[Cave Art Rocks] J’ai testé la vie au paléolithique

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Bon, autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas vrai. Je n’ai pas essayé de retrouver les sensations de mes ancêtres en mangeant de la viande crue ou en poussant un cri primal. En revanche, lui l’a fait (à quelques détails près) et il n’a pas l’air de trop mal se porter, lit-on sur Rue89

Ce français nommé Erwan Le Corre est même l’un « des hommes les plus physiquement au top de toute la planète » selon l’édition américaine du magazine Men’s Health. Et oui, vivre comme les hommes du paléolithique semble être bien utile pour emballer les petites pépées ! Petit passage en revue des tendances « so paleolithic », qui font de plus en plus d’adeptes.

Mangez comme vos ancêtres

Dans le pays du Big Mac, la sobriété n’est pas franchement de mise. Pourtant, les adeptes du régime paléolithique sont de plus en plus nombreux aux Etats-Unis (surtout dans les grandes villes, le Texas profond n’étant pas réputé pour son ouverture à la nouveauté…). Selon eux, les hommes préhistoriques étaient affranchis des « maladies de civilisation » grâce à leur régime alimentaire sain et leur mode de vie actif. Et puisque nous sommes leurs égaux, du moins du point de vue génétique, selon eux, pourquoi ne pas revenir aux bonnes habitudes ?

Mais pour un paléo-newbie, le changement est radical (et souvent coûteux). Terminés le pain, les produits laitiers et les barres chocolatées ! Place à la viande (bio et cuite bien sûr, le feu ayant été domestiqué il y a environ 400 000 ans, bien que certains ultras l’aiment crue, pour la plus grande joie d’Escherichia coli je suppose). Mais pas que. Les noix, les fruits et les légumes font également partie du régime. En bref, les aliments privilégiés sont ceux que l’homme dégustait lorsqu’il était chasseur-cueilleur, juste avant l’avènement de l’agriculture (au Néolithique, à partir de – 9000 ans environ).

Entre les régimes Atkins et Dukan, celui de Cro-Magnon est détaillé sur des sites spécialisés en nutrition ou en santé, comme par exemple Passeportssanté.net. On se demande quand même où ils vont chercher une telle précision (bah oui, l’écriture n’existait pas, et encore moins les recettes de cuisine)… En résumé, selon ces sites spécialisés : viandes maigres, volailles, poissons, fruits de mer, œufs, fruits & légumes (pauvres en amidon), noix et graines? Bieeeen ! Céréales, légumineuses, produits laitiers, produits transformés, viandes grasses, boissons gazeuses, pomme de terre, sel, sucre? Pas bieeeen ! Huiles, avocats, thé, café, alcool, fruits séchés ? Bieennn, avec modération!

C’est bien beau tout ça mais comment ça se cuisine? Le site Passeportsanté propose une journée type avec ce régime, tout de même adaptée à notre découpage quotidien en trois repas (ce qui n’était pas franchement le cas il y a 30 000 ans, quand les chasseurs devaient attendre d’avoir traqué, tué, dépecé, préparé et cuit leur viande avant de la manger…).

  • Petit déjeuner : un demi-melon, du saumon aux fines herbes (toujours un plaisir au réveil…) et des amandes.
  • Déjeuner : salade d’épinards avec des légumes, vinaigrette à base d’huile d’olive et de jus de citron, dinde avec sauce aux agrumes, noix du Brésil (pour les locavores, on repassera) et framboises.
  • Diner : viande de cheval (pas terrible pour le porte-monnaie), légumes variés cuisinés au wok, salade de fruits et graines de sésame.

Les avantages de se sustenter comme l’arrière-arrière-arrière-…-grand-père: une perte de poids rapide, moins de fatigue, plus d’énergie, moins de problèmes de digestion et d’allergie (vade retro lait et gluten) et prévention de maladies typiquement liées à la sédentarisation (maladies cardiovasculaire, hypertension, obésité…). Les adeptes interrogés par le Washington Post ou par le New York Times avouent ne plus pouvoir s’en passer. Mais il y a un inconvénient majeur : la monotonie du régime, d’où une lassitude à long terme et, plus dangereux, des carences possibles (surtout en vitamine D). D’ailleurs, sans parler forcément de carences, les paléo-mangeurs se laissent parfois aller à quelques écarts, souvent chocolatés, afin de mieux pouvoir supporter psychologiquement un tel régime.

