Improbablologie, le retour !

Pierre Barthélémy (@PasseurSciences) et Marion Montaigne (nouvellement sur Twitter : @Prof_Moustache) ont remis ça ! Quoi donc me demanderez-vous ? Ils recommencent à parler de sexe, d’alcool et de musique country… Vous n’avez rien compris ? Bon, OK, on rembobine et on recommence ! « Improbablologie et au-delà » (Dunod) est le 2ème recueil de chroniques du journaliste Pierre Barthélémy publiées de novembre 2012 à décembre 2013 dans le supplément « Science et Médecine » du journal Le Monde (Pierre tient aussi ce blog).

A l’image des Prix IgNobel, qui récompensent chaque année les recherches les plus improbables, il est question dans ce livre d’ogres, de chercheur chaste, de rôti de porc, de morve, de convaincantes foutaises, de scrotum et de Spiderman. Curieux programme me direz-vous. C’est pourtant celui que le journaliste a sélectionné pour nous, scrutant avec minutie les journaux scientifiques les plus sérieux – voire même les plus austères – pour y sélectionner les publications les plus loufoques.

Avec une idée en tête : « faire sourire puis réfléchir, voir comment la méthode scientifique est capable de répondre à de multiples questions, aussi absurdes ou cocasses soit-elles ». Le premier recueil ayant reçu le prix « Le goût des sciences 2013 », qui récompense les ouvrages « facilitant l’accès du plus grand nombre à l’univers scientifique », je ne vous ferai pas un dessin à la fois sur l’intérêt du bouquin, sur l’écriture, drôle et maîtrisée (merci pour ces bons mots et ces jeux de mots savoureux) et même sur les références aux chansons populaires et aux blockbusters hollywoodiens pour donner envie à tous de découvrir les sciences.

En 50 chroniques courtes et savoureuses, on fait la connaissance d’un jeune homme qui glisse une grenouille en plastique dans sa vessie, de mangeurs de compétition, d’un homme qui pèse ses poils, d’helminthologistes (les chercheurs qui étudient… les vers parasites !), de pigeons esthètes ou encore d’un chercheur très énervé. Pratique, ce livre vous proposera également une solution pour ne pas trop dépenser votre argent en shopping ou encore une recette pour fabriquer un rôti de sein ! Enfin, il vous révèle que les mammifères mettent en moyenne 21 secondes à se soulager (vous testerez…).

Et au milieu de ces réjouissantes, on prend conscience que le journaliste n’est pas le seul à se moquer (avec tendresse) des chercheurs. Eux-mêmes ne manquent pas d’humour, dans leur manière de rédiger leurs résultats, voire de courage, quand ils s’opèrent eux-mêmes (les plus frileux se rabattant sur leurs étudiants) !

Du côté des illustrations, Marion Montaigne, sa consoeur en Improbablologie comme elle le prouve régulièrement sur son blog, vient compléter, de son œil taquin, certaines chroniques et permettra sûrement d’en rajeunir le lectorat, qui suit chaque semaine

Bref, un livre à lire, à offrir et à ranger à côté de ceux de Roland Lehoucq (quelques similitudes quand Pierre prend des exemples du côté du cinéma et de la science-fiction), des autres ouvrages de Marion Montaigne et des DVD de Myth Buster (parce qu’on y retrouve le même enthousiasme).

Les scientifiques jouent-ils aux dés ?

« La science n’a pas de limites », « certaines grandes découvertes se font sous la douche », « il faut toujours faire confiance aux experts » ou encore « les scientifiques sont des hommes très intelligents et socialement inadaptés ». Voilà quelques idées reçues qu’on croirait tout droit sorties du café du commerce.

On les retrouve toutes, ainsi que d’autres tout aussi gratinées dans le livre « Les scientifiques jouent-ils aux dés ? » publié aux éditions du Cavalier Bleu. Lecture indispensable moins pour se distraire du temps exécrable que pour bousculer sa propre vision des sciences. Et oui, même si vous êtes un habitué des magazines de vulgarisation et autres blogs de sciences, vous trouverez sans aucun doute un ou plusieurs passages qui viendront bousculer votre vision des choses.

