh

Le but de cette équipe dynamique est de « chercher un angle d’approche qui va donner aux gens – et pas seulement aux lecteurs de Science & Vie – l’envie de croquer le monde sous le regard des sciences, précise Alexandra, quelle que soit la nature des activités que l’on crée, on s’entoure et on se fait conseiller pour gagner en qualité, pour respecter les contenus et une mise en forme professionnelle sans oublier de rester créatifs voire poétiques ». Revers de la médaille : Toile de Fond (TDF) est parfois uniquement assimilée au théâtre. « Les spectacles ont donné une image publique de notre travail. Du coup, on a parfois du mal à montrer que nous ne sommes pas une compagnie de théâtre et que nous faisons d’autres choses ».

Affiche du spectacle et couverture du livre (voir la fiche sur le site de L’Harmattan)

Qu’on se le dise ! TDF est donc bien plus que ça ! On peut d’ailleurs parler d’une « marque de fabrique », véritable identité entretenue par Clara et Alexandra aussi bien dans leurs actions « clé en main » que dans leurs productions « sur mesure » : « nous créons une accroche, un élément d’appel qui chatouille la curiosité, des pistes pour que le public s’intéresse à des thèmes variés. Nous aimons croiser des approches et des cultures différentes, avoue Alexandra, poser un autre regard sur la vulgarisation scientifique : c’est un défi qui nous plait et nous motive ». D’où leur phrase d’accroche : « la forme au service du sens ».

La médiation scientifique sur son 31

Ainsi, du côté du théâtre, le spectacle est une belle mise en bouche avant une rencontre avec des médiateurs ou des chercheurs. Autre exemple avec un café des sciences organisé à deux reprises avec l’Université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC) à Paris. Plutôt qu’un modèle classique où les chercheurs parlent devant une assemblée de « profanes », Alexandra a choisi de scénariser l’événement et de mélanger tout le monde.

« L’idée, c’est de se sentir vraiment dans un café, avec peu de monde et pas assez de chaise pour provoquer des discussions. Des mots et des images sont accrochés aux murs et entrainent des discussions dans l’assemblée. Déguisée en garçon de café, je fais le lien entre les personnes présentes. Les chercheurs, quant à eux, sont identifiés avec un badge et viennent mettre leur grain de sel dans les discussions ».

Un fonctionnement risqué, qui a pourtant rencontré un vif succès. « Les chercheurs ont joué le jeu malgré une exposition au public très engageante. Ils étaient très motivés et le public ravi ». Il faut dire qu’avec un chercheur pour une dizaine de personnes, les temps d’échange étaient d’une qualité inégalable. « Quand on propose de l’interactivité, on ne fait pas semblant » sourit Alexandra.

Claire Bensoussan parle chimie et cuisine

Expositions pour l’Inserm (La chimie de l’amour) ou l’UPMC (lors de l’Année mondiale de l’Astronomie), ateliers et stand de cuisine pour découvrir la chimie au contenu validé par les doctorants de Doc en Stock, scénarisation d’animations multimédias notamment pour Aréva ou encore pour le laboratoire pharmaceutique Bristol-Meyers Squibb… Les pistes ne manquent pas, toujours dans le domaine scientifique et technique d’où TDF tire sa valeur ajoutée.

Octobre a été un mois particulièrement chargé avec la Fête de la science. TDF était présente dans plusieurs endroits du pays en même temps. « Il a fallu élargir l’équipe, s’enthousiasme Alexandra, nous animions les ateliers et stands « Cuisinons les sciences » labellisés « Année internationale de la Chimie » à Saint-Priest dans le Rhône, à Gignac-la-Nerthe dans les Bouches-du-Rhône [ndlr : voir les photos d'un atelier cuisine au collège Le Petit Prince de Gignac], à Tournon et Saint-Fortunat en Ardèche alors qu’en parallèle la petite forme théâtrale suivie d’un débat sur Marie Curie était en tournée au Palais, au CNAM de Nantes, à l’Université d’Avignon et au Centre culturel de Forcalquier. Le public était au rendez-vous, nombreux et enthousiaste. Nous nous sommes régalées : cette semaine a été riche en découverte, en surprises et en évasion ! » (3).

Le site internet de l’agence

La page est maintenant tournée et le prochain défi est de se plonger dans le thème de l’Année internationale 2012, à savoir les énergies renouvelables et le développement durable. « On a déjà des idées que l’on souhaiterait tester sur le public ». Elles aimeraient également former des doctorants à la médiation des sciences et les accompagner dans leurs projets. Et pourquoi pas se frotter au spectacle vivant : « on est toujours partantes pour défricher des terrains… ».

