Vulgarisation : les recettes de deux journalistes scientifiques

Quel est votre meilleur souvenir lié aux sciences ? Un prof de math passionnant (mais si, mais si !), un bouquin captivant, une nouvelle étonnante vue à la TV, un film de science-fiction qui vous a scotché, une expérience proposée par un doctorant lors de la Fête de la science ou encore un événement d’ampleur planétaire comme « l’amarsissage » (atterrissage sur Mars) du rover Curiosity ?

Qui ne s’est jamais demandé comment étaient produits ces livres ou ces images ? Où est-ce que les journalistes trouvent leurs idées ? Que font les chercheurs dans leurs labos ? Vous-même doctorant, chercheur, ingénieur, vous aimeriez vous lancer et raconter votre travail mais ne savez pas vraiment par où commencer (votre dernière tentative, à un repas de famille s’est soldée par la chute du dentier de mamie, qui s’est endormie en vous écoutant )… Pour répondre à ces interrogations, la journaliste scientifique Cécile Michaut vient de publier le livre « Vulgarisation scientifique, mode d’emploi » aux éditions EDP sciences.

En cinq chapitres, Cécile revient sur les raisons qui poussent les chercheurs à partager leur passion pour les sciences et la découverte (rendre des comptes aux citoyens, faire progresser sa propre pratique, trouver des financements, faire naître des vocations…), sur les différentes formes de vulgarisation (livre, conférences, expositions, animations, bar des sciences, théâtre, débats…) et sur les éléments à garder en tête ou les pièges à éviter quand on se lance (connaître son public, choisir son message…) (1).

On y apprend que les Français, comme les Allemands ou les Japonais sont bien plus réticents à vulgariser leurs recherches que les Anglo-saxons. Qu’il n’existe pas de réelle formation à la vulgarisation dans les cursus de « sciences dures » (ni à la pédagogie ou à l’histoire des sciences d’ailleurs) et que beaucoup de vulgarisateurs en herbe ont peur de manquer de légitimité. Assez fou de voir à quel point la prise de parole en public, les projets pluridisciplinaires ou l’humour bloquent encore pas mal de scientifiques… Par ce livre et les formations qu’elle propose, Cécile Michaut tend à rassurer ces scientifiques et à les aider à se lancer, en leur montrant les avantages que la vulgarisation peut apporter à leur travail de chercheur et / ou d’enseignant.

Point fort du bouquin : les 15 portraits de vulgarisateurs (chercheurs, journalistes ou animateurs) dont les témoignages complètent bien le reste du livre et donnent des pistes pour aller plus loin : l’envie d’innover de Julien Bobroff (2), le travail sur l’estime de soi par Claire Le Lay, l’accent mis sur la médiation plutôt que la vulgarisation par Richard-Emmanuel Eastes, le constat du peu d’ouverture des sciences dures aux sciences humaines par Pierre-Henri Gouyon, le combat contre les stéréotypes de Catherine Vidal (voir sa participation à TEDx Paris en 2011 : « Le cerveau a-t-il un sexe ?« ), le besoin de se donner du temps revendiqué par Etienne Klein, l’expérience ShakePeers (diffusion de la connaissance sous forme vulgarisée, libre, collaborative et ouverte) lancée par Vincent Bonhomme, l’utilisation de la science-fiction par Roland Lehoucq, le militantisme de Valérie Masson-Delmotte, la séduction portée en étendard par Marie-Odile Monchicourt, etc. Si je peux faire ma pointilleuse, il manque peut-être un ingénieur blogueur au C@fé des sciences et une doctorante amatrice de Twitter ;-)

J’en profite également, une fois n’est pas coutume, de déplorer le peu de femmes présentes en exemple. Nul oubli ou négligence de la part de l’auteur. Simplement, les femmes en sciences et dans la vulgarisation sont soit moins nombreuses, soit osent moins se lancer et doivent parfois compter sur le soutien de chercheurs hommes plus âgés pour se rendre compte qu’elles sont légitimes dans cet exercice. Heureusement, on compte des blogueuses et des jeunes femmes douées comme Marie-Charlotte Morin, la gagnante française du concours « Ma thèse en 180 secondes » (et deuxième à la finale internationale), pour donner l’exemple ! (3)

Ce « guide », à ma connaissance le premier du genre en France, est publié 6 ans après le « Guide de vulgarisation », écrit par Pascal Lapointe, lui aussi journaliste scientifique, mais de l’autre côté de l’Atlantique à l’Agence Science Presse (Québec). Si les deux livres proposent globalement des conseils autour des meilleures manières de vulgariser (4), l’ouvrage québécois, deux fois plus épais (332 pages contre 160), passe plus de temps autour du journalisme scientifique, des conseils pour les non scientifiques, de la manière dont le vulgarisateur peut « se vendre » auprès des rédactions et, surtout, des possibilités d’internet.

En avance sur cette réflexion, Pascal Lapointe et l’Agence Science Presse proposent d’ailleurs très régulièrement des billets de blog sur les questions de journalisme scientifique, de crise de la presse, de la relation entre blogueurs, chercheurs et journalistes, etc. Pascal a notamment rédigé le livre « Science, on blogue » avec Josée Nadia Drouin et dirigé l’édition des recueils annuels « Les meilleurs blogues de science en français » (2013 dans laquelle figure un de mes billets \o/, 2014).

Pour résumer, le livre de Cécile, plus court et plus facile à trouver du côté français trouverait bien sa place à côté de toutes les machines à café des labos français, pour pouvoir être lu par tous les doctorants, chercheurs ou ingénieurs de recherche qui passent par là. Il leur donnera envie de se lancer et pourra s’accompagner d’une formation de un à trois jours, par l’auteur (voir également son blog). Quant aux plus mordus, le livre de Pascal leur permettra d’aller encore plus loin, avec l’ouverture qu’on connait aux québécois sur la culture anglo-saxonne ! Dans les deux cas, n’hésitez pas à discuter avec eux sur Twitter : @CecileMichaut & @paslap !

>> Notes :

  1. L’auteur a fait le choix d’évoquer des exemples « classiques » de vulgarisation scientifique (normal, puisqu’elle s’adresse à des personnes souhaitant se lancer). On peut se demander s’ils sont adaptés au public « distant », celui qui ne va pas aux expositions et aux conférences…
  2. Julien Bobroff a lancé le groupe de recherche « la physique autrement ». Il est également très actif sur Twitter (@jubobroff)
  3. Lire notamment le billet « Où sont les vulgarisatrices ? » sur le blog de Cécile Michaut
  4. Ils ont aussi tous les deux fait le choix d’un dessin humoristique en couverture ! L’occasion de rappeler l’intérêt des illustrations et des BD sur les sciences, comme le blog de Marion Montaigne

Journalistes scientifiques de France et de Navarre…

Unissez-vous ! ;-) Créée en 1955, l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) regroupe 250 adhérents, dont environ 40% d’indépendants, appartenant à tout type de médias : presse écrite, radio, télévision, web… J’en suis moi-même membre depuis mon stage dans la rédaction de Sciences Actualités à la Cité des sciences en 2008, grâce à Olivier Boulanger et Viviane Thivent, que je remercie ici chaleureusement.

Le bureau de l’AJSPI compte 9 membres et se réunit une fois par mois. Cette association, la troisième plus grosse d’Europe, est membre fondateur de l’Union européenne des associations de journalistes scientifiques (EUSJA) [edit du 17/01 suite au commentaire de Cécile : l'ASPI n'est en fait plus membre de l'EUSJA mais de la Fédération mondiale des journalistes scientifiques, la WFSJ].