En quatre grands chapitres et avec de judicieuses citations de chercheurs, humoristes, penseurs ou héros de séries (The Big Bang Theory, The Simpsons…), l’ouvrage démystifie les sciences et techniques et souligne leurs rapports étroits avec la société.

« Vous allez sur la lune mais vous pouvez pas empêcher mes chaussettes de sentir mauvais ? » Homer Simpson

L’approche est d’autant plus intéressante que ce recueil est le fruit de scientifiques de formation. Les 10 auteurs (1), membres du groupe Traces (voir nos portraits) ont fait ce pas de côté qui consiste à observer les sciences et techniques par le biais des sciences humaines et sociales. Beaucoup d’entre eux sont médiateurs, blogueurs, « communicants » de la science. Leurs écrits s’en ressentent, qui sont simples et pleins de bon sens, loin de certains dogmes « parfois véhiculés par les scientifiques eux-mêmes » indique Bastien Lelu, coordinateur du projet.

Son acolyte Richard-Emmanuel Eastes précise : « nous avons souhaité avoir une approche critique de la science, dans le bon sens du terme, la désacraliser, montrer qu’elle ne dévoile pas d’hypothétiques lois qui régiraient l’univers par exemple, tout en incitant sur la robustesse de ce qu’elle produit ».

Les chercheurs, souvent moqués et comparés à des professeurs Tournesol (dans le meilleur des cas) sont remis à une place qui leur sied mieux, celle d’humains qui font leur travail, avec humilité et passion. Un point est également fait sur le processus de création par la science, trop peu connu et plutôt rigide et codifié, avec ses publications relues par les scientifiques eux-mêmes et publiées dans les revues à comité de lecture.

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Un processus aux antipodes de la construction de ce livre, voulu dès le départ comme un processus collectif. « Nous aurions pu penser uniquement des séminaires, des réunions de travail sur ce sujet, nous aurions également pu l’écrire seulement Bastien et moi mais le résultat n’aurait pas été le même » avoue Richard-Emmanuel Eastes. Et pour cause, ce projet de livre, ainsi que celui du manifeste Révoluscience dont Mélodie et Antoine ont déjà parlé dans nos colonnes (1, 2 et 3), ont nourri les réflexions du groupe Traces et accompagné sa mise en place, dès l’été 2008. « A l’époque, nous nous voyions toutes les semaines au moins une demi-journée pour une séance de réflexion » se souvient Bastien Lelu. Les années 2008 et 2009 seront ainsi rythmées par des séances où chaque membre exposait ses lectures ou ses expériences sur la médiation des sciences, les science studies, la philosophie des sciences.

Les deux coordinateurs en ont alors profité pour collecter « en vrac » des énoncés possibles d’idées reçues sur la science, les « débroussailler » et les classer pour arriver dès fin 2009 avec un plan du futur ouvrage. Puis ils ont distribué le travail aux auteurs selon leurs affinités et… ont relu et corrigé le résultat. Un vrai travail d’équipe pour un résultat à mettre entre toutes les mains.

Note

  1. Parmi les 10 auteurs, un grand nombre est présent sur Knowtex : Antoine Blanchard, Richard-Emmanuel Eastes, Mélodie Faury, Édouard Kleinpeter, Bastien Lelu, Nicolas Loubet, Matteo Merzagora, Hélène Monfeuillard, Livio Riboli-Sasco, Claire Truffinet

Marina et Marie : jeunes chercheuses révélées et concernées

Marina Kvaskoff et Marie Néant-Fery, sont deux lauréates  de la bourse « Pour les Femmes et la Science » décernée chaque année depuis 2007 par L’Oréal France, la Commission française pour l’Unesco et l’Académie des sciences. Portraits croisés.

Paris, le 10 mars dernier, deux jours après la Journée des droits de la Femme. Marina Kvaskoff, grands yeux bleus clairs, cheveux bruns lâchés et Marie Néant-Fery, petites lunettes et sourire espiègle s’apprêtent à répondre à quelques questions. Ces deux jeunes femmes sont chercheuses (doctorante pour Marie) dans deux domaines très différents de la biologie : l’épidémiologie pour Marina (1) et les neurosciences pour Marie (2). Autant dire : peu de chances pour qu’elles se croisent dans un laboratoire ou lors d’une conférence… Pourtant, Marina et Marie se connaissent depuis quelques mois car elles font partie des jeunes femmes qui ont reçu la bourse « Pour les Femmes et la Science », respectivement en 2008 et 2010.