Notes

  1. Voir notre interview de Coline Aunis dans le cadre de son travail au sein du Musée des Arts et Métiers
  2. « Le Petit monde de Marie Curie » est une « petite forme théâtrale » d’environ une heure, suivie d’un débat avec un spécialiste, très léger d’exploitation technique afin de s’adapter à plusieurs endroits. « Quelque chose vous turlupine M. Darwin » est une pièce de théâtre suivie d’un débat avec un spécialiste, d’1h20 avec 5 comédiens. La première sera jouée en décembre dans un établissement scolaire en Vendée. La seconde compte à son actif depuis 3 ans plus de 30 représentations tout public et public de collégiens. Pour plus de renseignements, voir la rubrique « théâtre de science » du site internet.
  3. En temps normal, l’équipe est constituée uniquement de Clara, basée à Marseille et d’Alexandra à Paris

>> Illustrations : photos du théâtre, site internet et affiches par Toile de Fond, stand cuisine par F.Demurger (tous droits réservés)

de la société Toile de Fond, agence de communication des sciences

Coline Aunis : des planches de théâtre aux tablettes numériques

Pour mon premier portrait de la rentrée, on n’aurait pas pu trouver mieux ! Bien installée à la terrasse du café-restaurant « À toutes vapeurs » situé au sein du Musée des Arts et Métiers, je sirote un café en compagnie de Coline Aunis, chef de projet web et multimédia du musée. Veste et cheveux sombres, lunettes classiques ; sous ses airs réservés, la jeune femme cache un tempérament généreux fruit d’un parcours bigarré comme on les aime dans l’équipe de Knowtex.

Jugez plutôt. La strasbourgeoise d’origine entame des études de pharmacie juste après le bac. « Heureusement, ça n’a pas marché » précise-t-elle malicieusement. Elle obtient alors une équivalence et entre en deuxième année de bio-physico-chimie puis obtient une licence et une maîtrise de biochimie. A ce stade, Coline a eu un gros moment de doute, ne souhaitant être ni professeur, ni chercheur comme son père. Sa vocation, elle la trouvera par hasard dans la file d’attente d’un cinéma en compagnie d’une amie. Elle y croise une connaissance qui lui parle du DESS Communication scientifique et technique de Strasbourg (aujourd’hui master 1 et 2) et notamment de l’exercice de théâtre scientifique. « Ca a été le déclic » affirme Coline. Il faut dire que la jeune femme est une habituée des planches depuis l’école primaire et joue dans une ou deux pièces chaque année pendant ses études. Elle fait d’ailleurs toujours partie de la compagnie Les Bateleurs de la science.

Image de prévisualisation YouTube

Réfléchie, elle décide d’accomplir un stage dans les départements communication et service de presse de l’Inserm à Paris. Test réussi. Elle passe alors le concours pour le DESS, tout en tentant sa chance du côté des écoles de théâtre. L’une d’entre elles lui laisse une chance mais Coline a déjà fait son choix : ça sera Strasbourg. Là-bas, elle monte une pièce de théâtre avec Alexandra et Clara, qui créeront plus tard la société Toile de Fond, dont nous parlerons dans un futur article.

D’un musée, à l’autre

Comme premier stage, Coline choisit le Palais de la Découverte. Grâce à une cotutelle avec la société Canal-U, elle s’essaye au journalisme audiovisuel dans le cadre de l’émission Science en cours et réalise un film sur les expositions temporaires du Palais entre 1937 et 2003. Enchantée par cette expérience, elle revient au Palais en février 2004. Kamil Fadel, le responsable du département de physique lui propose de participer aux ateliers et exposés en public. De mois en mois, elle enchaînera des contrats à la Cité des enfants de la Cité des sciences, à l’Exploradome et dans des sociétés d’édition et de production audiovisuelles. « Ca m’a permis de travailler sur différents supports : écrit, audiovisuel, multimédia et médiation orale, cette dernière étant très importante pour moi ».

Elle entre au Musée des Arts et Métiers en tant que vacataire pour les ateliers jeune public et obtient ensuite un contrat d’un an en tant que démonstratrice auprès du grand public. Au moment du renouvellement de ce contrat, elle apprend qu’un poste de chef de projet web et multimédia se préparait. Elle y postule après une formation au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) voisin et une expérience au service multimédia au Palais de la Découverte.

Réserves du Musée des Arts et Métiers

A ses débuts à ce poste, Coline se charge des contenus du site principal et de la mise en place des mini-sites dédiés aux expositions temporaires. « Je m’occupais – et m’occupe toujours – du suivi de production et de la coordination du comité web du musée. Il s’agit d’un groupe de 20 personnes représentant chaque département du musée qui est consulté sur les sujets concernant internet ». Coline propose des évolutions à apporter au site comme les nouvelles rubriques, encadre et motive les collaborateurs éditoriaux et produit une newsletter tous les deux mois.

Lors de son embauche, en 2007, « c’était les débuts du développement des réseaux sociaux et des technologies de la mobilité dans les musées. Le Muséum de Toulouse faisait alors figure de précurseur. C’est une mouvance à laquelle je crois vraiment, pour donner une nouvelle image de l’institution et créer de nouveaux rapports, plus conviviaux, avec les publics. Ca inscrit le musée dans l’air du temps ». Il faut dire que le musée a longtemps été perçu comme « poussiéreux », avec peu de cartels et une collection difficile à appréhender (une image qui lui colle encore à la peau). Malgré sa motivation et son intérêt, ce n’était pourtant pas évident de lancer le mouvement. Il aura fallu batailler un moment avant de pouvoir ouvrir fin 2009 une page sur Facebook et début 2010 un compte Twitter au nom du musée.