Très active, l’AJSPI organise des petits déjeuners scientifiques, des débats, des formations, des visites et voyages organisés et une bourse d’échange chercheurs-journalistes, que j’ai eu la chance de décrocher en 2011 et qui m’a permis de découvrir l’Unité Neurobiologie de l’Olfaction et Modélisation en Imagerie à l’INRA de Jouy-en-Josas et de rencontrer Roland Salesse, chargé de mission culture scientifique. En tant que jeune journaliste scientifique indépendante, l’adhésion à cette association m’a permis à l’époque de ne pas me sentir perdue dans le monde plutôt hostile de la pige.

Maintenant que je travaille à Grenoble, j’ai moins l’occasion de voir mes confrères mais j’ai tout de même pu en rencontrer à l’occasion des dernières journées « Science et Montagne ». J’ai également eu le plaisir de parrainer la talentueuse journaliste et illustratrice Aurélie Bordenave.

Aujourd’hui, sur Twitter notamment, je participe aux échanges et « débats » concernant le journalisme scientifique et ses liens potentiels avec le monde de la culture scientifique. Mathieu Rouault, entre autres, en fait de même avec le site Speak Science. Mon poste, à la Casemate, à la frontière entre journaliste scientifique et médiation (numérique) m’offre l’occasion de tester et réinventer, à mon niveau, le métier de journalisme scientifique. J’estime d’ailleurs ma pratique plus proche de celle des « science writer » anglo-saxons que du « journaliste » tel qu’on l’imagine en France… Je serai d’ailleurs curieuse d’en discuter plus longuement avec ceux que ça intéresse – j’ai déjà eu l’occasion de le faire avec Pierre Munsch, doctorant en sciences de l’infocom.

Au sein d’Inmédiats, nous sommes également plusieurs à réfléchir à ces nouveaux rapports entre journalisme, vulgarisation, culture scientifique et numérique. C’est également le cas à l’échelle européenne, dans le réseau des centres de sciences et des Musées (ECSITE) dont certains membres sont journalistes. Bientôt une rencontre entre l’EUSJA et ECSITE (à moins qu’elle ait déjà eu lieu…) ?

Afin de poursuivre ce travail de « réseautage », je vous propose d’ors et déjà la liste des membres de l’AJSPI présents sur Twitter. Vous pourrez ainsi profiter de leur travail de veille et les interpeller sur leur métier. Vous verrez qu’ils ne mordent pas ^^ et surtout que ce sont des passionnés, à l’image de Cécile Michaut. Si vous êtes membres de l’AJSPI mais pas dans la liste, ou tout simplement si vous souhaitez poursuivre la conversation, laisser un commentaire !

>> IllustrationJuho William Tauriainen (Flickr, licence cc)

L’espace Science Actualités fait peau neuve

C’est dans une Cité des Sciences et de l’Industrie en pleine rénovation que j’ai pénétré mardi 13 mars dernier, à l’invitation d’Alain Labouze, directeur de la publication de Science Actualités et d’Universcience.tv, le site d’actu et la webTV d’Universcience.

Depuis des années, l’équipe de journalistes de Science Actualités (ainsi que quelques pigistes) produit des articles publiés sur leur site internet, ainsi que des « Expo-dossiers« , c’est-à-dire des dossiers thématiques plus fournis, eux aussi disponibles sur internet mais surtout transformés en expositions dans un espace dédié au premier étage de la Cité des Sciences. Depuis environ un an, la même équipe, renforcée de plusieurs autres personnes et de réalisateurs extérieurs, propose également une offre vidéo via la webTV (voir notamment notre série d’articles : 1, 2 et 3). Il ne restait plus qu’à rassembler les deux.

« Notre objectif est de mettre le journalisme en exposition, explique Alain Labouze, en clair, Science Actualités se présente comme un bimédia composé d’une partie exposition et d’une autre partie web« . Depuis peu, l’espace lui-même a subit quelques modifications. À l’image d’une nouvelle formule d’un journal papier, il a notamment adopté une nouvelle charte graphique, dont la typographie et la couleur jaune fluo font un peu penser à celles du Courrier international.

À l’entrée de l’exposition trône un dispositif interactif nommé Tag-Mag. Il s’agit d’un journal-totem qui affiche des résumés d’articles accompagnés de QRcodes. Passez votre mobile – équipé d’une application dédiée – sur l’un d’en eux et il vous renverra vers un petit site miroir à la maquette simple, qui présente des articles plus complets. Le totem et le site miroir sont liés au site principal de Science Actualités, d’une facture plus classique. À terme, ce prototype est destiné à être installé dans la rue ou dans un lieu passant comme une gare, et présentera sans doute des informations générales en plus des sciences. Il est d’ailleurs actuellement testé à Clermont-Ferrand, le dispositif ayant été développé en partenariat avec la Fondation Varenne et le groupe d’édition La Montagne.

La partie « Expo-dossier » a elle aussi changé, à commencer par son nom qui devient « Questions d’actualité ». Elle était jusqu’ici dédiée à un seul thème par trimestre. À partir de maintenant, elle accueillera 4 thèmes différents par trimestre, soit 12 sujets par an. Les thèmes qui inaugurent cette nouvelle formule sont le nucléaire, le cannabis, les lanceurs spatiaux et les neutrinos. La deuxième fournée, qui sera livrée la deuxième quinzaine de juin devrait évoquer l’amélioration de la performance sportive, le robot Curiosity sur Mars, les stéréotypes de genres et la grotte Chauvet. « Notre maquette est moins dense et plus aérée que précédemment« , indique Alain Labouze qui souligne la présence d’un point audio et d’une vidéo pour chacun des 4 sujets et d’un quiz pour deux des quatre thèmes.

En face de la partie « Questions d’actualité », on retrouve le « Mur de news », avec ses 64 cases composées de brèves, photos, légendes, écrans de dépêches provenant du site, vidéos et 7 écrans très « design » qui présentent de manière aléatoire des indicateurs de l’état de la planète (nombre de séisme, poissons péchés, espèces disparues…). « Notre but avec ce mur est de muséographier les news et de permettre au visiteur une lecture rapide, voire un papillonnage, précise Alain Labouze, s’il veut des informations avec plus de fond, il peut se tourner vers les Questions d’actualités ou les portraits de chercheurs« .

En effet, en parallèle de ces deux parties principales, Science Actualités propose une section « Chercheurs à la une » avec des portraits et des témoignages de chercheurs, sous forme de panneaux et de vidéos, ainsi que des bornes « Opinions publiques » où les visiteurs peuvent s’enregistrer.

Enfin, disséminées dans l’espace d’exposition, on retrouve également des oeuvres créées par des artistes qui se sont inspirés d’un thème scientifique, actuellement le nucléaire. « Nous souhaitons favoriser la rencontre entre arts et sciences » s’enthousiasme Alain Labouze. Nouvelle formule, volonté de dissémination gratuite des contenus auprès des centres de sciences en région, Sciences Actualités se présente de plus en plus comme « l’agence de presse » et le fournisseur d’expos-actu du réseau de la culture scientifique en France. Et vous, connaissez-vous des lieux semblables, sur les sciences ou d’autres sujets, en France ou en Europe ?

>> Article publié sur Knowtex le 15 mars 2012

De la pratique… à la théorie

Après une rentrée chargée et un gros problème technique sur ce blog (encore en « travaux »), me voilà de retour au blogging (1).

J’aimerais partager avec vous ma toute récente expérience de prof. Depuis un an, elle se résumait à quelques interventions sur le journalisme et les réseaux sociaux devant des publics variés (2), mais depuis le 20 octobre dernier, c’est la plongée dans le grand bain avec la participation à la construction d’un « vrai » cours pour les élèves de Master 2 en journalisme scientifique à Paris-7.

