Une université des sciences dans les nuages

Unisciel signifie « Université des Sciences en Ligne ». Mais pour parler de cette université « dans les nuages », il nous faut rester sur terre et rencontrer ses responsables. Maxime Beaugeois, le chargé de projet et responsable de la communication d’Unisciel nous a donc accueillis le 24 novembre dernier dans le Service enseignement et multimédia (SEMM) de l’Université Lille-1.

C’est là qu’est basé Unisciel, réseau social fonctionnant sous Elgg lancé en juin 2010 sous l’impulsion du Ministère de la recherche et de l’Enseignement Supérieur. Il fait partie des sept Universités numériques thématiques françaises (UNT). Son objectif est de permettre un accès à plus de 3500 ressources pédagogiques scientifiques provenant de 31 universités et écoles d’ingénieurs françaises, gratuitement, pour tout un chacun.

« Nous avons insisté pour être totalement ouverts à quiconque : étudiants, enseignants, monde socioprofessionnel ou simples curieux, faisant partie du réseau des partenaires ou non. Rien de pire que de brider un étudiant dans sa recherche documentaire par une inscription obligatoire ou un paiement » précise Maxime.

Au lancement du projet, les responsables souhaitaient « rassembler le patrimoine numérique des universités scientifiques françaises sur un seul site, explique Monique Vindevoghel, la secrétaire d’Unisciel, depuis les cours proposés dans les Espaces numériques de travail (ENT) de chaque université partenaire jusqu’aux ressources mises à dispositions sur les blogs des professeurs ». Selon elle, cela a nécessité un gros travail de recensement et d’indexation (1) effectué par une documentaliste de l’ENS Lyon pendant trois ans à temps plein.

Chaque ressource – cours, exercices, TP – est triée en fonction de la matière, de mots clés, du public visé. Les diaporamas, en qualité de résumé non utilisable en autonomie, ne sont pas acceptés. Chaque université peut indexer ses propres ressources. Unisciel ne les modère pas a priori, faisant confiance aux structures. Du côté de l’utilisateur, la recherche d’une ressource grâce au moteur de recherche permet d’accéder à une description (thème, auteurs, éditeurs…) et fait un lien avec un contenu social : des groupes de discussion, un forum, des scenarii pédagogiques, des liens vers le web….

En plus de ces ressources, la page d’accueil du site propose deux autres entrées : une exploration des métiers (selon la classification ROME) et l’actualité scientifique, « une partie pour l’instant moins développée » qui collecte des informations grâce aux flux RSS des différentes universités et écoles.

Si les responsables se sont d’abord concentrés sur les ressources, le Ministère a rapidement souhaité orienter leur action vers les usages, c’est-à-dire l’organisation de contenus et la fonction de réseau social plutôt qu’un ENT. En plus de la valorisation de l’existant, Unisciel soutient donc la production, à condition qu’elle soit mutualisable et incite ses membres, et notamment les enseignants, à créer des parcours scénarisés pour les étudiants, avec les modules d’apprentissage (micro-ressources d’exercices). On parle alors de trajectoire d’apprentissage, plébiscitée par les étudiants selon Monique Vindevoghel.

Depuis le début du projet, l’équipe est réduite à deux salariés disposant de l’appui technique de la cellule TICE de l’université de Lille-1. Les universités et écoles partenaires n’étant pas moteurs dans la communication autour d’Unisciel, la progression du réseau n’est pas encore à la hauteur des espérances de ses responsables. Pourtant, les besoins sont là et Unisciel affirme avoir les moyens de toucher près de 300 000 étudiants rien qu’avec ses universités et écoles partenaires.

Ainsi, selon Maxime Beaugeois, une enquête nationale menée entre février et juin 2010 sur les usages des étudiants scientifiques en terme de numérique et de ressources documentaires a montré un élément important. « Les étudiants sont à la recherche de ressources documentaires mais faute de recommandations de leurs professeurs – 45% d’entre eux ne donnent jamais de webographie – ils utilisent Google ou des forums ». Ces résultats seront présentés les 18 et 19 janvier 2011 à l’université Paris-6 lors des journées Unisciel.

Outre la volonté de fédérer plus de personnes dans le réseau et de créer plus d’interaction sociale, le projet principal de l’année 2011, dévoilé par Monique, est de « créer un site privé partenaire qui comporte les fichiers sources de produit où les enseignants pourront récupérer des morceaux de textes, vidéos, exercices interactifs pour faire leurs cours, le tout sous licence libre Creative Commons ».

L’enseignement en ligne à Lille

« Le phénomène des universités en ligne date de 1995 avec 13 établissements, qui sont aussi nos partenaires historiques explique jean-Marie Blondeau, enseignant-chercheur en physique à Lille-1, du côté de Lille, nous avons lancé avec Monique Vindevoghel un laboratoire d’enseignement multimédia à cette période, dans une salle de 20 m² qui est aujourd’hui le SEMM, un bâtiment moderne de 800 m² ».

Dans le cadre de ce premier projet, 1200 heures de formation (cours, animations, TD…) seront mises à dispositions, en mathématiques, physique et biologie. Lors du lancement des Universités en ligne thématique (ULT) puis des Universités numériques thématiques (UNT), Lille-1 a décidé de s’impliquer dans les sciences, jusqu’au lancement d’Unisciel. L’université possède par ailleurs un ENT couplé à un blog lancé il y a six mois.

