André Giordan et Francine Pellaud : la didactique dans la peau

Dans un précédent article, André Giordan présentait les anciennes éditions des Journées internationales de l’Enseignement scientifique (JIES). Un focus s’impose sur le Laboratoire de Didactique et d’Épistémologie des Sciences (LDES) de l’Université de Genève qu’il a fondé en 1980 ainsi que sur le parcours de Francine Pellaud, qui fut longtemps son assistante.

André Giordan se balade à Chamonix comme chez lui. Entre une conférence au Chalet des Aiguilles et une « plénière » à l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA), il prend le temps de répondre à nos questions. Pour la première fois depuis qu’il a lancé les Journées Internationales sur l’Éducation Scientifique il y a 32 ans, André Giordan peut enfin souffler, lui qui vient de passer le témoin aux membres du groupe Traces (voir notre article).

Un thé à la main, il évoque en quelques mots bien sentis son parcours : « J’étais un cancre dans ma jeunesse et j’ai échoué au concours d’entrée à la SNCF. Mais j’ai finalement continué mes études ». Elle le mèneront dans un premier temps à l’agrégation de biologie, avec une spécialité de physiologie. Il débute sa carrière d’enseignant en 1971 à Villeneuve-la-Garenne, en banlieue parisienne.

Là-bas, il détonne : « il monte un club des sciences, organise un bal pour récupérer de l’argent sans en avoir demandé l’autorisation, se fait remonter les bretelles par un inspecteur qui lui reproche de n’appliquer ni le programme, ni la méthode » apprend-on dans un article de la Banque des Savoirs (1). Pas si fermé, ce même inspecteur l’oriente vers l’Institut national de recherche pédagogique. En parallèle de sa thèse en didactique des sciences, André Giordan enseigne au lycée Carnot, à Paris.

« Le problème de la didactique, c’est qu’on réinvente sans arrêt la roue »

Là-bas, il accepte la présence d’une d’équipe de psychologues qui observent ses élèves et ses cours pendant trois mois. C’est en discutant avec eux que lui vient l’idée des JIES : « réunir les gens qui ont un point de vue différent sur un même thème, en changeant de thème tous les ans pour ouvrir le champ ou faire le point ». Ces journées auraient du se tenir à Rouen mais une grève d’étudiants les a finalement déplacées à Chamonix, où elles sont aujourd’hui bien implantées.

Hyperactif, André Giordan fonde également le Laboratoire de Didactique et d’Épistémologie des Sciences (LDES) à Genève en 1980 avec une idée en tête. « Le problème de la didactique, comme beaucoup de disciplines, est le manque d’histoire, de recension des travaux : on réinvente sans arrêt la roue chacun de son côté ». Après des débuts qu’il qualifie de « bricolage très descriptif », le laboratoire s’organise et lance des programmes de recherche  en didactique et pédagogie pour mettre au jour des innovations pédagogiques, recueillir des témoignages et tenter des expérimentations.

« Le but premier de ce laboratoire était de comprendre comment transmettre les sciences, précise le professeur, aujourd’hui, c’est plutôt d’étudier la manière dont les gens s’approprient les sciences ». Il décrit le LDES comme un « lieu de recherche, de formation et de médiation directe ». En effet, en plus de ses recherches, l’équipe est active dans la conception de documents didactiques, de films, d’émissions de télévision ou d’expositions (2). « Si la vocation première du laboratoire est la recherche, le but est tout de même la mise en application ». Giordan se qualifie d’ailleurs de praticien avant tout.

Un passeur généreux

En effet, ses activités d’auteur/éditeur (une trentaine de livres et des articles de vulgarisation à son actif) ou de consultant (pour l’Union européenne et de nombreuses institutions et entreprises internationales) ne l’empêchent pas d’animer des classes ou des clubs de jeunes. S’il est peu connu en France, André Giordan est célèbre au niveau international et intervient dans de nombreux congrès sur l’éducation.

