Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction – Orson Scott Card

Après Stephen King (lire la chronique), restons du côté des Etats-Unis et de la littérature « de genre » avec ce livre d’Orson Scott Card (OSC). L’auteur va bientôt faire l’actualité avec la sortie en France, en novembre prochain de l’adaptation de son livre La Stratégie Ender. Si on ajoute qu’il a reçu deux années consécutives les prestigieux prix Hugo et Nebula pour ce livre et sa suite, on peut prendre quelques minutes pour lire ce qu’il a à dire à propos de l’écriture (1).
OSC l’annonce dès le départ : il s’adresse aux amateurs des littératures de l’imaginaire (fantasy et science-fiction, auxquelles on pourrait ajouter le fantastique et résumer le tout à l’acronyme SFFF) et laisse volontairement de côté les conseils communs aux autres genres (comme par ex. la gestion de l’intrigue, qui est la même quelque soit le genre). Son livre est constitué de cinq grandes parties que j’aborderai ici de manière plus ou moins longue.
Les frontières de la science-fiction et de la fantasy
En guise d’apéritif, OSC décrit la SFFF comme un monde ceint de frontières à priori étanches, dont la première et la plus évidente est la catégorie éditoriale. Déterminée par les éditeurs, celle-ci facilite le classement en librairie et a permis la cristallisation de ces genres et l’apparition de nouvelles générations d’auteurs. Les deux frontières suivantes, qui en découlent, concernent la communauté de lecteurs et d’écrivains « biberonnés » à la SFFF parfois au risque d’y rester bloqués. OSC parle même de « ghettoïsation », même s’il nuance ses propos par le fait que les auteurs de SFFF ont beaucoup de liberté à l’intérieur de ce ghetto car leurs lecteurs et leurs confrères sont ouverts aux expérimentations. Avec sa quatrième frontière, OSC tente une définition – forcément incomplète – des littératures de l’imaginaire comme « toutes les histoires qui prennent place dans un environnement contraire à la réalité connue ». Cela peut être dans l’avenir, dans un passé qui contredit les faits connus de l’histoire (on parle de mondes alternatifs), sur d’autres mondes, sur Terre mais avant l’histoire écrite ou encore toutes les histoires qui contredisent une loi connue ou supposée de la nature… Enfin, la dernière frontière selon OSC est celle qui sépare la fantasy de la science-fiction, à la fois dans la manière de construire les histoires mais aussi dans les petits conflits qui naissent entre les auteurs de ces deux genres (2).
La création de mondes
OSC entre ensuite dans le vif du sujet avec la partie sur la création de mondes, la plus longue de son livre. Ici, il aborde tour à tour l’origine des idées, les lois du monde, l’invention de son passé, le langage et le décor. Pour illustrer la manière dont peuvent venir les idées, il prend pour exemple son best-seller La Stratégie Ender et notamment la salle d’entraînement au combat en apesanteur, qu’il a imaginée à 16 ans, inspiré par la situation de son frère aîné à l’armée. Une partie du décor était posée mais il a fallu attendre 7 ans pour réellement commencer à écrire l’histoire. Quant à son roman de fantasy Espoir-du-cerf, il a vu le jour à partir d’un plan de ville improvisé, d’une erreur qui lui a fait condamner une des portes de cette ville et d’une idée de sœurs siamoises « pêchée » dans le journal télévisé. On le voit, deux histoires ne se créent jamais de la même façon et il existe autant de techniques que d’auteurs. Pour OSC, les bonnes histoires ne s’écrivent jamais à partir de la seule première idée et nécessitent souvent des alliances entre plusieurs idées sans rapport apparent, parfois des esquisses ou des cartes et une maturation de plusieurs mois. Son conseil pour pêcher des idées : penser à tout ce qui nous arrive comme une histoire potentielle et se demander « pourquoi », « comment » et « pour quel résultat ».
Viennent ensuite les lois de votre monde, qui permettront de mettre de l’ordre dans toutes vos idées. Je ne passerai pas trop de temps sur ce sujet, même si OSC évoque les règles du voyage stellaire pendant 17 pages (d’aucuns parleront de remplissage) ! L’idée pour l’auteur est de bien déterminer les règles de son monde et les contraintes qui pèsent sur les personnages même s’il décide ensuite de ne pas trop l’évoquer dans le livre et ce afin de construire une histoire crédible et profonde. OSC propose également 9 variantes possibles de voyages dans le temps et un exemple pour fixer les règles de la magie dans votre univers de fantasy : en lui donnant un prix, comme la perte d’un membre à chaque fois qu’une personne jette un sort. Les parties sur le passé (l’évolution d’une espèce d’extra-terrestre, l’histoire d’une société ou la biographie d’un personnage) et sur le langage sont pleines de bon sens mais seraient peut-être insuffisantes à qui voudrait concrètement en savoir plus (c’est d’ailleurs le cas du livre entier). OSC termine cette partie en nous montrant qu’un bon auteur arrive à jouer sur deux tableaux : la constitution de son monde et l’analyse des systèmes qui régissent ses sociétés.
La construction du récit
Après la mise en place du décor vient le moment de créer l’histoire (même si dans la réalité ça peut être l’inverse). OSC insiste ici sur le caractère évolutif de votre histoire. Rien n’est figé et il faut se garder la liberté de tout changer à tout moment ou de se laisser emporter par une nouvelle idée. OSC revient d’abord sur les personnages et propose une technique pour choisir son personnage principal : il faut se demander qui a le plus mal et qui a le pouvoir et la liberté d’agir. Votre héros n’est pas forcément une reine ou un capitaine de vaisseau spatial, forcément contraints par de multiples interdits ! Suivent quelques précisions sur le personnage de point de vue (1). Les pages suivantes sont parmi celles qui m’ont le plus intéressées, même si, comme le reste de l’ouvrage, elles ne sont que des considérations générales. Elles concernent le début et la fin de l’histoire, deux moments souvent difficiles à placer. Selon OSC : « le début d’une histoire crée une tension, procure une sensation de besoin. La fin de cette histoire survient lorsque cette tension est soulagée ».
Il introduit ainsi le « quotient MIPE » pour Milieu, Idée, Personnage et Evénement. Selon lui, une histoire est très souvent orientée par un de ces quatre éléments. Si c’est le Milieu, ou le monde de l’histoire, alors vos personnages voyageront dans des contrées étranges et seront transformés par ce qu’ils voient. Si c’est l’Idée, l’histoire se terminera quand la réponse à l’énigme du début sera résolue. S’il s’agit du Personnage, on suivra la transformation de son rôle dans sa communauté et la résistance au changement des autres. Enfin, s’il s’agit de l’Evénement, votre monde sera en pleine fluctuation et le récit ne prendra fin que lorsqu’un ordre nouveau sera établi.
Bien écrire
L’avant-dernière partie évoque l’exposition et le langage. Je soupçonne l’auteur de s’être focalisé sur ces deux éléments car il s’agit sans doute des deux principaux « pièges » dans lesquels les écrivains amateurs tombent le plus régulièrement. Passons sur le langage pour évoquer un peu plus l’exposition. Comme un journaliste qui doit capter l’attention de ses lecteurs en une ligne, l’auteur de romans (pas seulement SFFF) doit susciter la curiosité de ses lecteurs et leur donner envie d’en lire plus dès les premières pages. Tout le défi est d’arriver à distiller assez d’informations pour attirer le lecteur mais pas trop pour ne pas le noyer. Le passage sur le littéralisme est intéressant et prouve qu’un auteur de SFFF ne peut pas se permettre d’user de trop de métaphores, notamment en début de texte, au risque de ne pas être compris.
La toute dernière partie concerne la vie et la carrière d’un écrivain. Là aussi les conseils de bon sens se succèdent et on regrette l’absence de plus d’exemples personnels comme a pu le faire Stephen King dans son livre. OSC incite les jeunes auteurs à soumettre des nouvelles aux revues spécialisées, il conseille ceux qui voudraient envoyer
un manuscrit de roman à une maison d’édition et évoque quelques considérations « pratiques » (par ex. le fait de ne pas quitter son boulot dès le premier contrat… sans blague ^^). La partie sur les ateliers et cours d’écriture s’approche également de ce que nous indique King, à savoir qu’ils ne sont utiles que pour avoir de la compagnie, des dates butoir et un public mais peuvent rapidement devenir un frein. La solution : trouver et former son « lecteur avisé » qui lira tous vos textes et vous dira ce qu’il en pense. Peut-être s’est-il ennuyé lors d’un passage ou bien il trouve un personnage inutile… autant d’informations qui vous permettront de corriger votre « copie ». Et comme OSC le dit si bien en dernière ligne de son livre : au boulot !
>> Références : Orson Scott Card, Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction, Bragelonne, 2010, 240 p. (voir la fiche sur le site de l’éditeur)
>> Pour aller plus loin : une critique plutôt négative (et pertinente) du livre sur le blog Dramaturgie et scénario
>> Notes :
  1. OSC a également écrit Personnages et points de vue, également édité chez Bragelonne mais malheureusement en rupture de stock (je me suis donc procuré la version américaine en vue d’une chronique ici)
  2. L’auteur précise d’ailleurs que le public de la science-fiction est majoritairement masculin et que celui de la fantasy est plutôt féminin. A ce sujet, on pourra lire « La science-fiction intéresse-t-elle les femmes ? » par Jean-Marc Ligny et « La place des femmes dans la littérature de science-fiction » chez ActuaLitté 