Disons-le tout de suite, je ne suis pas seule sur le coup. En fait, Gayané et moi assistons Elisabeth Roman, rédactrice en chef de Science et Vie Découverte (voir la page Facebook) et ancienne du master elle aussi. Double avantage pour Gayané et moi : on apprend autant à son contact qu’à celui des élèves. Je tiens à remercier les responsables du master dont Richard Millet qui nous laissent les coudées franches. La seule consigne : produire une Publication collective (c’est le nom du cours) à la fin du semestre.

Elisabeth en a choisi le thème, « Vers la fin de la presse papier ? », plus que jamais d’actu et qui laisse une grande liberté dans le choix des sujets. Le but est d’aboutir à un magazine de 24 pages et d’aspect « pro » en janvier-février, à raison de deux heures et demi de cours par semaine (+ une semaine en janvier). Je vous propose de suivre pas à pas l’évolution de la conception de cette publication, en plusieurs billets de blog qui présenteront notre méthode de travail, mes remarques et questionnements.

Reconstitution de la vie en rédac’

La première entrevue et le premier cours ont donné lieu a des brainstorming autour du thème de la publication collective : la presse papier, la presse web, les tablettes, le data-journalisme, les mouvements sociaux parmi les papetiers… A partir de là, Elisabeth a proposé une liste de 11 thèmes (3) à « débroussailler ». Chacun en a choisi un (ils sont 11) qu’ils ont tous présenté mardi dernier en mode « Speed Prez » : moins de 7 minutes pour synthétiser leurs recherches. Un format pas évident à maîtriser. Plusieurs d’entre eux dépassent le temps imparti, d’autres, stressés, fixent leurs notes. Mais globalement, je suis plutôt satisfaite du travail.

Nous souhaitons que les étudiants travaillent comme dans une rédaction, avec un partage réaliste – et volontaire – des rôles. Nous avons une rédactrice en chef et deux adjoints, deux maquettistes, deux secrétaires de rédaction, une photographe, une iconographe et deux responsables web. Le choix s’est fait par affinité (pour la photo par ex) ou par envie de découvrir un métier plutôt méconnu (comme secrétaire de rédaction). Après la séance de Speed Prez, chacun s’est lancé dans les tâches assignées à leur rôle. La rédactrice en chef et ses adjoints doivent par exemple commencer à construire le « chemin de fer » de la publication. Moment de stress car il s’agit d’une grande responsabilité. Ils doivent le présenter aux autres mardi prochain. Suspens !

Nos outils : une page Facebook fermée pour nos échanges internes, une page Facebook ouverte et un Tumblr pour les publications (je vous donnerai les liens bientôt, ils auront besoin de likes !) et de manière plus anecdotique Gtalk et la messagerie instantanée de Facebook. Affaire de génération sans doute, mais ça demande pour les profs une réelle disponibilité à tout moment (et une synchronisation à toute épreuve).

Notre fonctionnement : Elisabeth insuffle une grande énergie dans son cours. Elle impose des sessions « 24h chrono » ou les étudiants doivent rapidement trouver des idées ou faire quelque chose de précis. L’idée est de les stimuler en permanence. Le premier a permis de trouver le nom de leur publication (Forward) et son lectorat (en quelques mots : H/F de 25 à 45 ans, plutôt aisé, fan des nouvelles technos mais toujours attaché au papier).

En parallèle de la préparation du mag, nous pensons intéressant que les étudiants mettent rapidement les mains dans le cambouis et écrivent une actu par semaine. Cette semaine, c’est la photographe qui s’y colle (billet à suivre très bientôt).

Si je vous parle de tout ça, c’est à la fois pour évoquer une expérience que nous construisons presque au jour le jour, et aussi pour récolter des conseils et remarques sur la manière de créer des modules pédagogiques (notamment tournés vers le journalisme). Alors n’hésitez pas à commenter ce billet et les suivants qui j’écrirai tout au long de l’avancée du cours.

Bref, je découvre la richesse du métier de professeur, ou du moins de « passeur de connaissances » (restons modestes). J’ai parfois du mal à laisser de l’autonomie aux étudiants et je suis motivée par l’intérêt qu’ils portent à nos propositions. J’apprécie de plus en plus cette nouvelle expérience…

P.S. Bonne fin de semaine à tous les participants de Museomix !

Notes

  1. En parallèle, je fais migrer des billets sur mon espace de la toute nouvelle plateforme du C@fé des sciences. J’en profite d’ailleurs pour faire un peu de promo au tout dernier projet de Pierre Kerner (alias Taupo de SSAFT) : Strip science, une plateforme de BD et d’illustrations scientifiques
  2. Le public du Grand Mix #1, les étudiants de mon ancien master de journalisme scientifique (Paris-7, déjà), des masters « Science, art, culture, information, multimédia » (Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et « Sciences et Techniques dans la société » (CNAM), du master Biosciences (ENS Lyon), du DSAA Illustration scientifique (Ecole Estienne, Paris), des doctorants de l’INRA (table ronde organisée par l’association Doc’J) et même des vétérinaires d’abattoirs français lors de leur AG. Je remercie d’ailleurs toutes les personnes qui m’ont invitée. Voir mes présentations sur Slideshare.
  3. La liste des thèmes : la presse quotidienne nationale et régionale française, la presse magazine française, les tablettes, la presse quotidienne sur le net, les magazines sur les tablettes, le lecteur, l’avis des sociologues, la situation en Chine et Inde, le papier « qui marche », les grèves, le nouveau journalisme
>> Photos : Stéfan, HA! Designs – Artbyheather (Flickr, licence CC)

Cédric Villani : un ambassadeur des mathématiques qui a du style

Entre une conférence au Sénégal et une interview à Radio France, Cédric Villani nous raconte la frénésie médiatique après sa réception de la médaille Fields, en août dernier. L’occasion d’échanger avec ce mathématicien sympathique et ouvert, qui a tout compris des codes de la communication.

19 août 2010, à Hyderabad, en Inde. Le mathématicien français Cédric Villani et son compatriote Ngô Bao Châu recevaient tous deux la Médaille Fields, considérée comme le « Nobel des mathématiques ». Depuis, pas une journée tranquille pour Cédric Villani, qui a enchaîné les interviews – « jusqu’à trois ou quatre par jour » – en un rythme épuisant physiquement. Huit mois après la cérémonie, la cadence s’est légèrement relâchée : « je suis plutôt à trois conférences par semaine maintenant », sourit le mathématicien.

Profitant de ce calme relatif, il nous a fait l’honneur d’une rencontre à la Brasserie des Ondes, en face de la Maison de la Radio, à Paris. De mathématiques, nous parlerons finalement peu, pour nous concentrer sur le « personnage ». Cheveux mi-longs lissés, style recherché (lavallière et broche araignée), diction soignée… On peut dire qu’il ne passe pas inaperçu à la télévision, ou même dans le métro lyonnais où nous l’avions rencontré pour la première fois.

Une médaille et un coup de projecteur

Il nous livre son explication sur la raison de la déferlante médiatique qu’il a vécue et parfois subie. « La Médaille Fields est calibrée pour être un coup de théâtre massif. Le secret est gardé longtemps à l’avance via les embargos imposés aux journalistes. Ainsi, le jour de la cérémonie de remise des médailles, les médias publient massivement sur le sujet ». Le grand public a alors découvert « avec stupeur que la France a récupéré le tiers des Médailles depuis l’après-guerre » précise Cédric Villani, avant de glisser trois autres raisons, « plus triviales » : le contexte sportif « déprimant du point de vue des performances nationales sur la scène internationale », son « look » et le fait qu’il ne soit « pas très réticent pour les questions de communication ». Il faut dire que le CNRS lui avait proposé quelques temps auparavant un stage de communication « très utile » mené par le consultant en communication Claude Vadel (1).