Plus que ses productions, c’est son style que soulignent tous ceux qui l’ont approché. « Le LDES ne serait pas ce qu’il est sans André Giordan » estime Anne Fauche, membre du laboratoire. Au détour d’un témoignage sur ses pratiques où l’improvisation tient une grande place, l’enseignante nous raconte Giordan et ses méthodes : « Il favorise avant tout la créativité des membres du laboratoire, en leur épargnant les lourdeurs administratives. Nous n’avons pas de réunion au sens formel du terme au LDES. Chaque mardi, nous déjeunons et prenons le thé ensemble dans la grande salle du laboratoire et nous échangeons pendant une heure autour des thèmes qui nous intéressent ». Ambiance détendue voire même familiale.

Le modèle de l’apprentissage allostérique

Très discret, s’effaçant au profit de ses collaborateurs, André Giordan parlera peu de ses recherches, pourtant ambitieuses. C’est par le biais de ses doctorants qu’il évoque son modèle sur « l’apprentissage allostérique », par analogie avec « ces molécules enzymatiques, fondamentales pour la vie, [qui] changent de forme, et donc de fonction, suivant les conditions de l’environnement dans lequel elles se trouvent » lit-on sur le site du LDES.

« Il existe de nombreux modèles d’apprentissage, qui ne s’excluent pas les uns des autres. Mais quand on doit passer de la nutrition des plantes à la notion de photosynthèse, on change carrément de cadre de pensée ». C’est là que le modèle allostérique trouve sa place, technique qui déconstruit les savoirs préalables et place les apprenants dans un véritable « environnement didactique » (3) où les idées/notions sont interconnectées entre elles (et non plus linéaires). Ses recherches actuelles ont trait aux « soubassements de la pensée, à l’implicite, à la façon de raisonner », pour sortir des dichotomies bon / mauvais, nature / culture… Vaste programme.

De l’enseignement à la didactique en passant par… la guitare basse

Autre visage, mais toujours le même sourire bienveillant, celui de Francine Pellaud, aux cheveux longs et aux yeux rieurs. Si André Giordan incarne la philosophie du laboratoire, Francine, qui l’a accompagné pendant une quinzaine d’années, est à l’origine des travaux sur l’éducation à l’environnement et au développement durable. Auteur d’un tout récent livre de synthèse sur le sujet, fondatrice des Atomes Crochus et du groupe Traces, Francine semble ne pas se rendre compte de son aura, elle qui a modestement débuté en tant que « maîtresse d’école enfantine », l’équivalent suisse de notre maternelle.

« J’ai enseigné pendant huit ans tout en accueillant de futurs enseignants dans mes classes. Ensuite, j’ai arrêté ce métier pour reprendre mes études ». Elle s’inscrit à l’université tout en gagnant sa vie avec des petits boulots : « j’ai été aide-géologue, monitrice de bateau à voile, joueuse de guitare basse, vendeuse de marrons à la criée, barmaid, palefrenière-écuyère, j’ai même posé pour un cours de dessin académique… » liste-t-elle avec humour. Ces expériences lui apporteront une ouverture d’esprit « absente chez certaines enseignants qui passent d’un côté du pupitre à l’autre sans vraiment connaître les réalités du monde professionnel ».

Théâtre, environnement et atomes crochus

La rencontre avec André Giordan ressemble alors à un « coup de foudre » intellectuel. La première année, il lui propose des collaborations avec le LDES qui collent avec son expérience des jeunes enfants. Francine concevra un petit théâtre sur le thème du tri des déchets nommé « Papolu », qui circule toujours dans les écoles grâce aux Atomes Crochus. Mieux : Giordan lui propose de présenter son théâtre au grand congrès international BioEd devant de nombreux chercheurs. « Cette expérience d’immersion totale a été mon déclencheur » affirme Francine.

Décidément, Giordan sait détecter et accompagner les talents. « C’est quelqu’un qui sait percevoir le potentiel des gens, indique Francine, il leur laisse l’opportunité de s’investir dans ce qui les intéresse, sans rien imposer ». Sur sa lancée, la jeune femme participera à l’organisation des JIES, d’universités d’été et elle testera ses idées dans les classes avec la bienveillance d’enseignants intéressés par ses méthodes créatives. Avec malice, elle s’étonne : « Moi qui suis une handicapée des sciences et des maths, je me suis retrouvée dans un laboratoire de didactique des sciences ! ». De son incapacité à apprendre les matières scientifiques de manière traditionnelle, elle fera une force : « j’ai développé des manières différentes de les approcher », notamment avec Richard-Emmanuel Eastes, son compagnon.