Novaterra : Odyssée spatiale pour les collégiens du Rhône

Il y a peu, j’ai eu la chance de discuter avec Christophe Monnet sur un des projets mené par le centre d’expérimentation multimédia Erasme, où il travaille. Il m’a présenté LaClasse.com, l’Espace Numérique de Travail (ENT) des collèges et des écoles du Rhône et en particulier le projet « Novaterra » que j’ai envie de partager avec vous aujourd’hui. Voici en quelques mots une présentation du projet, rédigée à partir de cette page et de mon entretien avec Christophe :

Chaque rentrée scolaire, depuis septembre 2009, des classes de collège et de primaire du Rhône sont cryogénisées et envoyées dans l’espace. Elles se réveillent en orbite autour d’une exoplanète, Novaterra, et font connaissance avec le personnel de bord, dont le « commandant » Francis Valéry, auteur de science-fiction et (ancien) responsable scientifique de la Maison d’Ailleurs, le musée de la science-fiction d’Yverdon-les-Bains, près de Lausanne (Suisse) [lire ma visite de ce musée]. Elles sont aussi accompagnées par des astrophysiciens de l’Observatoire de Lyon, du Planétarium de Vaulx-en-Velin et par le service des collections du Musée des Confluences. Leur mission : cartographier Novaterra et en décrire ses composantes (faune, flore, ethnologie, archéologie…) en vue de constituer son encyclopédie (textes, images, sons, etc.).

Tout au long de l’année, les élèves vont décrire cette planète avec leurs professeurs de français, d’art plastique, de musique, mais ils vont aussi l’étudier avec les professeurs de Science de la vie et de la terre et de physique. Ils répondent aux consignes de l’auteur, qui est à la fois commandant du vaisseau et éditeur de l’encyclopédie. Leur travail s’articulera autour de formes littéraires courtes, intégrant les notions de science / non-science. Ils s’interrogent ainsi sur la nature du vrai en science, de l’imaginaire et du réel. Les classes seront invitées à créer un champ linguistique original ainsi qu’une grammaire, une mythologie, des herbiers imaginaires, des instruments de musique, etc.

Elles s’enrichissent du travail des uns et des autres et obtiennent des conseils des équipes du Planétarium. Le musée des Confluences leur envoie des photos de spécimens tirés de ses collections d’histoire naturelle qui font écho aux espèces imaginaires trouvées par les élèves. Ce sont aussi des rencontres réelles : en début d’année, les professeurs et tous les accompagnants se sont rencontrés pour décider du scénario, de la méthode de travail et se former aux outils collaboratifs que le centre Erasme développe et adapte spécifiquement pour ce projet. En milieu d’année, Francis Valéry et des scientifiques passent dans chacune des classes pour une rencontre. En fin d’année toutes les classes participent ensemble à une visite de l’Observatoire de Lyon et à un spectacle scientifique au Planétarium de Vaulx-en-Velin. Chaque année, 10 nouvelles classes participent à l’aventure en partant des travaux des classes précédentes.

Je trouve ce projet pédagogique – maintenant achevé – tout à fait enthousiasmant : il permet aux élèves d’aborder des tonnes d’informations scientifiques (presque) sans s’en rendre compte ! Il me fait penser à un livre, récemment publié : Exquise planète, aux éditions Odile Jacob, qui est la description d’une planète imaginaire, sous la forme d’un « cadavre exquis », par l’archéologue Jean-Paul Demoule, l’astrophysicien Roland Lehoucq, le paléontologue Jean-Sébastien Steyer et l’auteur de science-fiction Pierre Bordage.

>> Pour aller plus loin : découvrir toutes les classes culturelles numériques accompagnées par Erasme

Concours de nouvelles : « L’essentiel est de ne pas sacrifier la fiction à la science »

Quand on aime les sciences et la littérature, impossible de louper les concours de nouvelles de l’ENSTA ParisTech (Nouvelles avancées) et du Muséum de Toulouse (voir la page des concours) ! Ils ont lieu tous les ans depuis 2010 pour le premier, 2011 pour le second, avec des thèmes aussi inspirants et variés que « le meilleur des mondes », l’imprévu, l’eau, la violation des lois physiques, le « mélange des genres », la préhistoire, les météorites ou les ours ! J’ai eu la chance de rencontrer Laurence Decréau et Maud Dahlem (@MaudDahlem), les responsables de ces deux concours. Elles ont toutes deux accepté avec gentillesse et enthousiasme de répondre à mes questions :

Quels sont vos rôles respectifs ?

Laurence Decréau : Je dirige le Département « Culture, Communication » de l’ENSTA ParisTech, une grande Ecole d’ingénieurs. Plus concrètement : d’une part je définis le programme des cours dans ces disciplines (Philosophie, Epistémologie, Sociologie, Théâtre, Histoire de l’Art, Littérature, etc.) et j’anime l’équipe pédagogique. D’autre part, j’organise avec des élèves des événements transversaux mariant sciences et humanités : des tables rondes interdisciplinaires (« Rugby quantique »…), et le concours de nouvelles « Nouvelles Avancées ».

Laurence Decréau

Maud Dahlem : Je suis Chef de projets numériques au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse. J’ai pour mission de rendre accessibles les thématiques abordées au Muséum à tous les publics en ligne, dans les expositions et lors des activités, selon leurs usages et leurs centres d’intérêts, et de provoquer des échanges. En clair : donner les opportunités à nos publics de s’exprimer et de participer activement aux offres du Muséum.

Maud Dahlem à Museomix Grenoble, en novembre 2013

Pourquoi avoir lancé un concours de nouvelles ?

