Blogging : it’s (also) a girl thing !

Détournant le titre de la catastrophique campagne de la Commission Européenne pour la Recherche et l’Innovation qui souhaitait inciter les jeunes filles à se tourner vers des études scientifiques, je m’en vais vous proposer une petite liste de blogs de sciences en français tenus par des femmes. Parce qu’il en existe (et ouais !) et qu’on a parfois du mal à les citer au détour d’une conversation, mais surtout pour féliciter ces blogueuses et les inciter à poursuivre ! Je l’avais entamée en commentaire d’un article du blog « Tout se passe comme si » ; je me suis dit qu’en la partageant ici, on pourrait peut-être la compléter ensemble si vous le voulez bien :-)

Pour info, les blogs sont donnés dans le « désordre », sans volonté de ma part de les hiérarchiser, en termes de sujets ou d’auteurs. Il en manque encore beaucoup, aussi, je compte sur vous pour m’en suggérer en commentaires ! :-)

>> Au C@fé des sciences :

>> A l’Agence Science Presse (blogueuses et journalistes) :
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>> Sur Hypotheses.org

>> Dans d’autres communautés :
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>> Les dessinatrices :

>> Les médecins / infirmières :
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>> La culture scientifique et technique en général :

>> Les journalistes :
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>> Les tweeteuses :

>> En anglais (bah oui, un peu quand même) :
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>> Pas que des sciences :
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Merci à AntoineValentine, Julie, Martin C.Sham, Mr Pourquoi, Pierre, Emilie, Sirtin, Pascal, Sébastien, Max,  qui m’ont suggéré des liens ! :-)  A vous de jouer !
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>> IllustrationMike Licht (Flickr, licence cc)

Femmes et sciences : les articles de Jade Le Maître

Je ne vous apprends rien : nouvelle année rime avec résolutions (qu’on ne tient pas forcément). Mais autant profiter de ce regain d’optimisme pour mettre à jour mon blog, ça faisait longtemps ! Pour commencer en douceur, je pille sans vergogne met la lumière sur quelques billets de Jade Le Maître (@Aratta sur Twitter) au sujet des femmes et des sciences. Scientifique de formation, Jade a notamment effectué des recherches dans le domaine de la robotique. Elle travaille maintenant chez Provaltis, une agence de communication en sciences et techniques, et anime avec régularité son blog en s’inspirant des découvertes de sa veille. Cliquez sur les titres en gras et.. enjoy !

Ada Lovelace, ou la naissance de la programmation au XIXe siècle [edit du 07/01]

« Fin septembre début octobre, j’ai publié un article dans le magazine papier Bridget – Parce que le féminisme n’est pas un gros mot. Ce magazine n’étant plus publié (ce qui est bien dommage), le voici ici – pour aller de pair avec mes nombreux articles traitant de la thématique Femmes et Sciences. L’avantage ici est que je peux y ajouter de nombreux liens pour aller plus loin dans la connaissance du sujet… » 

Femmes et sciences : regard sur l’Institut Curie

« Lors de la visite du Musée Curie, le directeur du musée a mentionné la part des femmes travaillant dans l’institut, et ce depuis sa création. Voici quelques liens et réflexions pour aller plus loin ».

Comment donner envie aux jeunes filles de faire de la science ?

« La question s’est posée hier, à une table ronde organisée par l’Oréal, à laquelle étaient présentes des boursières venues témoigner aux côtés d’une blogueuse scientifique et d’une professeure de mathématiques très engagée ».

Rencontre à l’UNESCO autour des femmes et de la science

« Le monde a besoin de la science, la science a besoin des femmes. Cette conviction unit l’UNESCO et l’Oréal depuis bientôt 15 ans, et leur permet d’unir leurs forces afin de promouvoir les carrières scientifiques au féminin ».