Un événement qui souligne l’excellence des travaux de 10 jeunes femmes scientifiques chaque année et leur donne la confiance nécessaire – et un financement de 10 000 euros – pour poursuivre leurs projets.

Un parcours semé de doutes

Marina et Marie correspondent à l’archétype de la jeune chercheuse douée, sereine et déterminée. Pourtant, l’une comme l’autre ont du affronter de sérieux moments de doute lors de leur cursus. Soutenue par ses parents horticulteurs, Marina débute un cursus de pharmacie mais échoue deux fois au concours et perd confiance en elle. Elle décide de se réorienter en biologie. A son premier semestre, elle n’obtient qu’une moyenne de 10, mais petit à petit, elle se reprend en main jusqu’à décrocher la mention « très bien » à son master de Santé publique. Pendant ses études, la jeune femme réservée découvrira Marseille, Nice, Reims, Bordeaux, Paris, l’Australie et s’envolera bientôt pour un « post-doc » à l’Université d’Harvard aux États-Unis.

Marina Kvaskoff

D’une famille totalement étrangère aux sciences et aux études universitaires, Marie se découvre une affinité pour la biologie qui l’amènera à suivre un cursus « très linéaire » selon elle, depuis la licence jusqu’à une thèse de neurosciences à l’UPMC (Paris VI), qu’elle achève dans quelques mois. Pourtant, « au lycée, affirme Marie, on a tenté de me dissuader d’aller à l’Université, au profit d’une classe préparatoire ».

Des jeunes chercheuses aux travaux reconnus

Pendant leur parcours, les étudiantes doivent petit à petit se spécialiser. Le choix de Marina s’est porté sur l’épidémiologie, l’étude des facteurs influant sur la santé et les maladies des populations humaines. Si elle affirme qu’au départ, elle ne voulait pas faire de recherche, elle se dit depuis longtemps « intéressée par les problématiques du corps, de la santé, des maladies. Très jeune, je me demandais quels étaient les facteurs de risque de telle ou telle maladie ».

Ce n’est qu’à l’université qu’elle découvre sa future discipline, qu’elle ne quittera plus. « Je travaille sur les facteurs hormonaux, nutritionnels et génétiques associés au risque de mélanome cutané, un cancer de la peau dû en partie à l’exposition au soleil (3), explique Marina. Lors de ma thèse, [obtenue en 2009] j’ai été également sensibilisée aux liens encore peu connus entre l’endométriose, une maladie qui touche les organes sexuels féminins, et le mélanome ».

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Pour Marie, la découverte est plus tardive. Engagée dans un master de génétique, elle s’inscrit à une option où un professeur, Isabelle Caillet, « m’a donné envie de faire de la neurologie ». Elle deviendra sa directrice de thèse. Un stage en laboratoire lors de sa première année de master, sur le thème de la maladie d’Alzheimer confirme cette affinité.

« J’aime le challenge et les nouveautés » sourit la jeune femme qui n’hésitera pas à s’attaquer à « deux dogmes de la biologie en train de s’effondrer, dont celui de la neurogénèse (4) chez l’adulte : on croit depuis longtemps qu’à partir de 20 ans, tout le monde perd des neurones et que c’est irréversible mais c’est faux ». Elle étudie actuellement la production (ou traduction) d’une protéine particulière (CAMKIIalpha) dans le bulbe olfactif – partie du cerveau qui réceptionne les messages sensoriels olfactifs – ainsi que son rôle dans la neurogénèse de l’adulte.

De l’enthousiasme à l’engagement

Recherche « fondamentale » ne veux pas dire recherche poussiéreuse. Les deux (post-)doctorantes sont fascinées par leur découverte de la « recherche en train de se faire ». Plusieurs fois, elles soulignent la richesse de leur cadre de travail. « Mes différents voyages ont été de super expériences professionnelles et personnelles, s’enthousiasme Marina, j’ai eu l’impression que je pouvais travailler avec des centaines de personnes, me déplacer partout pour poursuivre mes recherches, il n’y a pas de limite ». Elle donne l’exemple de son premier congrès international à Boston, en 2007, où elle a présenté trois posters aux autres chercheurs. « Nous étions dans un immense hangar, avec des rangées interminables de stands présentant chacun un poster. J’étais époustouflée ». Marie, qui a participé au congrès de la Société américaine des neurosciences en novembre dernier acquiesce.