Note

  1. Chaque ressource est indexée sous la norme SupLOMFR dont l’intérêt est décrit sur cette page.

Un ch’ti peu de science avec le Forum départemental des sciences

Après la visite de quatre centres de science, sans compter les parisiens, un passage dans le CCSTI de Villeneuve d’Ascq, près de Lille, aurait pu paraître le début d’une certaine routine. Mais au sortir de la station de métro près de l’Hôtel de ville, nous avons été bluffés par la taille du Forum départemental des sciences, un bâtiment de 4000 m² cerclé de verrières créé spécialement pour la culture scientifique et technique.

Situé près des universités Lille-1 (sciences et techniques) et Lille-3 (sciences humaines et sociales) et en contact avec de nombreuses entreprises innovantes de Villeneuve d’Ascq, le forum est desservi par le métro et l’autoroute. En face de lui, de l’autre côté d’un imposant parking, est installée la Rose des vents, scène nationale qui accueille des spectacles de théâtre et de danse.

Et la visite du Forum n’a fait que confirmer notre bonne impression. Beau bâtiment lumineux et coloré, il comprend un grand accueil, une salle de documentation (1), un planétarium, un café et deux espaces d’expositions, dont un spécialement conçu pour les enfants. Sur toutes les affiches des expositions présentées au Forum figure la photo d’un être humain, point de départ d’une réflexion sur le rapport de l’homme avec les objets de la science.

Pourtant, malgré un équipement et un emplacement très favorables, le Forum a connu plusieurs crises dans son histoire. Franck Marsal, le directeur depuis un peu moins d’un an et demi et Fabienne Derambure, responsable de la communication, nous évoquent l’histoire du forum et ses prétentions actuelles.

Une certaine idée de la culture

Au commencement, comme souvent, est le projet d’un homme, Bernard Maitte, physicien et professeur d’histoire des sciences et d’épistémologie à l’université Lille-1, véritable militant et moteur de la réflexion autour de la culture scientifique et technique (CST) en France.

Depuis le début des années 1980, il milite pour la création d’une structure pour la culture scientifique et technique dans la région Nord-Pas de Calais. En 1982, avec quelques amis, il créée ALIAS, une association loi 1901 aussi nommée « Centre Régional de Promotion de la Culture Scientifique, Technique et Industrielle ». Selon Fabienne Derambure, ce projet puise sa source intellectuelle dans les écrits du physicien et philosophe Jean-Marc Lévy-Leblond. Le groupe développe une réflexion autour du livre scientifique et des clubs scientifiques pour les jeunes.

Le petit groupe ne dispose pas encore de lieu d’exposition. Qu’à cela ne tienne, il décide de créer des outils pédagogiques « qui ouvrent les esprits » et d’aller sur le terrain (classes, MJC, centres sociaux…). Ces productions jetteront les bases d’un futur catalogue de plus de 50 productions originales (expositions, ateliers, malles découverte, valises exploration, planétarium…), mises à disposition dans la région, en France et même en Europe.

En 1984, ALIAS créée une valise d’exploration sur le thème de la symétrie, véritable « mix entre une exposition et un atelier, comme un musée hyper compact » décrit Fabienne. La volonté était de « faire réfléchir sur des sujets complexes mais dont on peut parler avec des choses du quotidien », comme la peinture ou l’architecture en ce qui concerne la symétrie.

Un lieu pour la CST dans le Nord

À cette époque, l’association est hébergée par la Maison régionale de la nature et de l’environnement (qui depuis a changé de nom). En 1989, le maire de Villeneuve d’Ascq, Gérard Caudron, met à disposition un local de 500 m², qui jette les bases d’un lieu d’accueil et de médiation « dans lequel l’association a pu développer des actions de mise en culture de la science sur la région » explique Fabienne qui sera embauchée un an plus tard.

« L’idée de construire un véritable CCSTI a tenu l’association durant toutes ces années et a nécessité beaucoup d’énergie » précise cette femme dynamique. Les membres et salariés de l’association ont assisté en décembre 1996 à la concrétisation de leur projet avec l’ouverture du Forum des sciences (toujours sur le format associatif, qui stoppera en 2005) en partenariat avec l’Etat, la Région, le Conseil général du Nord et la Ville de Villeneuve d’Ascq. L’ouverture de ce bâtiment ne modifie pas l’esprit et le leitmotiv des débuts : « mettre la science en culture » (2).

Depuis cette date jusqu’au milieu des années 2000, le Forum poursuit cahin-caha son activité, malgré les problèmes d’argent et la succession des directeurs. « Certains financeurs se sont désengagés devant les difficultés du Forum mais d’autres nous ont aidés, se souvient Fabienne, de plus, on a pu compter sur la motivation de l’équipe dont les membres sont des militants qui ont choisi de s’investir et défendre la structure. En cela, nous avons développé un fort esprit critique sur le plan culturel et une exigence importante ». En 2005, le budget tombe à néant pendant six mois. Si l’expérience a été difficile, elle a beaucoup appris à tous et notamment à la responsable de la communication.

Des expositions pour les 3-6 ans

Les difficultés n’ont pas empêché le Forum de se forger une solide réputation nationale dans la création d’expositions « Petit forum » pour les 3-6 ans ainsi que dans la médiation.

Ainsi, le Forum a fait le choix d’avoir recourt à un grand nombre de médiateurs – il n’y a pas d’activité non animée – et compte actuellement 55 salariés et une vingtaine de vacataires. « Nous souhaitons mettre le visiteur en situation de réflexion plutôt que de lui donner des définitions toutes faites. Nous sommes en permanence en « R&D » de la médiation humaine la plus adaptée » précise Fabienne.

