Culture, sciences, industrie… La créativité comme dénominateur commun

Un passage pavé, près de la place de la Bastille et un escalier en bois. Au 4ème étage, nous voici dans les locaux de Diversités, « l’association des industries créatives pour la diversité culturelle ». Camille Pène nous accueille en souriant. La jeune fille aux cheveux bouclés et aux yeux noisette est la responsable de l’Atelier Français (AF), lancé par l’association en 2010.

L’AF s’intéresse aux industries culturelles et créatives (édition, musique, cinéma, audiovisuel, jeux vidéo, design…). Que vient faire Knowtex là-dedans ? Tout simplement explorer de nouveaux territoires. Après tout, la créativité, l’inventivité et l’innovation ne sont pas l’apanage du monde artistique… Et Camille est bien d’accord, elle qui a étudié l’œuvre de Paul-Armand Gette, artiste passionné par les rapports arts-sciences, lors de son mémoire. Il n’en faut pas plus pour que nous engagions une enquête commune sur la notion de « ville créative », dont les articles seront disponibles courant juin sur nos deux sites. Avant de les lire, nous vous proposons de découvrir l’Atelier Français, un projet unique en France (1).

Quelle est l’origine de l’Atelier Français ?

L’AF existe depuis 2010, est un projet porté par l’association Diversités créée en 2007 par Jean-François Michel. Cet homme a longtemps travaillé dans le monde de la culture. Il a entre autre co-fondé les Victoires de la Musique et créé le « Bureauexport », qui accompagne le développement à l’international de la filière musicale française. A un moment donné, Jean-François Michel a trouvé que l’industrie musicale n’avait pas assez d’opportunités de dialogue avec les autres industries culturelles, d’où la création de Diversités. Cette association rassemble des membres venant de la musique, de l’édition, de la télévision, de la radio, du web…

L’objectif initial de Diversités était de créer une caisse de résonance, un lieu de dialogue pour les industries créatives. En parallèle, le Ministère des Affaires Étrangères, souhaitant renforcer la visibilité des industries culturelles et créatives françaises, a commandé à Diversités une étude auprès des professionnels de la musique, de l’édition, du cinéma, de l’audiovisuel, des jeux vidéo et du secteur numérique. De cette étude est né l’Atelier Français, conçu pour être une plate-forme d’échanges pour les professionnels.

Quel était le constat de cette étude ?

A la suite de cette enquête, Diversités a formulé le constat que ces différents acteurs de la créativité manquaient d’occasions de se rencontrer. Il est apparu nécessaire de créer un lieu commun de réflexion à ces secteurs. Les industries culturelles, qui vivent aujourd’hui des mutations fortes liées à la numérisation des contenus, peuvent bénéficier de l’expertise des acteurs du numérique en matière d’innovation, tandis que les startups et les entreprises multimédia ont intérêt à se rapprocher des industries de contenus dont ils ont besoin pour développer des services. Le Ministère des Affaires Étrangères a décidé de soutenir la réalisation d’une plateforme ayant vocation à rapprocher les industries culturelles et les fournisseurs de services numériques, qui soit à la fois un site internet et un espace physique de rencontre : l’Atelier Français.

Quels sont les objectifs de l’AF ?

Notre principal objectif est de mettre nos membres en relation, pour qu’ils apprennent à se connaître et qu’ils montent des projets innovants ensemble. Nous leur disons : « regardez-vous, inspirez-vous, faites des liens entre vous ». Pour nous, ce sentiment d’appartenance à une communauté est essentiel.

Ainsi, nous souhaitons créer un tissu français des industries créatives, pour augmenter la visibilité de la créativité française sur la scène internationale et leur redonner confiance dans leur capacité à s’exporter. Nos autres objectifs sont d’assurer l’information [ndlr : voir la veille du 18 mai] et la formation des professionnels de ces industries, d’offrir des opportunités aux acteurs du numérique, notamment les petites start-up, de proposer des solutions techniques aux industries culturelles et de mettre en avant les créations les plus innovantes.

Avez-vous des exemples de la créativité « à la française » ?

Les exemples ne manquent pas : dans le design et l’architecture, Philippe Starck et Jean Nouvel, dans la musique, le DJ David Ghetta et le groupe Phœnix, qui a remporté un Grammy Award, ou encore les startups Dailymotion ou Ventes-privées qui se sont imposées dans le paysage international. Du côté « culture et numérique », on peut souligner l’activité du centre Pompidou ou le rapprochement récent d’Orange avec Le Louvre. Ce dernier exemple est notable. Pour simplifier, les industries culturelles offrent un territoire et des contenus et une expertise de la créativité tandis que le secteur du numérique, et notamment les start-up, offrent de la souplesse et de l’innovation et des services pour valoriser les contenus.

Comment vous-y prenez vous ?

L’idée de super plate-forme présentant de façon exhaustive les industries créatives a été vite écartée. Nous avons privilégié un site internet modeste et agile pour concentrer nos efforts sur les opportunités de rencontres. Ainsi, nous organisons de nombreux « ateliers », en fait des conférences qui ont lieu chaque mois depuis septembre 2010, d’abord à l’Ensci – les Ateliers et depuis mars dernier à la Gaîté Lyrique.

Au quotidien, notre travail, à Faïna Ramdani et moi, est de préparer les ateliers [ndlr : l’AF est d’ailleurs reconnu pour ses compétences dans l’organisation de conférences], de faire de la veille, d’en extraire des thèmes communs à tous nos membres proposés au comité de l’AF, de nourrir le site internet, d’animer la communauté via les réseaux sociaux [ndlr : voir le compte Twitter et la page Facebook] et d’assurer une présence physique auprès de nos membres.

Quels sont les projets de l’Atelier Français ?

Notre prochain atelier est aussi notre première action en-dehors de Paris, sachant que l’association Diversités a déjà réalisé plusieurs projets à l’international. L’atelier en question a lieu à Lyon, le 3 juin prochain pendant les Nuits sonores. Il sera consacré aux « festivals face au web ». Vincent Carry, le directeur des Nuits sonores, a constaté qu’un tel événement accueille beaucoup de directeurs de festivals. Il a alors décidé d’organiser un « laboratoire européen des festivals » avec des rencontres professionnelles dans lequel nous sommes partie prenante. L’atelier suivant se tiendra à la Gaîté Lyrique et concernera la problématique de notre enquête commune à l’AF et Knowtex : la ville créative.

Sinon, nous avons plusieurs projets en cours. Le premier serait d’organiser une sorte de conférence-manifeste des industries créatives, afin de comprendre la « french touch 2.0 ». Le second est d’organiser des formations. Enfin, nous souhaitons décliner nos ateliers à l’étranger, avec les réseaux culturels français, avec par exemple des conférences à Séoul et Montréal sur les thèmes de l’image et des jeux vidéo.