Le #Mix50 des femmes qui en ont dans la tête

« Et si pour une fois, nous arrêtions de parler extérieur, et faisions l’éloge de la capacité des femmes à faire acte d’esprit? Voici donc un Mix50 des femmes qui en ont dans la tête, et le montrent sans pudeur. Pas de Top 50 – car, qui suis-je pour juger? » [Bon, OK, j'avoue, Jade m'a citée dans ce Mix50 mais bon, je suis bien entourée alors ça vaut le coup de découvrir mes co-mixées ! :) ]

Et tant que j’y suis, j’ajoute deux autres articles de Jade, sur d’autres thèmes tout aussi intéressants :

Réseaux sociaux et recherche. Communiquer autrement. Raconter la science ensemble 

« Compte-rendu de la table ronde s’étant déroulée le 20 novembre à l’INED, sur les réseaux sociaux dans la recherche publique ».

Les Nobel sous le prisme d’Instagram

« Lundi 10 décembre, avait lieu la cérémonie des Nobel – avec discours, banquet et champagne. Très solennel comme évènement. A l’heure des réseaux sociaux, un évènement comme celui-ci a-t’il une résonance particulière ? Comment les réseaux sociaux fonctionnent-ils dans ce cas ? Miroir exact ou déformant ? Le banquet des Nobel se prête-t’il au lulz ? Décryptage ».

Et voilà comment faire un article intéressant sans trop se fatiguer ! ;) Merci, Jade, de partager le fruit de tes réflexions avec nous ! :)

>> Crédits : suivre les liens pour voir les crédits des images utilisées

Les femmes de génie sont rares ?

Une question provocante pour un spectacle réjouissant et émouvant. Anne Rougée « dépoussière » la légende de Marie Curie en 30 minutes bien senties, alternant entre lecture de textes authentiques et questionnements féministes.

Samedi 21 mai, les enfants se bousculent dans le bâtiment Esclangon de l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris), la bien-nommée. Ce sont les « 117 heures de la Chimie » (autant que d’éléments dans la classification périodique), un événement organisé par l’université, qui s’inscrit dans le cadre de l’année internationale de la Chimie.

Au programme, de nombreuses expériences, menées par les enfants et encadrées par de jeunes animateurs scientifiques qu’on devine étudiants en chimie. Mis à part les parents, peu d’adultes dans le bâtiment. Les rares présents s’attardent peu sur les stands et se dirigent plutôt vers l’amphithéâtre Herpin, qui accueillait deux pièces de théâtre dans l’après-midi.

Femme + génie = équation impossible ?

C’est de la première dont je vais vous parler ici, « Les femmes de génie sont rares ? », que j’ai découvert grâce à son auteur, Anne Rougée, rencontrée lors du 4ème apéro « Science et Web » à l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes.

« Pièce de théâtre » n’est pas l’expression exacte. Il s’agit en fait de la première partie, ou du premier acte d’une pièce qui en compte trois, consacrée aux femmes scientifiques, ou « femmes qui ont traversé la science », dont la mathématicienne Ada Lovelace et la physicienne Émilie du Châtelet.

Pour débuter cette « trilogie », Anne Rougée et Stéphane Baroux, comédien et metteur en scène, ont choisi pour figure la chimiste Marie Curie et pour lieu une loge de théâtre, avant une représentation (les deux autres parties évoqueront la répétition et la représentation). Anne incarne une comédienne, passionnée par la vie de Marie Curie, qui échange avec un autre comédien, joué par Stéphane Baroux. Passionnée par Marie Curie, elle lit et fait lire à son partenaire des textes de la chercheuse, de son mari Pierre et de leur deuxième fille Ève.

C’est l’occasion d’évoquer la vie de Maria Sklodowska, depuis son enfance et sa jeunesse dans la Pologne occupée par les Russes jusqu’à son deuxième Prix Nobel de Chimie en 2011, en passant par sa rencontre avec Pierre Curie, ses travaux qui ont permis la découverte de la radioactivité et du radium, la mort tragique de Pierre et les campagnes de presse contre elle… On découvre une Marie Curie joyeuse et généreuse, loin du cliché de la travailleuse austère et acharnée qu’on connait.