Douées et impliquées, elles défendent mordicus la philosophie de leurs travaux. « J’ai une tante qui ne comprend pas l’utilité de mes recherches malgré mes explications, mais je ne désespère pas », explique Marie tandis que Marina renchérit « certaines personnes aimeraient des applications industrielles qui aboutissent immédiatement à des brevets alors que ce n’est pas notre travail ».

Le déclic de la bourse

La bourse « Pour les Femmes et la Science » souligne l’excellence de leur parcours et de leurs travaux. À un stade où elles ressentent fortement la difficulté de leur métier, son caractère très sélectif, ces filles comprennent, parfois malgré elles, qu’elles font partie de l’excellence de la recherche française. Pour les deux jeunes femmes comme pour les 38 autres boursières depuis 2007, cette récompense est venue à point nommé pour leur donner un regain de confiance en elle.

Pour Marina, qui pense déjà à la suite de sa carrière de chercheuse, c’est « un premier tremplin qui m’a motivé pour postuler à d’autres prix et demander des financements pour poursuivre ma recherche ». Pragmatique, elle pense qu’un jeune chercheur doit se spécialiser dans un domaine afin de se faire connaître – le mélanome et les hormones pour elle – pour ensuite s’ouvrir aux autres thématiques proches de ses recherches. Malgré les facilités offertes par les laboratoires américains, à terme, Marina souhaite développer ses recherches dans son pays, par exemple à l’Inserm.

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Témoignage de Claudie Haigneré, ancienne astronaute et actuelle présidente d’Universcience

Marie, quant à elle, n’en revient toujours pas. « J’avais entendu parler de la bourse par hasard mais je ne pensais pas avoir ma chance. En effet, j’ai pour projet de laisser de côté la recherche et me tourner vers la communication et la médiation des sciences ». Elle décide tout de même de postuler avec une amie et son projet est retenu, justement pour cette envie de partager sa passion.

« Ça a été une réelle surprise pour moi. Si le président de l’Académie des sciences, qui fait partie du jury, trouve que mon projet en vaut la peine, alors je peux me lancer avec encore plus de confiance ». Et elle n’a pas attendu la fin de sa thèse pour s’engager dans l’association « Femmes et sciences », tout comme Marina, accueillir une lycéenne dans son laboratoire dans le cadre de la Science Académie avec l’association Paris-Montagne et participer à la récente Semaine du cerveau avec une animation au Palais de la Découverte.

« Je veux transmettre ma passion au plus grand nombre et lutter contre l’autocensure que subissent souvent les femmes quand elles souhaitent faire de la recherche, annonce Marie. De plus, la culture scientifique est noyée sous le reste, en particulier en région parisienne, où la programmation culturelle en générale est très riche. J’aimerais contribuer à changer ça ». Une envie partagée par Marina, qui ne souhaite pas, en revanche, devenir enseignant-chercheur « car il est trop dur de mener de front les deux ».

Marie Néant-Fery

Toutes les deux ont exprimé leur besoin très fort de communiquer sur leur recherche, que ce soit vis-à-vis de leur pairs ou du grand public. Lors de la remise de leur bourse, au Palais de la Découverte, lors de la Fête de la Science en octobre 2010, les boursières ont du présenter leurs recherches en trois minutes seulement (voir la vidéo de l’événement). Un bon exercice de vulgarisation et un aperçu du feu des projecteurs, qui ne manqueront pas de suivre ces chercheuses et femmes talentueuses. Comme le résume bien le slogan de cette initiative, « le monde a besoin des sciences et la science a besoin des femmes ».