Notes :

  1. De son côté, Camille s’est livrée au même exercice sur Knowtex avec une interview de Nicolas Loubet

Pour aller plus loin :

Ceux qui font vivre le groupe Traces

Dans « l’ADN » du groupe Traces : la réflexion (sciences cognitives, sociologie, histoire, didactique et philosophie des sciences), la formation à la communication scientifique et le conseil (organismes de recherche, musées de science, entreprises et collectivités). Cette année, le groupe prend en charge les « Journées de Chamonix » (JIES) pour la première fois. L’occasion de dresser le portrait de plusieurs de ses membres…

Matteo MERZAGORA, directeur scientifique

Parcours : Je suis arrivé dans les sciences par la physique, puis je suis passé par journalisme scientifique pour enfin arriver à la muséologie scientifique. Par mes activités (enseignement, ateliers, gestion de projets…), je réfléchis autour des notions de communication des sciences et de relations entre sciences et société, à l’échelle européenne. Italien, je vis en France depuis 10 ans. [ndlr : Matteo est notamment l'auteur avec Paola Rodari de La scienza in mostra, Musei, science centre e comunicazione, publié aux éditions Mondadori en 2007]

Groupe Traces : Je co-dirige le groupe avec Richard-Emmanuel. Je suis le directeur scientifique et m’occupe des projets européens et… un peu de tout ! Pour moi, l’idée centrale des JIES est de comprendre les enjeux de notre relation à la nature et aux sciences pour choisir le monde dans lequel nous souhaitons vivre.

Édouard KLEINPETER, trésorier

Parcours: En sortant de mon école d’ingénieur en physique à Grenoble, je n’avais pas envie de m’engager dans cette voie. En revanche, je m’intéressais aux questions science-société. Je me suis orienté vers une formation de journalisme scientifique à l’ESJ de Lille. Elle propose un double cursus : les fondamentaux du journalisme d’une part et une formation scientifique à l’Université Lille 1, avec des cours de sociologie, histoire, philosophie d’autre part. J’ai ensuite travaillé deux ans comme journaliste puis ai repris mes études avec un master 2 LOPHISS de philosophie des sciences à Paris-7. J’ai ensuite enchaîné avec un projet de thèse sur les fondements de la philosophie de la médiation. Dans ce cadre, j’ai suivi les cours de Richard-Emmanuel. Le courant est très vite passé avec lui, même si les démonstrations de médiation en public n’étaient pas mon truc. J’ai finalement passé le concours d’ingénieur de recherche au CNRS. Depuis décembre 2009, je suis en poste à l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC).

Groupe Traces : J’ai coécrit le livre « Comment je suis devenu chimiste » avec REE et j’ai participé à la rédaction du manifeste Révoluscience et des ouvrages du groupe sur  les thèmes art-science (suite à ma participation aux JIES il y a deux ans avec Bastien et Mélodie) et sur les idées reçues. Je suis actuellement trésorier du groupe Traces. Je n’ai pas forcément le temps de m’impliquer autant que j’aimerais, mais j’y trouve un intérêt intellectuel et amical. Les réflexions se situent dans la continuité de mon travail à l’ISCC.

Édouard et Bastien

Bastien LELU, directeur des publications

Parcours : Depuis tout jeune, je m’intéresse à la vulgarisation scientifique, à tel point que je voulais être journaliste scientifique jusqu’au lycée. J’ai finalement bifurqué vers des études de physique à l’École normale supérieure (ENS) de Lyon puis une agrégation de physique pour être enseignant. Je me suis ensuite inscrit au master Communication scientifique et technique de l’ENS Cachan. Je suis actuellement « embarqué » dans une thèse sur l’histoire des politiques européennes de vulgarisation scientifique.

Groupe Traces : En parallèle de mes travaux théoriques [ndlr : voir ses publications], je me suis lancé de manière bien plus pratique dans la vulgarisation, avec Traces et l’association des Atomes Crochus [ndlr : voir son portrait sur le site des Atomes]. Je participe à des ateliers, des projets photos… Au sein du groupe Traces, je suis directeur des publications. A ce titre, j’ai contribué à notre tout nouvel ouvrage Les scientifiques jouent-ils aux dés ?, aux éditions du Cavalier Bleu.

Charlotte BARROIS DE SARIGNY, chargée de projet serious game

Parcours : Après un master 1 en Biologie et Santé à Toulouse, je me suis dit que je ne voulais pas faire uniquement de la recherche. Je souhaitais parler avec tout le monde. Je me suis donc orientée vers un Master en communication scientifique à Grenoble. Dans le cadre de ce master, j’écris actuellement un mémoire à partir de mon travail au groupe Traces.

Groupe Traces : J’ai intégré le groupe cet été lors d’un stage au cours duquel j’ai eu l’occasion de travailler sur les JIES.  Richard-Emmanuel Eastes m’a ensuite proposé un emploi pour le groupe, en tant que chargée de projet science-société sur un serious game pour l’entreprise Bayer. Mon mémoire est orienté sur ce projet.  Il va « démarrer » en septembre 2011, après un gros travail de communication en interne. Je m’occupe de l’organisation (réunions avec la société Bayer et les éditeurs de serious game, conception du cahier des charges…). Nous souhaitons mener des ateliers pilotes avec un public d’une quinzaine de personnes et un médiateur, par exemple sur le Bisphénol A.

Meriem FRESSON, secrétaire-rédactrice

Parcours : Après un bac littéraire, j’ai suivi un cursus de littérature comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris-3 sur le haïbun, un mélange de prose et de haïku, ce petit poème japonais. Cette forme de littérature est très récente en France. Je l’ai étudiée en français et anglais, mais pas en japonais ! [ndlr : Meriem est membre de l’Association française de haïku et a découvert les Atomes Crochus lors du concours Haïkus et jardins chimiques]. J’ai ensuite suivi un master 2 professionnel en édition à l’Université Sorbonne Paris-4.

Groupe Traces : J’ai rejoint le groupe Traces en juin 2009 en tant que secrétaire rédactrice bilingue. C’était juste après les dernières JIES. Un de mes premiers travaux a d’ailleurs été d’éditer les actes des JIES avec Claire Truffinet. Au quotidien, je m’occupe de l’édition / relecture / traduction / correction des livres, des documents de communication, du site internet, des prémisses de nos activités sur les réseaux sociaux [ndlr : voir @groupeTraces sur Twitter ou la page Facebook]. Cette activité va prendre de l’ampleur avec l’ESPGG et son informaticien Fabrice, ainsi que nos stagiaires. Je suis également impliquée dans l’association des Atomes Crochus (via la newsletter) sous le pseudonyme de « Mlle Opuscule » [ndlr : un opuscule est un petit ouvrage de science ou de littérature].