Malgré cette préparation et ce goût pour l’échange, les débuts de sa toute nouvelle célébrité sont assez difficiles à avaler. « L’anonymat est terminé pour moi. Il y a peu de jours sans qu’on me reconnaisse dans la rue. Au début, c’est effrayant, mais on s’y habitue ». Côté médias, ses premières expériences à la télévision et à la radio resteront un souvenir stressant. Mais depuis, « un blocage psychologique s’est peu à peu déverrouillé. J’arrive maintenant à parler d’autres choses que de mon domaine de compétences », avec même des avis parfois à contre-courant de ses collègues.

Des interviews aux angles variés

Parmi les interviews qu’il retient, celle de Paris Match rédigée par Caroline Fontaine « fille de mathématicien », une autre pour Science & Vie, « avec un format très cadré de trois questions précises qui permettent de sortir des généralités habituelles », ainsi qu’un passage dans les pages modes de l’Express et dans l’émission « Les enfants de la musique », d’Emmanuel Davidenkoff où il a pu parler de ses goûts musicaux et de son expérience de pianiste amateur. « Le mathématicien et violoniste Wendelin Werner l’avait déjà fait avant moi » ajoute-t-il.

« A la fin de l’automne, le CNRS a compilé tous les portraits ou articles qui évoquent la Médaille dans un dossier de presse d’une bonne centaine de page, indique le chercheur, ce nombre reste modeste par rapport au reste de l’actualité, comme ce qui se passe à Fukushima par exemple, mais c’est tout de même considérable ». Sa notoriété lui a même permis de s’essayer aux chroniques dans l’émission de Mathieu Vidard « La Tête au carré » sur France Inter. « J’ai pu y évoquer des sujets variés, sur les supercalculateurs, les classements (de Shanghai, du Times), le théorème des quatre couleurs, la reconstitution d’arbres généalogiques… ».

Cette couverture médiatique, si elle ne manque pas d’agacer certains de ses collègues, est néanmoins positive pour le monde des mathématiques. Elle lui permet d’évoquer l’Institut Henri Poincaré, dont il est le nouveau directeur depuis un an et demi, ainsi que le Laboratoire d’Excellence CARMIN (Centres d’accueil et de rencontres mathématiques internationales) sélectionné par le gouvernement dans le cadre des investissements d’avenir (Grand Emprunt). Ce tout jeune directeur ne manque pas d’ambition pour son institut : « nous espérons développer la communication avec le grand public et recrutons des collaborateurs dans ce sens ».

Des conférences calibrées

La vulgarisation sera effectivement le maître mot de notre rencontre (2). « C’est important que le monde de la recherche communique avec l’extérieur. Les chercheurs sont payés par le contribuable et ont donc des comptes à rendre à la société. Nous avons également besoin d’aides venant d’entreprises et de mécènes. S’ils ne nous connaissent pas, ils ne nous aideront pas ». Le mathématicien prend exemple sur « l’Ecole » lyonnaise, « la plus impliquée dans les questions de vulgarisation des mathématiques, avec Étienne Ghys, Vincent Borrelli ou Alice Guionnet par exemple ».

Cédric Villani prend ainsi son bâton de pèlerin (mais ça n’a pas l’air de lui déplaire) et tente de changer les mentalités pour encourager les jeunes à s’engager dans des métiers scientifiques. « Je suis par exemple allé à l’émission Le Grand Journal, sur Canal +. La majorité de mes collègues aurait décliné par peur du ridicule, comme ils se refusent à donner des autographes, jugés indignes pour un universitaire ». [ndlr : ci-dessous un extrait de l'émission avec un titre discutable].

Image de prévisualisation YouTube

Il relève les mêmes réticences à participer au projet de Pierre Maraval que Mélodie Faury décrit dans un article précédent. C’est une participation à l’événement TEDxObserver à Londres en mars dernier qui lui confirme le fossé entre la culture française et la culture anglo-saxonne en termes de communication. Parti là-bas avec une conférence déjà préparée, il s’aperçoit qu’il n’est pas dans le ton de l’événement. « En assistant aux autres présentations, je me suis rendu compte que j’avais sous-estimé la taille de ce fossé. Les anglais se mettent beaucoup plus en avant contrairement aux français qui ont tendance à s’effacer devant la grandeur de la science. J’ai donc modifié ma présentation en conséquence, pour personnaliser un peu plus mes travaux ». Le résultat, une intervention sans complexe, en anglais, émaillée de photos humoristiques, qu’il se plait à nous montrer à nouveau sur son Mac.

Comme il y a quelques années pour ses vêtements, Cédric Villani a trouvé un style très personnel pour ses interventions. « J’ancre toujours mes propos dans l’histoire, avec une perspective de plusieurs siècles. En cela, je poursuis le modèle d’Etienne Ghys [ndlr : un autre mathématicien basé à Lyon qui a une très bonne réputation de conférencier] avec cette manière un peu hérétique de faire des allers-retours avec le présent ».

Méticuleux, Cédric Villani a préparé un type de conférence grand public pour chaque niveau (écoles primaires, lycée, classes préparatoires…) « mais pas encore les petites classes ». Il y parle de la stabilité du système solaire ou de l’âge de la terre. Des thèmes qui l’ont même fait se heurter au scepticisme des élèves d’un lycée de Garges-lès-Gonesse, en banlieue parisienne. « Au milieu de ma conférence, je me suis rendu compte qu’un tiers de l’auditoire ne croyait pas à la théorie de l’évolution ».

Du côté des mathématiques, il aime présenter ses travaux dans la lignée de ceux du physicien Boltzmann (dont les équations étaient son sujet de thèse) ou de John Nash (le mathématicien immortalisé par Ron Howard dans son film « Un homme d’exception »). En habitué, il nous glisse quelques ficelles : « il faut savoir alterner des moments de relâche avec d’autres de concentration intense ou encore savoir faire rire l’auditoire et faire passer une émotion ».

http://www.dailymotion.com/videoxemugb

Un ambassadeur des mathématiques françaises

Sa Médaille et cette propension à captiver son auditoire lui ouvrent les portes de nombreuses conférences, à part égale entre les spécialistes et le grand public. En France, il se déplace dans les lycées, les classes préparatoires, les universités, les écoles d’ingénieurs mais aussi dans les entreprises. « J’ai fait des rencontres très intéressantes avec des associations, le président de l’Assemblée nationale et les députés, les membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques… ».

À l’étranger, il donne des conférences dans les ambassades de France ou dans des centres culturels. « En Hongrie et en Roumanie, j’ai donné un séminaire spécialisé pour un département de mathématiques, une rencontre grand public et une autre avec l’ambassadeur ».

Parmi ses rencontres les plus intéressantes figurent « une avec des énarques en entreprise, l’école d’été du Médef où l’audience applaudissait à tout rompre » et même une conférence publique au Sénégal où les étudiants se jetaient littéralement sur lui pour avoir des autographes « comme une star hollywoodienne. Une collègue m’a même avoué qu’elle avait craint pour mon intégrité physique » sourit le chercheur en nous montrant une photo.

Mais l’heure tourne, et il va être en retard à sa prochaine interview, avec Jean-Yves Casgha dans l’émission « Autour de la Question » (RFI). Il ferme rapidement son ordinateur et s’éclipse alors, sac à dos à l’épaule vers son devoir et nouveau hobby.

Notes :

  1. À ce sujet, Cédric Villani conseille le livre « L’interview : Artistes et intellectuels face aux journalistes ».
  2. Autre suggestion de livre : « Alex’s Adventures in Numberland », un livre de vulgarisation du journaliste anglais Alex Bellos, actuellement en traduction aux éditions Robert Laffont. « Je suis admiratif de son travail, selon moi  pas moins important que les conférences de spécialistes » nous glisse Cédric Villani.