Lucide, Coline tente d’évaluer l’impact de cette activité sur les réseaux sociaux. Si l’animation des comptes lui prend du temps, elle n’est pas encore récompensée par de nombreuses interactions. « Les visiteurs n’aiment pas forcément que leur nom apparaisse en commentaire sur la page Facebook du musée. Mais cela n’empêche pas qu’ils sont attentifs à nos mises à jour ». Coline souhaite pérenniser cette activité et pense déjà à l’organisation de soirées ou de live-tweets, comme elle a pu faire avec un autre #museogeek Omer Pesquer dans l’exposition Museogames.

L’exposition Museogames (voir notre article)

Cette récente exposition a d’ailleurs été l’occasion pour Coline de mettre en place un groupe de partage de photos sur Flickr, un hashtag dédié (#museogames, le premier du musée), un blog et notamment une rubrique « l’expo et vous » avec trente interviews de visiteurs-gamers. Des projets qui demandent du temps et de l’investissement, d’autant plus que Coline est seule à son poste.

En parallèle de la gestion des sites et de l’animation de communauté, la jolie brune est également chargée de la coordination des projets de recherche. Elle cite par exemple Plug (1), un projet qui a eu lieu en deux éditions entre 2008 et 2010. « Il s’agit d’un serious game ubiquitaire qui s’appuie sur les collections du musée. La première année, nous avons mis en place une première version du jeu, qui a bien plu mais qui était un peu plus « game » que « serious » » indique Coline. Les retours des visiteurs-testeurs ont permis d’affiner le jeu pour la seconde version dans laquelle les équipes ont élevé les aspects pédagogiques.

http://www.dailymotion.com/videox9boi1

« Le scénario était poussé, avec différents niveaux de jeu qui s’adaptaient au temps de réponse moyen du visiteur. Si celui-ci mettait du temps à répondre, la difficulté diminuait et inversement. Les joueurs étaient vraiment plongés dans l’univers du jeu avec un maître de cérémonie, des comédiens, une personne qui faisait se rencontrer les équipes et deux autres qui géraient l’adaptabilité du jeu ». Mais l’expérience a aussi permis de comprendre les limites de l’exercice : « le business model n’était pas bon. Nous avions presque plus de comédiens et techniciens que de visiteurs, pour un temps de jeu de 3 heures : dur à pérenniser ».

La réalité augmentée et personnalisée

Aujourd’hui, Coline est impliquée dans le projet européen ARtSENSE pour « Augmented RealiTy Supported adaptive and personalized Experience in a museum based oN processing real-time Sensor Events » (ouf !). Derrière ce nom à rallonge se cache un projet ambitieux et pour le moins risqué : entre février 2011 et 2014, plusieurs équipes de recherches et musées européens (voir la carte) vont plancher sur un système de médiation qui s’adapte à l’état physiologique et comportemental du visiteur.

Anticipation de ce que pourrait être le dispositif ARtSENSE

« Les visiteurs porteront des lunettes de réalité augmentée ainsi que des capteurs de l’activité cérébrale, cardiaque, des détecteurs de mouvement et du son environnant, qui seront reliés à un ordinateur. Lorsqu’un contenu leur sera proposé, les capteurs devront être en mesure de détecter leur état d’intérêt. S’ils sont désintéressés par l’œuvre, le système devra leur proposer autre chose » résume la jeune femme.

Aux musées de réfléchir sur les contenus et les réactions du public, tandis que les laboratoires de recherche élaborent des capteurs et peaufinent les modèles informatiques. Au CNAM, le Musée et le laboratoire CEDRIC (Centre d’étude et de recherche en informatique et communications) sont impliqués. Du côté du musée, l’équipe concernée a choisi l’œuvre sur laquelle portera le projet : le laboratoire de Lavoisier. « Nous avons listé l’ensemble des contenus historiques, scientifiques, sociologiques autour de Lavoisier en tant que personne, mari, scientifique, révolutionnaire… Nous tentons actuellement d’organiser ce contenu en une arborescence qui permet aux contenus d’être adaptatifs. En somme, chaque contenu doit pointer vers un autre et ainsi de suite selon des critères d’intérêt que nous devons définir ».

Et cette définition n’est pas simple. « Un tel projet est inédit et novateur en termes de médiation. Les guides voient en direct les réactions des visiteurs et peuvent adapter leurs propos au fil de la discussion. Ici, c’est au système de détecter ces signaux et d’adapter les contenus ». Coline, en charge de la coordination du projet pour le Musée des Arts et Métiers retravaille actuellement l’arborescence mise en place, tout comme ses homologues dans les autres musées partenaires, afin de l’adapter aux spécifications techniques imposées par les laboratoires de recherche. L’objectif : présenter un prototype fin janvier 2012 qui « permettra de poser les bases et d’avoir des premiers retours à partir desquelles on tentera d’aller encore plus loin dans les processus d’adaptabilité et de réalité augmentée, lors des deux années suivantes ».