Ronan JAMES

Parcours : Lors de ma thèse de climatologie à l’ENS, j’ai fait mon monitorat [ndlr : les doctorants peuvent effectuer des travaux d'éducation ou de médiation scientifique en parallèle de leur thèse] au Palais de la Découverte. C’était une super expérience pour découvrir l’interaction avec le public. Je suis presque devenu « addict » de cette sensation. A cette période, je suivais de temps en temps les cours de Richard-Emmanuel, où j’ai rencontré des membres de Paris Montagne (Livio et Leïla). J’ai ensuite fait un peu de bénévolat dans cette association, pour le projet Science Académie et d’autres comme des ateliers arts-sciences où j’ai travaillé sur la poésie ou la musicologie. J’ai également œuvré dans l’association Doc Up qui a lancé « Les chercheurs font leur cinéma », en proposant un film deux semaines avant la deadline au tout début de ma thèse. Lors de la deuxième édition, je suis rentré dans l’organisation puis je suis devenu responsable du projet l’année suivante. Cela m’a permis de me tester sur toutes les étapes d’un projet. Cela m’a incité à monter mon propre projet avec un ami : Doc en stock. Le rapport avec les jeunes chercheurs nous manquait à tous les deux. Ce projet facilite les rencontres entre jeunes chercheurs et médiateurs. Nous avons été contactés par Universcience pour le projet Binôme et par le Ministère de la Recherche pour le projet « 1000 chercheurs parlent d’avenir« .

Atomes Crochus : contrairement à plusieurs des membres présents aux JIES, je suis moins impliqué dans le groupe Traces. Après ma thèse, je pouvais postuler à Paris Montagne et aux Atomes Crochus. J’ai finalement opté pour les seconds et suis salarié de l’association depuis novembre 2009. Une de mes actions avec Traces a eu lieu en 2010 lors de la controverse climatique. Je me sentais touché par ces débats, et souhaiter aider le groupe à s’informer. J’ai donc organisé des rencontres avec des sociologues du centre Alexandre Koyré.

Jean-Marc Galan

Parcours : je suis chercheur en biologie au CNRS. En parallèle, je suis tombé dans la médiation scientifique progressivement mais sûrement et surtout, de plus en plus. J’ai également lancé l’émission de radio Recherche en cours avec David Dumoulin, un collègue sociologue. Au départ, il s’agissait juste d’une expérience mais elle m’a ouvert aux science sociales et ma obligé d’avoir une certaine dose de réflexivité sur mes pratiques.

Groupe Traces : j’ai trouvé dans le groupe une famille intellectuelle, avec des gens qui s’interrogent sur les mêmes questions que je me pose. Je participe seulement aux réunions et à certains projets, comme les JIES. C’est un bon moyen de rencontrer des membres de plusieurs communautés, qui se retrouvent tous les ans.

Mélanie YECHE, stagiaire

Parcours : J’ai une licence de Biologie des organismes à l’Université Montpellier 2, puis un master 1 à l’EHESS en histoire et sociologie des sciences. Je suis actuellement le master de journalisme scientifique à Paris-7.

Groupe Traces : Je suis actuellement en stage dans le groupe Traces. Je m’occupe normalement de la communication de l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes (ESPGG) mais, JIES obligent, on m’a orientée vers l’animation du site internet des journées. Je travaille également sur la future exposition de l’ESPGG sont le thème est « la science, une histoire d’humour ».

>> Ils appartiennent aussi au groupe Traces : Richard-Emmanuel Eastes (président), Francine Pellaud (directrice pédagogique), Marie Blanc (administratrice), Mélodie Faury, Antoine Blanchard, Ronan James, Hélène Montfeuillard, Livio Riboli-Sasco, Claire Truffinet, Nicolas Loubet.

Samuel, le museo-geek aux grandes oreilles

C’est bien simple, sur le web, Samuel Bausson est partout : Twitter, Tumblr (ici et ), Slideshare, Knowtex (bien sûr) et j’en passe (beaucoup)… Il s’est fait un point d’honneur à tester tous les outils qui lui tombent sous la main. S’il a peu posté de liens ici, il reste attentif à notre projet et nous suggère régulièrement des références ou nous donne des idées [merci].

Nous l’avons rencontré plusieurs fois, à Toulouse ou Paris, souvent autour d’un café, parfois toute l’après-midi pour discuter. Son travail ? « ouebmister » du Muséum de Toulouse comme il l’indique avec humour dans sa bio sur Twitter.

Samuel a un parcours comme on les aime : riche et tortueux, qui a fait de lui quelqu’un d’ouvert et de positif. Tout jeune, il copiait des codes récupérés au bureau de tabac sur son ordinateur Thomson TO7 et trouvait déjà fascinant de pouvoir « mettre en scène » des informations dans le salon de la famille… Ses autocollants seront sa première collection qu’il mettra à l’honneur dans une “exposition” avec audio-guide à cassette.

Plus tard, après une année de philosophie à Rennes, il a suivi des études en cultural anthropology à l’Université de Grinnell, dans l’Iowa (Etats-Unis), « l’équivalent des études d’ethnologie en France » explique-t-il. En plus des cours en sciences sociales, il en profite pour suivre des cours de muséographie, scénographie… Samuel se sent « comme un poisson dans l’eau » dans cette université en partie en autogestion, et avec une longue tradition d’ouverture et d’innovation sociale. C’est la première à ouvrir ses portes aux femmes et à diplômer des étudiants noirs dans le Midwest. Samuel y suivra également le tout premier cours de webdesign en 1996 (excusez du peu)…

Pour son stage, il photographie des poteries préhistoriques de la tribu Sinagua, à Flagstaff, en Arizona. « C’était les débuts de la photographie numérique grand public. J’en ai fait ensuite un CD-Rom éducatif pour mon département et ça été le début d’un parcours alliant culture et numérique…”

Les débuts en tant que webmaster

Il rentre en France en 1998, après avoir fait « plein de choses qui n’ont rien à voir» de boulanger à la sauvegarde de données bancaires…. A l’époque, c’était les débuts du « net » grand public et Samuel, un peu « bidouilleur » et n’ayant pas de correspondance de ses diplômes, décide de tenter sa chance dans le secteur culturel en entrant par la porte de la technique. Il sera le webmaster de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) à Nantes pendant deux ans puis entre au département de la communication interne à la mairie de Saint-Nazaire pour animer l’intranet de la ville, un des premiers postes de ce type en France à l’époque.

C’est lors de ces deux contrats qu’il débute sa réflexion sur le travail du webmaster. Selon lui, « il y a autant de profils de webmaster que de sites web ». Au-delà de son propre travail quotidien, Samuel réfléchit à la notion de travail en réseau, quand on a des métiers différents dans les institutions comme les mairies et les musées. « Je ne savais pas trop en quoi consistait mon travail car les mots pour le définir n’existaient pas encore. Il fallait fédérer les gens autour du projet de la ville, les organiser autour de projets communs, pas seulement publier un bulletin avec les dernières nouvelles. Après coup, je pense que c’était une bonne formation aux réseaux participatifs en ligne… »

Après ce poste, il fait un petit détour par le montage audiovisuel à Rennes pendant un an et réalisera… un documentaire sur un gardien de cimetière. Une formation qui complète son DESS de « webmaster éditorial » entamé à Poitiers. Ses différentes expériences lui ont fait découvrir toutes les facettes du métier de webmaster « de la technique vers l’éditorial puis la gestion de communauté ».

L’expérience du Muséum de Toulouse

Son parcours se poursuit au Muséum de Toulouse, juste avant sa réouverture en janvier 2008. Séduit par le projet de l’établissement, positionné comme une plateforme d’échanges orientée sur les visiteurs, il décide de descendre dans le sud-ouest et de participer à la réouverture du Muséum, « une belle opportunité ! ».