Laurence : Je milite pour une culture unifiée, mêlant sciences et lettres. Un concours de nouvelles à thématique scientifique permet la rencontre de deux univers trop cloisonnés : celui des scientifiques et celui des littéraires. Chacun y trouve matière à sortir le nez de sa « case » tout en gardant un pied dedans : les scientifiques laissent leur imagination guider leur plume – une fois n’est pas coutume ! – sur des sujets qui leur sont familiers ; les littéraires découvrent dans la science un vivier insoupçonné de sujets et d’intrigues…

Maud : Pour trois raisons : favoriser les regards croisés entre disciplines, donner aux personnes qui écrivent ou qui prennent des photos l’opportunité de s’intéresser aux sciences et permettre à ces mêmes personnes de s’exprimer auprès de l’institution et de ses publics.

Concours Nouvelles avancées 2014 – Illustration de Julie Lannes

Quel rapport entretenez-vous avec les sciences & la littérature ?

Laurence : Un rapport enfin pacifié ! Titulaire d’un bac scientifique, j’ai fait des études de lettres par passion – mais la nostalgie des sciences m’est restée. Il m’a fallu quelques années pour comprendre qu’il y avait moyen de concilier les deux.

Maud : Scientifique de formation, j’aime les sciences mais je lis aussi énormément. En revanche, je n’écris pas.

Concours du Muséum de Toulouse 2013

Comment se passe concrètement votre concours ?

Laurence : Nous choisissons le sujet avant les grandes vacances, et la remise des prix a lieu au printemps suivant. L’équipe organisatrice est constituée d’élèves-ingénieurs volontaires, environ une demi-douzaine, qui prennent en charge la création et la gestion du site, celle de la page Facebook, la communication auprès des étudiants ainsi que la préparation de la remise des prix (table ronde et cérémonie). Le choix du sujet et du visuel, le recrutement du jury et des partenaires, la conception du plan de communication et la coordination de l’ensemble me reviennent. Quant à la lecture des nouvelles, elle s’effectue en deux temps : un groupe de lecteurs volontaires choisis parmi nos partenaires (une quinzaine, cette année) sélectionne les 10% de meilleures nouvelles dans chaque catégorie (Grand public ; Etudiants en Sciences ; Elèves et classes du secondaire). C’est ensuite au jury de s’entendre sur le palmarès !

Nous avons reçu l’an passé 406 nouvelles : un quart venaient d’étudiants scientifiques, le reste du « grand public ». Cette proportion est à peu près constante d’année en année. Pour cette édition 2014, nous avons ouvert le concours aux classes du secondaire et avons reçu 476 nouvelles dont 190 du Grand Public, 165 des élèves et classes du Secondaire et 121 des étudiants scientifiques.

Les thèmes des concours Nouvelles avancées de l’ENSTA ParisTech entre 2010 et 2013

Maud : La question est vaste ! Le concours s’organise autour de dates libres et cohérentes avec la programmation générale du Muséum. Nous choisissons un thème en rapport avec une exposition ou un de nos sujets d’actualités, mais également intéressant et exploitable pour les personnes qui ne peuvent pas venir à Toulouse.

Nous ne souhaitons pas « coller » littéralement à ce qui est présenté au Muséum, afin de prolonger l’expérience vécue. Par exemple, dans le cas de notre premier concours « Racontez-nous une pré-histoire » (2011) [ndlr : lire les deux billets au sujet de ma participation ici et ], il fallait imaginer les conditions de vie (et de mort !) de deux femmes de la préhistoire dont les squelettes étaient exposés au Muséum. Une création différente de la démarche scientifique engagée dans l’exposition. En 2012, le sujet photo était « L’eau é-moi » pour recentrer le sujet sur l’individu – non traité en exposition – et sur l’émotion, un moyen d’impliquer le visiteur sur son engagement personnel vis-à-vis de l’eau.

Pour notre dernier concours, « Dans la peau d’un ours » (2013), il s’agissait d’un prolongement du dernier espace de l’exposition « Ours, Mythes et réalités » qui cherche à réconcilier l’homme à l’animal sauvage. L’ours est bien présent dans l’imaginaire, c’est aussi un sujet polémique. Avec le concours, les participants pouvaient s’exprimer sur le sujet sans pour autant craindre d’être jugés sur leur connaissance de la question.

Concernant l’animation du concours, j’avoue que c’est assez chronophage, surtout pour animer le blog et correspondre par email avec les participants. Car oui, il est aussi un peu humain notre concours, ce n’est pas juste une machine… Lors de nos trois éditions, entre 2011 et 2013, nous avons récolté respectivement 53, 62 et 210 nouvelles (dont 41 par des jeunes de moins de 18 ans) [ndlr : plus d’informations ici].

Les affiches des concours du Muséum de Toulouse en 2011 et 2012

Que vous apporte le concours, ainsi qu’aux participants et au jury ?

Laurence : En ce qui me concerne, ce concours est une aventure qui se renouvelle chaque année : il ouvre la porte aux rencontres les plus imprévues, permet de découvrir de vrais talents, et offre une plongée saisissante dans l’imaginaire de nos contemporains – jeunes et moins jeunes, scientifiques ou pas… Le jury, quant à lui, se prend chaque fois au jeu avec une passion qui m’ébahit : la précision des arguments démontre à l’évidence avec quelle attention les textes sont lus, et tout le monde s’étripe joyeusement lors du déjeuner de délibération. Quant à la remise des prix, elle tient à la fois du bar des sciences, du salon littéraire et du banquet d’Astérix : on y pulvérise les cloisons dans la jubilation. Ce qui est en somme le but de ce concours… Si j’en juge par la fidélité de nombre des candidats, la mission est plutôt réussie.

Maud : Les concours nous permettent de toucher des personnes sur des sujets concernant les sciences et la conscience du vivant et donc de les sensibiliser et/ou (encore une fois) de leur donner la parole. Nous pouvons ainsi pousser les murs du Muséum et communiquer/interagir au-delà de Toulouse et sa région. Cela a créé une communauté des amis du Muséum.

Les concours sont devenus des rendez-vous d’échange (à double / triple sens !) où tout le monde peu s’exprimer, pas seulement les scientifiques. Les participants sont très enthousiastes, certains communiquent avec moi quasi quotidiennement en m’envoyant des liens d’actu, des réflexions. D’autres m’écrivent comme si nous nous connaissions, ou même me joignent quand ils arrivent au Muséum pour parler 5 minutes. Ils leur manquaient peut-être une dimension humaine pour leur donner envie de s’introduire dans un muséum. Car nombreux sont les participants qui n’étaient jamais venus chez nous (pas la « culture musée », pas d’enfants…ou …ou) et qui reviennent par la suite !

Visite de l’exposition sur les squelettes, au Muséum, avant la remise des prix, en 2011

Est-ce dur de juger des textes qui mêlent sciences et littérature ?

Laurence : Un bon texte est un bon texte : qu’il contienne un zeste de science ou une louche, on le reconnaît vite ! Certains lauréats, manifestement peu férus de sciences, s’en sortent par une pirouette ; à l’inverse, un mordu d’équations est parvenu à tirer de la relativité d’Einstein un conte savoureux, avec des héros attachants… Tous les genres et couleurs se côtoient : SF, fantastique, réalisme. L’essentiel est de ne pas sacrifier la fiction à la science.

Maud : Ce serait une question à poser aux membres du jury ! Je la retiens donc pour le jour de la délibération.

Quel est le thème qui vous a le plus plu ?

Laurence : Celui de l’an passé : « Hors-la-loi : quand la pomme ne tombe plus ». Tout en étant le plus scientifique (la transgression d’une loi), c’est celui qui incitait le plus au délire… Un délire forcément méthodique ! Les résultats ont été à la hauteur.

Maud : Tous !

Table ronde sur « L’eau, enjeu mondial » avant la remise des prix du concours Nouvelles avancées 2012, à l’ENSTA ParisTech

Les nouvelles lauréates ont été publiées en numérique au Muséum et sur papier à l’ENSTA. Pourquoi ces choix ?