Après une brève période en tant qu’inspectrice scolaire, puis à nouveau enseignante au collège, Francine vient tout juste d’être nommée professeur de didactique des sciences et d’éducation au développement durable à la Haute école pédagogique de Fribourg, un poste taillé sur mesure. Francine est visiblement heureuse d’intégrer une « bonne équipe, avec le même état d’esprit que le LDES ». Fille spirituelle d’André Giordan, elle ne manquera pas d’essaimer les idées du maître, avec sa propre touche de créativité.

Notes

  1. « André Giordan, militant de l’enseignement des sciences« , Banque des Savoirs, sept. 2007
  2. Par exemple, André Giordan a conçu la muséographie de l’exposition « Méditerranée » au Musée océanographique de Monaco
  3. Pour une explication plus complète du « modèle allostérique » développé par André Giordan et repris par les anglo-saxons : « Le laboratoire de didactique des sciences fête ses 30 ans », le Journal de l’UNIGE n°42

Pour aller plus loin

>> Illustrations : Knowtex, Stéfan, Môsieur J., elo vazquez, Knowtex, Groupe Traces (Flickr, licence CC)

Pierre Barthélémy, journaliste en décalage

Sur le point de déménager à Cognac (Charente) avec femme et enfants, le journaliste Pierre Barthélémy a accepté de nous parler de lui dans un café, entre ses articles, son blog Globule et Télescope et un projet de livre.

A 43 ans, journaliste depuis 1990 et indépendant depuis peu, Pierre Barthélémy a eu plusieurs vies, qu’il raconte avec franchise et humour. Comme certains (beaucoup de ?) journalistes, le jeune Pierre a longtemps été indécis quant à son futur métier. « Je savais seulement que je voulais écrire, que j’étais « doué » pour ça ».

Pendant son adolescence, dans les années 1980, il était en contact avec Alain Rollat, journaliste politique au Monde, ami de la famille. « Cet homme me fascinait. C’était passionnant de voir vivre de l’intérieur un grand journal, celui que mon père lisait ». Il faut croire que cette figure marqua profondément le jeune homme car après avoir préparé « Normale Sup » en histoire-géo, Pierre Barthélémy s’est orienté vers le journalisme.

« Journaliste, c’est un peu comme prof : raconter des histoires dans un but pédagogique. » Il passe par le Centre de formation des journalistes (CFJ) et un stage au Monde avant de débuter sa carrière à 22 ans dans un magazine de course automobile puis au Nouvel Économiste. Un an plus tard, le grand quotidien national le rappelle, et c’est le début d’une aventure qui va durer 17 ans.

L’aventure autour du Monde

Pierre Barthélémy a choisi de rentrer « par la voie la plus simple et la plus rapide », le secrétariat de rédaction qu’il pratiquera pendant cinq ans. Après cette période, le journal lui propose un choix entre suivre depuis Paris l’actualité de l’Amérique ou bien entrer dans le service Sciences, une thématique « pour laquelle j’ai une curiosité naturelle depuis que je suis jeune ». Le journaliste optera pour le deuxième poste, qui lui fera réapprendre son métier : « Le service Sciences n’est jamais vraiment sous le feu de l’actu… sauf bien sûr quand un tsunami dévaste une centrale nucléaire ».

Voguant d’un sujet à l’autre, il ne se spécialisera pas trop, traitant aussi bien l’astronomie dans une chronique hebdomadaire pendant 7 ans, que l’archéologie, « un secteur en friche au Monde à ce moment ». Tout comme son alter ego à Libération, Sylvestre Huet, il profitera de la naissance de l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) pour évoquer les fouilles d’urgences sur les chantiers, « souvent remises en cause par les collectivités locales qui préfèreraient ne pas savoir ce qu’il y a sous terre », mais évoquera aussi celles, plus calmes (quoique) en Égypte et en Turquie lors de reportages sur place. Mais par-dessus tout, son « grand truc », c’est la science polaire. « Personne ne s’y intéressait depuis des années, mais je trouvais ça exotique, si je puis dire ». Pierre ira en reportage en Antarctique, au Pôle Nord et au Spitzberg.