Petit à petit, il crée des comptes pour le Muséum sur les principaux réseaux sociaux, plutôt que de se concentrer sur un seul et unique site : « il faut aller en réseau avec les communautés qui existent déjà ». Dans ces communautés, il applique à chaque fois une grammaire différente, s’adaptant à merveille aux codes implicites de chaque plateforme.

Sur le compte FlickR, qu’il a ouvert au départ pour son côté pratique, il cerne l’intérêt des groupes et crée « Souvenirs du Muséum de Toulouse » pour que les visiteurs y partagent leurs photos faites sur place. Sa collègue Maud a pris le relais et donne vie au groupe avec un concours annuel. Elle a également ouvert un autre groupe « Collectionner le Vivant autrement » qui rassemble les photographes observateurs de la nature et crée du lien avec les collections du muséum.

Cette omniprésence pourrait donner une impression d’éparpillement mais il n’en est rien tant Samuel tient à la ligne éditoriale instaurée : « nous explorons et déclinons tout ce qui touche à l’homme, la nature et l’environnement ». Cette ligne éditoriale lui sert beaucoup sur Twitter, pour ne pas se noyer dans la masse d’information et orienter sa veille. « C’est bien de savoir qui on est et ce que le musée défend. Ainsi, on ne se laisse pas entraîner par des trolls [ndlr : membres d’une communauté qui aiment créer les polémiques] ou on ne reste pas sur la défensive car on est plus apte à répondre aux interpellations quand c’est opportun aux interpellations ».

Qu’est-ce qu’un musée 2.0 ?

Lorsqu’on lui demande sa définition d’un musée, il répond « un lieu de mémoire partagée, une plateforme d’échanges entre visiteurs et personnels du muséum autour des thématiques du musée, et non pas uniquement une galerie d’objets. Selon lui, « entrer dans le relationnel n’est pas une pratique courante pour les musées ». Alors, cette philosophie marche-t-elle en pratique ? Apparemment, oui. « Au début, il y avait beaucoup de « kikoolol », de discussions pas très sérieuses, sourit à moitié Samuel, mais plus tu es ouvert, plus le dialogue prend. De plus, il est plus intéressant de rebondir sur l’intérêt des gens plutôt que d’expliquer, d’imposer d’emblée, ce qui est considéré comme digne d’intérêt par l’institution…».

Une réflexion qui mène jusqu’à la redéfinition des rôles entre visiteurs, objets, direction du musée, « pour sortir des dichotomies » entre collections et « grand public ». Les réseaux sont une chance pour les musées qui y ont toute leur place avec leurs contenus riches à proposer aux communautés d’internautes « là où elles sont ». Une expression résume bien les idées de Samuel sur les nouveaux musées : « de la conservation à la conversation ».

Quand y’en a plus…

Et pendant ses loisirs, Samuel n’est jamais très loin des musées et centres de culture. Avec des amis de Toulouse, il a monté L’esplanade, « Rézo-Labo des acteurs de la culture, création & innovation numérique à Toulouse ». En décembre dernier, il a également participé à une « descente » au Musée d’Orsay avec d’autres « poils à gratter », pour y titiller l’interdiction de la photographie (voir son article).

Et sa réflexion ne s’arrête pas là, caressant les notions de droits d’auteur, de licence Creative Commons, de remixage, de la place des lieux publics sur les plateformes privées… Autant de problématiques de la « culture » web pas toujours simple à concilier avec celle des institutions.

2011 au Muséum de Toulouse

Les prochaines expositions évoqueront notamment « l’eau » et « Eugène Trutat », un photographe, géologue et naturaliste qui fut directeur du Muséum. Pour la fin de l’année, Samuel souhaite créer un nouveau site internet afin de rendre l’offre du musée plus lisible. Ce site intègrerait des informations pour l’instant disparates (actualités, newsletters, événements…). Sans oublier de « mettre en scène » (véritable leitmotiv) les échanges avec les internautes. Le site serait un « hub de tout ce que le muséum dit sur les réseaux, couplé aux contenus élaborés avec les scientifiques ». A suivre…

>> Illustrations :  museumdetoulouse, Lorena Biret (Flickr, licence CC)

Un ch’ti peu de science avec le Forum départemental des sciences

Après la visite de quatre centres de science, sans compter les parisiens, un passage dans le CCSTI de Villeneuve d’Ascq, près de Lille, aurait pu paraître le début d’une certaine routine. Mais au sortir de la station de métro près de l’Hôtel de ville, nous avons été bluffés par la taille du Forum départemental des sciences, un bâtiment de 4000 m² cerclé de verrières créé spécialement pour la culture scientifique et technique.

Situé près des universités Lille-1 (sciences et techniques) et Lille-3 (sciences humaines et sociales) et en contact avec de nombreuses entreprises innovantes de Villeneuve d’Ascq, le forum est desservi par le métro et l’autoroute. En face de lui, de l’autre côté d’un imposant parking, est installée la Rose des vents, scène nationale qui accueille des spectacles de théâtre et de danse.

Et la visite du Forum n’a fait que confirmer notre bonne impression. Beau bâtiment lumineux et coloré, il comprend un grand accueil, une salle de documentation (1), un planétarium, un café et deux espaces d’expositions, dont un spécialement conçu pour les enfants. Sur toutes les affiches des expositions présentées au Forum figure la photo d’un être humain, point de départ d’une réflexion sur le rapport de l’homme avec les objets de la science.

Pourtant, malgré un équipement et un emplacement très favorables, le Forum a connu plusieurs crises dans son histoire. Franck Marsal, le directeur depuis un peu moins d’un an et demi et Fabienne Derambure, responsable de la communication, nous évoquent l’histoire du forum et ses prétentions actuelles.

Une certaine idée de la culture

Au commencement, comme souvent, est le projet d’un homme, Bernard Maitte, physicien et professeur d’histoire des sciences et d’épistémologie à l’université Lille-1, véritable militant et moteur de la réflexion autour de la culture scientifique et technique (CST) en France.

Depuis le début des années 1980, il milite pour la création d’une structure pour la culture scientifique et technique dans la région Nord-Pas de Calais. En 1982, avec quelques amis, il créée ALIAS, une association loi 1901 aussi nommée « Centre Régional de Promotion de la Culture Scientifique, Technique et Industrielle ». Selon Fabienne Derambure, ce projet puise sa source intellectuelle dans les écrits du physicien et philosophe Jean-Marc Lévy-Leblond. Le groupe développe une réflexion autour du livre scientifique et des clubs scientifiques pour les jeunes.

Le petit groupe ne dispose pas encore de lieu d’exposition. Qu’à cela ne tienne, il décide de créer des outils pédagogiques « qui ouvrent les esprits » et d’aller sur le terrain (classes, MJC, centres sociaux…). Ces productions jetteront les bases d’un futur catalogue de plus de 50 productions originales (expositions, ateliers, malles découverte, valises exploration, planétarium…), mises à disposition dans la région, en France et même en Europe.