Laurence : Ancienne éditrice, je garde un gros faible pour le livre. C’est une façon de lui rendre hommage, alors que nos élèves sont plus coutumiers des écrans.

Maud : Lors de la première édition, nous collaborions avec la Bibliothèque de Toulouse. Une de leur démarches étant d’accompagner les lecteurs au numérique, nous sommes partis sur l’idée d’une e-publication. Le Muséum garde cette démarche, ce qui nous permet aussi d’être plus autonomes. L’accessibilité aux textes est plus grande et donc la diffusion plus efficace. Pour « Le caillou céleste » (2012), il y a eu près de 3 000 téléchargements. En 2013, nous avons été démarchés par l’éditeur Edilivre pour un partenariat. C’est une année test pour une version papier. A suivre….

Que pensez-vous de vos concours respectifs ?

Laurence : Chapeau pour l’originalité des sujets ! J’admire tout particulièrement cette façon de concilier une contrainte scientifique a priori assez restrictive (la préhistoire, forcément) et un angle très littéraire : le jeu sur le point de vue, avec « Dans la peau d’un ours », ou sur le genre (en l’occurrence : le polar), avec l’enquête sur les femmes assassinées… Cette approche est très astucieuse, de la part d’un musée : rien de tel que l’imagination pour s’apercevoir de l’infinie richesse d’un domaine, et donner envie de l’explorer dans ses moindres recoins.

Maud : Je suis le concours de l’ENSTA avec intérêt. J’aime son jury pluridisciplinaire et sa présentation claire. Ce concours profite du réseau de l’école, ce qui est une bonne chose aussi pour les prix à gagner. En revanche, je trouve dommage de n’avoir accès aux textes qu’en achetant le livre. Du coup, je n’en ai lu aucun !

De gauche à droite, le jury du concours 2011 de Nouvelles avancées : Olivier Rey, Roland Lehoucq, Jacques-Antoine Malarewicz, Andrea H. Japp, Sven Ortoli et les 1ers prix : Gulzar Joby (grand public), Thibaut Foch (Elèves, AgroParisTech)

Quels sont vos projets pour les futurs concours ?

Laurence : Agrandir l’audience, notamment du côté des étudiants scientifiques et des classes de lycées : le décloisonnement sciences/lettres pour lequel je prêche se pratique d’autant mieux qu’on s’y met plus tôt…

Maud : Notre prochaine exposition sera sur le thème des bébés animaux, à destination des 3-8 ans. C’est une exposition coproduite avec le Muséum d’Histoire naturelle de Bruxelles. Pour le concours, nous partirons peut-être sur le sujet de la filiation (ethnologique, génétique, etc.)… ou sur un autre thème, déconnecté de l’exposition temporaire. C’est encore en cours de discussion !

Un grand merci à vous deux pour vos réponses et bon courage pour la suite des aventures en terres de sciences et de fiction !

SF, utopie et voyages extraordinaires à la Maison d’Ailleurs

Le 19 décembre dernier, j’ai fait un petit voyage en Suisse. Après un bon déjeuner à Lausanne avec Alan Vonlanthen (@alanvonlanthen), le nouveau président du C@fé des sciences et un des animateurs du site Podcast science, direction Yverdon-les-Bains pour (enfin) découvrir la Maison d’Ailleurs.

Ce musée « de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires » a été fondé en 1976 par Pierre Versins, qui a récolté près de 50 000 livres et objets en près de 25 ans, rédigeant au passage l’incroyable Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, parue quatre ans avant l’ouverture du musée (et dont je suis l’heureuse propriétaire). Ça, c’est l’encyclopédie :

Et ça, c’est le meuble rassemblant des fiches de lecture de Pierre Versins par ordre thématique, présenté à la Maison d’Ailleurs. En clair, une partie des notes qui lui ont servi à rédiger l’encyclopédie, sur des petites fiches perforées ! o_O’

L’exposition actuelle (jusqu’au 2 mars) est intitulée « Stalker l Expérimenter la Zone » et s’inspire du livre « Pique-nique au bord du chemin » des frères Strougatski (1972) adapté au cinéma en 1979 par le cinéaste russe Andreï Tarkovski.

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« Ce texte raconte les péripéties d’un personnage, un Stalker, qui passe son temps à se rendre dans la Zone – lieu mystérieux rendu dangereux par la visite d’extraterrestres –, afin de récupérer les objets laissés par ces visiteurs d’un autre monde dont on ne sait rien. Ce récit est le plus souvent interprété comme une métaphore sur le processus de connaissance ou, plutôt, sur les limites de ce même processus (…) Depuis 1986, le terme « Stalker » est également associé à la catastrophe de Tchernobyl : il désigne les personnes qui parcourent illégalement les zones interdites d’accès aux alentours de la centrale sinistrée, à la recherche de pièces détachées en métal (…) Le « Stalker », c’est le passeur illégal qui accompagne les visiteurs téméraires dans la Zone, un lieu interdit et énigmatique, théâtre d’un cataclysme sans précédent » (voir le guide du visiteur).

Vous l’aurez compris, il est sujet de SF post-apocalyptique dans cette exposition qui prend place dans tout « L’Espace Souvenirs du Futur » du musée, basé sur les collections de la Maison d’Ailleurs. Dans des salles au look très épuré (blanc, noir, miroirs…), cet espace « offre une chronologie générale de la science-fiction aux XXe et XXIe siècles [et] traite de la science-fiction à travers les quatre grands médias dans lesquelles elle s’est le plus couramment exprimée : la littérature, la bande dessinée, le cinéma et la musique« .

En effet, dans les deux premières salles, je découvre une sélection de livres traitant du thème du poste-apocalypse. Pour les avoir lus, j’ai reconnu Quinzinzinzili (Régis Messac), Ravage (René Barjavel), Demain les Chiens (Clifford Donald Simak) et La Route (Cormac McCarthy) ainsi que les différentes éditions du livre Stalker (voir photo ci-dessus).

Dans la salle suivante, la bande dessinée, les mangas et les comics sont à l’honneur avec entre autres Akira par  Katsuhiro Ōtomo, Nausicaä de la vallée du vent par Hayao Miyazaki (pour avoir grandement souffert du nucléaire, le Japon s’illustre dans cette veine), le Tranceperceneige de Jacques Lob & Jean-Marc Rochette (BD récemment adaptée au cinéma). Ces œuvres montrent le renouveau après l’apocalypse et une certaine volonté de changement. Je découvre par la même occasion que l’auteur de SF grenoblois Jean-Pierre Andrevon est également un dessinateur accompli (voir dessin ci-dessous) ! Dommage qu’on ne puisse pas feuilleter tous ces ouvrages !

Salle suivante : place au cinéma avec des affiches présentées dans une ambiance sombre. On apprend que les années 1970-1980 ont été l’âge d’or de la SF post-apocalyptique au cinéma tandis que les années 2000 voient le renouveau de ces films sur le thème des catastrophes écologiques (ex : Le Jour d’Après). En résumé, ces films sont présentés comme la mise en scène des angoisses des différentes époques.

La salle consacrée à la musique a été une bonne surprise ! On y découvre la capacité de la science-fiction à créer des mondes et l’importance de la musique sur nos sensations, notamment dans les bandes originales de films (voir photo d’albums ci-dessous, avec notamment « Don’t stop me know » de Status Quo et « Star’s end » de David Benford) :

J’ai un peu moins accroché dans les dernières salles de l’exposition, avec une mise en scène « fin du monde » peu convaincante, des photos de lieux réels abandonnés et du tournage du film Stalker ainsi qu’un écran avec un chien errant qui vous suit (cherchez la Kinect !).