A l’origine de cette vogue (entre autres), le radiologiste et anthropologue médical S. Boyd Eaton qui publiait en 1985 un article intitulé « Paleolithic Nutrition » dans le très sérieux New England Journal of Medicine. En 2001, Loren Cordain, professeur au Département des sciences de la santé et de l’exercice à l’Université de l’Etat du Colorado vulgarise ces thèses dans un livre grand public « The Paleo Diet » et le blog qui l’accompagne.

Voici une interview en français, des publications scientifiques pour les plus courageux (ici, ici et ) et une vidéo (en anglais) :

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Depuis, de nombreux livres, principalement en anglais, ont suivi. En France, notons que feu le Dr Jean Seignalet a publié un livre en 1996 sur ce régime, « L’alimentation ou la troisième médecine » où il évoquait les relations entre le régime alimentaire et la santé. Plus récemment, ce fut également le cas du journaliste Thierry Souccar avec « Le régime préhistorique » ou du Docteur Dominique Reuff avec « Le régime paléolithique ».

Comme tout régime, celui-ci a tout de même ses détracteurs, ou du moins des personnes qui souhaitent nuancer le message trop positif. Ainsi, Katharine Milton, chercheuse au département de biologie des insectes à l’Université de Californie (Berkeley), indiquait en 2000, dans un éditorial dans le American Journal of Clinical Nutrition, que cette diète est assez fantaisiste, étant donnés les régimes alimentaires variés des hommes préhistoriques (certains étaient plus herbivores que carnivores et le régime dépendait fortement de leur environnement). La nutritionniste de Passeportsanté, Hélène Baribeau, s’inquiétant du caractère monotone de ce régime alimentaire, précise d’ailleurs que le régime méditerranéen permet d’obtenir des résultats semblables avec bien moins de privations.

D’autres arguent que nous – et nos estomacs – ont en partie évolué, par exemple pour pouvoir digérer le lait. Pourquoi alors s’en priver? Michel Raymond, chercheur en biologie évolutive et auteur de l’ouvrage « Cro-Magnon toi même » est également assez sceptique.

http://www.dailymotion.com/videox7i7fk

Selon lui, mieux vaudrait déjà remonter au régime d’avant-guerre (ou plutôt d’avant la société de consommation) pour obtenir des résultats satisfaisants. En effet, le régime paléolithique soulève des problèmes liés au mode de production de l’alimentation. Etant donné la démographie mondiale, il n’est plus envisageable de s’affranchir de l’agriculture ou de l’élevage pour nourrir tous les terriens. Ajoutons à cela que la production de viande, aliment central dans ce régime, pose déjà de nombreux problèmes écologiques…

Faites un peu d’exercice

Faute de régime totalement adapté, autant pratiquer une activité physique, ça ne fait pas de mal. Après tout, la chasse au bison se fait rare de ce côté-ci du périphérique… Erwan Le Corre, l’apollon cité en début d’article l’a bien compris, lui qui a lancé le mouvement Movnat, une sorte de « Paléo fitness », et qui distille des vidéos d’entraînement en milieu naturel sur internet. Et voici la bande-annonce toute en muscle:

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Des chaînes comme Cross-Fit aux Etats-Unis proposent également des exercices sensés être préhistoriques comme le lancer de pierre, le combat primitif ou le monter à la corde… Pour compléter le tout, n’hésitez pas à essayer le tir au propulseur (testé et approuvé). Y’a même une association si votre gosse cherche un sport pour la rentrée ^_^

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S’agripper à des roches, grimper aux lianes et pousser les troncs d’arbres dans une rivière, c’est bien beau, mais si vous voulez vraiment aller au bout des choses, il va falloir poser les baskets…

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La course pieds-nus n’est pas une lubie de paléo-fondamentalistes, pour preuve le marathonien Abebe Bikila la pratiquait avec succès. Selon de nombreux athlètes, cette pratique permettrait de corriger des défauts de postures entraînés par nos baskets toujours plus sophistiquées et de supprimer mal de dos et douleurs musculaires. Pour les frileux, il existe aussi des chaussures minimalistes comme les Vibram Fivefingers Bikila LS.