Notes

  1. Marina a effectué sa thèse en co-tutelle franco-australienne entre l’Université Paris XI [l’Inserm ERI20, Institut Gustave Roussy – Villejuif] et l’Université du Queensland [Queensland Institute of Medical Research-Brisbane]
  2. Laboratoire Neurobiologie des processus adaptatifs (UPMC/CNRS), équipe « Développement et plasticité des réseaux neuronaux » d’Alain Trembleau
  3. Marina traite de larges bases de données d’enquêtes auprès d’échantillons de population, par des méthodes de modélisations statistiques
  4. Création de nouvelles cellules neuronales (neurones) dans le cerveau

>> Illustrations : New Voices for Research (photo de une), L’Oréal France (logo et portraits), For Women in Science (galerie de portraits – FlickR)

>> Pour aller plus loin : lire notre article sur les bourses « Pour les Femmes et la Science »

Le démystificateur en blouse et lunettes

Rencontre dans un café avec le mystérieux Victor Rodgère, ou plutôt le journaliste qui se cache derrière ce pourfendeur d’arnaques.

De quoi parle Victor Rodgère ?

La première vidéo de Victor [ndlr : et son coup de maître avec plus de 56 700 vues] concerne les fameux « bracelets d’équilibre », un très bon exemple d’escroquerie. Les gens ont été bernés par un coup marketing génial : on leur a fait croire, grâce à un test convaincant, qu’un simple bracelet en silicone sur lequel est collé un pseudo-hologramme pouvait améliorer l’équilibre et la force… C’est dément ! Mais je comprends que certains aient pu être impressionnés, car ils n’ont pas eu le temps de prendre un peu de recul et de réfléchir au test qu’ils venaient de subir. Et c’est en tombant sur une vidéo des fabricants qui présentait ces tests  que j’ai eu envie de la parodier, tout en proposant une expérience simple que chacun peut faire. Nous avons notamment montré qu’une petite cuillère tout à fait ordinaire avait autant de pouvoir que ces bracelets. C’est-à-dire aucun !

La seconde vidéo concerne le respirianisme [17 200 vues] et la troisième [25 900 vues] s’attaque aux aphrodisiaques et reprend l’idée du test. Dès qu’on peut faire une expérience, on la tente car je pense que c’est très éloquent, surtout pour des personnes qui ne sont pas forcément sensibles à la méthode scientifique. Ces expériences ne sont pas scientifiquement très rigoureuses, mais elles mettent l’internaute sur la voie de l’esprit critique. Pour la dernière vidéo en date, l’irrigation du colon [8100 vues dont quasiment 5000 dans les premières 24 heures], difficile à expérimenter, nous en avons profité pour faire un petit hommage aux Nuls et à la fameuse fausse pub Tonyglandil.

Journaliste ou chercheur… qui est Victor ?

Le personnage de Victor n’est pas un chercheur mais plutôt une caricature de la science avec sa blouse et ses lunettes. Les vidéos qui le mettent en scène viennent compléter la rubrique « Décryptage » du mensuel Sciences et Avenir où nous passons en revue des arnaques, des escroqueries ou encore des pratiques pseudo-thérapeutiques qui s’appuient sur des arguments scientifiques dévoyés. Victor fait donc un véritable travail de journaliste, mais il le présente avec dérision et un esprit un peu burlesque, ridicule, afin de traiter les sujets de manière plus légère. Son nom fait d’ailleurs référence à un passage célèbre du film culte : « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? ». La scène se passe dans la cabine d’un avion au moment du décollage. Le Capitaine Over (« Terminé » en langage radio) communique avec la tour. Il termine chacun de ses messages par « Roger », ce qui signifie « Message reçu ». Or le co-pilote, joué par le basketteur Kareem Abdul-Jabba, s’appelle justement Roger. D’où cet échange interminable entre la tour, le  capitaine et le co-pilote qui à chaque fois que l’on prononce Roger, croit que l’on s’adresse à lui. Et comme « Roger » signifie « message reçu», j’ai trouvé qu’il convenait parfaitement à notre projet, alors je l’ai francisé. C’est devenu Rodgère. Quant à Victor, c’est tout simplement le prénom du mécanicien assis derrière les deux pilotes. Je crois que c’est la première fois que j’explique tout ça !

http://www.dailymotion.com/videoxfe9r0

Pas de problème de schizophrénie ?

Au contraire, créer ce personnage m’a beaucoup aidé à me sentir plus à l’aise face à la caméra. Victor Rodgère, ce n’est pas moi, ce n’est pas le journaliste. Je souhaitais aussi qu’il ait une identité visuelle forte, facile à retenir et à illustrer. Cette identité se retrouve dans le logo de l’émission conçu par Christian Poulot, un graphiste blogueur qui travaille dans le milieu de la mode. Regardez bien, la silhouette a été dessinée d’un seul trait !