En revanche, bonne surprise lorsque je traverse la rue via la passerelle pour atteindre l’Espace Jules Verne. Là, on quitte l’exposition Stalker et on pénètre dans une autre partie du bâtiment, dédiée aux ouvrages et documents anciens sur Jules Verne ainsi qu’au « pulps », ces magazines bon marché américains que j’avais eu l’occasion de découvrir aux Utopiales (lire mon article). Si la plupart des documents ne sont pas consultables librement, on devine qu’ils le sont pour qui en fait la demande (passionné, chercheur, etc.). Les plus curieux peuvent découvrir les titres des livres les plus éloignés grâce à une lunette placée à l’entrée de la pièce.

Mention spéciale à la borne interactive « Nouveaux voyages extraordinaires » conçue par l’agence Incandescence en collaboration avec ARTE afin de pouvoir voyager au sein de la vie des auteurs et de leurs œuvres. Je ne trouve pas trace de cette application en ligne, c’est bien dommage !

En résumé, cette visite de la Maison d’Ailleurs m’a beaucoup plu même si le thème de l’exposition n’était pas forcément celui qui m’attirait au premier abord. A tous les passionnés de SF, foncez ! Pour les autres, ne vous attendez pas à une visite « grand public ». Votre venue au musée pourrait s’accompagner par exemple d’un atelier pour ne pas rester sur votre faim !

Découverte des collections françaises de SF

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Le 20 avril dernier, j’étais à la Bibliothèque nationale de France pour l’atelier « Découvrir la littérature de science-fiction à la BnF ». Au programme : un panorama des collections françaises de science-fiction par Roger Musnik, bibliothécaire au Département « Littérature et Arts » de la BnF, chargé d’acquisition en littérature française (1). Le public : une quinzaine de personnes, dont plusieurs membres du site Noosphère qui seront « démasqués » grâce à leurs commentaires érudits.

Loin de moi l’idée de faire un compte-rendu exhaustif de cet atelier qui a duré 2h30. Commençons tout de même par son introduction, sur la notion de collection : « un ensemble de livres reconnaissables et distincts des autres par le format, la thématique, la visibilité iconographique (ex. : les couvertures métallisées de la collection Ailleurs et Demain) et publiés par le même éditeur ». Selon Roger Musnik, ce sont les collections, ainsi que les revues spécialisées, qui définissent un genre littéraire. Passons le rappel historique (sans doute l’objet d’un futur billet) pour se concentrer sur les collections, avec une liste non exhaustive :

>> Le Rayon Fantastique (1951 – 1964) : créée par les éditions Hachette et Gallimard. 124 titres publiés dont des classiques américains au début, des succès de la période et quelques français comme Gérard Klein. Ex. de titre : Les Cavernes d’Acier, d’Isaac Asimov

>> Anticipation (1951 – 1997) : créé par le Fleuve noir. 2001 titres publiés (2 à 4 publications par mois pendant les années 1970). Il s’agissait d’une littérature populaire, accessible à tous, d’une longueur limitée (180 pages). La collection a offert des débouchés financiers pour les auteurs français. Seront publiés au fil des décennies : Clarke, Asimov, Wul, Klein, Andrevon, Pelot, G.J. Arnaud, Wagner, etc. Les couvertures sont d’abord illustrées par René Brantonne [lire la présentation d'un livre à ce sujet] puis bleue avec un trou triangulaire. A noter qu’en 2004 la collection Rivière blanche sortira dont les couvertures ressemblent à Anticipation et la numérotation commence au numéro 2002

>> Présence du Futur (1954 – 2000) : créée par Robert Kanters et Elisabeth Gilles des éditions Denoël. 633 titres publiés dont un peu de fantastique et d’insolite. Le premier est Chroniques martiennes de Ray Bradbury. Seront également publiés : Andrevon, Zelazny ainsi que des anthologies annuelles du groupe Limite [Lire un article sur le site des Rumbatraciens]. Dans les années 1970, Elisabeth Gilles publie de la hard science-fiction, des livres féministes ou du cyberpunk. Présence – Présence du Fantastique (1990 – 1998) : deux collections associées à la précédente. Publieront 9 anthologies « Territoire de l’inquiétude ».

>> Club du livre d’Anticipation (1966 – 1987) : lancée par Jacques Sadoul. 127 titres publiés. Collection luxueuse, illustrée, volumes numérotés et vente par souscription. Ils rééditeront beaucoup de livres du Rayon Fantastique puis des inédits vers les années 1970. Collection parallèle : Aventures Fantastiques (32 titres)

>> Ailleurs et Demain (1969 – …) : dirigée par Gérard Klein chez Robert Laffont. 271 titres publiés (7 à 8 par an vendu entre 3 et 10 000 exemplaires – sauf Dune qui sera vendu à 100 000 ex.). Uniquement des livres grand format à la couverture métallisée (dorée pour Ailleurs et Demain Classiques). Volonté de mieux payer les traducteurs et de publier français (ce qui n’est plus le cas depuis un moment). Pas de fantasy, que de l’inédit. Publication de 7 titres de Dick, 8 de Le Guin, 22 de Silverberg. Lire l’article « « Ailleurs et demain » : bientôt trente-cinq ans d’avenir » sur le site Quarante-Deux.

>> J’ai lu SF (1969 – …) : collection poche qui propose surtout des rééditions de classiques grands formats, ainsi que les meilleurs récits de la revue Astounding stories, une revue trimestrielle sous forme de livre « Univers » et enfin des novellisation de films. Publication : Etoiles, garde-à-vous ! de Robert Heinlein (dont est tiré le film Starship troopers)

>> Le Livre de Poche SF (1974 – 1981 puis reprise en 1987) : 350 titres publiés en tout. Publieront également la Grande anthologie de la SF dont chaque volume présente des nouvelles sur un thème donné, ainsi que des nouvelles d’auteurs français. En 1987, la collection sera reprise par Gérard Klein pour republier des livres d’Ailleurs et Demain.

>> Editions des Moutons électriques (2007 – …) : publication d’études sur les genres de la SF, sur les auteurs et la littérature populaire et ses héros. Relance de l’ancienne revue Fiction, réédition des années 1910 – 1920 et romans inédits, notamment de français

>> Autres collections : Galaxie-bis (1965 – 1986), Dimensions SF (1973 – 1984), Anti-Mondes (1972 – 1977), Chute libre (1974 – 1978), Nébula (1975 – 1977), Ici et Maintenant (1977 – 1979), Presses Pocket (1977 – …), Nouvelles Editions Oswald (1978 – 1989), Atalante (1988 – …), Millénaires (1998 – 2004, reprise en 2011 sous le nom Nouveaux Millénaires), Imagine (1999 – 2004), Lune d’encre (1999 – …), Rendez-vous ailleurs (2002 – …), Folio SF (2000 – …). Et les plus récentes : ActuSF, Bifrost, Ancrage, Griffe d’Encre, La Volte (La Horde du Contrevent, de Damasio a été vendu à 70 000 ex.)…

>> Collections Fantasy : Rivages Fantasy (1994 – 2003), Mnémos (1996 – …), Bragelonne (2000 – …), Le Seuil Fantasy, Pygmalion, Orbit