Mais il semble bien que malgré nos efforts, nous n’arriverons jamais à rivaliser avec nos ancêtres, notamment à cause des centaines d’années de confort derrière nous. C’est la thèse de Peter McAllister auteur du livre «Manthropology», qui affirme que nous ne serions que des mauviettes face à nos ancêtres. Il va même jusqu’à comparer des athlètes actuels aux hommes et femmes préhistoriques «lambda». Le magazine Sport & Vie n° 121 revient longuement sur cette thèse.

Passons sur la manière discutable de ces comparaisons. Peter MacAllister affirme qu’Alexey Voyevoda, champion du bras de fer, ferait pâle figure face à UNE Néandertal (qui avait plus de muscles et des bras plus courts lui offrant un meilleur bras de levier). Idem pour Usain Bolt, qui serait écrasé au sprint par un aborigène australien vivant il y a 20 000 ans et dont on a retrouvé des traces fossilisées. Courant à 37 km/h sur un sol meuble et glissant, il arriverait sans peine à 45 km/h sur une piste… Mmmh, j’en doute un peu… J’y reviendrai sans doute dans un futur billet

Lavez-vous… sans savon

Et pour finir, après un repas frugal et quelques heures d’exercice, il serait temps de passer sous la douche… mais sans savon. C’est l’expérience qu’ont tenté des adeptes du retour aux sources. Après une période de tests de quelques mois, ils ne dégageraient aucune odeur et leur peau aurait retrouvé la douceur de celle d’un bébé (non, je ne fais pas de pub)… Une histoire de pH et de régulation de la peau…

C’est un des préceptes avancés par Richard Nikoley dans son blog « Free the animal » où on peut lire un condensé du mode de vie préhistorique. Alors faites comme lui, libérez l’animal qui est en vous ! Quant à moi, je vais me reprendre un peu de glace.

A la préhistoire du style

<< Découvert sur le site de Télérama >> Chevaux, bisons, aurochs… Des grottes de Fôz Coa à celles de Lascaux, les silhouettes tracées par les hommes préhistoriques révèlent l’invention d’un style artistique il y a 25 000 ans. Démonstration avec Emmanuel Guy, préhistorien et historien de l’art.

Rupestres !

Plongeon en images dans le monde des artistes préhistoriques, avec six auteurs de bande dessinée bien actuels.

En préhistoire, l’art pariétal désigne l’ensemble des œuvres (peintures, gravures, sculptures) réalisées par l’homme sur des parois de grottes ou d’abris-sous-roche. Cet art s’oppose à l’art mobilier, exécuté sur de petits objets (statuettes, gravures sur objets de la vie courante comme des propulseurs, des éléments de parure…). Certains chercheurs opposent l’art pariétal à l’art rupestre (1), ce-dernier étant exécuté sur des parois ou des rochers exposés à la lumière du jour.

L’art pariétal paléolithique, le plus connu, a une existence limitée dans le temps et l’espace. Il est apparu 35 000 ans environ avant le présent (2) et s’est étendu en grande majorité dans une zone située entre l’Aquitaine et les Asturies (Espagne) en passant par les Pyrénées, avant de disparaître il y a 10 000 ans BP (2) environ. Les similitudes sont frappantes entre les sites, preuve d’une culture commune ou, du moins, d’échanges entre les tribus de chasseurs-cueilleurs.

Radicalement différentes des œuvres exposées dans nos musées, peintes sur des toiles relativement modestes ou sculptées dans un atelier, les œuvres pariétales préhistoriques sont par essence inextricablement liées à leur support, quelles soient petites et discrètes (fines gravures ou ponctuations peintes) ou bien monumentales (grands panneaux ornés).