Entre hebdo et quotidien

Au tournant du 21e siècle, « il y a 10 000 ans, plaisante-t-il, c’étaient les débuts d’internet pour le grand public ». Le journaliste a tenté de ne pas se noyer dans la vague de l’actualité, comme ont parfois tendance à faire ses confrères connectés. Pierre Barthélémy revendique une originalité dans le choix de ses sujets, « hors des sentiers battus », et une distance dans la manière de les traiter. Cette philosophie le mènera aux États-Unis à la rencontre d’un prisonnier condamné à la prison à perpétuité qui jouait des centaines de parties d’échecs par correspondance. Il profitera de son voyage pour visiter la Ferme des corps, « un lieu où on étudie la décomposition des corps, avec de vrais cadavres d’humains, pas des cochons ».

Original, oui, mais aussi humble, lui qui tiendra bénévolement pendant un peu plus de 4 mois un blog sur les échecs : « Cases Blanches, Cases Noires » qui migrera sur « Echecs Infos » (1). Un passage au Monde 2 (qui deviendra Le Monde Magazine) lui permet de découvrir encore un autre rythme « peut-être trop lent pour moi » et de se poser des questions sur le traitement des sciences dans un magazine. Dans ce cadre, il fera le portrait de Jill Tarter, astronome du SETI Institute, qu’il rencontre au radiotélescope d’Arecibo. « C’est cette femme qui a servi de modèle à Carl Sagan pour l’écriture de son livre Contact » et qui sera jouée par Jodie Foster dans le film éponyme. En France, il rencontrera l’auteure Fred Vargas, également archéozoologue. « J’ai tenté de faire à la fois un portrait et une analyse de son œuvre, car elle met beaucoup en scène des contenus scientifiques et des animaux ».

Des sciences à la planète

En 2005, il quitte Le Monde 2 pour la direction du service Sciences du Monde. « La précédente formule avait duré 10 ans, ce qui est long pour un journal ». Il propose à Eric Fottorino, alors directeur de la rédaction, de regrouper les journalistes scientifiques, médicaux et une partie des journalistes environnementaux sous une même casquette. « A l’époque, j’ai senti la montée de la prise de conscience environnementale, notamment dans les publications primaires. La responsabilité de l’homme était de plus en plus mise en cause, contrairement à ce que l’on pouvait encore penser pendant la deuxième moitié des années 1990 ». Selon lui, il était encore difficile de parler d’environnement avant le troisième rapport du GIEC en 2001.

Mais lors de sa prise de fonction en 2005, « nous avions atteint une masse critique de dix personnes qui permettait d’assurer deux pages par jour. L’idée des pages Planète est née à ce moment-là ». Pour Pierre Barthélémy, le but n’était pas d’évoquer le réchauffement climatique à longueur d’articles mais plutôt de faire prendre conscience de la finitude de notre biosphère, du caractère caduque des notions de frontière : « Les nuages radioactifs, la pollution, les migrants se moquent des frontières. Les effets de la mondialisation se voient dans l’écosystème global : l’accès aux ressources, aux terres arables, à la pêche, à l’énergie… ». Deux années plus tard, Pierre arrive enfin à imposer les pages Planète… et tournera la sienne.

Une nouvelle vie à la pige

Un court épisode à la rédaction en chef de Science et Vie plus tard, et il redécouvre la vie précaire de journaliste pigiste. Attentif aux tendances, il remarque que « les journalistes généralistes des grands média n’ont aucune culture scientifique, notamment en France. Du coup, le système médiatique met de côté, volontairement ou pas, l’importance de la culture scientifique et de l’environnement dans la société ». Reprenant l’exemple de la centrale nucléaire de Fukushima, il poursuit : « Quand une centrale a de graves problèmes, on est content de savoir comment ce monde fonctionne, quelles sont les réalités physiques, terrestres, du secteur de l’énergie, les ressources, les rendements, les besoins… ».

Selon lui, seuls les médias sur le web ont envie – et n’ont pas peur – d’évoquer ces sujets sous l’angle scientifique et technique. En partie pour des raisons de goût des jeunes journalistes web, mais aussi parce que les média se sont rendus compte que les pages scientifiques figurent parmi les plus visitées. Il propose alors un projet de blog de sciences aux sites du Monde et du Figaro. C’est finalement Slate qui acceptera d’héberger son blog « Globule et Télescope ». Une nouvelle aventure éditoriale qui signe son ancrage dans le monde des indépendants, tout comme Denis Delbecq avec Effets de terre.