Arrive alors le 1er janvier 2006, date charnière dans l’histoire du Forum puisqu’il s’agit de la départementalisation de la structure. Le bâtiment a alors 10 ans et commence à vieillir. Sa rénovation sera entièrement prise en charge par le département du Nord (3).

Un nouveau directeur, Yves Rok, est alors embauché avec l’accord du Conseil général et restera en poste deux ans et demi. Cette reprise par le département apporte une réelle sécurité à la structure, désormais nommée Forum départemental des sciences. Elle ne subit plus la pression de la recherche de financements et garde néanmoins une indépendance sur sa programmation.

Mais l’actuel directeur, Franck Marsal, ne souhaite pas s’asseoir sur une « rente de situation, à l’image de l’Arabie Saoudite avec son pétrole ». Il réfléchit déjà au modèle économique à moyen terme pour ne pas dépendre uniquement du financement des collectivités territoriales, elles-mêmes en situation difficile. « La réflexion autour des relations avec les industriels locaux se pose fortement dans les structures culturelles de la région » analyse-t-il.

Un travail en réseau

L’arrivée du nouveau directeur a également marqué un léger changement dans la philosophie du Forum avec une orientation vers le travail en réseau. Franck Marsal s’intéresse ainsi de près aux travaux de Relai d’sciences (Caen) ou Ombelliscience (Picardie), des CCSTI dépourvus de lieu d’accueil et qui en ont fait une force.

« Je vois le Forum à la fois comme un lieu, avec ses expositions, ses animations, etc. et comme un animateur de réseau. On doit concevoir le bâtiment comme un point de départ, la « pompe » qui alimente le réseau » explique-t-il. Et ses idées ne sont pas des effets d’annonce. Le Forum commence à tisser des liens avec quelques structures « culturelles » (4) et « scientifiques et techniques » (5) du département et de la région. Ces dernières, au nombre de huit, et le Forum se regroupent tous les trois mois pour jeter les bases de futures collaborations.

Selon Franck Marsal, l’objectif est d’être visible en tant que réseau pour la prochaine Fête de la science, en octobre prochain. « Nous débutons un gros travail de structuration. Une communauté culturelle autour de la science est en train d’émerger ». En fil d’Ariane, la « dimension de proximité », dans une région lourdement touchée par la désindustrialisation. Le dernier dossier de presse met en évidence les questions que le Forum se pose : « en quoi, le développement d’une CST est-il un levier de développement de nos territoires, une ressource de créativité et de cohérence dans une société en crise ? », « en quoi pouvons-nous mieux contribuer au rayonnement du Nord au niveau national et international ? »…

S’appuyer sur les jeunes et le tissu industriel

Pour tenter d’y répondre, le Forum souhaite s’appuyer sur la culture liée à ces industries disparues (industries du textile et mines) et les plus récentes (vente par correspondance, chimie, agro-alimentaire…) afin d’appuyer son travail de médiation.

« Il reste encore de très fortes inégalités dans l’accès à l’emploi, la santé, la culture et les infrastructures de transport. Le Nord-Pas de Calais est un lieu de passage (TGV, port de Dunkerque…) mais la circulation intrarégionale n’est pas si facile et le sud du département du Nord est enclavé », analyse cet ancien de la SNCF, connaisseur du monde de l’entreprise et de la fonction de manager.

« Au-delà de la pratique professionnelle, la science est aussi un champ de la culture pour la population, souligne Franck Marsal, les citoyens développent une pratique de curieux comme pour la pratique musicale amateur, à la différence près qu’il manque encore la reconnaissance et les instruments pour encourager la curiosité scientifique ». Une situation paradoxale selon lui, car « la science est pourtant un objet facile à transporter dans les zones rurales, contrairement à l’opéra. Il faut inventer de nouvelles manières de faire, des lieux pour mettre tout ça en réseau et en culture ».

Et cela débute avec les enfants, lors de l’opération Sciences Collège Nord, menée en partenariat avec d’autres structures culturelles du département et des enseignants de plusieurs disciplines et qui se renouvelle tous les ans depuis 10 ans. Au programme pour les 2500 élèves touchés chaque année au sein des 52 collèges, une thématique travaillée tout au long de l’année et mise en valeur lors de trois rassemblements : une journée d’animation, une visite d’un des sites partenaires et une journée de valorisation des travaux des élèves au mois de juin.

Tisser des liens avec l’université

Une réflexion se développe également autour du PRES lillois, pour faire le lien entre le tout jeune réseau culturel et les universités de la région. « La difficulté sera de trouver le positionnement de chacun ». Une prochaine convention-cadre avec l’université fera le point sur les partenariats et échanges avec le Forum.

A la fin de l’année 2011, le Forum départemental des Sciences fêtera ses 15 ans. La structure a la volonté de « maintenir un haut niveau de création », avec une exposition « Petit forum » par an, des ateliers, plusieurs malles et des séances au planétarium. Avec une moyenne de 100 000 visiteurs par an et le double en itinérance, le Forum se définit comme le plus gros CCSTI généraliste de province et ne cache pas son « ambition de devenir un acteur de référence de la culture scientifique au niveau national et européen », comme par exemple le Musée de l’Institut royal des sciences naturelles de Bruxelles.

Autant de projets qui seront couchés sur le papier ces prochains mois dans le futur projet culturel du Forum. Sa publication correspondra à l’élection d’un nouveau président du Conseil général, moment clé dans la vie de cette structure départementale. « Les questions de la culture scientifique ouvrent beaucoup de débats. Nous devons prendre le temps de travailler ce projet pour être écoutés et échanger. Ça ne nous empêche pas d’agir pendant ce temps » conclue Franck Marsal.