Selon elle, ce projet de recherche est aussi stimulant que délicat car il soulève de nombreux problèmes, voire même des controverses : comment déterminer des critères d’intérêt pour une œuvre ? Faut-il créer des « profils-types » de visiteurs ? Doit-on proposer ou imposer ce système dans les musées ? Des questions d’actualité quant au rôle du musée vis-à-vis de ses publics.

Note

  1. Voir le site du projet, le site mis en place lors de Futur en Seine et le compte-rendu de l’équipe du Muséolab d’Erasme

>> Illustrations : Coline Aunis, Dalbéra (Flickr, licence CC), capture d’écran du site internet du MAM,  Knowtex (Flickr, licence CC), ARtSENSELoKan Sardari (Flickr, licence CC)

Loïc Petitgirard : du chaos à l’expo

Les parcours sinueux, on connait dans le monde de la culture scientifique et technique (CST). Ce n’est pas Loïc Petitgirard qui dira le contraire. Formé aux « sciences dures » (mathématiques et physique) à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon à la fin des années 1990, il prendra vite un chemin différent de ses camarades.

« A l’ENS, les étudiants doivent suivre une dominante mais ils ont également la liberté d’aller tester autre chose, explique-t-il, pour ma part, j’ai passé l’agrégation de mathématiques tout en découvrant l’histoire et la philosophie des sciences ». C’est là qu’il rencontre Girolamo Ramunni, historien des techniques à l’université Lyon 2, qui plus tard deviendra son collègue.

Entre physique et histoire, son cœur balance

Toujours friand de sciences physiques – « j’ai fait deux stages de recherche en physique théorique ; ça me branchait » – Loïc dérive pourtant petit à petit du côté des sciences humaines : « j’aimais poser des questions sur la science, son histoire, ses concepts, sa dimension sociologique ». Jusqu’au jour où l’étudiant a du faire un choix : « j’ai franchi le pas pour me former sérieusement à l’histoire avec un DEA en histoire contemporaine ».

De sa rencontre avec les historiens « purs et durs », il garde un souvenir ardu mais enrichissant. Il enchaîne, moyennant quelques négociations, avec une thèse en histoire contemporaine spécialisée en sciences à l’université Lyon 2. « Il s’agissait d’un parcours innovant. Nous étions trois extraterrestres au parcours hors des sentiers battus : l’un en philosophie, le deuxième au théâtre et moi en histoire ». Pas si anecdotique dans un monde où la pression sociale n’est pas négligeable. « Une partie des scientifiques, sceptique, ne comprend pas ce que sont les sciences humaines et sociales. Heureusement, certains m’ont soutenu ».

Le sujet de sa thèse ? La théorie du chaos, toujours à la mode depuis sa naissance au début du XXe siècle, « même si la notion de réseaux et de complexité a pris le pas aujourd’hui ». Cette thèse a permis à Loïc de comprendre d’où vient cette notion, comment elle a émergé, et plus largement les mécanismes de construction et d’acceptation d’un concept scientifique. « Le sujet d’une thèse en épistémologie et histoire des sciences peut paraître ardu, mais, plus globalement, il s’agit de comprendre ce qu’est la science, comment elle fonctionne et quels sont ses rapports avec la société. Une petite pierre à l’édifice ! ».

Sa thèse en poche, Loïc signe un contrat postdoctoral au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) puis obtient le concours de maître de conférences en 2005. « Mon approche de l’histoire contemporaine des sciences collait avec le projet du CNAM, qui s’est mis en place petit à petit notamment avec le Musée des Arts et Métiers ». Ce poste a amené Loïc à se diversifier, notamment du côté de l’histoire des techniques et de la diffusion de la CST (expositions, colloques, patrimoine…).

Former des passeur de savoirs au CNAM

En parallèle de sa titularisation, le CNAM a mis en place le Magister sciences et techniques dans la société, qu’il dirige avec Girolamo Ramunni, destiné aux personnes qui travaillent dans le milieu de la CST ou dans un domaine connexe. « On leur apprend le cadre intellectuel, les pratiques et les outils (écrit, radio…) pour travailler dans ce milieu ». Et Loïc d’égrener les thèmes cruciaux de ce secteur : la recherche en train de se faire, l’économie de la recherche, les débats science-société…

Travaillant au sein d’un organisme de formation continue et professionnelle, l’équipe est à l’écoute de ses « auditeurs » : horaires adaptés (une quinzaine de rendez-vous dans l’année, le soir et le samedi) et évolution des cours suivant l’actualité (à la rentrée, la question du nucléaire sera abordée), les enjeux (nouveaux médias) ou la demande grâce à un carnet d’adresse bien fourni en intervenants de ce milieu.

Station de métro des Arts et Métiers

Une formation exigeante et réflexive

Si les sujets peuvent varier, la formation ne se départ pas d’un certain nombre de principes : « nous sommes attachés à la dimension culturelle des sciences mais aussi des techniques, complètement sous-estimées dans les débats, souligne Loïc, nous souhaitons mettre en débat les résultats de la recherche et pas seulement faire de la vulgarisation de l’actualité. En bref, nous apprenons à nos auditeurs à construire un discours culturel avec une distance critique ».