Fidèle à lui-même, il traite sur son blog des sujets de manière décalée, ce qui lui joue parfois des tours. Ainsi, en plus de trois questions-que-personne-ne posait sur les tsunamis (peut-on en avoir dans l’Atlantique, peut-on le déclencher avec une bombe et peut-on le stopper), Pierre souhaitait évoquer la situation japonaise de manière détournée. « J’ai écrit l’article « Nous sommes tous radioactifs » avec une forte dose de second degré, pour montrer à quel point les média étaient entrés dans la psychose. J’ai balancé les chiffres de la radioactivité intrinsèque du corps humain comme un « crétin » de journaliste qui n’aurait rien compris. En creux, j’incitais les gens à s’informer et ne pas faire confiance aux marchands de peur. Mais certains lecteurs m’ont accusé de faire partie du lobby du nucléaire, de minimiser la situation. Heureusement, beaucoup d’autres ont bien rigolé ». Le 3 avril dernier, Pierre signait le 124ème billet de son blog, second au classement Wikio et dont les pages ont été visitées un million de fois.

L’avenir, forcément ambitieux

En filigrane de cette rencontre, Pierre évoquera tour à tour la place de l’expertise scientifique dans les média, celle des blogueurs de sciences, des journalistes scientifiques et la crise de la presse. Selon lui, les journaux papier se rétractent actuellement sur leur cœur de cible sans comprendre que leur salut est dans l’innovation. A l’inverse, « les sites internet prennent des risques. Dans ce monde, si tu n’es pas dans le coup, tu meurs. J’aimerais que cette mentalité percole dans le papier et qu’on arrive à faire la soudure entre web et papier, à l’instar des agriculteurs du Moyen-âge qui faisaient la soudure entre les récoltes de deux années pour pouvoir survivre ».

Revenant vers ses thématiques, il ajoute que « l’intérêt des gens pour la chose scientifique n’est pas rassasié : pour preuve les magazines de vulgarisation type Science & Vie, Sciences et Avenir qui ont toujours leurs lecteurs, ainsi que le lancement récent d’une mini-plateforme de blogs scientifiques au Guardian ». Dans le futur, Pierre ne cache pas son envie d’être partie prenante d’un tel projet en France. « Il y a toujours de la place pour de l’info scientifique de qualité, construite autour de journalistes et de chercheurs-blogueurs », glisse-t-il avant de partir terminer son prochain billet de blog.

Note

  1. A ce sujet, lire une interview de Pierre Barthélémy plus orientée « échecs » sur le site « Echecs Mag »

>> Illustrations : portrait par Pierre Barthélémy puis images FlickR, licence CC : StormPetrel1, NASA Goddard photo and video, Ryan Somma, Robert van der Steeg

Lyon s’ouvre à l’Europe sur des projets science et société

Pour structurer son action locale et régionale, le Service Science et Société de l’Université de Lyon parie sur son expérience européenne. En choisissant de s’impliquer dans un réseau d’acteurs européens via plusieurs projets, « nous découvrons des exemples que nous pouvons adapter à notre territoire » indique Béatrice Korc, la directrice du service. « Cette ouverture nous apporte beaucoup pour comprendre différentes cultures et expérimenter des dispositifs, renchérit son adjointe Isabelle Bonardi, le fait de travailler au niveau européen nous donne une vision différente du local »

Ainsi, au sein du dispositif CASC (voir description en bas de l’article), le service a installé et animé l’exposition Sismo tour sur les séismes et tsunamis (créée par le Palais de la Découverte) pendant une semaine à la galerie commerciale Auchan à Saint-Priest (banlieue de Lyon). Si les résultats de la fréquentation sont inférieurs à ce qu’on aurait pu imaginer (500 personnes environ sur quatre jours ont pris le temps de discuter avec les médiateurs), le directeur de la galerie commerciale a apprécié ce travail et l’équipe souhaiterait y réitérer l’expérience et l’étendre au centre commercial de La Part-Dieu au centre de Lyon.