*  * *

Les visiteurs du Forum départemental des sciences

De 2006 à 2009, la fréquentation du Forum départemental a progressé de 43 % (de 57 440 à 101 225 visiteurs par an) pour un total de plus de 500 000 visiteurs. De janvier à juin 2010, la structure a accueilli 63 000 visiteurs.

À elle seule, l’exposition « Au temps des mammouths » a vu affluer 33 000 curieux. Du côté des classes, l’opération « Sciences Collège Nord » a mené à terme 54 projets en 2009 contre 31 l’année précédente. Quant à l’itinérance des outils, celle-ci est passée de 454 semaines de présentation de malles découverte, d’expositions, etc. en 2006 à 609 semaines en 2009 et 145 pour le premier semestre 2010.

Les visiteurs sont venus à 46 % en groupe scolaire, 39 % avec des enfants et 20 % avec d’autres adultes. Quant aux professions des adultes, il s’agit de 39 % d’enseignants, 15 % d’employés ouvriers (inhabituel dans une structure culturelle), 11 % de cadres supérieurs, 11 % de professions intermédiaires, 6 % de retraités et 4 % d’étudiants.

Qu’ils viennent pour la première fois (40%) ou une fois par an (40%), tous les visiteurs estiment avoir été bien accueillis, intéressés, stimulés et enthousiasmés et donnent une note de 8/10 au Forum. Enfin, le Forum est considéré à plus de la majorité comme un « lieu de découverte et de transmission des connaissances » ainsi que de « large accès à la culture pour tous » (6).

Notes

  1. Le centre de documentation offre son appui aux professionnels dans leur montage de projet de culture scientifique, s’appuyant sur un fonds multimédia de plus de 13 000 références et une connaissance aigüe des réseaux et des outils régionaux.
  2. Une partie des citations de l’article et de ces notes est tirée du dossier de presse de la saison 2010-2011.
  3. Le département a investit 1,8 millions d’euros pour la remise à niveau du bâtiment (travaux de sécurité incendie, amélioration du confort thermique, réfection de l’accueil, etc.).
  4. Le Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, le Musée-atelier du verre à Sars-Poteries, la Villa Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Cappel, le Musée de Flandre à Cassel…
  5. Le Musée-site archéologique départemental de Bavay, l’Ecomusée de l’Avesnois, le Centre historique minier Lewarde, la Cité Nature à Arras, le Centre nationale de la mer Nausicaa, la Coupole d’Helfaut-Wizernes, le Musée d’histoire naturelle et de géologie de Lille, le Palais de l’univers et des sciences à Cappelle la Grande
  6. Selon une enquête réalisée au printemps 2010 sur 258 visiteurs.

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Physifolies, de l’exposition temporaire à l’expertise

En guise de mascottes : Einstein tirant la langue et Biloute, le célèbre ch’ti, placardés sur les murs de l’UFR de Physique de l’université Lille-1. Physifolies annonce la couleur : les quelques membres de l’association sont des passionnés qui souhaitent promouvoir la physique dans la région Nord-Pas de Calais sans complexe et de manière ludique.

Parmi eux, Daniel Hennequin, chercheur au CNRS dans le « Laboratoire de Physique des Lasers, Atomes et Molécules » et Maxime Beaugeois, docteur en Physique et chargé de communication par ailleurs impliqué dans le projet Unisciel. Ils nous racontent l’histoire de l’association qui, après un départ tonitruant en 2005, a trouvé depuis peu son rythme de croisière.

Des débuts prometteurs

Sous l’impulsion de la Société française de Physique, Physifolies a vu le jour, il y a 5 ans, grâce à six passionnés. Nommée à l’époque « Année Mondiale de la Physique dans le Nord-Pas de Calais », cette association avait été créée exclusivement pour cet événement, afin d’en piloter les manifestations régionales, et devait s’éteindre peu après. Le groupe avait réussi à fédérer autour de lui des représentants de Lille-1 et du rectorat, ainsi qu’une dizaine d’associations ou de lieux qui travaillent dans le domaine des sciences et de la physique dans la région (1) afin de préparer cette Année mondiale.

Maxime Beaugeois devant l’affiche de l’Année mondiale de la Physique 2005

« Le contexte est celui d’une désaffection des filières scientifiques par les étudiants, en particulier la physique à l’époque et la chimie actuellement », explique Daniel Hennequin, qui estime la chute du nombre d’étudiants en filières scientifique de 10 à 20%. « C’est très criant avec les premières années de l’IUT ou de licence de physique, qui sont passés d’environ 500 à une centaine ». « En 2005, nous avions la volonté de comprendre pourquoi la science a disparu de la culture générale en France et de frapper un grand coup pour la remettre sur le devant de la scène ».

Le petit groupe réussi alors à « décrocher » un contrat européen de 500 000 euros pendant un an pour mettre en place six expositions : quatre Physi-folies (ouvertes pendant 4 jours chacune), D comme découvreuses, Mémoire de forme, formes en mémoire et Les reflets de la physique dans la région. Chacune a accueilli entre 500 et 800 personnes, avec un pic d’affluence à 1200.