Certains ouvrages de SFFF sont sortis hors collections spécialisées comme Ubik, de Philip K. Dick (10/18 – Domaine étranger), La Cité du Gouffre d’Alastair Reynolds (Presses de la Cité), American Gods de Neil Gaiman (Diable Vauvert)… Concernant la « forme » de l’atelier, le mot de la fin ira à Didier Giraud, qui écrit sur le site Les Mondes étranges : « Le seul regret, je dois l’avouer, c’est de se trouver au sein de la BnF, sorte de paradis sur terre pour quiconque aime les livres… et de devoir se contenter de la projection d’un powerpoint, alors qu’on rêverait de voir toutes ces collections dans leur intégralité, rangées dans d’immenses rayonnages !« . A noter que le prochain atelier aura lieu le mardi 21 mai à 17h. Et si cet article vous a plu, retrouvez une.recension beaucoup plus complète sur le site Noosphere

>> Note :

  1. Lire une interview de Roger Musnik sur le blog de la BnF et retrouver une conférence de la BnF de mai 2011 animée par R. Musnik : « Les auteurs de science-fiction américains et la contre-culture en France » avec Gérard Klein et Stanislas Barets dans le cycle « Les samedis des savoirs – Amérique : une contre-culture ? »

Mes 10 meilleurs moments des Utopiales à Nantes

Du 7 au 12 novembre derniers, Nantes accueillait la 13ème édition du festival international de science-fiction « Les Utopiales ». Plus de 150 invités de 8 nationalités différentes se sont relayés pour des conférences (près d’une centaine en quatre jours) ou des séances de dédicaces. Ces écrivains, chercheurs, dessinateurs, scénaristes, illustrateurs, réalisateurs ont abordé des sujets variés, souvent en lien avec le thème de cette année, les Origines.

Environ 50 000 personnes se sont pressées à la Cité des Congrès de Nantes du jeudi au dimanche (le lundi étant réservé aux scolaires). Pour mes premières Utopiales, j’ai moi-même pu assister à près d’une trentaine de conférences. Un programme chargé qui m’a juste laissé le temps d’assister à une projection de film (The Dinosaur Project, de Sid Bennet) et de me balader au milieu des expositions et de la salle des jeux de société, sans oublier le bar de Madame Spock où tout le monde se rencontre ;)

Voici donc un top 10 – forcément subjectif – de mes meilleurs moments de ce festival. N’hésitez pas à le compléter avec VOS temps forts ! :)

1 – La communauté de la SFFF française

Ce festival n’aura été fait que de rencontres, notamment des membres de Cocyclics, une communauté d’auteurs et de lecteurs de SFFF (science-fiction, fantasy, fantastique). J’ai également pu apercevoir des blogueurs comme Guillaume aka Traqueur Stellaire (voir le point 8), le chercheur, auteur et nouveau président des Utopiales Roland Lehoucq qui a succédé à Pierre Bordage, des chercheurs (Cédric Villani que j’avais déjà interviewé pour Knowtex, Etienne Klein, Jean-Gabriel Ganascia) et bien sur pléthore d’auteurs, illustrateurs (Nicolas Fructus, qui a dessiné l’affiche des Utopiales de cette année), scénaristes, réalisateurs… Parmi les intervenants des différentes tables rondes, j’ai était particulièrement intéressée par certains, notamment pour leur réflexion sur leur pratique, sur la science-fiction en général ou sur les liens avec la recherche et la vulgarisation :

> Ugo Bellagamba : maître de conférences en histoire du droit et des  idées politiques, auteur, délégué artistique des Utopiales, co-commissaire de l’exposition Science et Fiction à la Cité des sciences… Il a surtout été un passionnant vulgarisateur lors de ces Utopiales

> Claude Ecken : auteur, anthologiste et critique littéraire, il participe également à des animations scolaires et des ateliers d’écriture et a créé le Festival BD d’Aix-en-Provence.

> Daniel Tron : doctorant à l’université d’Angers ; sa thèse : « Du texte à l’image, architecture(s) et déconstruction(s) de la réalité » porte notamment sur les récits Terry Gilliam et Philip K. Dick. Il a aussi travaillé sur l’idéologie et la représentation de la nature en Hard SF.

> Estelle Blanquet : professeur agrégée de physique et formatrice à l’IUFM de Nice, où elle prépare les futurs professeurs des écoles à l’enseignement des sciences par la démarche d’investigation. Elle m’a fait découvrir les Journées interdisciplinaires Sciences et Fictions de Peyresq.

> Danielle Martinigol : diplômée en littératures de l’imaginaire puis enseignante, Danielle est maintenant auteur jeunesse en science-fiction, notamment sur le thème de l’écologie.

2 – Rencontre avec Dave McKean et Neil Gaiman

Je devais bien être la seule personne aux Utopiales qui ne connaissait pas l’artiste Dave McKean et l’auteur Neil Gaiman ! J’ai donc participé aux deux conférences de présentation de leurs œuvres, au milieu de centaines de fans de la première heure. Dave et Neil se sont rencontrés au lycée et ont depuis travaillé ensemble sur de nombreuses œuvres, dont Sandman, Mr. Punch, Violent Cases et plus récemment Mes cheveux fous. Aux Utopiales, nous avons eu la chance de découvrir des œuvres de Dave MacKean au « style reconnaissable entre tous, fait de collage et de mauvais traitements » mais qui a également travaillé pour le New Scientist et deux épisodes d’Harry Potter. Quant à Neil, sa collaboration avec Terry Pratchett et la série Sandman lui ont valu de devenir un auteur de romans et un scénariste de bande-dessinée reconnu, à l’univers très original inspiré aussi bien de Tolkien que de Mary Poppins. Il a notamment écrit American Gods et Coraline et rédige actuellement des scénarios pour l’ultra-connue série britannique Doctor Who. Le prochain livre de Neil s’intitule The Ocean at the end of the Lane. Voici l’enregistrement audio – en anglais – de la lecture qu’il en a fait en avant première aux Utopiales (désolée pour la qualité).

3 – Dernière planète avant Legoland

Un festival de science-fiction, c’est aussi l’occasion de rencontrer des AFOL (Adults fan of LEGO) et leurs créations. Pour le plaisir des yeux, voici quelques créations. Pour les plus mordus, je vous conseille d’aller jeter un œil aux liens de ma weblist spéciale LEGO.

4 – L’exposition de dessins de Manchu

Manchu, ou Philippe Bouchet pour l’état civil, est un dessinateur de science-fiction qui a illustré les couvertures de plus de 200 ouvrages de La Grande Anthologie de la science-fiction pour Le Livre de poche, une référence dans le domaine de la SF. Il a travaillé pour de nombreux éditeurs, des magazines scientifiques comme Ciel et Espace, Sciences et Avenir, Sciences et Vie Junior et des entreprises, comme le CNES, l’Agence Spatiale Européenne, Thompson… L’exposition des Utopiales présentait les œuvres qu’il a réalisées pour Ciel et Espace.

>> Lire une interview de Manchu sur ActuSF et un article de Traqueur Stellaire sur les autres expos

5 – Science-fiction et vulgarisation des sciences

On ne se refait pas ! En tant que journaliste, je me devais de suivre la conférence « Quelle est la place de la SF dans les revues de vulgarisation scientifique ? ». Selon David Fossé (@D_FOSSE), rédacteur en chef adjoint de Ciel et Espace, la science-fiction « est marginale dans les revues de vulgarisation scientifique. Nous avons déjà publié un hors-série spécial SF… qui n’a pas si bien marché car une partie de notre lectorat n’apprécie pas la SF ». L’auteur Laurent Genefort n’a pas caché son énervement face à un magazine comme Science & Vie « qui ne présente pas de science-fiction mais joue sur l’esthétique SF sur ses couvertures ». Manque d’humour, de remise en question ? En tout cas David Fossé l’a dit, à Ciel et Espace, ils aimeraient grandement publier des nouvelles de SF dans leurs colonnes, malgré la contrainte de place. Il a même plaidé pour la création d’une revue grand public autour de la SF. Un rêve que Gérard Klein a accompli en son temps avec la revue Bientôt qui n’a malheureusement pas tenu la longueur…

6 – La science-fiction, outil pour les chercheurs ?