Pendant la formation, les auditeurs développent un projet qu’ils explicitent dans le cadre d’un mémoire. La forme des projets peut varier (exposition, émission radio, site internet, spectacle…) mais l’accent est toujours mis sur le processus. « Les auditeurs doivent expliquer la manière dont ils ont abordé le thème et ce que ça leur a suscité comme interrogation ».

Aéroplane de Clément Ader

Le magister nécessite deux ans pour le mener à bien. Conscient que tout le monde ne pouvait pas être aussi disponible, le CNAM a créé en parallèle un Certificat de compétences de construction d’une opération de CST d’une année afin d’acquérir les rudiments et les outils essentiels du monde de la culture scientifique. « Le certificat peut également être vu comme une poupée russe incluse dans le magistère. Les auditeurs sont libres de découvrir la première année et de poursuivre une année de plus avec le magistère ». Et bon nombre d’entre eux s’est laissé prendre au jeu. « Beaucoup croient ne rien apprendre de nouveau en s’inscrivant au certificat car ils ont souvent passé 15 ans dans ce milieu. Mais il y a toujours quelque chose qu’ils n’ont pas vu et qui attise leur curiosité ».

Une communauté d’auditeurs

Les cours du magister et du certificat sont suivis par une quinzaine d’auditeurs à Paris et entre 20 et 30 en région via des captations vidéo téléchargées sur une plateforme privée ainsi que des wiki de notes. Des petits groupes se sont même spontanément formés, notamment à Toulouse, Nantes et Reims pour suivre collectivement les enseignements à distance.

Les centres régionaux du CNAM les prennent en charge et organisent des rencontres avec les professionnels locaux. « Nous aimerions mettre en avant la richesse de ces profils et de ces parcours, sur le web, afin de créer une dynamique de groupe. Jusqu’ici, on découvrait souvent en fin d’année que les auditeurs ont des ressources » note Loïc.

Le Pendule de Foucault

Afin de compléter son offre, l’équipe de Paris va inaugurer en janvier prochain un parcours de licence professionnelle en partenariat avec le CNAM Pays-de-la-Loire à Nantes. Il s’agira peu ou prou du programme du certificat de compétences renforcé par des outils de communication, de marketing et de management (un savoir-faire reconnu au CNAM). « Il s’agit d’une formation hybride qui émane des demandes des régions. Elles veulent des personnes capables de proposer des analyses en rapport avec la politique culturelle de la région, de construire un projet de culture scientifique et de le « vendre » à des élus et des collectivités ».

Quant à Loïc, ces prochains mois, il espère pouvoir « développer un beau projet d’exposition pour le musée en 2013 ». Souhaitons-lui la même réussite que la précédente exposition MuséoGames.

>> Illustrations : portrait par Loïc Petitgirard, autres photos Flickr, licence CC par Thomas Claveirole, Katchooo, Oric1 et Collinox.

[ebook] Knowtexblog saison #1 : Le Grand Mix

C’est l’été : la saison des embouteillages, du bronzage… et des bilans. Nous n’échappons pas à la règle, nous qui bloguons depuis 10 mois sur les pratiques innovantes de la médiation culturelle des sciences et techniques. Avec plus de 230 billets au compteur, ça valait le coup de se pencher sur nos productions et d’en sortir une « petite » compilation (une centaine de pages tout de même).

Autant l’avouer tout de suite, le choix a été dur et nous avons mis de côté, à regret, un grand nombre d’articles. Ce fut également l’occasion de découvrir la manière dont on édite un ebook (vos remarques sont les bienvenues) et de nous adonner au remixage de contenus, une pratique qui nous est chère. Petit exercice de style sans prétention pour un « best-of » à glisser dans son sac de plage télécharger sur ses tablettes, smartphones et autres écrans et à partager sans modération ;-)

Téléchargez l’ebook au format PDF en cliquant sur le lien « Download » ci-dessous.

Relais d’sciences fait hardiment sa mue

Les membres de Relais d’sciences n’ont pas froid aux yeux. Devant l’absence de lieux et de ressources pour concevoir des expositions « classiques », ils proposent des happenings comme un « lâcher » de dendrobates en béton pour sensibiliser à la biodiversité. On leur dit que le public des 15-25 ans est « inatteignable » et n’a pas d’autre intérêt que son téléphone portable et sa petite copine : ils axent leur programmation sur celui-ci. Quant au numérique, ils plongent littéralement dedans malgré ses nombreux points d’interrogation.

Autant de pistes lancées à dessein par le directeur du CCSTI, Bruno Dosseur, arrivé en 2003 du monde de la formation professionnelle, ou par des membres du centre, issus, eux, du spectacle vivant. Toute une équipe qui détonne dans le milieu « traditionnel » de la CSTI. Un petit retour en arrière s’impose.