Cet art a longtemps été ignoré des historiens de l’art et des préhistoriens. Aujourd’hui, ceux-ci en font mention comme l’ancêtre de toutes les formes d’art, sans pour autant réussir à s’accorder sur son interprétation. Les hommes préhistoriques ont-ils peint les parois de grottes parce qu’ils trouvaient ça « beau », pour s’attirer la sympathie des esprits des bêtes qu’ils chassaient ou encore lors de rites chamaniques ? Nous n’avons pas (et nous n’aurons probablement jamais) la réponse. Mais cette question en suspend est peut-être la chance de faire rêver le public et de l’inciter à contempler ces œuvres.

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C’est en tout cas cette fascination qui a poussé six auteurs de bande dessinée et non des moindres (Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, David Prudhomme, Pascal Rabaté et Troubs surnommés respectivement Le Bison, L’Abbé, Le Chafouin, La Belette, Croma et L’Auroch) à s’enfoncer dans les profondeurs de plusieurs grottes ornées pour nous livrer un album étonnant : Rupestres !

réseau clastres

L’équipe, surnommée le réseau Clastres, du nom d’une galerie de la grotte de Niaux

En deux ans, ils découvriront ainsi les plus belles cavités du sud-ouest de la France : les Combarelles, Font-de-Gaume, Bara-Bahau, Lascaux II, Cougnac, Niaux, Commarque, Rouffignac, Pech-Merle et Bernifal. J’avoue ma jalousie en écrivant ces lignes ! En passant, mentionnons qu’ils ont rencontré les membres de l’association Lithos Périgord, dont Pascal Raux, qui m’ont fait découvrir les magnifiques chevaux ponctués de Pech-Merle (entre autres) avec la passion qui les caractérise.

De ces nombreuses visites, les auteurs nous livrent leurs impressions brutes, sombres, muettes mais aussi drôles, bavardes et colorées (voir quelques exemples de planches). Les traits s’entremêlent à l’image de ceux de leurs homologues du paléolithique. A tout moment, on perçoit la crainte et le respect que les auteurs ont ressenti en s’aventurant dans ces espaces figés dans le temps. A tel point qu’ils en ont même l’impression de croiser un homme préhistorique égaré au détour d’un rocher.

Il en ressort un album fort, unique qui a le mérite de ne pas tenter d’interpréter les œuvres préhistoriques mais qui se place modestement en observateur voire même en complice.

Références : Rupestres ! collectif, Futuropolis, 210 p., 25 €

Notes :

  1. Les auteurs anglais nomment l’art pariétal cave art et l’art rupestre rock art.
  2. L’expression « avant le présent » ou before present (BP) est utilisée en préhistoire pour désigner les âges, en années comptées à partir de l’année 1950, date de référence fixée arbitrairement correspondant aux premiers essais de datation au carbone 14.

Pour aller plus loin : l’émission La Grande Table, sur France Culture dédiée à cette aventure

Prix littéraire grâce à deux squelettes !

Je l’indiquais dans mon précédent billet : j’ai récemment participé à un concours littéraire lancé par le muséum et la bibliothèque de Toulouse. En voici les résultats :

Premier prix : Les dames de Théviec de Sylvie Castéra Saglier
Deuxième prix : Les fugueuses de Marion Sabourdy
Prix spécial : Les sœurs oubliées de Pierre F. Jaouen
Prix des internautes : Au pied du tertre des ancêtres de Ludovic Ferry (39,5% des 344 votes)

>> Téléchargez le recueil des nouvelles lauréates

Les deux squelettes dont il fallait conter l’histoire (Jeki et Alio dans ma nouvelle)

Un peu plus d’une semaine après l’annonce des résultats, je suis encore sur mon petit nuage ! J’étais assez loin d’imaginer atteindre ce résultat, surtout quand j’ai su que 53 personnes ont participé à ce concours.

Comme je l’ai indiqué en commentaire du billet annonçant les résultats, je souhaite remercier les membres du jury (1) dont la décision m’encourage fortement à poursuivre dans ce domaine (on se croirait à Cannes ^^). Ce concours est mon premier, et ne sera sûrement pas le dernier !

Bravo à l’ensemble des participants (les textes accessibles sont tous plus étonnants et intéressants les uns que les autres) et mention spéciale à l’équipe du Muséum qui a bossé dur pour organiser ce concours et nous tenir en haleine via les réseaux sociaux.