Que la SF plaise aux lecteurs, soit. Mais peut-elle servir aux sciences, notamment aux sciences humaines ? C’était l’une des dernières conférences des Utopiales, mais non des moindres. Elle nous a permis, avec Pierre Bordage, Claude Ecken, Danielle Martinigol, Laurence Suhner et Ugo Bellagamba de revenir sur le processus de création des mondes et des systèmes politiques dans les livres de SF. On a compris que les évènements réels influençaient les auteurs (11-Septembre, Mort en direct d’Omayra Sánchez…). A l’inverse, la littérature peut également être considérée comme une expérience de pensée sur les sociétés humaines et le monde qui nous entoure. Selon Ugo Bellagamba, la SF commence à être utilisée en sociologie, anthropologie et un peu en droit. Les colloques de Peyresq & Cerisy (2003, 2006, 2009) sont d’ailleurs dédiés aux recherches autour de la SF, une discipline jeune en France (voir le site des éditions du Somnium).

7 – Rencontre avec Etienne Klein

L’instant fascination de ces Utopiales a été offert par le physicien et philosophe Etienne Klein. Directeur de recherche au CEA au Laboratoire des Recherches sur les Sciences de la Matière, il a également enseigné la physique quantique et la philosophie des sciences tout en étant membre du Conseil scientifique de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Il est spécialiste de la question du temps en physique, ce qui nous a valu une magnifique conférence, tout à la fois limpide, superbement contée et vertigineuse sur le temps, les voyages dans le temps, le rôle de la physique et le transhumanisme.

8 – Le prix spécial des blogueurs

Le Prix Planète-SF des Blogueurs a été créé par Gromovar et Guillaume44. Depuis l’année dernière, il est décerné lors des Utopiales à un lauréat issu de leur sélection. Cette année, le prix a été attribué à La Fille Automate de Paolo Bacigalupi, aux éditions du Diable Vauvert (que je me suis empressée d’acheter). Selon ses créateurs, ce prix se veut également la vitrine d’une blogosphère de l’imaginaire active et inventive, présente aussi bien sur le web que lors de rencontres officielles du petit monde de la SFFF (comme Anudar, Lorhkan, Le Dragon galactique, Mes lectures de l’imaginaire…).

>> Le site du Prix Planète-SF des Blogueurs et sa page Facebook

9 – La réflexion autour de l’édition et du numérique

Plusieurs conférences abordaient la notion de numérique, dans la création, l’édition et le rapport aux lecteurs. Lors de la première « Ces écrivains augmentés : l’écriture à l’heure du numérique » ont été abordées les questions des logiciels d’aide à l’écriture, des recherches sur internet pour l’écriture de roman (ex : l’utilisation de Google Street View), des sauvegardes et de la conservation des tapuscrits pour la recherche, des blogs d’auteurs (notamment celui de Lionel Davoust), la mise à disposition des textes sur internet et du rôle de l’éditeur. Cette dernière question a également été abordée dans la conférence « Droits d’auteur et révolution numérique » avec Denis Detraz, responsable numérique aux éditions L’Atalante et Pascal Godbillon, d’ActuSF notamment. Les thèmes d’intérêt : contrats d’édition numérique et conventions collectives pour la rémunération des auteurs. Enfin, la conférence sur le futur magazine Professeur Cyclope s’est focalisée sur la question de la bande-dessinée et du numérique. Voir le Storify conçu avec les tweets de l’illustratrice Aurélie Bordenave et les miens.

10 – Les Machines de l’Ile

Bon, j’avoue, je triche un peu. Je n’ai pas pris le temps d’aller voir Les Machines de l’Ile cette année, même si elles sont installées sur l’île de Nantes, à deux pas de la Cité des Congrès, sur le lieu même des anciens chantiers navals. En revanche, j’ai déjà rencontré le fameux Grand Eléphant l’année dernière et la visite des ateliers m’a grandement plu. Ce projet, lancé par François Delarozière et Pierre Orefice, « se situe à la croisée des « mondes inventés » de Jules Verne, de l’univers mécanique de Léonard de Vinci et de l’histoire industrielle de Nantes ». Une visite indispensable, pendant les Utopiales ou tout au long de l’année afin de suivre l’évolution des projets.

>> Pour aller plus loin :

>> Illustrations : affiche des Utopiales, Anna Fischer (Flickr, licence cc), extrait du livre de Neil Gaiman et Dave McKean, Fuzzyraptor (Flickr, licence cc), couverture du livre de Manchu, couverture d’un n° d’Amazing Stories, couverture d’un livre de Pierre Bordage, couverture du livre de Paolo Bacigalupi, N°0 du magazine du Pr Cyclope,  steve.grosbois (Flickr, licence cc)

Utopiales : numérique, humour, Asie, sciences humaines

Et voilà, c’est le dernier jour aux Utopiales, avec encore plusieurs conférences à mon actif, et un problème technique sur Twitter > dépassement du quotas quotidien de tweets (1000). Comme pour les précédents articles, je vous livre ici en vrac les échanges des conférences. Enjoy !

Ces écrivains augmentés : l’écriture à l’heure du numérique

Avec Ayerdhal, D.Calvo, L.Davoust, G.Panchard, E.Barrillier

Tous les intervenants présents étaient connectés (du moins sur Twitter) : @lioneldavoust @metagaming @Ayerdhal et @dickien. L.Davoust : « Internet fait gagner un temps fou pour les recherches mais sur les pts de détails comme par ex. l’utilisation de Google Street View. Internet permet aussi de garder le contact avec les lecteurs et… de procrastiner ».

De l’intérêt du traitement de texte par Ayerdhal : déplacer le texte, corrections, gain de temps. Ayerdhal est un geek et pourtant il a écrit son premier roman sur du papier. Ça a pris énormément de temps pour le taper ensuite. Globalement, les participants n’avaient pas l’air enthousiasmés par les logiciels d’aide à l’écriture, même si D.Calvo aime bien les logiciels qui enlèvent tout détail gênant pour l’oeil. L.Davoust : « L’avantage d’un logiciel d’aide c’est de pouvoir gérer les chapitres. L’aide à l’écriture ne donne que des coquilles desséchées. Ça fait rentrer dans des cases ». Ayerdhal : « Ces logiciels découlent des cours d’écriture (très stricts) aux Etats-Unis. Dangereux car ça formate »

La question de la sauvegarde et de la conservation des tapuscrits est posée par E. Barillier. Ayerdhal a transféré le fichier d’un de ses livres à la Bibliothèque nationale de France Qui va lire les différentes étapes de son écriture ? L.Davoust : « Peu intéressant de voir toutes les étapes. On est là pour voir la comédienne, pas les loges ». Ayerdhal : « La sauvegarde n’est pas de la paranoïa. C’est notre boulot d’écrire et de sauvegarder. Suite à la panne de son Mac, S.Lehman a perdu 200 jours de travail ».