En 1984, ALIAS créée une valise d’exploration sur le thème de la symétrie, véritable « mix entre une exposition et un atelier, comme un musée hyper compact » décrit Fabienne. La volonté était de « faire réfléchir sur des sujets complexes mais dont on peut parler avec des choses du quotidien », comme la peinture ou l’architecture en ce qui concerne la symétrie.

Un lieu pour la CST dans le Nord

À cette époque, l’association est hébergée par la Maison régionale de la nature et de l’environnement (qui depuis a changé de nom). En 1989, le maire de Villeneuve d’Ascq, Gérard Caudron, met à disposition un local de 500 m², qui jette les bases d’un lieu d’accueil et de médiation « dans lequel l’association a pu développer des actions de mise en culture de la science sur la région » explique Fabienne qui sera embauchée un an plus tard.

« L’idée de construire un véritable CCSTI a tenu l’association durant toutes ces années et a nécessité beaucoup d’énergie » précise cette femme dynamique. Les membres et salariés de l’association ont assisté en décembre 1996 à la concrétisation de leur projet avec l’ouverture du Forum des sciences (toujours sur le format associatif, qui stoppera en 2005) en partenariat avec l’Etat, la Région, le Conseil général du Nord et la Ville de Villeneuve d’Ascq. L’ouverture de ce bâtiment ne modifie pas l’esprit et le leitmotiv des débuts : « mettre la science en culture » (2).

Depuis cette date jusqu’au milieu des années 2000, le Forum poursuit cahin-caha son activité, malgré les problèmes d’argent et la succession des directeurs. « Certains financeurs se sont désengagés devant les difficultés du Forum mais d’autres nous ont aidés, se souvient Fabienne, de plus, on a pu compter sur la motivation de l’équipe dont les membres sont des militants qui ont choisi de s’investir et défendre la structure. En cela, nous avons développé un fort esprit critique sur le plan culturel et une exigence importante ». En 2005, le budget tombe à néant pendant six mois. Si l’expérience a été difficile, elle a beaucoup appris à tous et notamment à la responsable de la communication.

Des expositions pour les 3-6 ans

Les difficultés n’ont pas empêché le Forum de se forger une solide réputation nationale dans la création d’expositions « Petit forum » pour les 3-6 ans ainsi que dans la médiation.

Ainsi, le Forum a fait le choix d’avoir recourt à un grand nombre de médiateurs – il n’y a pas d’activité non animée – et compte actuellement 55 salariés et une vingtaine de vacataires. « Nous souhaitons mettre le visiteur en situation de réflexion plutôt que de lui donner des définitions toutes faites. Nous sommes en permanence en « R&D » de la médiation humaine la plus adaptée » précise Fabienne.

Arrive alors le 1er janvier 2006, date charnière dans l’histoire du Forum puisqu’il s’agit de la départementalisation de la structure. Le bâtiment a alors 10 ans et commence à vieillir. Sa rénovation sera entièrement prise en charge par le département du Nord (3).

Un nouveau directeur, Yves Rok, est alors embauché avec l’accord du Conseil général et restera en poste deux ans et demi. Cette reprise par le département apporte une réelle sécurité à la structure, désormais nommée Forum départemental des sciences. Elle ne subit plus la pression de la recherche de financements et garde néanmoins une indépendance sur sa programmation.

Mais l’actuel directeur, Franck Marsal, ne souhaite pas s’asseoir sur une « rente de situation, à l’image de l’Arabie Saoudite avec son pétrole ». Il réfléchit déjà au modèle économique à moyen terme pour ne pas dépendre uniquement du financement des collectivités territoriales, elles-mêmes en situation difficile. « La réflexion autour des relations avec les industriels locaux se pose fortement dans les structures culturelles de la région » analyse-t-il.

Un travail en réseau

L’arrivée du nouveau directeur a également marqué un léger changement dans la philosophie du Forum avec une orientation vers le travail en réseau. Franck Marsal s’intéresse ainsi de près aux travaux de Relai d’sciences (Caen) ou Ombelliscience (Picardie), des CCSTI dépourvus de lieu d’accueil et qui en ont fait une force.

« Je vois le Forum à la fois comme un lieu, avec ses expositions, ses animations, etc. et comme un animateur de réseau. On doit concevoir le bâtiment comme un point de départ, la « pompe » qui alimente le réseau » explique-t-il. Et ses idées ne sont pas des effets d’annonce. Le Forum commence à tisser des liens avec quelques structures « culturelles » (4) et « scientifiques et techniques » (5) du département et de la région. Ces dernières, au nombre de huit, et le Forum se regroupent tous les trois mois pour jeter les bases de futures collaborations.

Selon Franck Marsal, l’objectif est d’être visible en tant que réseau pour la prochaine Fête de la science, en octobre prochain. « Nous débutons un gros travail de structuration. Une communauté culturelle autour de la science est en train d’émerger ». En fil d’Ariane, la « dimension de proximité », dans une région lourdement touchée par la désindustrialisation. Le dernier dossier de presse met en évidence les questions que le Forum se pose : « en quoi, le développement d’une CST est-il un levier de développement de nos territoires, une ressource de créativité et de cohérence dans une société en crise ? », « en quoi pouvons-nous mieux contribuer au rayonnement du Nord au niveau national et international ? »…

S’appuyer sur les jeunes et le tissu industriel

Pour tenter d’y répondre, le Forum souhaite s’appuyer sur la culture liée à ces industries disparues (industries du textile et mines) et les plus récentes (vente par correspondance, chimie, agro-alimentaire…) afin d’appuyer son travail de médiation.

« Il reste encore de très fortes inégalités dans l’accès à l’emploi, la santé, la culture et les infrastructures de transport. Le Nord-Pas de Calais est un lieu de passage (TGV, port de Dunkerque…) mais la circulation intrarégionale n’est pas si facile et le sud du département du Nord est enclavé », analyse cet ancien de la SNCF, connaisseur du monde de l’entreprise et de la fonction de manager.

« Au-delà de la pratique professionnelle, la science est aussi un champ de la culture pour la population, souligne Franck Marsal, les citoyens développent une pratique de curieux comme pour la pratique musicale amateur, à la différence près qu’il manque encore la reconnaissance et les instruments pour encourager la curiosité scientifique ». Une situation paradoxale selon lui, car « la science est pourtant un objet facile à transporter dans les zones rurales, contrairement à l’opéra. Il faut inventer de nouvelles manières de faire, des lieux pour mettre tout ça en réseau et en culture ».

Et cela débute avec les enfants, lors de l’opération Sciences Collège Nord, menée en partenariat avec d’autres structures culturelles du département et des enseignants de plusieurs disciplines et qui se renouvelle tous les ans depuis 10 ans. Au programme pour les 2500 élèves touchés chaque année au sein des 52 collèges, une thématique travaillée tout au long de l’année et mise en valeur lors de trois rassemblements : une journée d’animation, une visite d’un des sites partenaires et une journée de valorisation des travaux des élèves au mois de juin.

Tisser des liens avec l’université

Une réflexion se développe également autour du PRES lillois, pour faire le lien entre le tout jeune réseau culturel et les universités de la région. « La difficulté sera de trouver le positionnement de chacun ». Une prochaine convention-cadre avec l’université fera le point sur les partenariats et échanges avec le Forum.