Une histoire de réseaux

Relais d’sciences est une association créée en 1998 par l’Etat et la Région Basse-Normandie, en agrégeant des membres issus des communautés scientifique, éducative, économique et culturelle. Seul CCSTI de la région, l’association est d’emblée ancrée dans son territoire grâce à un réseau de partenaires, et ce malgré l’absence de lieu d’exposition. « L’association a été construite selon un modèle original, indique Bruno Dosseur, avec des médiateurs animant six antennes locales dans autant de villes de la région, jusqu’en 2002. Mais ce modèle n’a pas tenu, pour des raisons économiques et de management de projet ».

Lâcher de dendrobates

Bruno Dosseur est alors arrivé en 2003 pour organiser la recentralisation de l’association, la professionnalisation de sa démarche ainsi que son entrée dans le réseau national. L’entreprise prendra trois ans. « Ce n’est qu’en 2007 que nous avons pu revenir pleinement vers les territoires, précise-t-il, avec une programmation en saisons culturelles annuelles, les Odyssées ». De 2007 à 2010 se succèdent trois Odyssées : blanche (pôles), jaune (déserts) et verte (forêts), co-construites avec une trentaine de communes.

L’ouverture vers les jeunes adultes

Après cette période destinée à implanter fortement Relais d’sciences en région, 2011 voit le début d’un nouveau cycle, tourné vers les autres CCSTI français, notamment les plus innovants. « Pour cette année et les suivantes, nous avons créé un plan stratégique qui nous positionne sur le numérique et auprès des 15-25 ans, avec une dimension nationale, indique Bruno Dosseur, nous sommes une petite équipe de 7-8 personnes, mobile et adaptable. Cette situation nous « contraint » à collaborer, dans le bon sens du terme, avec les autres CCSTI ». Tout comme Bernard Alaux et Laurent Chicoineau, les directeurs des CCSTI de Bordeaux et Grenoble, Bruno Dosseur sait que la culture scientifique est « un élément non mineur du développement territorial ».

Voilà pourquoi il compte s’adresser aux 15-25 ans, une « cible stratégique, en plein choix de carrière mais difficile à atteindre, contrairement aux 10-12 ans, curieux de tout mais dont l’idée de carrière, scientifique ou pas, se pose encore peu ». Pour connaître ce public « zappeur » et tenter de nouveaux outils, formats et modes d’approche, Relais d’sciences travaille auprès de lycéens et d’apprentis (un public dit « captif ») avant d’ouvrir plus largement le spectre. Et cette ouverture passe en grande partie par le numérique. Ainsi, Relais d’sciences souhaite renouveler son mode d’approche en lançant des expérimentations avec des dispositifs tactiles, des écrans d’eau, des mondes virtuels, etc. et en privilégiant des événements artistiques et uniques.

Bousculer le public

Bruno Dosseur met en avant les notions de recherche, de création et d’imagination : « nous revendiquons un regard extérieur, ouvert sur le monde et pas uniquement sur les sciences. Notre démarche est de dépasser les frontières, tester, expérimenter, bousculer ce qui se fait… ». Des tests qui laissent parfois leur public pantois, comme par exemple lors de l’Odyssée verte. « L’exposition était plutôt déconcertante, notamment la jungle virtuelle sur une table tactile associée à un écran géant. Nous avons eu beaucoup de retours critiques, notamment sur la forme. En effet, notre équipe se place peu dans le transfert de connaissance et préfère amener les gens à réfléchir par eux-mêmes et à s’impliquer. Finalement, nous sommes l’inverse d’un musée : si on ne touche pas, il ne se passe rien ».

http://www.dailymotion.com/videoxdd96t

C’est dans cet esprit que Relais d’sciences se lance dans la conception de sa prochaine exposition (mais faut-il encore utiliser ce mot ?) « Entrez en matière ! » sur la physique des particules prouvant là encore son goût pour les challenges. « C’est un sujet extrêmement difficile sur le plan formel, pas très intéressant à première vue pour le public et plutôt délicat dans la région la plus nucléarisé de France » égrène sereinement le directeur. Le dispositif ressemblera à de grandes boîtes « remplies » de technologie numérique qui présenteront les concepts de complexité, d’énergie…

De vraies « canapouts » comme les surnomme avec tendresse Bruno Dosseur, du nom des machines poétiques remplies d’engrenages et de leviers présentées dans une émission de sa jeunesse. « Ces machines seront dispersées sur le territoire pendant deux ans et pourront fonctionner de manière isolée ou bien être regroupées lors d’événements. Elles présenteront des concepts vulgarisés, les enjeux de la physique des particules, ses applications, ses acteurs… » sans oublier une dimension poétique : la question de l’origine, l’équation du tout, les formes, les multivers, la vallée de la stabilité

Une belle occasion de tester de nouveaux dispositifs, comme la Kinect pour créer de nouveaux comportements chez les visiteurs, des écrans à particule d’eau qu’ils pourront toucher ou la réalité augmentée pour saisir les particules et comprendre leur état de force, leur résistance… Plutôt osé, n’en déplaise au comité scientifique, constitué de nombreux physiciens légèrement déstabilisés par l’approche innovante.