J’ai adoré l’ambiance de ce concours, mélange de respect entre auteurs et de compétition sympathique (sans parler du thème, qui me tient vraiment à cœur, comme beaucoup d’entre vous). Non contente de m’être exercée à l’écriture, j’ai également rencontré des auteurs charmants et passionnés comme Mathilde et Frédéric, via le profil Facebook « Paroles de squelettes ».

Malheureusement, le plaisir est entaché par le fait que je ne pourrai pas être présente à Toulouse pour la remise des prix… Je tiens à m’excuser auprès du jury, des membres du Muséum et de toutes les personnes présentes le 25. En espérant pouvoir discuter avec vous et vous lire dans le futur…

Et le programme pour ceux qui souhaitent assister à la remise des prix, le 25 juin de 10h30 à 12h au Muséum de Toulouse, au restaurant le Moai (attention, il faut réserver) :

10h30 : Accueil autour d’un café et distribution des entrées au Muséum
11h00 : Discours du Directeur du Muséum et présentation du jury, remise des prix, lecture de la nouvelle qui a reçue le premier prix et rencontre avec les membres du jury.

Notes

(1) Le jury était constitué des auteurs Mouloud Akkouche et Frédérique Martin, des éditions Privat, du libraire Bibliosurf, d’un représentant du Centre Régional du Livre, de la préhistorienne Cristina San Juan-Foucher (commissaire scientifique de l’exposition préhistoires), d’un membre des Éditions du Muséum de Toulouse, d’un membre des médiathèques du Muséum et d’un membre de la médiathèque José Cabanis (Intermezzo)

>> Illustrations : Muséum de Toulouse (voir le profil Flickr)

[Cave art rocks] S(il)ex toys

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A force de lire Rahan et de regarder “Il était une fois l’homme”, on en vient à oublier que les hommes préhistoriques étaient… des hommes (et des femmes) avec leurs envies et leurs pulsions. On ne vous en veut pas, même les chercheurs ont décidé depuis des dizaines d’années de détourner pudiquement le regard quand ils découvrent le moindre petit graffiti pariétal licencieux. Et quand ils osaient décrire ces scènes, c’était avec moult précautions oratoires…

Du coup, pour secouer un peu toute cette bienséance, ces petits coquins d’espagnols ont proposé l’exposition « Sexe en pierre » ou “Sexe dans la pierre” (« Sexo en piedra » (1), du 23 septembre au 8 décembre derniers près du gisement archéologique d’Atapuerca, au Nord de l’Espagne. Marcos García Díez, préhistorien et un des commissaires de l’exposition a confié à Elodie Cuzin, journaliste pour Rue89, qu’on « on y (re)découvre les positions les plus variées, des scènes de masturbation, des godemichés, un cas potentiel de zoophilie et même un voyeur » (2). Vaste programme ! J’ai déniché pour vous deux diaporamas de l’expo, ici et , mais ne vous léchez pas trop les babines d’avance, ça reste chaste.

En passant, et pour rendre hommage aux allemands, je souhaite également mentionner la « sexhibition » « 100 000 ans de sexe » qui s’est tenue au Musée de Néanderthal, à Mettmann en 2007. L’occasion de vous montrer un diaporama un peu plus coquin que les précédents.

Des sex toys pour témoins

En France, peu de monde a déjà abordé le sujet du sexe au temps de Cro-Magnon, sauf le couple de préhistoriens Brigitte et Gilles Delluc dans un livre et quelques sites internet dont Hominidés avec l’aide du préhistorien Henri Zaffreya (1 & 2).

On apprend par ces différentes sources (et quelques autres peu avouables que j’ai eu l’occasion de parcourir) que la sexualité au Paléolithique supérieur (entre 35 000 et 10 000 ans), avait de grandes chances d’être très semblable à la nôtre, et déjà liée au plaisir et non à la seule reproduction. En gros, ils faisaient l’amour comme nous, et pour les mêmes raisons que nous (même si on ne sait pas trop à quelle époque l’homme a compris que 9 mois plus tard…).