Pour aller plus loin :

« Les 20 ans de Cédric Villani« , sur le site de l’Etudiant
« Maths à mort« , un portrait réalisé par Sylvestre Huet pour Libération
« Mathématiques : les raisons de l’excellence française« , sur Sciences Actualités

>> Illustrations : portrait par Benoît Crouzet, photos par colodio et Sam Friedrich (Flickr, licence CC)

Pierre Barthélémy, journaliste en décalage

Sur le point de déménager à Cognac (Charente) avec femme et enfants, le journaliste Pierre Barthélémy a accepté de nous parler de lui dans un café, entre ses articles, son blog Globule et Télescope et un projet de livre.

A 43 ans, journaliste depuis 1990 et indépendant depuis peu, Pierre Barthélémy a eu plusieurs vies, qu’il raconte avec franchise et humour. Comme certains (beaucoup de ?) journalistes, le jeune Pierre a longtemps été indécis quant à son futur métier. « Je savais seulement que je voulais écrire, que j’étais « doué » pour ça ».

Pendant son adolescence, dans les années 1980, il était en contact avec Alain Rollat, journaliste politique au Monde, ami de la famille. « Cet homme me fascinait. C’était passionnant de voir vivre de l’intérieur un grand journal, celui que mon père lisait ». Il faut croire que cette figure marqua profondément le jeune homme car après avoir préparé « Normale Sup » en histoire-géo, Pierre Barthélémy s’est orienté vers le journalisme.

« Journaliste, c’est un peu comme prof : raconter des histoires dans un but pédagogique. » Il passe par le Centre de formation des journalistes (CFJ) et un stage au Monde avant de débuter sa carrière à 22 ans dans un magazine de course automobile puis au Nouvel Économiste. Un an plus tard, le grand quotidien national le rappelle, et c’est le début d’une aventure qui va durer 17 ans.

L’aventure autour du Monde

Pierre Barthélémy a choisi de rentrer « par la voie la plus simple et la plus rapide », le secrétariat de rédaction qu’il pratiquera pendant cinq ans. Après cette période, le journal lui propose un choix entre suivre depuis Paris l’actualité de l’Amérique ou bien entrer dans le service Sciences, une thématique « pour laquelle j’ai une curiosité naturelle depuis que je suis jeune ». Le journaliste optera pour le deuxième poste, qui lui fera réapprendre son métier : « Le service Sciences n’est jamais vraiment sous le feu de l’actu… sauf bien sûr quand un tsunami dévaste une centrale nucléaire ».

Voguant d’un sujet à l’autre, il ne se spécialisera pas trop, traitant aussi bien l’astronomie dans une chronique hebdomadaire pendant 7 ans, que l’archéologie, « un secteur en friche au Monde à ce moment ». Tout comme son alter ego à Libération, Sylvestre Huet, il profitera de la naissance de l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) pour évoquer les fouilles d’urgences sur les chantiers, « souvent remises en cause par les collectivités locales qui préfèreraient ne pas savoir ce qu’il y a sous terre », mais évoquera aussi celles, plus calmes (quoique) en Égypte et en Turquie lors de reportages sur place. Mais par-dessus tout, son « grand truc », c’est la science polaire. « Personne ne s’y intéressait depuis des années, mais je trouvais ça exotique, si je puis dire ». Pierre ira en reportage en Antarctique, au Pôle Nord et au Spitzberg.

Entre hebdo et quotidien

Au tournant du 21e siècle, « il y a 10 000 ans, plaisante-t-il, c’étaient les débuts d’internet pour le grand public ». Le journaliste a tenté de ne pas se noyer dans la vague de l’actualité, comme ont parfois tendance à faire ses confrères connectés. Pierre Barthélémy revendique une originalité dans le choix de ses sujets, « hors des sentiers battus », et une distance dans la manière de les traiter. Cette philosophie le mènera aux États-Unis à la rencontre d’un prisonnier condamné à la prison à perpétuité qui jouait des centaines de parties d’échecs par correspondance. Il profitera de son voyage pour visiter la Ferme des corps, « un lieu où on étudie la décomposition des corps, avec de vrais cadavres d’humains, pas des cochons ».

Original, oui, mais aussi humble, lui qui tiendra bénévolement pendant un peu plus de 4 mois un blog sur les échecs : « Cases Blanches, Cases Noires » qui migrera sur « Echecs Infos » (1). Un passage au Monde 2 (qui deviendra Le Monde Magazine) lui permet de découvrir encore un autre rythme « peut-être trop lent pour moi » et de se poser des questions sur le traitement des sciences dans un magazine. Dans ce cadre, il fera le portrait de Jill Tarter, astronome du SETI Institute, qu’il rencontre au radiotélescope d’Arecibo. « C’est cette femme qui a servi de modèle à Carl Sagan pour l’écriture de son livre Contact » et qui sera jouée par Jodie Foster dans le film éponyme. En France, il rencontrera l’auteure Fred Vargas, également archéozoologue. « J’ai tenté de faire à la fois un portrait et une analyse de son œuvre, car elle met beaucoup en scène des contenus scientifiques et des animaux ».

Des sciences à la planète

En 2005, il quitte Le Monde 2 pour la direction du service Sciences du Monde. « La précédente formule avait duré 10 ans, ce qui est long pour un journal ». Il propose à Eric Fottorino, alors directeur de la rédaction, de regrouper les journalistes scientifiques, médicaux et une partie des journalistes environnementaux sous une même casquette. « A l’époque, j’ai senti la montée de la prise de conscience environnementale, notamment dans les publications primaires. La responsabilité de l’homme était de plus en plus mise en cause, contrairement à ce que l’on pouvait encore penser pendant la deuxième moitié des années 1990 ». Selon lui, il était encore difficile de parler d’environnement avant le troisième rapport du GIEC en 2001.

Mais lors de sa prise de fonction en 2005, « nous avions atteint une masse critique de dix personnes qui permettait d’assurer deux pages par jour. L’idée des pages Planète est née à ce moment-là ». Pour Pierre Barthélémy, le but n’était pas d’évoquer le réchauffement climatique à longueur d’articles mais plutôt de faire prendre conscience de la finitude de notre biosphère, du caractère caduque des notions de frontière : « Les nuages radioactifs, la pollution, les migrants se moquent des frontières. Les effets de la mondialisation se voient dans l’écosystème global : l’accès aux ressources, aux terres arables, à la pêche, à l’énergie… ». Deux années plus tard, Pierre arrive enfin à imposer les pages Planète… et tournera la sienne.

Une nouvelle vie à la pige

Un court épisode à la rédaction en chef de Science et Vie plus tard, et il redécouvre la vie précaire de journaliste pigiste. Attentif aux tendances, il remarque que « les journalistes généralistes des grands média n’ont aucune culture scientifique, notamment en France. Du coup, le système médiatique met de côté, volontairement ou pas, l’importance de la culture scientifique et de l’environnement dans la société ». Reprenant l’exemple de la centrale nucléaire de Fukushima, il poursuit : « Quand une centrale a de graves problèmes, on est content de savoir comment ce monde fonctionne, quelles sont les réalités physiques, terrestres, du secteur de l’énergie, les ressources, les rendements, les besoins… ».

Selon lui, seuls les médias sur le web ont envie – et n’ont pas peur – d’évoquer ces sujets sous l’angle scientifique et technique. En partie pour des raisons de goût des jeunes journalistes web, mais aussi parce que les média se sont rendus compte que les pages scientifiques figurent parmi les plus visitées. Il propose alors un projet de blog de sciences aux sites du Monde et du Figaro. C’est finalement Slate qui acceptera d’héberger son blog « Globule et Télescope ». Une nouvelle aventure éditoriale qui signe son ancrage dans le monde des indépendants, tout comme Denis Delbecq avec Effets de terre.

