A quoi servent les dinosaures ?

Il suffit de pas grand-chose pour être déstabilisé… Ainsi, la simple question d’une femme qui assiste à une conférence d’Eric Buffetaut, paléontologue et directeur de recherche au CNRS : « Mais, Monsieur, à quoi cela sert, ce que vous faites ? ». Peu satisfait de sa réponse ce jour-là (aspect culturel de la paléontologie, rôle dans l’accroissement des connaissances humaines…), le chercheur décide d’écrire un livre (1) pour répondre à cette curieuse… et à tous les autres.

Est-il besoin de le rappeler ? Si les derniers dinosaures qui ne sont pas devenus des oiseaux ont disparu il y a 66 millions d’années (et pas 65 !), ils sont aujourd’hui omniprésents dans la culture populaire. Et ça ne date pas de 1993 avec le film Jurassic Park. L’auteur se souvient très bien de ses livres des années 1950 qui regorgeaient de ces terribles lézards (2). Pourtant, avant la création du terme « dinosaure » il n’y a pas si longtemps (1842), ces fabuleuses bêtes étaient tout simplement inconnues !

Selon Eric Buffetaut, la paléontologie – une discipline qui a pris corps au tournant des 18ème et 19ème siècles avec la géologie – a permis de révéler les faunes et flores disparues et surtout de combattre les croyances qui prenaient les dents de requins fossiles pour des langues de serpent pétrifiées ou les ammonites pour des serpents transformés en pierre. En clair, la paléontologie ne se limite pas à quelques os de dinos poussiéreux ; elle a des messages à transmettre sur notre place dans l’univers !

A chaque chapitre, l’auteur nous emmène avec lui dans un voyage de plusieurs siècles (pour les sciences) et de plusieurs milliards d’années (pour leurs sujets d’étude) et aborde avec simplicité la méthode de datation radiométrique, la théorie de l’évolution, la disparition des espèces, la « valse des géographies et des climats » (oui, il y avait des dinosaures « polaires » vivant en Alaska)… « Ce n’est pas le moindre des paradoxes que cette science du pétrifié et du fossile soit avant tout celle qui souligne le changement » indique le journaliste Pierre Barthélémy (3). Un changement qui prend sens alors qu’on entend parler en permanence des dangers du changement climatique. Qu’on le veuille ou non, nous prévient l’auteur, le climat change et l’aspiration à la stabilité, à long terme, est vaine.

Au delà de cette réflexion profonde sur le changement et notre place sur Terre, j’ai bien apprécié la description de Paris à travers les âges : tour à tour steppe froide peuplée de mammouths, rhinocéros laineux et hommes de Néandertal (50 000 ans), lagunes au climat sec où gambadent le Palaeotherium (ancêtre du cheval) et l’Adapis, un primate (35 millions d’années, Ma), mer chaude qui abrite des requins et des mollusques (45 Ma), forêt tropicale avec ses tortues, crocodiles, et l’oiseau géant Gastornis (55 Ma) et enfin mer assez chaude où les mosasaures, reptiles marins contemporains des dinosaures, terrorisent leurs voisins aquatiques (75 Ma).

Un autre passage qui fixe bien les idées figure dans le chapitre « Les abysses du temps ». Eric Buffetaut nous rappelle différentes estimations de l’âge de la Terre : environ 4004 avant J.C. si on se fie aux créationnistes (je ne vous le conseille pas), 75 000 ans selon Buffon et enfin plus récemment (et toujours d’actualité), 4,5 milliards d’années. Si on ramène cette durée à une année, cela donnerait : création de la Terre le 1er janvier à minuit, premières traces d’êtres vivants le 18 février, fossiles en abondance le 15 novembre, apparition des premiers dinosaures et mammifères le 12 décembre, météorite à l’origine de la disparition des dinosaures le 26 décembre (joyeux Noël !), apparition du genre Homo le 31 décembre à 20h et début de l’ère chrétienne le 31 décembre à 23h59min45sec !

Ce nouveau livre sur le sujet de prédilection du chercheur (4) et de beaucoup (de grands) enfants est un bon moyen d’aborder la paléontologie mais aussi la géologie, leur histoire et leur technique. Il vient en partie combler l’absence d’ouvrages de vulgarisation pour adultes sur la paléontologie, même si on regrette sa petite taille et le manque de bibliographie…

>> Notes :

  1. Références : A quoi servent les dinosaures ? Eric Buffetaut, Manifestes, Editions Le Pommier, 2013, 90p., 12€
  2. Selon Eric Buffetaut, le cinéma et la télévision, en présentant les paléontologues comme des baroudeurs « chassant » les dinosaures, ont fait du tort à cette science. Il souligne les travaux de ses collègues qui s’intéressent à des organismes moins spectaculaires
  3. Lire la chronique de Pierre Barthélémy (@PasseurSciences) dans sa sélection de livres du 18 décembre 2013
  4. Eric Buffetaut a récemment écrit « La Fin des dinosaures : comment les grandes extinctions ont façonné le monde vivant » (Fayard), « Les Dinosaures » (Editions du Cavalier Bleu), « Les dinosaures sont-ils un échec de l’évolution ? » (Editions LePommier), « Que nous racontent les fossiles ? » (Le Pommier)
>> Lire aussi :
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Live-tweet d’un livre : première expérience avec #Trex

Avec ses mini-messages de 140 caractères, Twitter n’aurait pas déplu à l’Oulipo. Beaucoup de membres tirent profit des limites de cette plateforme afin de créer des tweets poétiques (comme les Twhaïkus), littéraires ou artistiques.