Maxime, alors en thèse, se souvient : « nous avons chapeauté 120 événements, dont ces six grosses expositions, mais aussi des conférences, un bar des sciences et des spectacles de danse et de théâtre ». Ces manifestations ont pris place dans les « Maisons Folies », anciennes usines ou lieux appartenant au patrimoine architectural reconvertis en lieu de création artistique en 2004 lorsque Lille était Capitale européenne de la Culture (2). « C’est là que l’équipe a pris conscience de l’importance de la scénographie et de l’éclairage », aidée par les intermittents du spectacle qui géraient les Maisons Folies.

Cinq ans d’expositions et de « manips »

La belle réussite de 2005 a motivé les membres de l’association à pérenniser leurs activités. Après un repos bien mérité en 2006 et le changement de nom en Physifolies, l’association repart de plus belle à l’occasion de la Fête de la Science 2007 avec l’exposition Arphystic sous un chapiteau de 30 mètres par 20 et 7 mètres de hauteur installé sur la place de la République, lieu très fréquenté entre la Préfecture et le Musée des Beaux Arts. Sous le chapiteau : des manips et des animateurs pour guider le public.

Après les nécessaires 9 mois de préparation, 2008 sera dédiée à la manifestation « Sciences à l’hosto » avec la transformation du hall de l’hôpital de Roubaix en lieu de culture scientifique. L’année suivante verra l’exposition Astrophyz et notamment ses photos de galaxies, à nouveau sous le chapiteau, devenue le lieu de rassemblement des passionnés de Physifolies. Cette année-là, l’exposition fait 4 fois plus d’entrées que toutes les manifestations du village de la Fête de la Science réunies (8000 visiteurs contre 2000).

« Pendant ces années, nous nous sommes débarrassés d’un certain nombre d’a priori comme celui selon lequel le grand public ne s’intéresse pas à la science. Nous avons au contraire noté une très forte attente et un réel plébiscite de nos expositions. Les gens ramènent même leur famille et leurs amis et restent entre une et deux heures sous le chapiteau » sourit Daniel.

Une semaine au sommet

2010, Année du laser, a vu la même affluence, sur 4 jours, lors de la bien-nommée « Laser Week ». « La région joue un rôle important dans l’industrie des lasers. Le centre laser du CHRU de Lille a été de 1975 à 1985 le seul centre laser médical hospitalo-universitaire d’Europe, explique Daniel ; Lille a également vu la première fédération de laboratoires en France sur le thème unique des lasers, ainsi que le premier master professionnel ». Ce dynamisme a permis à Physifolies d’être financé à moitié par des collectivités territoriales, pour la première fois depuis 2005.

Daniel Hennequin devant l’affiche des « 50 ans du laser »

Pour l’occasion, l’association a décoré l’entrée du chapiteau avec des fibres optiques, a installé deux écrans géants de 4 mètres par 3 et loué un hologramme de l’exposition itinérante du musée de l’holographie représentant le pont de Tampa en Floride avec une impression de profondeur de 8 mètres. Daniel Hennequin, à peine remis de l’événement lorsque nous l’avons rencontré, explique : « nous avons monté le chapiteau le mardi 16 novembre de 7h à 15h puis ouvert au public en permanence du jeudi au dimanche, avec deux nocturnes le vendredi et le samedi. C’était passionnant mais très fatiguant ».

Ces cinq ans d’expérience ont fait de Physifolies une référence dans le domaine de la physique et du montage de manipulations et d’expositions. Au point que ses membres se déplacent à Bruxelles pendant 4 jours pour le Printemps des sciences, à Tournai pour présenter 3 ou 4 manipulations, au Palais de la Découverte dans le cadre de l’opération « Un chercheur, une manip »ou à Marseille en mai 2010 lors d’une série d’événements autour des 50 ans du laser et des 10 ans de POP Sud (Pôle optique et photonique). « Pour l’occasion, nous avons entièrement aménagé un bus avec des manipulations sur le laser et la lumière » se souvient Daniel.

Le Centre d’Etudes et de Recherches Lasers et Applications (CERLA) de Lille-1 a également sollicité leur expertise en terme de création de manipulations pour les 50 ans du laser. « Pendant cinq ans, nous avons essuyé les plâtres. La conception d’une manipulation demande de la culture scientifique et des qualités de vulgarisation que seule apporte l’expérience, explique Daniel. Aujourd’hui, on pourrait proposer clé en main des manips ».

Des difficultés à valoriser la vulgarisation

Si la région Nord-Pas-de-Calais est « une des rares à avoir conservé un tel dynamisme autour de la Physique », Physifolies peine pourtant à recruter des animateurs et médiateurs. Une des explications à ce manque de motivation, selon Daniel Hennequin, réside dans les freins donnés par le CNRS à tous les chercheurs qui souhaitent faire de la vulgarisation pendant leur temps de travail.

« Nous ne sommes pas évalués sur notre travail de vulgarisation, alors même qu’ils font partie de nos missions ». Il donne l’exemple du célèbre Roland Lehoucq qui a du lutter au CEA pour pouvoir se consacrer à la vulgarisation. Selon lui, cette situation s’adoucit dans l’Education nationale pour les enseignants-chercheurs, à l’image de Jean-Michel Courty qui tient une rubrique mensuelle dans le magazine Pour la Science.

Signe d’un début de changement, un module « animation scientifique » a été lancé pour les thésards de Lille-1 friands du contact avec le public. L’association est également ouverte à des universitaires et des professeurs du secondaire. En 2011, l’année sera sans doute moins chargée pour Physifolies, l’Année internationale étant dédiée à la chimie.