Mais pour l’affirmer, aucun témoin n’est revenu du fond des âges pour conter quelque histoire grivoise au coin du feu. Les préhistoriens n’ont à leur disposition que les films X et autres sex toys de l’époque : les peintures, gravures rupestres et les objets dits « mobiliers », comme les statuettes. Petit passage en revue.

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Envoutantes Vénus

Commençons par les fameuses petites statuettes féminines nommées Vénus, ces femmes aux seins et fesses hypertrophiés. On en connait déjà une bonne tripotée (près de 250 d’après Hominidés) en Europe, souvent nommées d’après le lieu où elles ont été trouvées. En avant pour la galerie de Pin-ups:

La doyenne, plus vieille vénus de l’humanité : la Vénus de Hohle Fels ou Schelklingen (Allemagne). Hohle Fels, la même grotte où l’on a trouvé la plus vieille flute du monde!

La Vénus de Willendorf (Autriche)

La Vénus de Dolní Věstonice (République tchèque)

et les petites françaises de Brassempouy et de Lespugue

Taillées dans l’ivoire de mammouth, dans l’os ou dans la pierre, et mesurant entre 4 et 25 centimètres, les statuettes sont remarquablement stylisées, ce qui les rend particulièrement émouvantes. L’ethnologue Alain Testard remarque que ces Vénus « ne sont pas réalistes » et que « les traits sexuels [seins, postérieur, sexe, ventre] sont accentués ». Le chercheur poursuit : « les Vénus sont souvent inexpressives, sans mouvement, d’une symétrie presque parfaite. (…) Je n’ai pas l’impression que l’on représente la femme, ce sont plutôt des représentations du symbole de la femme ».

Rien à voir avec le canon de beauté actuel représenté par les mannequins ou, si on veut rester dans les « figurines », par la filiforme Barbie. Ci-dessous, une rétrospective délibérément partiale des représentations féminines dans l’histoire et de l’évolution de leurs mensurations (si vous en connaissez, provenant notamment d’autres continents que l’Europe, nous sommes preneurs).

Les hommes absents, ou presque !

Après ces nombreuses figurines à la gloire de la fécondité féminine et des capitons qui l’accompagnent, on pourrait s’attendre à trouver leurs équivalents masculins, plutôt portés sur la puissance musculaire. On est un peu déçu(e)s (ou pas ?!) en apprenant que des hommes, il ne reste que les représentations sculptées aussi appelées olisbos (on en apprend des choses mine de rien !) « en os ou en pierre, très lisses et de forme phallique, qui pourraient avoir été utilisés comme des godemichés ».

Cette interprétation est plutôt récente comme semble l’indiquer la journaliste Isabelle Falconier dans son article : « les nombreux bâtons phalliques (…) ont tour à tour été considérés comme des objets rituels, des bâtons de commandement ou des propulseurs de flèches, alors que tant leur taille, leur forme que leur symbolisme explicite les désignent comme les dignes ancêtres de nos godemichés en caoutchouc ». Et si vous n’êtes pas encore convaincus qu’on peut faire dire n’importe quoi à ces phallus, voici un extrait d’un autre article : « alors que les sociobiologistes y voient des godemichés préhistoriques uniquement destinés au plaisir féminin, les autres supposent qu’il s’agit d’outils rituels utilisés à l’âge de glace pour déflorer les vierges ».

Henri Zaffreya a décompté une quarantaine de gravures et de statuettes qui « couvrent tout le paléolithique supérieur sur la majeure partie de l’Europe : France, Espagne, Moravie, Autriche, Pologne (…) Il faut surtout noter l’existence de quelques pièces soignées, réalistes quand elles ne font pas preuve de créativité ou d’une surprenante fantaisie : Pendeloque de Saint Marcel, Double phallus de Gorge d’Enfer, Phallus à tête humaine du Roc de Marcamps… ». Du plus bel effet sur la cheminée de mamie ! En avant pour un panorama :

Encore une fois, la doyenne, vieille de 28 000 ans, a été trouvée dans la célèbre grotte d’Hohle Fels (par le non moins célèbre Professeur Conard), en 14 morceaux dont la reconstitution a cependant été très facile. L’objet mesure 19.2 cm de haut et 2.8 cm de large.