A la fin de l’année 2011, le Forum départemental des Sciences fêtera ses 15 ans. La structure a la volonté de « maintenir un haut niveau de création », avec une exposition « Petit forum » par an, des ateliers, plusieurs malles et des séances au planétarium. Avec une moyenne de 100 000 visiteurs par an et le double en itinérance, le Forum se définit comme le plus gros CCSTI généraliste de province et ne cache pas son « ambition de devenir un acteur de référence de la culture scientifique au niveau national et européen », comme par exemple le Musée de l’Institut royal des sciences naturelles de Bruxelles.

Autant de projets qui seront couchés sur le papier ces prochains mois dans le futur projet culturel du Forum. Sa publication correspondra à l’élection d’un nouveau président du Conseil général, moment clé dans la vie de cette structure départementale. « Les questions de la culture scientifique ouvrent beaucoup de débats. Nous devons prendre le temps de travailler ce projet pour être écoutés et échanger. Ça ne nous empêche pas d’agir pendant ce temps » conclue Franck Marsal.

*  * *

Les visiteurs du Forum départemental des sciences

De 2006 à 2009, la fréquentation du Forum départemental a progressé de 43 % (de 57 440 à 101 225 visiteurs par an) pour un total de plus de 500 000 visiteurs. De janvier à juin 2010, la structure a accueilli 63 000 visiteurs.

À elle seule, l’exposition « Au temps des mammouths » a vu affluer 33 000 curieux. Du côté des classes, l’opération « Sciences Collège Nord » a mené à terme 54 projets en 2009 contre 31 l’année précédente. Quant à l’itinérance des outils, celle-ci est passée de 454 semaines de présentation de malles découverte, d’expositions, etc. en 2006 à 609 semaines en 2009 et 145 pour le premier semestre 2010.

Les visiteurs sont venus à 46 % en groupe scolaire, 39 % avec des enfants et 20 % avec d’autres adultes. Quant aux professions des adultes, il s’agit de 39 % d’enseignants, 15 % d’employés ouvriers (inhabituel dans une structure culturelle), 11 % de cadres supérieurs, 11 % de professions intermédiaires, 6 % de retraités et 4 % d’étudiants.

Qu’ils viennent pour la première fois (40%) ou une fois par an (40%), tous les visiteurs estiment avoir été bien accueillis, intéressés, stimulés et enthousiasmés et donnent une note de 8/10 au Forum. Enfin, le Forum est considéré à plus de la majorité comme un « lieu de découverte et de transmission des connaissances » ainsi que de « large accès à la culture pour tous » (6).

Notes

  1. Le centre de documentation offre son appui aux professionnels dans leur montage de projet de culture scientifique, s’appuyant sur un fonds multimédia de plus de 13 000 références et une connaissance aigüe des réseaux et des outils régionaux.
  2. Une partie des citations de l’article et de ces notes est tirée du dossier de presse de la saison 2010-2011.
  3. Le département a investit 1,8 millions d’euros pour la remise à niveau du bâtiment (travaux de sécurité incendie, amélioration du confort thermique, réfection de l’accueil, etc.).
  4. Le Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, le Musée-atelier du verre à Sars-Poteries, la Villa Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Cappel, le Musée de Flandre à Cassel…
  5. Le Musée-site archéologique départemental de Bavay, l’Ecomusée de l’Avesnois, le Centre historique minier Lewarde, la Cité Nature à Arras, le Centre nationale de la mer Nausicaa, la Coupole d’Helfaut-Wizernes, le Musée d’histoire naturelle et de géologie de Lille, le Palais de l’univers et des sciences à Cappelle la Grande
  6. Selon une enquête réalisée au printemps 2010 sur 258 visiteurs.

>> Voir l’album photo de notre visite sur FlickR

La mise en culture des sciences, une affaire d’universitaires ?

L’Université Lille-1, Sciences et Technologies a ouvert ses portes en octobre 1967, sur un terrain de 116 ha au sud de Villeneuve d’Ascq (1). Elle compte aujourd’hui 18 000 étudiants, 1500 enseignants-chercheurs et 160 chercheurs.

A l’origine, vue du ciel, elle symbolisait une cellule délimitée par les voies (en rose sur le plan), comprenant les bâtiments de mathématiques, physique, chimie, SVT, etc., traversée par la voie aérienne de métro et dont la bibliothèque universitaire tenait lieu de « noyau ». Mais cette structure s’est vite étendue au fur et à mesure des ajouts de départements (sciences économiques et de gestion, science sociales), les IUT et les centres de formation.

À la fin du mois de novembre dernier, nous nous sommes rendus dans l’Espace culture (EC sur la carte) pour rencontrer Nabil El-Haggar, vice-président de l’Université Lille-1, chargé de la culture, de la communication et du patrimoine scientifique.

La CST fait partie de la culture

Disponible et jovial, l’homme souhaite remettre les choses dans leur contexte avant de parler de sciences. « La culture d’une manière générale est très maltraitée en France, contrairement à ce qu’on pense. Elle est extrêmement instrumentalisée par la classe politique française, par exemple avec la Fête de la Musique ».

Selon lui, à la fin des années 1990, la France a réduit la culture à sa dimension spectaculaire – « comme quand le roi amenait un bouffon pour amuser la compagnie » – sans prendre en compte le problème de l’accès réel à la culture, « un élément fondamental pour notre maitrise de la transformation du monde et la bonne marche de la démocratie ». Descendant l’échelle d’une marche, il évoque ensuite la culture scientifique comme faisant partie de cet ensemble, « une culture parmi tant d’autres qui donne les moyens à ce que chacun puisse construire sa propre vision du monde ».

L’Université française joue-t-elle actuellement un rôle dans cet accès à la culture ? Pour Nabil El-Haggar, elle « ne se pense toujours pas, ou peu, en dehors de l’enseignement et de la recherche, comme une institution productrice de culture » (2). Cela est en partie dû à son histoire et sa faible influence politique par rapport aux « grandes écoles, instituts divers, Collège de France, etc., à qui l’on a confié la formation des élites de la nation ».

L’Université ignore-t-elle la culture ?

Productrice de recherche scientifique, l’Université ne s’intéresse paradoxalement pas à « la culture qu’engendre cette (…) recherche [ou à] la conservation et [la] valorisation du patrimoine scientifique qui a rendu cette recherche possible » (3). Elle se cantonne depuis longtemps à animer la vie étudiante « sur des campus construits il y a quarante ans et qui peinent souvent à se donner une âme ». En cela, la France se distingue des pays anglo-saxons dont les États-Unis dont les universités « produisent une culture qui déborde dans le reste du pays, comme par exemple l’art contemporain ».

Mais la prise de conscience commence, notamment à Lille. « Mon rôle est de concevoir un projet culturel exigent, ce que nous avons fait il y a 17 ans. Depuis, l’Espace Culture qui accueille les activités culturelles – plus de cent manifestations par an – voit un public divers : étudiants, personnels et public extérieur participer à ces activités. Une part importante de ces manifestations traite des questions scientifiques. En d’autres termes la culture scientifique occupe une place importante dans notre politique culturelle multidisciplinaire ».