Le théâtre et la science en train de se faire

Malgré les conditions – journée ensoleillée et donc peu propice à l’afflux des spectateurs, amphithéâtre non dédié à ce type d’exercice – l’exercice est réussi et emporte l’adhésion des personnes présentes. Le choix d’écriture et de mise en scène est riche de sens, qui mêle théâtre en train de se faire et science en action. Par étonnant quand on connait le parcours d’Anne Rougée, directrice de la compagnie « Comédie des Ondes » mais aussi normalienne en mathématique et docteur en physique.

Anne a longtemps travaillé dans le milieu industriel de recherche et développement d’applications en imagerie médicale. Passionnée par l’histoire des sciences et techniques, elle a effectué des recherches sur les formes populaires de vulgarisation des sciences (voir sa biographie et son mémoire sur le site Automates Intelligents).

Elle propose ici une pièce très personnelle nourrie de son expérience, des stéréotypes machistes qu’elle a recensés (et sans doute subis, par elle et ses collègues féminines, comme le fameux « plafond de verre ») et de ses propres questionnements : « Peut-on être femme et scientifique ? Peut-on être scientifique et artiste ? ». Lors de la petite causerie d’après spectacle, elle précisera ses intensions et donnera quelques anecdotes dont sa rencontre avec Hélène Langevin-Joliot, la petite fille de Marie Curie qui a récemment publié un recueil de lettres entre sa grand-mère (Marie), sa mère (Irène) et sa tante (Ève).

Un peu de lecture avant d’aller assister aux deux prochaines parties du spectacle, la deuxième étant écrite, mais pas mise en scène et la troisième en cours d’écriture. « J’espère créer la version complète pour la prochaine Fête de la science, le mercredi 12 octobre prochain au lycée Camille Sée sur l’invitation de Véronique Chauveau de l’association Femmes et Mathématiques » précise Anne Rougée. Souhaitons-lui un été prolifique !

>> Illustrations : Marion Sabourdy pour Knowtex et Comédie des Ondes

Prodigieuses créatures et frêles jeunes femmes

En 1810, Elizabeth, Margaret et Louise Philpot, toutes les trois « vieilles filles » désargentées, sont contraintes de quitter Londres et la demeure familiale après le mariage de leur frère. Elles s’installent à Lyme Regis, une petite ville de la côte anglaise du Dorset. Passionnée par les poissons fossiles, Miss Elizabeth y fait la connaissance de la jeune Mary Anning, une chasseuse de fossiles particulièrement douée. Après la découverte d’un spécimen inconnu, leur passion commune va prendre une nouvelle dimension… (1)

La couverture de la version anglaise du livre

Mêler fossiles, paléontologie et condition féminine au début du XIXe siècle : c’est le pari – risqué mais réussi – de Tracy Chevalier dans son dernier roman « Prodigieuses créatures ». L’auteur de « La Jeune Fille à la perle » nous offre ici un récit brillamment mené, que j’ai dévoré en moins d’une semaine.

J’ai d’autant plus apprécié ce roman qu’il s’inspire de faits réels : la vie de Mary Anning, collectionneuse de fossiles et paléontologue anglaise et celle d’Elizabeth Philpot, son amie et « mentor », dont j’ignorais l’existence. L’auteur suit leurs longues « chasses » sur les plages froides et ventées de Lyme Regis, les gants des femmes déchirés et leurs mains abîmées par les rochers et souillées par la glaise.

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Après avoir trouvé nombre de « curios », comme elle les appelle (vertèbres, griffes du diable, serpents de Ste Hilda, bézoards, éclairs, lys de mer qui s’avèreront être d’innocents fossiles tels les ammonites ou bélemnites), Mary découvrira un fossile singulier, qu’elle prendra d’abord pour un énorme crocodile. On apprend que la jeune femme indomptable découvrira successivement plusieurs ichtyosaures (ses « crocos »), des plésiosaures (surnommés « tortues »), le premier ptérodactyle complet de Grande-Bretagne et Squaloraia, un animal de transition entre les requins et les raies.