Autre exemple, le projet Urbanbees pour lequel le service intervient sur la dimension culturelle. « Nous avons créé une exposition sur la question du lien, de la place de la nature et du sauvage en ville (voir le portrait de Pauline Lachappelle). Cette exposition circulera sur l’agglomération lyonnaise puis dans 60 structures régionales comme des établissements scolaires et des collectivités territoriales, pendant 4 ans ».

Le service profitera de ce projet pour lancer des démarches participatives, sa spécialité : observation de pollinisateurs sur les sites, de milieux d’accueil, réflexion-débat sur le rapport à la nature et aux insectes, construction de nichoirs qui intègreront des témoignages d’habitants. « Nous souhaitons également confier à un ethno-anthropologiste une étude sur l’évolution de la perception qu’ont les urbains des insectes et du retour en ville de cette nature sauvage ».

L’implication européenne n’allait pourtant pas de soi dans une équipe déjà très occupée par les projets locaux et ne maîtrisant pas parfaitement la langue de Shakespeare. « Si l’Europe apporte les budgets de base, l’équipe doit être à même de trouver les budgets complémentaires. Concernant la langue, nous avons compensé cette faiblesse en composant des tandems » précise Béatrice.

Et le résultat est là : des jeunes femmes motivées, curieuses, qui voyagent en Europe et rapportent dans leurs valises des exemples de médiation « science et société ». « Nous avons visité une exposition sur les grands sujets de société à la Casa de las Ciencias, à la Corogne dans la pointe Nord-Ouest de l’Espagne, se souvient Isabelle, nous y avons eu des échanges fructueux sur la façon de faire de la médiation. Les espagnols proposent beaucoup et laissent les visiteurs libres. En France, on prête encore trop d’importance au contenu et pas assez à la médiation… »

Quant à la logique de fonctionnement de ces projets, Isabelle explique : « soit on est débutant, comme pour nous en ce qui concerne les Boutiques de sciences, et les réunions nous permettent d’appréhender les dimensions multiples des thématiques en jeu, soit on a déjà développé une plus grande expertise, par exemple avec les Cafés de sciences et on assure un rôle de synthèse des expériences ».

En effet, le service a contribué à créer des outils et rassembler des données dans un guideline sur la manière dont les cafés travaillent, leur potentiel, leurs besoins. Pour ce faire, il s’est appuyé sur deux enquêtes : l’une proposée à l’ensemble des organisateurs de Cafés d’Europe et l’autre à des focus groups dans chaque pays (1), composés de différentes structures qui souhaitent se lancer ou ont déjà expérience et faire ressortir leurs connaissances. « L’année prochaine, nous aimerions commencer à développer des activités pour les jeunes publics centrées sur la mise en débat de sujets en lien avec la science et les technologies. Les cafés des sciences junior sont un outil possible, mais pas le seul et nous allons tenter différentes expériences de médiation » prévoit Béatrice Korc.

La directrice est soucieuse que les activités de son service participent autant que possible à une évolution des pratiques et des mentalités : « la France est en retard sur les questions de débat démocratique. Il faut commencer avec les enfants, comme cela se pratique dans les pays du Nord de l’Europe, pour créer une culture démocratique réellement participative, avec des citoyens capables de débattre sans se « taper dessus », comme c’est trop souvent le cas ici ».

Le projet PERARES (engagement de la société civile dans la recherche) « nous permet de bénéficier de l’expérience des universités qui mettent déjà en oeuvre des dispositifs appelés « Boutiques des sciences » créés pour faciliter l’accès de la société civile à la recherche. Forts de ces échanges, nous allons développer un modèle spécifique, adapté aux enjeux de notre structure et du territoire dans lequel elle s’inscrit. Nous souhaiterions travailler avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire par exemple, qui n’ont pas facilement accès à la recherche par insuffisance de financements, souligne Béatrice Korc. Nous devrons faire émerger le besoin de recherche, le traduire et identifier les laboratoires susceptibles d’y répondre ».

Les projets

CASC : Cities And Science Communication

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » de la partie « capacités » du Programme-cadre de recherche et développement technologique (PCRD7) (2)

Sites internet : officiel et action du service

Participants : 17 villes dont le leader Birmingham

Contexte : les villes de science sont des dispositifs créés en Angleterre pendant les années 1980 pour recentrer la ville autour de nouveaux centres économiques comme la recherche et l’innovation. Dans ce cadre, les universités entretiennent des liens forts avec la politique de développement de la ville et les industries. Ce sont des incubateurs, des pôles de compétitivité autant que des structures de lien avec la société civile.