Le projet de Lille 1

Le vice-président peut s’appuyer sur un développement de la culture débuté il y a plus de 17 ans à Lille 1 dans ce qu’il nomme « l’un des plus grands services culturels universitaires français », ainsi que sur 14 personnes et un budget annuel de 130 000 euros provenant du Conseil régional, de la DRAC, de l’Université et de la ville de Villeneuve d’Ascq. Son projet remet « la pensée et le débat d’idées au cœur du projet culturel de l’université » avec une volonté de toucher l’ensemble de la région Nord-Pas de Calais. « Plus de 60 % de nos publics sont extérieurs à l’université. Ils viennent de Lille voire des frontières belges ».

L’Espace culturel en lui-même est un lieu unique, avec un amphithéâtre pour les conférences et les représentations de théâtre, une salle de danse, une salle d’art contemporain avec des expositions sur le patrimoine scientifique et un café qui dispose d’une petite scène.

Chaque année, l’espace concentre ses efforts sur deux grandes thématiques (et quelques autres annexes). La première thématique est sociétale. En 2009, « la crise » était mise en avant (crise du corps humain, de l’enfance, en géologie…) et cette année la migration est à l’honneur avec un cycle de 12 conférences pluridisciplinaires avec des chercheurs de sciences dures et sciences humaines. La deuxième thématique, plus intemporelle, permet d’organiser une dizaine de conférences et deux journées d’étude. En 2009, il s’agissait de « créativité et territoires » et cette année… de l’université.

Ces événements et réflexions sont anticipés dans la revue Les nouvelles d’Archimède, « la seule et unique revue de réflexion pluridisciplinaire (science, économie, droit, politique, histoire des sciences…) universitaire en France » (4). « L’ensemble des thématiques soulevées pendant ces conférences est ensuite restructuré et restitué dans des ouvrages collectifs, 21 à ce jour », qui trônent en bonne place dans le bureau de Nabil.

« Nous travaillons actuellement sur notre deuxième colloque international à Lille sur « Science et savoirs ancestraux : qu’ont-ils à se dire ? » qui aura lieu vers l’automne 2011 ». Sans compter l’ambitieux projet de l’Université : Sphère, un parc virtuel de sciences et technologies en partenariat avec l’INRIA, les sociétés 3DDuo et Idées-3Com. « D’autre part nous travaillons pour la protection et la valorisation du patrimoine scientifique de Lille 1. »

Les Universités à la place des CCSTI

Quand on évoque avec lui le rôle des CCSTI, Nabil El-Haggar ne cache pas son scepticisme. Pour lui, la décision de l’Etat de confier la diffusion de la culture scientifique à ces centres, il y a une trentaine d’années, reflète le manque de confiance de la classe politique dans l’Université, ainsi que le manque d’intérêt des universitaires de se saisir du problème à l’époque.

Le vice-président pense « que l’accès à la culture scientifique doit être prise en charge par les scientifiques et les chercheurs, en d’autres termes par les universitaires. Cela est bénéfique pour la culture scientifique et les universitaires. C’est pourquoi les lieux naturels pour accueillir ces activités devraient être des universités, ouvertes sur la Cité, plutôt que les CCSTI.

Pendant des années, le dialogue avec le Forum des sciences était très difficile. Le nouveau directeur Franck Marsal a la ferme volonté de travailler avec l’université dans le cadre d’un partenariat respectueux et efficace. Celui-ci sera acté notamment avec une convention-cadre ».

Nabil El-Haggar pense même que le Forum départemental des sciences pourrait faire partie du PRES et ainsi s’approcher du monde universitaire. En guise de projet « de chauffe » entre le département culture de l’université, le PRES et le Forum départemental des sciences : la Fête de la Science 2011.

Le changement de style sera sans doute visible, entre les actions des associations locales et du forum des sciences, qui se déplacent beaucoup à Lille et le vice-président, plus mesuré vis-à-vis des événements ponctuels et désireux d’ancrer la culture scientifique physiquement au sein de l’université.

Notes

  1. Lire l’historique de Lille 1, hébergé sur le site internet de l’université.
  2. Citation tirée de l’article « Université, culture et politique – Le cas français » dans le 55ème numéro des Nouvelles d’Archimède, le journal culturel de l’Université Lille 1 (octobre à décembre 2010)
  3. A ce sujet, lire l’ouvrage « Enseigner, Rechercher » qui « vise à valoriser l’exceptionnel patrimoine des établissements d’enseignement supérieur de [la] région [Nord-Pas de Calais »
  4. Les 3 numéros annuels de la revue de 50 pages sont tirés à 15 000 exemplaires et déposés sur le campus de Lille 1, dans des points précis de la région (théâtre, FNAC…) et envoyés par la poste aux 2000 abonnés.

>> Pour aller plus loin, voir la page Facebook et le compte Twitter de l’Espace culture de Lille 1

>> Lire le billet « Rencontres universités-Société à Strasbourg », sur le blog de Laurent Chicoineau.

>> Illustrations : Damien Pollet (FlickR, licence CC), Nabil El-Haggar, Koen Cobbaert (FlickR, licence CC) et Knowtex

Cap sciences : un centre qui réconcilie culture, recherche et industrie

Invité au Forum territorial de la Culture scientifique et technique (CST) à la Cité des sciences et de l’Industire mardi 28 septembre, Bernard Alaux a pris la parole devant un public nombreux et concerné, composé d’une grande partie de ceux qui « font » la Culture scientifique et technique en France (1).

En évoquant les partenariats avec le monde économique et industriel – le thème de son intervention -, le directeur de Cap sciences a souligné qu’il existe beaucoup d’espaces de créativité en région et a rappelé l’intérêt du label « Science et culture – Innovation ». Lors de notre reportage à Cap sciences mi-septembre, nous avons eu l’occasion de voir cette créativité à l’œuvre et de rencontrer des acteurs du monde de la recherche et de l’industrie en Aquitaine. Interviews.

Pierre-Yves Saillant, ingénieur d’études au CNRS chargé de la communication et de la valorisation de l’Université Bordeaux 3

Que fait l’université (2) en termes de CST ?

Nous organisons pour la première fois un événement innovant : les Transverses 2010 en partenariat avec Cap sciences, la région Aquitaine et la Communauté urbaine de Bordeaux. Deux axes sont privilégiés : l’environnement, la nature et la ville d’une part, les hybridations, la mobilité et les identités plurielles d’autre part. Dans ce cadre, nous innovons en mettant la recherche en débat dans des séminaires qui réunissent chercheurs en sciences humaines et en sciences dures de plusieurs universités et… le public qui peut également intervenir.

Quel est le but de cet événement ?

Favoriser l’interdisciplinarité et la croisée des regards. Nous souhaitons montrer que la recherche se fait aussi dans l’université et qu’elle participe aux politiques publiques. Par exemple, la Communauté urbaine de Bordeaux fait appel à des chercheurs de Bordeaux 3 pour ses projets. Cela permet de valoriser les savoirs qui nourrissent le débat démocratique et montrer que les sciences humaines ont un sens et sont nécessaires à notre société.