Un lieu convivial aux antipodes du musée

L’ensemble de ces tests et de ces dispositifs numériques nourrira le projet du futur lieu d’accueil de Relais d’sciences, dont le « nom de code » est pour l’instant la « Maison de la recherche et de l’imagination » mais qui reste encore un véritable « objet non identifié », même pour ses futurs locataires. S’inspirant des FabLabs et autres LivingLabs, cette « Maison » s’écartera des codes habituels des CCSTI et aux musées. « Il s’agira d’un lieu de vie dans lequel on aura envie d’y passer un moment et surtout un lieu d’expérimentation ». Pas de salle d’expo ou d’amphi mais 2000 m² avec des espaces entièrement modulables, sans dispositif permanent et ouvert aux propositions de tests, d’expérimentations, de happening (souvenez vous des grenouilles)…

Au cœur de la ville, ce lieu proposera des horaires d’ouverture originaux (la journée bien sûr, mais aussi le soir, le dimanche, voire la nuit). Originalité : la programmation annelle sera assurée pendant 6 mois par Relais d’sciences et le reste du temps par ses partenaires (Centre de réalité virtuelle de l’Université, pôle de compétitivité sur les transactions électroniques sécurisées, Planète Science Normandie, entreprises de l’économie numérique, etc.). L’intérêt, encore une fois, est le partage des savoirs et des intérêts.

Une philosophie open source

De ces nombreuses expérimentations, Bruno Dosseur a tiré un enseignement. « Jusqu’ici, les structures productrices de contenus devaient s’adapter à chaque nouvelle technologie émergente. L’iPad est l’exemple type. Ceux qui ont décidé de l’utiliser ont du retravailler tous leurs contenus ». Le CCSTI, qui travaille actuellement sur la transposition de sa jungle virtuelle sur le web l’a bien compris. « L’avenir est dans l’ouverture aux différents métiers, la disparition du formatage. Nous devons inventer un langage commun et ne pas travailler chacun dans notre coin ».

Ainsi, le centre lance un travail de recherche sur la normalisation des données du contenu intellectuel. « Des données brutes entrent chez nous, dans le cadre d’une exposition par exemple. Elles doivent pouvoir être « lues » par n’importe quelle technologie et surtout être partagées selon la philosophie open source ». Autant de collaborations possibles avec les autres CCSTI mais aussi avec l’éducation nationale, les espaces publics ou toute autre institution. « Le contenu est le même mais les modes d’appropriation peuvent différer ». Ce serait donc ça, un CCSTI du futur ?

>> Illustrations : Relais d’sciences, PilotMotiv (& Jean-Marc et Valérie Léger) et photos Flickr, licence CC –> misko13, urban don, macten, dalbera

L’ESPGG, l’innovation dans la médiation des sciences

Non loin de la rue Mouffetard, à Paris, le bâtiment de l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes (ESPGG) est comme coincé dans l’étroite rue Vauquelin. Rien à voir avec ses prestigieux homologues parisiens (Cité des sciences, Palais de la Découverte, Musée des Arts et Métiers), tant en taille qu’en fréquentation. Pourtant, ce centre affiche une vocation semblable de médiation des sciences et techniques.

Mais si on y regarde de plus près, sa position géographique ne semble en fait pas vraiment fortuite. En plein cœur de Paris, et surtout hébergé au sein de la très primée École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (ESPCI), l’ESPGG joue physiquement et symboliquement un rôle de « passerelle entre la cité et le monde scientifique ».

Un héritage qui fait la part belle à l’innovation

Imaginé dès 1994 par le prix Nobel de Physique et pédagogue inspiré Pierre-Gilles de Gennes, cet espace ouvre ses portes en 2004 et inaugure sa première exposition permanente sur la recherche à l’ESPCI intitulée « Les Coulisses du Labo ». L’exposition temporaire actuelle, jusqu’au 15 juillet, présente l’histoire des « stratégies de mémoire, du phonautographe à Google ». Véritable vitrine de la recherche « en train de se faire » en physique et en chimie (mais pas que), l’ESPGG propose des conférences et plusieurs actions auprès des jeunes (notamment via le programme Astep ou des concours, comme celui sur les abysses).

Le Prix Nobel de physique Pierre Gilles de Gennes

Jusqu’ici, rien que de très classique. Mais depuis le début de l’année, l’ESPGG est passé entre les mains du groupe Traces, historiquement lié à l’association Les Atomes Crochus, que nous avons régulièrement l’occasion de rencontrer (voir une sélection d’articles en bas de ce billet). Richard-Emmanuel Eastes, le président de Traces, chimiste, auteur et chercheur en didactique, ainsi que Matteo Merzagora, le directeur scientifique du groupe, muséologue, auteur et ancien journaliste scientifique prennent leur rôle très à cœur. Conscients de l’héritage de leur illustre prédécesseur et de son goût pour les chemins de traverse, ils n’hésitent pas à mettre en place des pratiques de médiation innovantes.