Elle sera citée dans plusieurs publications, dont une du paléontologue français Georges Cuvier et une autre de l’anglais William Buckland (qu’on retrouve dans le récit). Certains des « monstres » de la jeune fille sont toujours exposés au Muséum national d’histoire naturelle à Londres et à la Galerie paléontologique du Muséum national d’histoire naturelle à Paris.

L’auteur dévoile ici avec brio des qualités indéniables de recherche historiques (et donne envie à la journaliste que je suis de me reconvertir ^^). Elle complète d’ailleurs son livre en publiant quelques résumés de recherches sur son site internet.

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J’ai particulièrement été sensible aux descriptions de l’émoi provoqué par ces découvertes de fossiles sur les habitants de Lyme Regis, fervent croyants ou simples superstitieux.

La condition féminine est également un élément central du récit. J’ai été assez estomaquée de voir la soumission des femmes, à leur mari ou leur rang. Mary, malgré ses connaissances empiriques des fossiles et de leur dégagement, sera longtemps considérée comme une simple « guide touristique » par les géologues de Londres. Elizabeth, femme du monde et érudite, n’aura même pas le droit de pénétrer dans un salon de la Geological Society. Ni elle ni Mary ne se marieront, sans doute à cause de leur esprit libre et curieux, très éloigné de ce qu’on attendait des femmes à l’époque.

« Prodigieuses créatures » est l’histoire d’une belle amitié entre deux femmes d’âge et de conditions différentes qui unies par une passion commune, braveront ainsi les préjugés et les interdits de leur époque. Avec beaucoup de finesse dans l’écriture, avec une grande tendresse pour ses personnages […] Tracy Chevalier nous offre encore ici un très beau roman (1).

Références : Prodigieuses Créatures, Tracy Chevalier, paru en mai 2010 aux éditions Quai Voltaire, 384 pages, 23 €

  1. Par manque de temps, j’ai effectué quelques recherches parmi les critiques de livre qui ont déjà été publiées. J’ai découvert un article du blog « Carnet de lectures » qui résume mes impressions après la lecture du roman. J’en reproduis ici deux paragraphes (avec de légères modifications).

Marina et Marie : jeunes chercheuses révélées et concernées

Marina Kvaskoff et Marie Néant-Fery, sont deux lauréates  de la bourse « Pour les Femmes et la Science » décernée chaque année depuis 2007 par L’Oréal France, la Commission française pour l’Unesco et l’Académie des sciences. Portraits croisés.

Paris, le 10 mars dernier, deux jours après la Journée des droits de la Femme. Marina Kvaskoff, grands yeux bleus clairs, cheveux bruns lâchés et Marie Néant-Fery, petites lunettes et sourire espiègle s’apprêtent à répondre à quelques questions. Ces deux jeunes femmes sont chercheuses (doctorante pour Marie) dans deux domaines très différents de la biologie : l’épidémiologie pour Marina (1) et les neurosciences pour Marie (2). Autant dire : peu de chances pour qu’elles se croisent dans un laboratoire ou lors d’une conférence… Pourtant, Marina et Marie se connaissent depuis quelques mois car elles font partie des jeunes femmes qui ont reçu la bourse « Pour les Femmes et la Science », respectivement en 2008 et 2010.

Un événement qui souligne l’excellence des travaux de 10 jeunes femmes scientifiques chaque année et leur donne la confiance nécessaire – et un financement de 10 000 euros – pour poursuivre leurs projets.

Un parcours semé de doutes

Marina et Marie correspondent à l’archétype de la jeune chercheuse douée, sereine et déterminée. Pourtant, l’une comme l’autre ont du affronter de sérieux moments de doute lors de leur cursus. Soutenue par ses parents horticulteurs, Marina débute un cursus de pharmacie mais échoue deux fois au concours et perd confiance en elle. Elle décide de se réorienter en biologie. A son premier semestre, elle n’obtient qu’une moyenne de 10, mais petit à petit, elle se reprend en main jusqu’à décrocher la mention « très bien » à son master de Santé publique. Pendant ses études, la jeune femme réservée découvrira Marseille, Nice, Reims, Bordeaux, Paris, l’Australie et s’envolera bientôt pour un « post-doc » à l’Université d’Harvard aux États-Unis.