Fidèle à lui-même, il traite sur son blog des sujets de manière décalée, ce qui lui joue parfois des tours. Ainsi, en plus de trois questions-que-personne-ne posait sur les tsunamis (peut-on en avoir dans l’Atlantique, peut-on le déclencher avec une bombe et peut-on le stopper), Pierre souhaitait évoquer la situation japonaise de manière détournée. « J’ai écrit l’article « Nous sommes tous radioactifs » avec une forte dose de second degré, pour montrer à quel point les média étaient entrés dans la psychose. J’ai balancé les chiffres de la radioactivité intrinsèque du corps humain comme un « crétin » de journaliste qui n’aurait rien compris. En creux, j’incitais les gens à s’informer et ne pas faire confiance aux marchands de peur. Mais certains lecteurs m’ont accusé de faire partie du lobby du nucléaire, de minimiser la situation. Heureusement, beaucoup d’autres ont bien rigolé ». Le 3 avril dernier, Pierre signait le 124ème billet de son blog, second au classement Wikio et dont les pages ont été visitées un million de fois.

L’avenir, forcément ambitieux

En filigrane de cette rencontre, Pierre évoquera tour à tour la place de l’expertise scientifique dans les média, celle des blogueurs de sciences, des journalistes scientifiques et la crise de la presse. Selon lui, les journaux papier se rétractent actuellement sur leur cœur de cible sans comprendre que leur salut est dans l’innovation. A l’inverse, « les sites internet prennent des risques. Dans ce monde, si tu n’es pas dans le coup, tu meurs. J’aimerais que cette mentalité percole dans le papier et qu’on arrive à faire la soudure entre web et papier, à l’instar des agriculteurs du Moyen-âge qui faisaient la soudure entre les récoltes de deux années pour pouvoir survivre ».

Revenant vers ses thématiques, il ajoute que « l’intérêt des gens pour la chose scientifique n’est pas rassasié : pour preuve les magazines de vulgarisation type Science & Vie, Sciences et Avenir qui ont toujours leurs lecteurs, ainsi que le lancement récent d’une mini-plateforme de blogs scientifiques au Guardian ». Dans le futur, Pierre ne cache pas son envie d’être partie prenante d’un tel projet en France. « Il y a toujours de la place pour de l’info scientifique de qualité, construite autour de journalistes et de chercheurs-blogueurs », glisse-t-il avant de partir terminer son prochain billet de blog.

Note

  1. A ce sujet, lire une interview de Pierre Barthélémy plus orientée « échecs » sur le site « Echecs Mag »

>> Illustrations : portrait par Pierre Barthélémy puis images FlickR, licence CC : StormPetrel1, NASA Goddard photo and video, Ryan Somma, Robert van der Steeg

De l’autre côté de l’Atlantique : l’Agence Science-Presse

De Pascal Lapointe, j’ai d’abord lu deux livres : Science, on blogue ! et Le guide de la vulgarisation (1). J’ai ensuite découvert son blog, puis son profil Twitter (@paslap). Ce n’est que très récemment que j’ai pu enfin discuter avec lui, via Skype. Pas simple, car ce journaliste scientifique est québécois… et très occupé !

Issu d’une formation universitaire en histoire et communications – « des programmes d’études qui, au Québec, englobent souvent le journalisme » – Pascal a débuté sa carrière comme journaliste généraliste et s’est progressivement spécialisé en sciences. En 1996, il devient directeur de l’Agence Science-Presse (ASP), poste qu’il laissera en 2006 à sa collègue Josée Nadia Drouin (@joseenadia & @scienceetlivres).

Féru de nouvelles technologies, Pascal utilise internet depuis décembre 1993, « bien avant la majorité d’entre nous », peut-on lire sur la quatrième de couverture d’un de ses livres. Cette aisance se repère facilement sur son blog, ainsi que son goût pour la réflexivité autour de son métier. Il retrace avec nous l’histoire de l’ASP.

Les premiers pas

L’Agence Science-Presse est fondée avec $40 000 au printemps 1978 sous le nom de « Service d’information Hebdo-Science », par l’Association (québécoise) des communicateurs scientifiques. La légende veut que ce bébé ait été conçu « sur la banquette d’une voiture, quelque part entre Montréal et Ottawa ». Quelques mois plus tard, le 21 novembre, le bébé pousse ses premiers cris (2). Un de ses « papas » et premier directeur a été Félix Maltais, entre 1978 et 1994. « Il a parallèlement créé ce que vous appelez encore chez vous « Les Petits Débrouillards« , devenus ici Les Débrouillards » précise Pascal.

A l’époque, le paysage des médias scientifiques francophones ne comprenait que Québec Science, un magazine qui « ne rejoignait qu’une mince couche de la population, assez sensibilisée aux sciences ». Dès la naissance d’Hebdo-Science, ses créateurs souhaitent l’en distinguer de ce magazine qu’ils jugent trop élitiste. « Nous avions insisté sur la nécessité de rejoindre plutôt le « monde ordinaire », celui qui ne s’intéresse pas spontanément à la science (…) [les lecteurs] des hebdos régionaux, distribués gratuitement » expliquent-ils.

Une production variée

« Seule agence de presse spécialisée en science » au Canada, d’après Pascal Lapointe, l’ASP est également la seule de toute la francophonie à s’adresser aux grands médias plutôt qu’aux entreprises. Elle compte parmi ses clients des quotidiens, des hebdomadaires, des radios et des sites web québécois ainsi que « quelques journaux canadiens francophones hors-Québec ». Parfois, certains sites web en français et non canadiens réutilisent leurs articles.

Moyennant un abonnement à l’ASP, ces médias (Le Journal de Montréal, La Presse…) peuvent utiliser les productions de l’agence : « des articles journalistiques (dont des capsules, ou brèves, produites chaque semaine depuis 33 ans), l’envoi hebdomadaire aux abonnés (dont des textes envoyés en primeur, ensuite mis en ligne), les revues de presse (kiosques) thématiques, les blogues, l’émission de radio (Je vote pour la science), parfois des livres [de nature encyclopédique, scolaire ou de vulgarisation] et autres produits spéciaux: nous avons par exemple été les initiateurs du portail montréalais de la science ».

Sciences, politique… et humour

Concernant l’émission de radio « Je vote pour la science », Pascal justifie les choix de l’Agence : « il nous est apparu que ces liens entre science et politique étaient très peu couverts: les journalistes scientifiques couvrent la science, les journalistes politiques couvrent la politique. L’Agence faisait déjà des textes régulièrement autour de cette thématique, mais le désir d’expérimenter la baladodiffusion s’est imposé en 2008, et une station de radio communautaire de Montréal nous a offert l’opportunité de l’enregistrer de manière plus professionnelle ». L’Agence a également été à l’origine d’une émission de télévision dans les années 1980 et d’une autre, baptisée Eureka, en 2007. Elle a également effectué des recherches pour des émissions scientifiques comme Z=MC2 (canal Z).

La qualité de ses productions et ses angles décalés et pertinents en font une source d’information recherchée. A la question « quels sont vos sujets favoris ? », Pascal répond : « ce n’est pas tant des sujets que des façons d’aborder l’actualité: comme nous ne sommes pas une agence de presse ordinaire (comme l’AFP ou Reuters), nous n’avons pas la capacité pour couvrir l’actualité au jour le jour et devons donc trouver des angles originaux. Mais nous ne sommes pas tout à fait non plus un magazine, donc nous ne produisons pas de longs dossiers avec un recul de quelques mois sur l’événement ». En effet, dans un article rédigé à l’occasion du 25ème anniversaire de l’agence, on peut lire que « l’équipe de l’ASP est passée maître dans la publication de brèves amusantes (…) [et] se plaît à démanteler les légendes urbaines absurdes ». On y apprend également que l’agence est une pépinière pour lancer de jeunes journalistes talentueux.