Loin de prétendre faire la même chose mais inspirée par l’expérience de Marine Soichot (lire son article ici), j’ai souhaité de mon côté tester un autre usage de Twitter : le live-tweet de la lecture d’un livre.

J’avoue que mes intentions premières étaient bien moins nobles que vous ne pouvez le penser. A l’origine, je souhaitais rédiger un compte-rendu « classique » de la lecture du livre « T. rex – Tyrannosaurus et les mondes perdus » de Jean Le Loeuff. Mais étant donné que j’écris toute la journée dans le cadre de mon travail, je savais avant même de commencer que ce compte-rendu aurait terminé dans les limbes des brouillons de ce blog. En revanche, accompagner ma lecture de quelques tweets par-ci par-là me demandait – à première vue – moins d’investissement.

J’ai donc lu ce livre tout en tweetant des phrases rigolotes ou inspirantes ainsi que les commentaires qui me venaient en tête. Et ce live-tweet s’est avéré bien plus riche que je ne m’y attendais. Voici quelques points positifs et négatifs :

Points positifs

  • L’exercice stimule l’esprit de synthèse. Il est très mal vu de spammer tous ses followers en tweetant 50 fois d’affilée sur un sujet donné. Dans tous les cas, j’ai utilisé le hashtag #Trex : les personnes intéressées ont pu suivre le LT et les autres ont évité ces tweets précis (ça ne m’a pas empêché de perdre quelques followers dans la bataille mais tant pis, ils n’aiment pas les dinos…)
  • Le contenu des chapitres est bien mieux mis en valeur qu’avec un compte-rendu classique où on passe souvent outre de grandes parties du livre. En revanche, mon avis général sur le livre est sans doute resté plus discret car j’ai peu tweeté sur ce que j’en pensais. A améliorer pour les prochains !
  • Énorme point positif : la participation des twittos et les discussions lancées. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur de nombreuses personnes curieuses et bavardes – ainsi que sur l’auteur du livre (!) – qui n’ont pas hésité à lancer la conversation, préciser / compléter des infos, renvoyer vers des références. Cette activité a réellement « augmenté » la lecture de mon livre (j’espère l’avoir montré dans le Storify)
  • Un compte-rendu de livre en tweets, photos et vidéos, c’est quand même plus sympa ! De plus, ce livre est idéal pour un LT : pas trop long, facile à lire, un sujet (les dinosaures) qui intéresse les twittos… Pas sûre que tout le monde réagisse bien à mon futur LT du livre du mathématicien Cédric Villani ;)
  • Bon, et au final, la raison première de ce live-tweet (« gagner du temps ») n’a pas du tout été respectée. Je pense que j’ai passé plus de temps à tweeter, construire le Storify et alimenter la discussion. Mais comme ça m’a beaucoup plus, je laisse ce point dans les positifs !

Points négatifs

  • Lire et tweeter en même temps, ce n’est ni facile ni agréable. J’ai testé une fois entre midi et deux en mangeant et avec le téléphone portable : à oublier ! En général, j’ai lu un ou deux chapitre à côté d’un ordinateur afin de pouvoir tweeter et construire le Storify en même temps (ça évite d’aller chercher tous les tweets après coup mais exit la lecture tranquille dans le lit)
  • La lecture étant hachée (je ne souhaitais pas tout lire et spammer tout le monde en deux jours) je n’ai pas totalement profité de l’expérience. Il y a sans doute un juste milieu à trouver (tweeter moins par ex. un ou deux tweets par chapitre)
  • Mon hashtag n’était pas bien choisi. Il était court (bien) mais trop utilisé (pas bien). Du coup, je ne sais pas vraiment si les personnes intéressées ont bien pu suivre via le hashtag… De plus, beaucoup d’entre elles ne l’ont pas utilisé lorsqu’elles me parlaient du livre

Les questions autour du droit au live-tweet de livre

Plus rapide que son ombre, Nicolas Loubet a réagit à mon live-tweet en sollicitant des spécialistes du droit et de l’édition afin de savoir tout bêtement si l’exercice était autorisé. Voici le Storify des échanges à ce sujet. Dans mon cas, il faut dire que l’auteur, présent sur Twitter, est plutôt bienveillant. Il a accepté ce live-tweet et y a même pris part ! Une attitude qui a sans doute fait mouche car deux ou trois personnes m’ont indiqué vouloir acheter le livre suite à ce LT !

Avant de vous laisser à la lecture de ce compte-rendu, je souhaitais faire un grand merci à toutes les personnes qui ont participé à ce live-tweet et à Gayané Adourian qui m’a inspiré ce billet :) Et voici donc la bête (le chargement du Storify prend un peu de temps) :