Marina Kvaskoff

D’une famille totalement étrangère aux sciences et aux études universitaires, Marie se découvre une affinité pour la biologie qui l’amènera à suivre un cursus « très linéaire » selon elle, depuis la licence jusqu’à une thèse de neurosciences à l’UPMC (Paris VI), qu’elle achève dans quelques mois. Pourtant, « au lycée, affirme Marie, on a tenté de me dissuader d’aller à l’Université, au profit d’une classe préparatoire ».

Des jeunes chercheuses aux travaux reconnus

Pendant leur parcours, les étudiantes doivent petit à petit se spécialiser. Le choix de Marina s’est porté sur l’épidémiologie, l’étude des facteurs influant sur la santé et les maladies des populations humaines. Si elle affirme qu’au départ, elle ne voulait pas faire de recherche, elle se dit depuis longtemps « intéressée par les problématiques du corps, de la santé, des maladies. Très jeune, je me demandais quels étaient les facteurs de risque de telle ou telle maladie ».

Ce n’est qu’à l’université qu’elle découvre sa future discipline, qu’elle ne quittera plus. « Je travaille sur les facteurs hormonaux, nutritionnels et génétiques associés au risque de mélanome cutané, un cancer de la peau dû en partie à l’exposition au soleil (3), explique Marina. Lors de ma thèse, [obtenue en 2009] j’ai été également sensibilisée aux liens encore peu connus entre l’endométriose, une maladie qui touche les organes sexuels féminins, et le mélanome ».

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Pour Marie, la découverte est plus tardive. Engagée dans un master de génétique, elle s’inscrit à une option où un professeur, Isabelle Caillet, « m’a donné envie de faire de la neurologie ». Elle deviendra sa directrice de thèse. Un stage en laboratoire lors de sa première année de master, sur le thème de la maladie d’Alzheimer confirme cette affinité.

« J’aime le challenge et les nouveautés » sourit la jeune femme qui n’hésitera pas à s’attaquer à « deux dogmes de la biologie en train de s’effondrer, dont celui de la neurogénèse (4) chez l’adulte : on croit depuis longtemps qu’à partir de 20 ans, tout le monde perd des neurones et que c’est irréversible mais c’est faux ». Elle étudie actuellement la production (ou traduction) d’une protéine particulière (CAMKIIalpha) dans le bulbe olfactif – partie du cerveau qui réceptionne les messages sensoriels olfactifs – ainsi que son rôle dans la neurogénèse de l’adulte.

De l’enthousiasme à l’engagement

Recherche « fondamentale » ne veux pas dire recherche poussiéreuse. Les deux (post-)doctorantes sont fascinées par leur découverte de la « recherche en train de se faire ». Plusieurs fois, elles soulignent la richesse de leur cadre de travail. « Mes différents voyages ont été de super expériences professionnelles et personnelles, s’enthousiasme Marina, j’ai eu l’impression que je pouvais travailler avec des centaines de personnes, me déplacer partout pour poursuivre mes recherches, il n’y a pas de limite ». Elle donne l’exemple de son premier congrès international à Boston, en 2007, où elle a présenté trois posters aux autres chercheurs. « Nous étions dans un immense hangar, avec des rangées interminables de stands présentant chacun un poster. J’étais époustouflée ». Marie, qui a participé au congrès de la Société américaine des neurosciences en novembre dernier acquiesce.

Douées et impliquées, elles défendent mordicus la philosophie de leurs travaux. « J’ai une tante qui ne comprend pas l’utilité de mes recherches malgré mes explications, mais je ne désespère pas », explique Marie tandis que Marina renchérit « certaines personnes aimeraient des applications industrielles qui aboutissent immédiatement à des brevets alors que ce n’est pas notre travail ».