L’aventure internet

1996 est une année charnière pour l’Agence Science-Presse, et pour Pascal qui en prend la direction. C’est en effet l’année du lancement du site internet, qui sera maintenu jusqu’à aujourd’hui sans interruption. Une vraie prouesse dans le monde de l’information scientifique.

Neuf ans plus tard, en 2005, l’ASP lance sa plateforme de blogs « Science, on blogue », le premier réseau de blogues rédigés par des scientifiques en langue française. « Nous avons commencé en 2005 à recruter des scientifiques en fonction de grandes thématiques, à qui il fallait carrément commencer par expliquer ce qu’était un blogue, se souvient Pascal, La refonte majeure du site en 2010 nous a donné l’occasion d’en recruter beaucoup de nouveaux, mais nous commençons aussi à être approchés par des scientifiques ou des étudiants en science qui voudraient bloguer. La grande majorité des blogueurs sont des profs d’université ou des étudiants, les autres sont des communicateurs ou journalistes professionnels ».

Aujourd’hui, l’ASP poursuit son petit bonhomme de chemin : « d‘autres produits plus anciens, sont en sommeil, mais n’attendent qu’une occasion pour renaître », sourit Pascal qui se dit prêt à des collaborations avec les français. Message reçu !

Notes

  1. Il a écrit ou participé à deux autres livres publiés aux éditions MultiMondes : La Science pour tous (Vol. 1) et Utopie.net
  2. La Une du premier numéro est consacrée à Fernand Seguin, père de la communication scientifique au Québec. A l’occasion du 30ème anniversaire de l’ASP, ce texte a été republié sur son site internet.

>> Voir la chronologie de l’Agence Science-Presse, de 1978 à 2003

Le démystificateur en blouse et lunettes

Rencontre dans un café avec le mystérieux Victor Rodgère, ou plutôt le journaliste qui se cache derrière ce pourfendeur d’arnaques.

De quoi parle Victor Rodgère ?

La première vidéo de Victor [ndlr : et son coup de maître avec plus de 56 700 vues] concerne les fameux « bracelets d’équilibre », un très bon exemple d’escroquerie. Les gens ont été bernés par un coup marketing génial : on leur a fait croire, grâce à un test convaincant, qu’un simple bracelet en silicone sur lequel est collé un pseudo-hologramme pouvait améliorer l’équilibre et la force… C’est dément ! Mais je comprends que certains aient pu être impressionnés, car ils n’ont pas eu le temps de prendre un peu de recul et de réfléchir au test qu’ils venaient de subir. Et c’est en tombant sur une vidéo des fabricants qui présentait ces tests  que j’ai eu envie de la parodier, tout en proposant une expérience simple que chacun peut faire. Nous avons notamment montré qu’une petite cuillère tout à fait ordinaire avait autant de pouvoir que ces bracelets. C’est-à-dire aucun !

La seconde vidéo concerne le respirianisme [17 200 vues] et la troisième [25 900 vues] s’attaque aux aphrodisiaques et reprend l’idée du test. Dès qu’on peut faire une expérience, on la tente car je pense que c’est très éloquent, surtout pour des personnes qui ne sont pas forcément sensibles à la méthode scientifique. Ces expériences ne sont pas scientifiquement très rigoureuses, mais elles mettent l’internaute sur la voie de l’esprit critique. Pour la dernière vidéo en date, l’irrigation du colon [8100 vues dont quasiment 5000 dans les premières 24 heures], difficile à expérimenter, nous en avons profité pour faire un petit hommage aux Nuls et à la fameuse fausse pub Tonyglandil.

Journaliste ou chercheur… qui est Victor ?

Le personnage de Victor n’est pas un chercheur mais plutôt une caricature de la science avec sa blouse et ses lunettes. Les vidéos qui le mettent en scène viennent compléter la rubrique « Décryptage » du mensuel Sciences et Avenir où nous passons en revue des arnaques, des escroqueries ou encore des pratiques pseudo-thérapeutiques qui s’appuient sur des arguments scientifiques dévoyés. Victor fait donc un véritable travail de journaliste, mais il le présente avec dérision et un esprit un peu burlesque, ridicule, afin de traiter les sujets de manière plus légère. Son nom fait d’ailleurs référence à un passage célèbre du film culte : « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? ». La scène se passe dans la cabine d’un avion au moment du décollage. Le Capitaine Over (« Terminé » en langage radio) communique avec la tour. Il termine chacun de ses messages par « Roger », ce qui signifie « Message reçu ». Or le co-pilote, joué par le basketteur Kareem Abdul-Jabba, s’appelle justement Roger. D’où cet échange interminable entre la tour, le  capitaine et le co-pilote qui à chaque fois que l’on prononce Roger, croit que l’on s’adresse à lui. Et comme « Roger » signifie « message reçu», j’ai trouvé qu’il convenait parfaitement à notre projet, alors je l’ai francisé. C’est devenu Rodgère. Quant à Victor, c’est tout simplement le prénom du mécanicien assis derrière les deux pilotes. Je crois que c’est la première fois que j’explique tout ça !

http://www.dailymotion.com/videoxfe9r0

Pas de problème de schizophrénie ?

Au contraire, créer ce personnage m’a beaucoup aidé à me sentir plus à l’aise face à la caméra. Victor Rodgère, ce n’est pas moi, ce n’est pas le journaliste. Je souhaitais aussi qu’il ait une identité visuelle forte, facile à retenir et à illustrer. Cette identité se retrouve dans le logo de l’émission conçu par Christian Poulot, un graphiste blogueur qui travaille dans le milieu de la mode. Regardez bien, la silhouette a été dessinée d’un seul trait !

Comment se passent les tournages ?

J’ai la chance de travailler avec une petite équipe mise à disposition par le Nouvel Observateur [ndlr : hebdomadaire du même groupe de presse que Sciences et Avenir]. Deux jeunes s’occupent du tournage et du montage (Elena Brunet et Cédric Cousseau) et Jérôme Hourdeaux, chef de la rubrique vidéos du Nouvelobs.com, prend en main la logistique, le planning et tout ce qui a trait aux droits comme l’utilisation de certaines musiques par exemple. Je prépare le scénario, découpé en petites scénettes. Puis nous tournons, si possible en extérieur quand la météo le permet. Petite anecdote : pour l’irrigation du colon, la pluie nous a obligés à nous rabattre dans un restaurant pour tourner les dernières scènes. Nous avons donc du trouver une autre chute que celle qui était prévue en extérieur.

http://www.dailymotion.com/videoxfvm5p

Nous réalisons une vidéo par mois, pour un tournage d’une demi-journée en moyenne. Pour la première vidéo, nous sommes allés au Trocadéro et nous avons demandé à des touristes de participer. Je devais me présenter comme un journaliste pour les rassurer, car avec ma blouse et mes lunettes, j’avoue que j’ai un petit côté pervers qui peut faire peur (rires). Pour les autres vidéos, j’ai fait participer des amis comme par exemple Marine Sartoretti qui est mannequin [vidéo sur les aphrodisiaques] ou la comédienne Karine Hulewicz [vidéo sur l’irrigation du colon]. Tout cela se passe dans un esprit très potache.

Pourquoi avoir choisi ce format de courtes vidéos sur le web ?