Cela ne l’empêchera pas pour autant d’apporter de l’aide aux associations concernées, notamment « Chimie itinérante » de Lille-1 et de capitaliser leurs précédentes activités. « On a décidé de rendre publics les quizz de cette année et de créer une base de données des manips. Je les ai encore bien en tête mais cela évitera de les perdre en route », prévoit Daniel.

Notes

  1. Les Petits Débrouillards, le Forum départemental des sciences, Sciences Animées, La Physique itinérante, L’Experimentarium de l’Université libre de Bruxelles et le lycée professionnel Don Bosco de Tournai.
  2. Lille poursuit son aventure culturelle avec le projet lille3000.

Un learning center sur l’innovation à Lille 1

En arrivant sur le campus de l’Université des sciences et technologie Lille 1, on ne peut pas louper la Bibliothèque universitaire (BU), avec sa forme ronde et sa façade aux motifs tourmentés. « La BU est un peu l’emblème du campus, nous indique Laurent Matejko, chef de projet Learning center et responsable du service public ; c’est le tout premier bâtiment du campus, construit dans les années 1960 selon les plans de l’architecte Noël Le Maresquier ».

Original, le plan du campus se veut être une sorte de cellule dont la BU représente le noyau et les autres secteurs les organites. Visiblement passionné par le sujet, Laurent Matejko poursuit : « le bâtiment a une conception singulière, panoptique, ce qui signifie qu’on a une vue à 360° à l’intérieur et sans mur porteur. Seuls des pylônes de sécurité soutiennent l’ensemble ».

Mais si le projet architectural est intéressant, il masque mal ses lacunes. « D’une part, le bâtiment n’est plus aux normes techniques et d’autre part, cette bibliothèque n’a absolument pas été conçue pour les besoins pédagogiques des étudiants d’aujourd’hui, déplore Laurent, par exemple, nous n’avons pas assez de prises électriques pour que chacun puisse brancher son ordinateur et le travail en équipe n’est pas facilité ».

Depuis le début de l’année universitaire, la BU est donc entrée dans une longue période de mue, avec pour objectif d’augmenter le nombre de places de travail (1000 au lieu de 650 actuellement dont la moitié pour le travail en groupe), de prises électriques et d’atteindre une connectivité totale à internet, via le Wifi et le filaire par endroits. « A terme, les 8000 m² du bâtiment originel devront atteindre des objectifs de Haute qualité environnemental (HQE) », ce qui ne sera pas une mince affaire pour ce bâtiment cerné de baies vitrées, véritable gouffre à énergie.

Mais ces menues modifications ne représentent qu’une infime partie du projet, bien plus vaste, porté par une équipe composée de Laurent Matejko, Julien Roche, l’actuel directeur de la bibliothèque et du service commun de documentation, depuis leur arrivée en juillet 2005, et André Tordeux, chargé de mission de l’université. Car c’est bien un « learning center » sur le thème de l’innovation et intégrant la BU qui se dessine sur le campus de Lille 1.

Pour monter ce projet, l’université, la Communauté urbaine de Lille et surtout la Région Nord-Pas-de-Calais (principal financeur) se sont inspirées des centres européens et canadiens (1), tout en apportant leur grain de sel : « la région a proposé une thématisation des deux learning center universitaires (2) de Lille, ce qui est une originalité ». L’équipe projet s’est déjà mise en contact avec les Pôles de compétitivité « dont le Learning center deviendrait la vitrine technologique, grâce à son architecture d’abord et ensuite en présentant leurs réalisations ».

Un learning center est une « place to explore and to stay », un lieu de rencontre entre plusieurs pratiques, entre des étudiantS, le « grand public » et les professionnels de la documentation et de l’apprentissage. « On y reste pendant des heures pour travailler seul ou en groupe ou boire un coup avec un professeur ». Suivant cette définition et avec une ambition non dissimulée, Laurent Matejko et ses collègues ont « travaillé avec pôles de compétitivité et développé une stratégie de diffusion de la Culture de l’Innovation dans un campus qui a 40 ans d’histoire scientifique. C’est le fil d’Ariane entre les différentes fonctions que nous souhaitons développer ».

Laurent nous révèle ensuite le détail de ces différentes fonctions (encore en projet) : une bibliothèque universitaire « puissante » en termes de ressources et de personnels, un « internet café » avec une centaine de places et des horaires élargis (plus de 60 heures d’ouverture  hebdomadaire), des espaces d’exposition (3), un auditorium et un « expérimentarium » qui permettrait de pérenniser l’activité lancée lors de la Fête de la Science.

L’expérimentarium « serait animé par des enseignants-chercheurs et des étudiants en master ou doctorat, avec une perspective universitaire ou lycéenne – un public qui nous échappe un peu – afin de ne pas empiéter sur les publics du Forum départemental des sciences » et ce, en lien avec l’Espace culture de l’université.

Avec une enveloppe de 35 millions pour réhabiliter ce bâtiment, transformer ses fonctions, et éventuellement l’étendre, « nous sommes la plus grosse opération du plan campus Lille (4), le troisième projet français le plus cher de la dernière décennie en termes de bibliothèques. Au niveau européen, nous nous situons dans la fourchette classique de coût des learning centers, qui se situe entre 25 et 50 millions d’euros ».