Publics visés : les « hard to reach groups » ou les publics éloignés dont chaque pays n’a pas la même définition. Par exemple, les anglais travaillent avec les personnes âgées et les roumains avec les groupes linguistiques comme les hongrois.

Fin du projet : événement du 26 au 28 janvier 2011 à Birmingham avec un bilan et des recommandations politiques, notamment sur la place de la médiation dans le développement des villes.

PLACES : Platform of Local Authorities and Communicators Engaged in Science

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Participants : 70 villes européennes coordonnées par le réseau européen ECSITE

Objectifs : développer et renforcer les partenariats entre les différentes villes du réseau et leurs centres de sciences, muséums, festivals et événements. Structurer les activités de communication autour de la science, partager les outils, les ressources et les résultats.

Outils : études, rapports, plateforme ouverte sur internet, rencontres régulières, groupes de travail thématiques, relations entre les villes, initiatives inédites concernant les controverses scientifiques.

SciCafe : The Science Cafe Network

Domaine : cafés scientifiques

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : Depuis janvier 2010, les partenaires ont contribué à la mise en place d’un site internet et à la conception d’outils dont le but est de faire connaître aux organisateurs potentiels de café comment s’y prendre, communiquer, créer un réseau  dynamique.

PERARES : Public Engagement with Research and Research Engagement with Society

Domaine : boutiques des sciences

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Contexte : initiative portée par l’université de Groningen (Pays-Bas) et la plate-forme d’échange d’expérience Living Knowledge.

Objectifs : renforcer les interactions entre les chercheurs et la société civile dans 17 pays et développer le réseau européen de Boutiques de sciences existantes.

Urbanbees, la ville et ses abeilles

Domaine : environnement

Financement : Programme LIFE+ dédié au développement et à l’environnement (3)

Sites internet : officiel et activités du service

Délai : jusqu’en 2014

Contexte : L’association Arthropologia a monté ce projet avec Bernard Vaissière (INRA Avignon). Ils ont observé que depuis plusieurs années, les insectes pollinisateurs et notamment les abeilles survivent mieux en milieu urbain. Ainsi, 200 espèces d’abeilles sauvages sont revenues en ville notamment grâce à la réduction des produits phytosanitaires, une température plus importante qu’en milieu rural et paradoxalement plus de variété de plantes. En revanche, les chercheurs n’ont aucune information sur la façon dont elle nidifient et se nourrissent. L’association a donc lancé une étude pour mise en place un plan de gestion reproductible partout en Europe. Ce projet de mise en lien entre les chercheurs et la société a pour but de questionner sur les changements de pratiques, les services écologiques et faire des propositions en matière d’agriculture.

Nuit européenne des chercheurs

Domaine : événement. rencontre chercheurs / publics

Financement : programme spécifique PERSONNES du PCRD7 (4)

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : le 24 septembre 2010, de 17h à 00h, les villes du réseau – 12 villes en France cette année – font se rencontrer des chercheurs avec les publics pour faire parler les gens de leur expérience. Cette année, le thème était « DiversitéS » naturelle et culturelle.

Notes

  1. Outre l’Université de Lyon, les autres membres français des focus groups sont l’association Paris Montagne, le Café des sciences d’Avignon et le Bar des sciences de l’Université Montpellier II
  2. Ce volet comporte trois lignes d’actions : (a) gouvernance plus dynamique des relations entre la science et la société (meilleure compréhension de la science et de la technologie, engagement à anticiper et à clarifier les problématiques, renforcement du système scientifique européen, évolution du rôle des universités) ; (b) renforcement du potentiel, élargissement des horizons (égalité homme-femme dans la recherche, jeunes et science) ; (c ) faire communiquer la science et la société.
  3. Actions qui contribuent au développement, à la mise en œuvre et la mise à jour de la politique et de la législation communautaires dans le domaine de l’environnement.
  4. Objectif : renforcement quantitatif et qualitatif du potentiel humain dans le domaine de la recherche et de la technologie en Europe.

>> Photos : Thierry Fournier