Que représente Cap sciences pour vous ?

Une fenêtre sur l’extérieur ! Nous avons contractualisé un partenariat avec Cap sciences car il promeut la diffusion de la CST, la médiatisation de la recherche et aide les acteurs de la recherche (3). Ce partenariat nous engage dans une relation institutionnelle officielle avec le CCSTI. Il permet également d’entraîner l’adhésion du CNRS dans l’action de Cap sciences et sa promotion par l’université. Aucune structure de ce type n’existe à l’heure actuelle dans d’autres universités.

Exceptées les Transverses, qu’avez-vous accompli avec Cap sciences ?

J’ai participé à la toute première exposition de Cap sciences « Trace d’océan », aujourd’hui nommée « Aquitaine sortie des eaux ». En 2000, Cap sciences a soutenu financièrement  l’exposition « Du Nil à Rome » sur les représentations de l’architecture antique autour du programme de recherche « Iconic » mené au sein de l’Institut Ausonius de Bordeaux.

Il s’agissait de décrypter la « grammaire » de l’image antique pour en réinvestir l’analyse dans la production d’images en 3D, maquettes virtuelles d’édifices comme le Circus Maximus à Rome. En ce moment, nous réfléchissons à l’idée d’un kiosque des sciences pour faire connaître  aux étudiants de l’université, les ressources de la recherche française, à Bordeaux et dans la région. Cap Sciences serait un partenaire privilégié d’un projet novateur car aucune structure de ce type n’existe à l’heure actuelle dans d’autres universités.

Jean-Louis Bergey, responsable de la direction régionale Aquitaine de l’ADEME

Que représente Cap sciences pour l’ADEME ?

Cap sciences est un partenaire mais aussi un outil de communication intelligent. Les propositions d’exposition s’effectuent dans les deux sens et parfois donnent lieu à des collaborations intenses. L’une des grandes forces du CCSTI est de savoir allier des fondements scientifiques et l’approche pédagogique, quelque soit le public d’où notre décision de consulter le CCSTI pour l’exposition Consom’Attitudes.

Parlez-nous de cette exposition…

L’idée à été lancée suite au projet d’obligation d’étiquetage des aliments (nutrition et bilan carbone). Nous pensions réaliser un supermarché dans lequel les gens pouvaient venir et voir directement leur mode de consommation. Nous avions la volonté de montrer l’évolution de la consommation et son éventuel impact sur l’environnement et la santé. D’où la nécessité de définir des grands thèmes pour que les gens comprennent ce qu’est la consommation.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Il aura fallu deux ans de labeur entre l’idée et sa réalisation (bibliographie, tri, organisation des informations, mise en scène), le tout supervisé par deux commissaires. Le Conseil scientifique, organisé par Cap sciences, a entraîné des débats passionnés. C’était la première fois que des personnes d’horizons si variés (sociologues, économistes, scientifiques…) étaient réunies autour d’une table sur ce sujet. Après moult discussions, ils ont défini le message général et l’objectif, modeste : faire de la sensibilisation car les gens ne sont pas prêts à consommer moins et mieux. L’exposition traite d’un sujet difficile car en émergence, à la différence du climat qui est un sujet « porteur ».

Qu’est-ce qui différencie cette exposition ?

C’est la première en France à avoir un fond scientifique si important tout en étant destinée au grand public. L’ADEME et Cap sciences ont eu une approche à la fois scientifique et militante : inciter les consommateurs à changer leur pratique de consommation. Mais un grand travail est effectué pour que le fond scientifique soit extrêmement solide et important. C’est une énorme valeur ajoutée de la part de Cap sciences.

Avez-vous participé au projet Clim’Way ?

Je suis arrivé à ce poste il y a 3 ans pour l’inauguration de Clim’Way. L’exposition tombait justement au moment du développement de la communication de l’Ademe autour du climat. L’idée était très intéressante car c’était la première fois qu’il y avait une création d’un jeu de rôle avec une base scientifique. Pour les prochains mois, nous avons de nombreuses idées, encore dans les tiroirs pour l’instant. Il s’agirait entre autres de rencontres entre des lycéens et des chercheurs avec la participation des différents acteurs du territoire, le tout avec une réflexion politique.

Antoine AUGÉ, délégué de la Fondation GDF Suez Aquitaine

Pouvez-vous dresser un rapide portrait de GDF Suez en Aquitaine ?

Le groupe compte près de 6000 salariés et dégage 1,5 milliards de chiffre d’affaire dont la moitié dans le public. Sa politique de communication est fondée sur l’intégration et l’aide économique au territoire, d’où le soutien aux initiatives locales (sport, sciences…) et aux événements nationaux (Nicolas Vannier, Jean-Louis Etienne).

Que représente Cap sciences pour GDF Suez ?

Nous faisons partie du « Cercle de Cap sciences » créé cette année pour faire entrer Cap sciences dans le tissu économique régional. Il s’agit du collège des entreprises qui soutiennent le CCSTI. J’en profite pour ajouter qu’il est bien que Cap sciences soit dirigé de manière alternée par quelqu’un du monde de la recherche et de l’industrie. Cela donne une synergie entre la culture et l’économie.

Pourquoi soutenir Cap sciences ?

Je vais être franc avec vous : pour l’image. Nous souhaitons nous engager sur des projets au long court et la science a une image positive. Nous ne connaissons pas la part de Cap sciences dans notre notoriété mais nous savons ce que ça nous coûterai si nous ne soutenions pas le CCSTI.

Quels projets avez-vous mené en commun ?

Clim’Way est né peu après la visite des membres du CCSTI à l’exposition Climax à la Cité des sciences que GDF a créé vers 2004. Cela a mené au serious game que vous connaissez. En ce moment, nous avons proposé à Cap sciences de travailler sur l’avenir de la ville et la culture urbaine pour une exposition sur 300 m².

Notes

  1. Membres de CCSTI, musées, muséums, associations, élus locaux, organismes de recherche, universités, entreprises, pôles de compétitivité
  2. L’Université de Bordeaux compte 60 000 étudiants, 3000 enseignants chercheurs et 3000 doctorants soit 10% de l’agglomération bordelaise, selon Hélène Jacquet, chargée de la stratégie et des grands projets, pôle de recherche et d’enseignement supérieur de Bordeaux
  3. L’université est administratrice du CCSTI. Ses actions : diffusion de l’activité de recherche, participation des acteurs aux productions de Cap sciences, ingénierie de la diffusion de la CST dans le cadre des appels nationaux et européens, diffusion au niveau de l’éducation et initiation à la médiation.

>> Article écrit avec Gayané Adourian.

Il s’agissait de décrypter la « grammaire » de l’image antique pour en réinvestir l’analyse dans la production d’images en 3D, maquettes virtuelles d’édifices comme le Circus Maximus à Rome.

En ce moment, nous réfléchissons à l’idée d’un kiosque des sciences pour faire connaître aux étudiants de l’université, les ressources de la recherche française, à Bordeaux et dans la région. Cap Sciences serait un partenaire privilégié d’un projet novateur car aucune structure de ce type n’existe à l’heure actuelle dans d’autres universités.