Au jour le jour, Laurent Matejko « prépare le déménagement provisoire des 55 agents dans un autre bâtiment, tout en assurant la continuité du service ». Son plus gros travail, vraie « révolution copernicienne des bibliothécaires », résidera dans le passage d’une activité centrée sur l’enrichissement des collections à une activité centrée sur le service à l’usager (dont la collection fait partie) avec les nouvelles compétences que cela sous-entend. A

ctuellement, la BU accueille un flux de 300 000 entrées par an. Avec ce nouveau projet, le personnel devra faire face à une augmentation de la fréquentation et surtout des publics différents prédit Laurent Matejko. « Nous faisons déjà des formations avec les 2500 étudiants primo-arrivants, par groupes de 30. En deux fois deux heures, nous leur apprenons le « kit de survie » dans une BU, pour savoir se repérer dans l’espace, apprendre à se documenter, faire sa bibliographie, connaître le schéma de circulation des publications… ».

En clair, le learning center sera un « lieu de test vis-à-vis du public » avec le recours à la technologie RFID pour le prêt des livres ou l’insertion de flash codes sur les lieux d’exposition pour développer l’autonomie des usagers et étendre l’usage des smartphones.

Et l’offre se prolongera également sur le web. « Dans le cadre du réseau des learning center régionaux, nous sommes invités à mettre en place un learning center virtuel, annonce Laurent Matejko, son aspect et ses contenus étant encore à définir ». En attendant, la BU va bientôt lancer un futur blog d’information sur les travaux, proposer des renseignements en ligne, étendre ses ressources virtuelles comme sa base d’annales de sujets d’examens (consultée plus de 300 000 fois par an) et celles à destination de La Recherche. « Le changement n’est pas révolutionnaire mais le saut sera néanmoins important culturellement parlant ».

Notes

  1. Voir le Rolex Learning Center (LC) de Lausanne, le Learning & Development Centre à l’Imperial College de Londres, le LC de Kingston au Canada, le Centre de ressources pour l’apprentissage et la recherche de l’université de Barcelone (Espagne) ou encore le LC de l’université d’Avans (Pays-Bas).
  2. Le deuxième learning center lillois en projet sur le site « Pont de bois » aura pour thème l’archéologie. Voir la fiche des deux projets ici.
  3. L’espace n’aura pas vocation à créer d’exposition. Il en accueillera seulement, par exemple les collections de l’Association de solidarité des Anciens de Lille 1 (objets recueillis dans les laboratoires)
  4. Concernant le plan campus Lille, lire la présentation de l’exposition « 12 campus du 21ème siècle », le site du projet « Campus Grand Lille », le communiqué et une vidéo du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et la page du conseil régional Nord Pas-de-Calais.

>> Illustrations : Atelier Stereograph (deuxième photo)

La mise en culture des sciences, une affaire d’universitaires ?

L’Université Lille-1, Sciences et Technologies a ouvert ses portes en octobre 1967, sur un terrain de 116 ha au sud de Villeneuve d’Ascq (1). Elle compte aujourd’hui 18 000 étudiants, 1500 enseignants-chercheurs et 160 chercheurs.

A l’origine, vue du ciel, elle symbolisait une cellule délimitée par les voies (en rose sur le plan), comprenant les bâtiments de mathématiques, physique, chimie, SVT, etc., traversée par la voie aérienne de métro et dont la bibliothèque universitaire tenait lieu de « noyau ». Mais cette structure s’est vite étendue au fur et à mesure des ajouts de départements (sciences économiques et de gestion, science sociales), les IUT et les centres de formation.

À la fin du mois de novembre dernier, nous nous sommes rendus dans l’Espace culture (EC sur la carte) pour rencontrer Nabil El-Haggar, vice-président de l’Université Lille-1, chargé de la culture, de la communication et du patrimoine scientifique.

La CST fait partie de la culture

Disponible et jovial, l’homme souhaite remettre les choses dans leur contexte avant de parler de sciences. « La culture d’une manière générale est très maltraitée en France, contrairement à ce qu’on pense. Elle est extrêmement instrumentalisée par la classe politique française, par exemple avec la Fête de la Musique ».

Selon lui, à la fin des années 1990, la France a réduit la culture à sa dimension spectaculaire – « comme quand le roi amenait un bouffon pour amuser la compagnie » – sans prendre en compte le problème de l’accès réel à la culture, « un élément fondamental pour notre maitrise de la transformation du monde et la bonne marche de la démocratie ». Descendant l’échelle d’une marche, il évoque ensuite la culture scientifique comme faisant partie de cet ensemble, « une culture parmi tant d’autres qui donne les moyens à ce que chacun puisse construire sa propre vision du monde ».

L’Université française joue-t-elle actuellement un rôle dans cet accès à la culture ? Pour Nabil El-Haggar, elle « ne se pense toujours pas, ou peu, en dehors de l’enseignement et de la recherche, comme une institution productrice de culture » (2). Cela est en partie dû à son histoire et sa faible influence politique par rapport aux « grandes écoles, instituts divers, Collège de France, etc., à qui l’on a confié la formation des élites de la nation ».

L’Université ignore-t-elle la culture ?

Productrice de recherche scientifique, l’Université ne s’intéresse paradoxalement pas à « la culture qu’engendre cette (…) recherche [ou à] la conservation et [la] valorisation du patrimoine scientifique qui a rendu cette recherche possible » (3). Elle se cantonne depuis longtemps à animer la vie étudiante « sur des campus construits il y a quarante ans et qui peinent souvent à se donner une âme ». En cela, la France se distingue des pays anglo-saxons dont les États-Unis dont les universités « produisent une culture qui déborde dans le reste du pays, comme par exemple l’art contemporain ».