Le déclic de la bourse

La bourse « Pour les Femmes et la Science » souligne l’excellence de leur parcours et de leurs travaux. À un stade où elles ressentent fortement la difficulté de leur métier, son caractère très sélectif, ces filles comprennent, parfois malgré elles, qu’elles font partie de l’excellence de la recherche française. Pour les deux jeunes femmes comme pour les 38 autres boursières depuis 2007, cette récompense est venue à point nommé pour leur donner un regain de confiance en elle.

Pour Marina, qui pense déjà à la suite de sa carrière de chercheuse, c’est « un premier tremplin qui m’a motivé pour postuler à d’autres prix et demander des financements pour poursuivre ma recherche ». Pragmatique, elle pense qu’un jeune chercheur doit se spécialiser dans un domaine afin de se faire connaître – le mélanome et les hormones pour elle – pour ensuite s’ouvrir aux autres thématiques proches de ses recherches. Malgré les facilités offertes par les laboratoires américains, à terme, Marina souhaite développer ses recherches dans son pays, par exemple à l’Inserm.

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Témoignage de Claudie Haigneré, ancienne astronaute et actuelle présidente d’Universcience

Marie, quant à elle, n’en revient toujours pas. « J’avais entendu parler de la bourse par hasard mais je ne pensais pas avoir ma chance. En effet, j’ai pour projet de laisser de côté la recherche et me tourner vers la communication et la médiation des sciences ». Elle décide tout de même de postuler avec une amie et son projet est retenu, justement pour cette envie de partager sa passion.

« Ça a été une réelle surprise pour moi. Si le président de l’Académie des sciences, qui fait partie du jury, trouve que mon projet en vaut la peine, alors je peux me lancer avec encore plus de confiance ». Et elle n’a pas attendu la fin de sa thèse pour s’engager dans l’association « Femmes et sciences », tout comme Marina, accueillir une lycéenne dans son laboratoire dans le cadre de la Science Académie avec l’association Paris-Montagne et participer à la récente Semaine du cerveau avec une animation au Palais de la Découverte.

« Je veux transmettre ma passion au plus grand nombre et lutter contre l’autocensure que subissent souvent les femmes quand elles souhaitent faire de la recherche, annonce Marie. De plus, la culture scientifique est noyée sous le reste, en particulier en région parisienne, où la programmation culturelle en générale est très riche. J’aimerais contribuer à changer ça ». Une envie partagée par Marina, qui ne souhaite pas, en revanche, devenir enseignant-chercheur « car il est trop dur de mener de front les deux ».

Marie Néant-Fery

Toutes les deux ont exprimé leur besoin très fort de communiquer sur leur recherche, que ce soit vis-à-vis de leur pairs ou du grand public. Lors de la remise de leur bourse, au Palais de la Découverte, lors de la Fête de la Science en octobre 2010, les boursières ont du présenter leurs recherches en trois minutes seulement (voir la vidéo de l’événement). Un bon exercice de vulgarisation et un aperçu du feu des projecteurs, qui ne manqueront pas de suivre ces chercheuses et femmes talentueuses. Comme le résume bien le slogan de cette initiative, « le monde a besoin des sciences et la science a besoin des femmes ».

Notes

  1. Marina a effectué sa thèse en co-tutelle franco-australienne entre l’Université Paris XI [l’Inserm ERI20, Institut Gustave Roussy – Villejuif] et l’Université du Queensland [Queensland Institute of Medical Research-Brisbane]
  2. Laboratoire Neurobiologie des processus adaptatifs (UPMC/CNRS), équipe « Développement et plasticité des réseaux neuronaux » d’Alain Trembleau
  3. Marina traite de larges bases de données d’enquêtes auprès d’échantillons de population, par des méthodes de modélisations statistiques
  4. Création de nouvelles cellules neuronales (neurones) dans le cerveau

>> Illustrations : New Voices for Research (photo de une), L’Oréal France (logo et portraits), For Women in Science (galerie de portraits – FlickR)