Et voici les autres variations sur le même thème.

Homme / Femme : mode d’emploi

Après les Vénus et les phallus, vous connaissez sans doute moins les gravures de scènes sexuelles sur des plaques de pierres. Toujours selon l’article précédemment cité, « il y a 20 000 ans, des images mélangeant les parties génitales mâles et femelles ont remplacé les «Vénus». Les murs de la grotte de La Marche, en France, présentent de nombreuses images érotiques rappelant le Kamasutra. On y voit des pénétrations et une représentation de cunnilingus. Le niveau médiocre du dessin fait cependant plutôt penser à un graffiti réalisé par un individu isolé qu’à un art impliquant toute une société aux mœurs débridées ».

Dans l’article d’Elodie Cuzin, Marcos García Díez cite également la Grotte de la Marche (près de Poitiers) de sa gravure « montrant une femme à quatre pattes devant une personne. Et, chose très rare, une autre personne en retrait [qui] semble les observer ». Après tout, les habitants de Pompéi décoreront leurs maisons de manière similaire quelques siècles plus tard.

Une autre gravure préhistorique, celle des femmes de Gönnersdorf (Allemagne) qui représente deux femmes enlacées fait couler beaucoup d’encre.

C’est une preuve que « l’homosexualité existait déjà à l’époque » poursuit la journaliste. S’ils en sont pratiquement sûrs, les scientifiques prennent tout de même cette affirmation avec des pincettes. Mais ce n’est pas le cas de certains blogs militants qui en font leurs choux gras… Le sexe dans la préhistoire, où comment appliquer nos propres états d’âme à des pratiques et des sentiments qu’on ne connaîtra jamais…

Notes :

  1. Une exposition qui fait bosser les blogueurs espagnols sur leurs titres. J’ai relevé « Sexo Sapiens », « El kamasutra del paleolítico » et mon préféré « El Sexolítico »
  2. Marcos García Díez a déjà coécrit un livre sur le sujet en 2005 avec Javier Angulo, un ami urologue passionné de préhistoire

>> Voir aussi :

[Cave Art Rocks] Bling-Bling Dentaire

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Si je vous dis « Joey Starr », vous pensez à quoi, à part « tabassage d’hôtesse de l’air » ? Sans doute « dentier en métal » ou quelque chose d’approchant.

Et notre « Requin » (cf. James Bond) national n’est qu’une pâle copie des rappeurs américains. Ceux-ci ont érigé les ratiches dorées au rang de « must have » à partir des années 1980, d’abord dans le sud des Etats-Unis puis la mode s’est répandue dans l’ensemble du pays dans les années 2000.

Ces coquetteries plus ou moins discrètes se nomment grillz, fronts, golds, ou wallz et consistent en des dentitions en métal (or, argent ou platine) serties de pierres précieuses. Pour les plus timides, il ne peut s’agir que d’une seule facette, amovible ou non. Un des rappeurs « en-grillz-endé » les plus connus est Lil Wayne, qui a jeté son dévolu sur les diamants (14 carats) et l’or blanc. On le comprend, c’est bien plus chic ! Le tout, pour la modique somme de 8000 dollars.

Maman, rassure-toi, je ne me suis pas soudainement convertie au hip-hop et mon expérience d’appareil dentaire m’a vaccinée du métal autour des dents.

Si je vous parle de cela, c’est surtout pour vous dire que nos amis poètes n’ont rien inventé. Ainsi, un article de National Geographic daté de mai 2009 nous présente un magnifique crâne maya aux dents serties de pierres semi-précieuses polies, découvert dans l’état du Chiapas dans l’actuel Mexique et daté d’avant la conquête espagnole.

On n’a donc pas attendu MTV pour embellir sa mâchoire en Amérique Centrale. Et si vous souhaitez vous inspirer de ces anciennes traditions pour vous créer un style, vous pouvez toujours visiter les musées présentés sur le site de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire du Mexique qui renferment des collections de milliers de dents décorées de jade, pyrite de fer, hématite, turquoise, quartz, opale, serpentine et cinabre.