Mais la prise de conscience commence, notamment à Lille. « Mon rôle est de concevoir un projet culturel exigent, ce que nous avons fait il y a 17 ans. Depuis, l’Espace Culture qui accueille les activités culturelles – plus de cent manifestations par an – voit un public divers : étudiants, personnels et public extérieur participer à ces activités. Une part importante de ces manifestations traite des questions scientifiques. En d’autres termes la culture scientifique occupe une place importante dans notre politique culturelle multidisciplinaire ».

Le projet de Lille 1

Le vice-président peut s’appuyer sur un développement de la culture débuté il y a plus de 17 ans à Lille 1 dans ce qu’il nomme « l’un des plus grands services culturels universitaires français », ainsi que sur 14 personnes et un budget annuel de 130 000 euros provenant du Conseil régional, de la DRAC, de l’Université et de la ville de Villeneuve d’Ascq. Son projet remet « la pensée et le débat d’idées au cœur du projet culturel de l’université » avec une volonté de toucher l’ensemble de la région Nord-Pas de Calais. « Plus de 60 % de nos publics sont extérieurs à l’université. Ils viennent de Lille voire des frontières belges ».

L’Espace culturel en lui-même est un lieu unique, avec un amphithéâtre pour les conférences et les représentations de théâtre, une salle de danse, une salle d’art contemporain avec des expositions sur le patrimoine scientifique et un café qui dispose d’une petite scène.

Chaque année, l’espace concentre ses efforts sur deux grandes thématiques (et quelques autres annexes). La première thématique est sociétale. En 2009, « la crise » était mise en avant (crise du corps humain, de l’enfance, en géologie…) et cette année la migration est à l’honneur avec un cycle de 12 conférences pluridisciplinaires avec des chercheurs de sciences dures et sciences humaines. La deuxième thématique, plus intemporelle, permet d’organiser une dizaine de conférences et deux journées d’étude. En 2009, il s’agissait de « créativité et territoires » et cette année… de l’université.

Ces événements et réflexions sont anticipés dans la revue Les nouvelles d’Archimède, « la seule et unique revue de réflexion pluridisciplinaire (science, économie, droit, politique, histoire des sciences…) universitaire en France » (4). « L’ensemble des thématiques soulevées pendant ces conférences est ensuite restructuré et restitué dans des ouvrages collectifs, 21 à ce jour », qui trônent en bonne place dans le bureau de Nabil.

« Nous travaillons actuellement sur notre deuxième colloque international à Lille sur « Science et savoirs ancestraux : qu’ont-ils à se dire ? » qui aura lieu vers l’automne 2011 ». Sans compter l’ambitieux projet de l’Université : Sphère, un parc virtuel de sciences et technologies en partenariat avec l’INRIA, les sociétés 3DDuo et Idées-3Com. « D’autre part nous travaillons pour la protection et la valorisation du patrimoine scientifique de Lille 1. »

Les Universités à la place des CCSTI

Quand on évoque avec lui le rôle des CCSTI, Nabil El-Haggar ne cache pas son scepticisme. Pour lui, la décision de l’Etat de confier la diffusion de la culture scientifique à ces centres, il y a une trentaine d’années, reflète le manque de confiance de la classe politique dans l’Université, ainsi que le manque d’intérêt des universitaires de se saisir du problème à l’époque.

Le vice-président pense « que l’accès à la culture scientifique doit être prise en charge par les scientifiques et les chercheurs, en d’autres termes par les universitaires. Cela est bénéfique pour la culture scientifique et les universitaires. C’est pourquoi les lieux naturels pour accueillir ces activités devraient être des universités, ouvertes sur la Cité, plutôt que les CCSTI.

Pendant des années, le dialogue avec le Forum des sciences était très difficile. Le nouveau directeur Franck Marsal a la ferme volonté de travailler avec l’université dans le cadre d’un partenariat respectueux et efficace. Celui-ci sera acté notamment avec une convention-cadre ».

Nabil El-Haggar pense même que le Forum départemental des sciences pourrait faire partie du PRES et ainsi s’approcher du monde universitaire. En guise de projet « de chauffe » entre le département culture de l’université, le PRES et le Forum départemental des sciences : la Fête de la Science 2011.

Le changement de style sera sans doute visible, entre les actions des associations locales et du forum des sciences, qui se déplacent beaucoup à Lille et le vice-président, plus mesuré vis-à-vis des événements ponctuels et désireux d’ancrer la culture scientifique physiquement au sein de l’université.

Notes

  1. Lire l’historique de Lille 1, hébergé sur le site internet de l’université.
  2. Citation tirée de l’article « Université, culture et politique – Le cas français » dans le 55ème numéro des Nouvelles d’Archimède, le journal culturel de l’Université Lille 1 (octobre à décembre 2010)
  3. A ce sujet, lire l’ouvrage « Enseigner, Rechercher » qui « vise à valoriser l’exceptionnel patrimoine des établissements d’enseignement supérieur de [la] région [Nord-Pas de Calais »
  4. Les 3 numéros annuels de la revue de 50 pages sont tirés à 15 000 exemplaires et déposés sur le campus de Lille 1, dans des points précis de la région (théâtre, FNAC…) et envoyés par la poste aux 2000 abonnés.

>> Pour aller plus loin, voir la page Facebook et le compte Twitter de l’Espace culture de Lille 1

>> Lire le billet « Rencontres universités-Société à Strasbourg », sur le blog de Laurent Chicoineau.

>> Illustrations : Damien Pollet (FlickR, licence CC), Nabil El-Haggar, Koen Cobbaert (FlickR, licence CC) et Knowtex