>> Pour aller plus loin : lire notre article sur les bourses « Pour les Femmes et la Science »

Comment la science fabrique des contes de fées

Nous avons vu précédemment que la communauté scientifique a tendance à favoriser le « modèle masculin ». Et le sexisme s’étend jusque dans la production des chercheurs. Laissez-moi vous raconter une histoire…

Il était une fois un gros ovule indolent qui dérivait dans les inhospitalières trompes de Fallope. Sa destinée était terrible : s’il n’était pas fécondé d’ici quelques heures, il mourrait… A quelques centimètres de là, un bataillon de petits spermatozoïdes bravait l’obscurité, en quête de leur Belle au bois dormant. Beaucoup tombèrent, épuisés. Les rares au flagelle assez puissant avalèrent la distance promptement et se posèrent sur l’œuf. La lutte pour y entrer commença. Au bout d’efforts acharnés, le plus doué réussit enfin à pénétrer dans le saint des saints. L’ovule, enfin fécondé, était sauvé.

Il y a peu, ce beau conte de fées se trouvait – presque sous cette forme – dans tous les manuels scolaires. Une histoire touchante mais… fausse et biaisée. Dans une publication (1) teintée d’humour, l’anthropologue et féministe Emily Martin décrypte avec précision les stéréotypes masculins et féminins utilisés en biologie de la reproduction. L’ovule est passif, fragile et dépendant, la menstruation est un échec de la reproduction et les ovaires voués à la dégénérescence. La femme est donc improductive et gaspilleuse de son stock d’ovules (2) ! Au contraire, le spermatozoïde est fuselé, rapide, autonome, un petit bijou de technologie, et la spermatogenèse ne s’arrête jamais, renouvelant constamment les gamètes. En bref, les processus biologiques féminins apparaissent toujours moins dignes que leurs homologues masculins.

Erreurs et faux semblants

Pourtant, les avancées dans ce domaine ont montré que cette vision de la reproduction est fausse. L’ovule a une importance égale au spermatozoïde dans le processus de fixation (notamment via la production de molécules adhésives) et le spermatozoïde est moins « actif » que décrit précédemment. Ses mouvements sont même plutôt destinés à se libérer de « l’emprise » de l’ovule et, couplés à des enzymes digestives, lui font creuser l’enveloppe de l’œuf presque « à son insu ». Notre gamète masculin perd tout d’un coup de sa superbe ! Anecdote révélatrice : dans la culture occidentale, le film de Woody Allen « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe » est un des rares à avoir décrit un spermatozoïde faible et apeuré.

Vidéo : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe

Mais de telles tentatives humoristiques et les progrès en laboratoire n’ont pas mis à mal un vocabulaire machiste fortement ancré dans les mœurs. Pourquoi ? D’après Emily Martin, les sciences sociales et les sciences naturelles s’influencent les unes les autres (3). Un schéma culturel qui consacre des femmes passives et des hommes actifs, est transposé à la « personnalité » des gamètes à travers le vocabulaire employé. En clair, le contexte culturel des scientifiques et une bonne dose de mauvaise foi masculine influencent fortement les descriptions qu’ils font des systèmes étudiés. Et inversement, cette représentation de la nature devient une « base pour réimporter exactement la même imagerie dans les phénomènes sociaux comme une explication naturelle », voire une justification : l’homme comme le spermatozoïde vient sauver la Belle tout aussi « assoupie » qu’un ovule. La boucle est bouclée et le mérite entièrement masculin.