Ainsi en est-il des jeux de discussion, que nous avons eu l’occasion de tester, directement issus d’un projet européen et que l’ESPGG proposera lors de la future Fête de la Science. « Nous mettons en pratique les réflexions du groupe Trace et des Atomes crochus sur la médiation scientifique pour explorer les opinions et les valeurs des participants » indique Matteo Merzagora.

Science et design sans intermédiaire

Autre projet innovant, un concours mené avec les chercheurs de l’ESPCI et les étudiants en design industriel de l’ENSCI sur le thème de la supraconductivité. « Les scientifiques de l’école ont discuté avec les designers qui ont ensuite imaginé des applications, en faisant l’hypothèse que la supraconductivité serait facile à obtenir » explique Matteo Merzagora. En sont ressortis de nombreux projets comme « des textiles qui ne frottent pas ou des bijoux qui collent à distance » qui seront présentés dans l’espace tout l’été.

Plus qu’une exposition, il s’agit là de vraie « recherche » au sein d’un centre de sciences. « Dans ce cas précis, nous n’exposons pas quelque chose qui serait le résultat d’un processus de vulgarisation mais bien un travail fait par des chercheurs et des designers. Nous ne mâchons pas un produit pour le présenter : nous donnons la possibilité au public de voir cette rencontre ».

Cette approche entre les sciences, les arts et le design plait beaucoup aux membres de Traces et fait l’objet d’une autre exposition, dans les vitrines extérieures du bâtiment avec des anciens instruments associés à des plantes par Dominique Peysson. « Pour nous, la science est un point de départ et non d’arrivée. C’est une manière de se poser des questions à partir desquelles on développe quelque chose ».

Un cadre de pensée à contre-sens de nombreux centres de sciences qui « concluent souvent leur discours ou leur démarche par ce que dit la science ». Et l’innovation n’empêche pas les traditions, avec des animations classiques menées « par un animateur qui explique un phénomène à une dizaine d’enfants, dans une atmosphère conviviale. Le public aime ça, et nous aussi » précise Matteo.

Un lieu ouvert et malléable

Le fameux « grand public » n’est d’ailleurs pas la seule cible de l’ESPGG. « Nous nous adressons également à un public concerné professionnellement par la communication des sciences, c’est-à-dire potentiellement exposé aux problématiques de la communication des sciences dans son travail, comme les chercheurs, les enseignants, les journalistes, les designers, les artistes, les réalisateurs… ». Et dans ce cadre, l’ESPGG souhaite alterner entre formations cadrées et… liberté totale des professionnels invités à investir le lieu pour leurs projets.

Une démarche courageuse, qui peut être résumée en une phrase : « le dynamisme de l’espace dépend moins de l’intelligence de l’offre mais de sa capacité à être exploitée par les intelligences ». A titre d’exemple, Matteo m’indique que le lendemain de notre entrevue, une partie de l’espace sera prêtée à l’Institut de cinématographie scientifique. Ainsi, le centre baigne dans la dynamique très anglo-saxonne « d’empowerment » du public, « qui date des années 1970 mais mérite d’être renouvelée ».

Une des œuvres proposées par des jeunes au concours « 2000 mètres sous les mers » et exposées à l’ESPGG

L’influence internationale est présente en filigrane du projet du groupe Traces. « Depuis longtemps, nous évoluons dans le réseau des centres de science européens, afin de capter les tendances pour ensuite les appliquer ». Matteo sait de quoi il parle, lui qui est présent aux conférences ECSITE depuis 12 ans. « J’aimerais bien que nous nous approprions le « tinkering », une approche développée par l’Exploratorium de San Francisco et basée sur la culture du « faire » et l’exploration des objets mis à disposition ». Et l’italien de citer deux autres noms : la revue américaine « Make » qui promeut l’idée de se réapproprier les objets, et la Science Gallery de Dublin où le visiteur devient parfois cobaye…

Conscients de la petite taille de l’espace, ses gestionnaires souhaitent en faire une force. « Nous pouvons faire des choses que le Palais ou la Cité ne s’autorisent pas car ils ont de grands espaces à remplir. De même pour les laboratoires qui sont tenus de présenter des expositions de très haut niveau ». Matteo va plus loin, affirmant que l’ESPGG a même la possibilité de se tromper – tout en précisant, malicieusement, que si c’est le cas, ils aimeraient « se tromper, en bien ».

C’est dans cet état d’esprit aventureux que le groupe envisage sa prochaine exposition, dédiée à l’humour dans les sciences. « Comme nous ciblons d’abord un public averti, nous ne savons pas comment le grand public va recevoir l’exposition. Notre défi est de montrer les choses telles quelles sont dans le milieu de la recherche, avec ses private jokes, et de faire en sorte que le public y trouve un intérêt ». Et puisque l’Espace ne jure que pas la co-création, vous êtes invités à leur proposer dès maintenant vos meilleures blagues.

Suivez l’enquête « Ville créative » menée en compagnie de l’Atelier Français, grâce à la weblist dédiée

Nos précédents articles en rapport avec le groupe Traces :

>> Illustrations : photo de la façade et de la vitrine : groupe Traces, intérieur et dessin par le groupe Traces et les Atomes Crochus, photo de fenêtre par Knowtex (licence CC)