National Geo et un autre article nous apprennent également que les dentistes de l’époque étaient particulièrement doués. Pour percer la cavité ronde dans la dent, ils utilisaient une pierre dure comme l’obsidienne, taillée en un petit tube et du quartz en poudre en guise d’abrasif. Ensuite, ils fixaient la pierre avec de la sève de plante mixée avec des os écrasés. Leurs connaissance des herbes médicinales leur permettaient de pratiquer ce rituel sans trop de douleur pour le patient / client (?).

Aujourd’hui, les grillz sont conçus grâce à des moules dentaires mais les tous premiers n’avaient pas la précision des incrustations maya et impliquaient parfois de tailler les dents pour les ajuster au mieux.

Selon José Concepcion Jiménez, un anthropologue de l’institut cité plus haut, « les dentistes [de l’époque] avaient des croyances poussées en anatomie dentaire. Par exemple, ils savaient comment percer dans la dent sans toucher la pulpe ». Ainsi ils évitaient tout risque d’infection ou de casse. Et les mayas avaient de l’imagination. Ils aimaient aussi sculpter leurs dents ou les remplacer par celles d’animaux ou par des coquilles.

Les sourires de tombeur de nos amis mayas avaient, selon les anthropologues, un rôle religieux. En effet, avoir une bouche aussi sympa, ça ne peut que faciliter le dialogue avec (les) dieu(x). C’est toujours mieux qu’une antenne… Ne rigolez pas, l’importance liée à la dextérité vocale chez les rappeurs afro-américains et les joueurs de basket (!) semble être une motivation de la pose d’un grillz. Celui qui arrivera à faire la human beatbox sans postillonner aura gagné ! C’est pas moi qui le dit, c’est Murray Forman, professeur à la Northeastern university et spécialisé en musique populaire et hip-hop.

Clip « Nelly – Grillz ft. Paul Wall, Ali & Gipp :

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D’après les archéologues, ces incrustations mayas apparaissent quelque soit leur classe sociale. Ce ne semble pas être la même musique chez les rappeurs qui, avec leur mâchoire scintillante, montrent de manière ostentatoire leur richesse toute fraiche. Selon un des rares articles historiques que j’ai pu glaner, les grillz prendraient leur inspiration chez les esclaves afro-américains. Apparemment, seuls les esclaves les plus robustes, ceux qui avaient le plus de « valeur », bénéficiaient de soins dentaires. On les distinguait alors des autres grâce au métal sur leurs dents (à prendre avec des pincettes)…

En Amérique latine, le bling-bling dentaire existe depuis 2500 ans mais semble avoir disparu ensuite. Du côté de l’Afrique, c’est plutôt la mode « nude » qui a pris un peu partout, dès le Néolithique. Ainsi, d’après les restes de l’Homme d’Asselar, découvert au Mali, on aimait se retirer les incisives pour faire genre, pratique toujours en cours chez certains Bantous qui veulent ressembler au bœuf. Pour information, chez les Mursis, les fameuses « femmes à plateaux » n’ont plus d’incisives inférieures dès leur adolescence pour permettre au plateau de passer, lorsque leur lèvre n’est pas encore assez étirée.

Au Sénégal et au Mali, on pratique toujours la taille des incisives pour leur donner une forme en pointe et prouver le courage des initiés, la pose de facettes, de couronnes ou d’anneaux en or, privilèges autrefois réservés aux pèlerins revenant de la Mecque ou encore le tatouage des lèvres et des gencives pour contraster avec la blancheur des dents. En Europe, on trouve des traces de dents en or dès les Etrusques, et sans doute dans beaucoup d’autres peuples mais ma recherche reste parcellaire. J’ai tout de même un bel exemple au Tajikistan.

Et oui mesdames, la décoration dentaire n’est pas qu’une pratique d’hommes. Si vous souhaitez ressembler à Brooke Hogan, la fille du catcheur Hulk Hogan, vous pouvez vous fournir chez l’ultra-connu Paul Wall, bijoutier dentaire des stars. Il propose des grillz roses vraiment trop mimi. Ou bien encore à Paris… bon, je vous laisse, finalement, je vais faire les soldes chez mon dentiste.

Références :