Science du sexe et sexe des sciences

Qu’elles étudient le sexe ou l’organisation sociale, les disciplines scientifiques ont toujours été sous l’influence de ces biais, de part la mainmise des hommes sur les objets d’étude. Dans un récent article du Monde (4), Catherine Vincent explique que l’arrivée de femmes dans les sciences et la remise en question de certains hommes a permis de nets progrès. Ainsi dans les années 1970, la primatologie bénéficia des observations de Jane Goodall puis de nombreuses autres femmes. A point de vue différent résultats différents, voire meilleurs. La communauté des primatologues a ainsi découvert entre autres que « la domination des mâles chez les babouins ne serait qu’un artefact » lié aux conditions de l’étude, voire « une forme inconsciente d’anthropocentrisme » de la part des chercheurs masculins. Et toc ! Le deuxième coup de pied dans la fourmilière sera donné par des anthropologues (hommes et femmes) qui, dans les années 1980, ont redonné une place plus glorieuse aux femmes des sociétés de chasseur-cueilleurs. Selon eux, les activités de cueillette des femmes ont été à l’origine des progrès dans l’outillage de la lignée humaine, jusqu’ici l’apanage des hommes. Et, crime de lèse majesté, les femmes ont même pu participer à la chasse (mais toujours sous de nombreuses conditions). Enfin, les idées féministes sont également entrées dans les laboratoires de génétique dans les années 1990. Le chromosome Y, parangon de la détermination sexuelle, n’est alors plus vu comme « dominant » et le développement femelle « par défaut ». Le chromosome X retrouve une place égale. « Même si cette nouvelle approche n’a pas mis totalement fin aux bons vieux réflexes, (…) le vocabulaire des scientifiques a changé (…) il n’est pas rare, depuis les années 2000, qu’une conception un peu plus paritaire s’exprime dans les articles » explique Catherine Vincent d’après les constatations de chercheuses.

« Réveiller les métaphores »

Emily Martin concède elle aussi une certaine avancée. Mais si la parité pointe le bout de son nez, les nouvelles métaphores employées ne redorent pas forcément le blason féminin. Pour expliquer le rôle plus actif de l’ovule, celui-ci devient un « agresseur qui capture et attache le spermatozoïde (…) tel une araignée étendue dans sa toile ». Une imagerie qui fait passer inconsciemment la femme pour une « femme fatale qui persécute les hommes » ou une « mère engloutissante et dévorante ». Le chemin est encore long pour arriver à une science paritaire et débarrassée de ses stéréotypes. Pourtant la participation des femmes aux études scientifiques apporte un vent de fraîcheur sur les cadres de pensée. Selon Emily Martin, la solution pour se sortir de ces représentations biaisées est d’utiliser un modèle cybernétique qui prend en compte la complexité des processus mis en jeu et les décrit de manière interdépendante. Il a déjà été utilisé avec succès en génétique, en endocrinologie ou en écologie. L’ovule n’est alors plus passif mais participe activement à la fécondation, à part égale avec le spermatozoïde. Enfin, des métaphores plus égalitaires et « interactives » éviteraient de faire endosser aux cellules des personnalités sexuées. Un premier pas vers plus d’objectivité.

Notes

  1. Emily Martin (1991) « The egg and the sperm : How science has constructed a romance based on stereotypical male-female roles », Signs, vol. 16, no. 3, pp. 485-501.
  2. Pourtant, un rapide calcul de l’auteur montre qu’il s’agit plutôt du contraire. A partir de la puberté, une femme dispose d’environ 300 000 ovules. Pendant les 40 années de sa vie reproductive, elle va en « produire » environ 500. Les autres dégénèrent. Si on considère qu’elle aura entre 2 et 3 bébés, l’excès d’ovules produits est d’environ 200 par enfant. Un homme, lui, produit 100 millions de spermatozoïdes par jour pendant environ 60 ans. Cela fait plus de 2 000 milliards dans sa vie. Il en « gaspille » donc environ 1012 pour chaque enfant engendré…
  3. Elle prend l’exemple des idées de Malthus qui ont inspiré Darwin dans son cheminement intellectuel vers l’Origine des espèces. Ensuite, les idées de Darwin ont été réimportées dans la société pour créer le darwinisme social, sorte de justification de l’ordre social de cette époque.
  4. Science du sexe et sexe des sciences, Catherine Vincent, Le Monde, 8 août 2009.

>> Image : ntr23 sur Flick, licence CC
>> Billet initialement publié sur Pris(m)e de Tête