En tant que journaliste dans un mensuel papier, j’avais envie de me frotter à d’autres médias. Je n’échappe pas à cette tendance de vouloir marier les supports, chacun avec ses spécificités éditoriales et temporelles. La vidéo est un bon moyen de faire passer une information scientifique avec un peu d’humour. Nous espérons aussi atteindre un public plus jeune et n’ayant pas forcément le réflexe de s’intéresser aux sujets scientifiques souvent jugés un peu austères. Notre but est de les divertir tout en leur montrant l’importance du sens critique. S’ils veulent aller plus loin, ils peuvent lire le complément dans le mensuel. C’est un exercice intéressant qui m’oblige à concevoir un même sujet sous deux formes différentes, l’une très écrite et l’autre très visuelle. Cette expérience nous a également permis de nous imprégner de l’esprit du web, tout en gardant la même rigueur que l’on peut avoir sur le papier. Ce que raconte Victor Rodgère est le résultat d’une enquête réalisée auprès de chercheurs et spécialistes, comme je le fais pour un article classique.

http://www.dailymotion.com/videoxg5e0y

Est-ce difficile de faire passer de tels messages en vidéo ?

Les personnes qui travaillent sur le web vous le diront : on a encore du mal à trouver un format qui fonctionne en vidéos. Cela tient beaucoup au fait qu’il n’est pas possible de raconter grand-chose en quelques minutes. Il y a des exceptions : je pense en particulier aux conférences TED, qui en 15 minutes, ce qui est long sur le web, diffusent de la connaissance sans être ennuyeuses. Ils ont réussi à transformer une cour magistrale en un véritable show, mené par des intervenants brillants, charismatiques et souvent drôles. Nous, on n’avait pas tout ça  (rires), alors on essaie de faire plus court avec un peu d’humour. Nos vidéos sont découpées en trois parties : un sketch ou une expérience, puis un « Debrief » qui explique le sujet suivi d’une chute, le tout ponctué si possible de quelques gags. Je pense que nous ne sommes pas totalement au point, notamment pour le Debrief qu’il faudrait rendre plus fluide, car je trouve qu’il casse un peu le rythme de certaines vidéos. On y travaille !

http://www.dailymotion.com/videoxgr59f

>> Pour aller plus loin : Victor est présent sur Facebook, Knowtex, Dailymotion et bien sûr Sciences et Avenir

J’ai muté en journaliste ninja

Septembre 2009 : je termine mon stage de fin d’étude de journalisme et débute la vie de pigiste. 5 novembre 2010 : je découvre le pecha-kucha pour la première fois devant un public nombreux à La Cantine. Entre ces deux dates, je suis passée de journaliste scientifique « classique » à… ninja.

La transformation que j’ai subi en un peu plus d’un an vaut bien un petit billet, même si ce n’est pas le premier dans ce domaine. Depuis la fin de mes études, j’ai donc découvert successivement la dure loi de la pige (et du job d’auto-entrepreneur), les joies des voyages de presse et des reportages, le monde de Twitter, des blogs et des réseaux sociaux, le nouveau métier de community manager qui plus est dans une start-up aux membres ultra-motivés, les RDV aux quatre coins de la capitale dans une même journée sandwich-dans-le-métro-compris, l’univers et les métiers de la culture scientifique, les difficultés de gérer une équipe sur une mission et enfin l’adrénaline du pecha-kucha (la liste n’est pas exhaustive, d’autant plus si on compte ma « montée » à Paris après mon enfance à Limoges) ! La journée de vendredi dernier étant un condensé de ce que j’ai pu vivre jusqu’ici, je vous en livre un petit résumé.

11h : RDV gare Montparnasse avec Nicolas Loubet et Laurent Chicoineau pour échanger autour de la culture scientifique. Laurent est directeur de La Casemate, le CCSTI de Grenoble, auteur, blogueur, et depuis peu présent sur Twitter et Knowtex. Autant vous dire que les échanges se sont fait à bâtons rompus.

14h : Déjeuner à peine terminé, je fonce dans le métro pour mon prochain RDV. Oups ! Il me faut encore appeler plusieurs chercheurs pour convenir d’un jour de rencontre en début de semaine. Si j’attends trop, ils seront injoignables et ce retard décalerait toute la chaîne de production de 5 pages dans le prochain Sciences et Avenir… Les RDV fixés, je pianote ensuite quelques mails sur mon téléphone pour confirmer à l’iconographe et…

15h : … Loïc Petitgirard m’attend déjà ! Loïc est un des commissaires de l’exposition MuseoGames au Musée des Arts et Métiers. Je souhaite visiter cette exposition consacrée à l’histoire des jeux vidéo pour compléter une série d’articles sur ce sujet pour le blog des interacteurs. Carnet et appareil photo en main, je note les explications de Loïc et jette des coups d’œil aux écrans qu’il mentionne. En guise de récréation, Loïc et moi nous affrontons sur les bornes d’arcade mises à disposition du public. Quelques minutes de jeu qui mont prouvées que je ne suis pas totalement rouillée !

16h30 : après un second tour rapide de l’exposition, seule cette fois pour lire quelques panneaux et prendre des photos, je me dirige vers un café proche du musée afin de réviser ma présentation du soir, achevée la veille au soir vers 20h avec Nicolas. Je dégaine mon ordinateur et me connecte au wifi illimité du bar (halléluiah). Bon, avant de réviser, un petit tour sur ma mes boîtes mails, quelques réponses rapides puis visite de Knowtex. En bonne community manageuse, je me dois de vérifier la « bonne santé » de tous les membres du réseau. Pendant tout ce temps, je poste quelques liens sur Twitter pour garder le rythme.

17h : l’heure tourne et il faut bien me mettre à la révision de mon diaporama. Je passe 45 minutes à tenter de faire rentrer tout ce que je souhaite dire sur Knowtex en 20 diapos de 20 secondes chacune (c’est le principe du pecha-kucha). Regard fixé sur mon écran en mode « autiste », lèvres qui bougent toutes seules… les serveurs doivent me prendre pour une folle.

18h : pas le temps d’avoir honte, je range mon ordinateur et fonce vers le métro, direction La Cantine. Là-bas, Nicolas Loubet, Antoine Blanchard (alias @Enroweb) et Elifsu Sabuncu s’activent et installent les derniers éléments pour la soirée « Culture scientifique, culture numérique : le grand mix ».

 

Quatre heures de plaisir et la sensation de participer à quelque chose d’inédit dans le domaine de l’information scientifique en général et sur le web en particulier. Les comptes-rendus de la soirée (billets de blog, vidéos et photos) ne tarderont pas et vous pourrez les consulter ici.

Je me bornerai dans cet article à vanter les mérites du pecha-kucha, expérience lancée par des designers pour présenter leurs travaux rapidement et efficacement. Elle a plusieurs mérites : réduire son discours à 20 diapos de 20 secondes, faire l’effort de produire un diaporama léger et beau, gérer son stress et son temps devant le public. A la fin de ces 6 minutes 40, la pression accumulée lors de cette journée retombe (ce n’est pas Gaya qui vous dira le contraire).

Les retours IRL et via le mur de tweets (hashtag #lemix) nous confirment que cette soirée est une sacré réussite pour nous, « petits jeunes » qui n’en attendions pas tant et qui n’en menions pas large face à la qualité des participants et intervenants.

23h : apéro de fin de soirée avec l’équipe d’Umaps et @Nanostelia qui s’est laissé entraîner pour l’occasion.

1h30 : dodo…

Si cette semaine et cette journée m’ont passablement laissée sur les rotules, je n’ai qu’une envie : recommencer dès demain, avec des interviews, des rédactions d’articles et un voyage à Lyon.

>> Illustrations Licence CC : lamont_cranston et Mikaly