Comment se passent les tournages ?

J’ai la chance de travailler avec une petite équipe mise à disposition par le Nouvel Observateur [ndlr : hebdomadaire du même groupe de presse que Sciences et Avenir]. Deux jeunes s’occupent du tournage et du montage (Elena Brunet et Cédric Cousseau) et Jérôme Hourdeaux, chef de la rubrique vidéos du Nouvelobs.com, prend en main la logistique, le planning et tout ce qui a trait aux droits comme l’utilisation de certaines musiques par exemple. Je prépare le scénario, découpé en petites scénettes. Puis nous tournons, si possible en extérieur quand la météo le permet. Petite anecdote : pour l’irrigation du colon, la pluie nous a obligés à nous rabattre dans un restaurant pour tourner les dernières scènes. Nous avons donc du trouver une autre chute que celle qui était prévue en extérieur.

http://www.dailymotion.com/videoxfvm5p

Nous réalisons une vidéo par mois, pour un tournage d’une demi-journée en moyenne. Pour la première vidéo, nous sommes allés au Trocadéro et nous avons demandé à des touristes de participer. Je devais me présenter comme un journaliste pour les rassurer, car avec ma blouse et mes lunettes, j’avoue que j’ai un petit côté pervers qui peut faire peur (rires). Pour les autres vidéos, j’ai fait participer des amis comme par exemple Marine Sartoretti qui est mannequin [vidéo sur les aphrodisiaques] ou la comédienne Karine Hulewicz [vidéo sur l’irrigation du colon]. Tout cela se passe dans un esprit très potache.

Pourquoi avoir choisi ce format de courtes vidéos sur le web ?

En tant que journaliste dans un mensuel papier, j’avais envie de me frotter à d’autres médias. Je n’échappe pas à cette tendance de vouloir marier les supports, chacun avec ses spécificités éditoriales et temporelles. La vidéo est un bon moyen de faire passer une information scientifique avec un peu d’humour. Nous espérons aussi atteindre un public plus jeune et n’ayant pas forcément le réflexe de s’intéresser aux sujets scientifiques souvent jugés un peu austères. Notre but est de les divertir tout en leur montrant l’importance du sens critique. S’ils veulent aller plus loin, ils peuvent lire le complément dans le mensuel. C’est un exercice intéressant qui m’oblige à concevoir un même sujet sous deux formes différentes, l’une très écrite et l’autre très visuelle. Cette expérience nous a également permis de nous imprégner de l’esprit du web, tout en gardant la même rigueur que l’on peut avoir sur le papier. Ce que raconte Victor Rodgère est le résultat d’une enquête réalisée auprès de chercheurs et spécialistes, comme je le fais pour un article classique.

http://www.dailymotion.com/videoxg5e0y

Est-ce difficile de faire passer de tels messages en vidéo ?

Les personnes qui travaillent sur le web vous le diront : on a encore du mal à trouver un format qui fonctionne en vidéos. Cela tient beaucoup au fait qu’il n’est pas possible de raconter grand-chose en quelques minutes. Il y a des exceptions : je pense en particulier aux conférences TED, qui en 15 minutes, ce qui est long sur le web, diffusent de la connaissance sans être ennuyeuses. Ils ont réussi à transformer une cour magistrale en un véritable show, mené par des intervenants brillants, charismatiques et souvent drôles. Nous, on n’avait pas tout ça  (rires), alors on essaie de faire plus court avec un peu d’humour. Nos vidéos sont découpées en trois parties : un sketch ou une expérience, puis un « Debrief » qui explique le sujet suivi d’une chute, le tout ponctué si possible de quelques gags. Je pense que nous ne sommes pas totalement au point, notamment pour le Debrief qu’il faudrait rendre plus fluide, car je trouve qu’il casse un peu le rythme de certaines vidéos. On y travaille !

http://www.dailymotion.com/videoxgr59f

>> Pour aller plus loin : Victor est présent sur Facebook, Knowtex, Dailymotion et bien sûr Sciences et Avenir