Selon Lionel Davoust, « on ouvre un blog pour les mêmes raisons qu’on ouvre un bar : pas pour son ego ni pour faire fortune. On peut aller au-delà de l’univers de son livre et aider la génération suivante » (voir son site). Les influences de Lionel Davoust sur internet viennent des américains. Il souhaite les transmettre aux futurs écrivains français. Ayerdhal a 2 ou 3 blogs mais pas sous son nom + Facebook pour dire ce qu’il ne dirait pas dans ses livres

Les participants ont l’air gênés par les questions – pourtant pertinentes – d’E. Barillier par exemple sur la mise à disposition des textes gratuitement. L.Davoust : « L’éditeur ce n’est pas un vendeur de livre méchant, c’est surtout un accoucheur de livre. Quand l’offre devient pléthorique, celui qui vend le + c’est celui qui a le + gros budget com. Les « propulseurs numériques » ne sont pas des éditeurs. Ce sont des attachés de presse ». Ayerdhal : « L’auto-publication existe depuis longtemps et représente plus de 90% des livres qui circulent en Fce. Si un écrivain se débrouille bien sur internet, il arrivera à se faire de la pub et être récupéré par un éditeur. Certains éditeurs récupèrent le texte après coup, quand il a déjà du succès sur internet ». Pour Ayerdhal, l’intérêt de l’hypertexte, c’est uniquement pour obtenir des défintiions ou des cartes géo

Droits d’auteur et révolution numérique

Avec Ayerdhal, D. Detraz (resp. numérique aux éditions L’Atalante), P. Godbillon (ActuSF) Vincent Gessler (via Skype) et U. Bellagamba. Références : Vincent Gessler (@Mimosaworld)

D.Detraz : « Chez L’Atalante, nous avons des prestataires de numérisation. Je vérifie tous les fichiers ». Chez ActuSF les livres numériques c’est du 50/50 pr eux et l’auteur avec des contrats de 2 ans. V.Gessler est à l’aise avec des contrats de deux ans renégociables. « Nous sommes ds une période transitoire ».

U.Bellagamba : « Faut-il des conventions collectives pr la rémunération des auteurs ? ». Ayerdhal : « Numérique permet de diffuser moins cher, de démocratiser la lecture. Une clé USB = 1000 bouquins. Téléchargement 150 livres prend une minute. Sur un livre, un éditeur tournera environ à 20% de bénéfices (le double de l’auteur) ». U.Bellagamba: »Est-ce que la solution, ce n’est pas d’avoir 2 contrats (un pr le papier & l’autre pr tt ce qui touche au numérique)? ». Chez ActuSF comme ils st petits, le contrat de base ne concerne que le papier. Pr le numérique ils en refont un autre. J.Vincent : « Il ne suffit pas de lâcher des fichiers ePub ds la nature. Il faut en vendre plein > question de la visibilité. U.Bellagamba : « Ds les contrats basiques, l’auteur n’a pas le droit de faire lui-même des démarches pr la promo de son livre ». J.Vincent : « Chez @ActuSF on kiffe quand l’auteur nous aide à faire sa promo »

Ayerdhal évoque « Le Droit du serf« , collectif autour du respect du droit des auteurs dont il fait partie. V.Gessler est honnête > ne comprend pas tt et se laisse entrainer par son éditeur. Il plaide pr des plateformes de vulgarisation. Ugo Bellagamba plaide pour des assises de l’édition numérique. D.Detraz : « Un compte Apple ou Amazon est incessible. Si le compte disparait, les livres disparaissent ». V.Gessler « Pourquoi a été créé le « creative commons » ? Pour des photos, textes, articles scientifiques ? ». Ayerdhal : « On ne peut pas avoir de recul sur son propre travail. On a besoin d’un « editor » au sens anglais ».

La première librairie numérique spécialisée en Imaginaire : Emaginaire.

Rencontre avec Etienne Klein

Qu’est-ce que la philosophie des sciences ? La question du temps, de la matière, de la réalité > la physique apporte des résultats qui changent nos réponses philo. En dehors de l’esprit, c’est le réel, c’est ce que les physiciens explorent > change nos façons de penser. La physique vient sur certains pts dire ce qu’on ne peut plus penser > ex. de l’atome. Galilée n’est pas allé en haut de la tour de Pise. Il a fait une expérience de pensée à partir de ce qu’a dit Aristote. On peut regretter que Baumgartner n’ait pas pris une plume et une bille de plomb pour tester les lois de la physique.

Les lois physiques qui contredisent l’observation s’appliquent néanmoins aux objets > il faut raisonner par l’absurde. En 2005, des chercheurs ont prouvé que Galilée a écrit sa loi de la chute des corps en 1604 (étude manuscrits). Mr Higgs s’est rappelé qu’on peut expliquer le réel par l’impossible > son article fait 1 page 1/2 de calculs. Particule / matière / masse ne st pas 1 entité unique. Les part. acquièrent une masse en interagissant ac « vide ». Particules sans masse + champs rempli de quantas (bosons) = interprétation de la masse complètement modifiée. La physique est une sorte de science fictionnelle qui met au jour des lois pas repérables directement »

Définir le temps : ce que c’est, ce qu’on en dit, ce que dirait les équations si elles pouvaient parler. Méfions-nous du langage qui attribue toutes sortes de propriétés au temps. On confond temps et évènement temporel. On dit que le temps passe mais est-ce vrai ? Et si oui, qu’est-ce qui fait qu’il passe ? Etienne Klein propose un petit cours de physique aux élèves de teminale présents. Les équations de Newton indiquent que ts les instants du temps ont le même statut > tps ne change jamais. Newton a introduit une contradiction entre ses équations et la manière dont nous évoquons le temps. Remarquez au passage, le passé étant passé, il ne passe plus. Le tps fait son travail en remplaçant chaque instant par 1autre. Puis-je dire que le tps passe ? Non, c’est la réalité. Un chemin ne chemine pas, il permet aux promeneurs de marcher. Le tps ne passe pas, il permet à la réalité de passer. Le tps, ce n’est pas le mvt, la vitesse, l’accélération. C’est cette chose ds laquelle ns ne pouvons pas voyager.

Ben voilà, Etienne Klein vient de tuer la SF > le voyage ds le temps est impossible. EKlein : « Voyager ds l’avenir c’est intéressant mais si c’est le néant, autant attendre qu’il apparaisse > mais on ne voyage plus. Théorie des univers-blocs > Brest & Strasbourg existent sans que ns n’y soyons. Idem pr évènements passés / futurs. Paul Dirac a prédit l’existence de l’anti-matière pour garantir la causalité d’une théorie physique. Est-ce que c’est possible d’écrire une histoire de voyage ds le tps sans parler de 2 tps différents ?

Ceux qui s’intéressent trop longtemps à la physique quantique deviennent fous. Moi j’ai lâché prise. Les équations de la physique quantique sont plus intelligentes que nous. Nous ne pouvons pas les comprendre. Si un électron peut être ds l’état A et ds l’état B alors il peut être dans l’état A+B mais on ne peut jamais l’observer. S.Haroche dit : avant la mesure l’électron est ds l’état A+B. C’est ma mesure qui l’oblige à prendre position. Etienne Klein nous demande de réfléchir sur cette question : « qu’est-ce que le réel ? »

Question dans la salle : « Mr Klein, je vous pose la question : super-symétrie ou théorie des cordes ? ». E.Klein : « On a trop d’idées et pas assez de données sur super-symétrie ou théorie des cordes ».

E.Klein : « Si le temps n’existe pas mais que quelque chose existe, il faut pouvoir le décrire dans avoir référence au tps. Pour dire que Dieu n’existe pas, il faut pouvoir le décrire très précisément d’abord. Mais comment s’il n’existe pas ?.

E.Klein : « Les transhumains existent déjà > ceux qui montent l’Alpe D’Huez en développant 450 watts pendant 22 minutes. La transhumanité implique une singularité > on se détache de l’Homo sapiens pour être qq chose d’autre. Il y aura coexistence de 2 espèces mais en fait il y a déjà coexistence entre conditions de vie (Nord / Sud). Est-ce que les post-humains auront encore des liens d’empathie avec nous ou est-ce qu’ils nous rejetteront ? Méfiez-vous des discours trop optimistes sur les biotechnologies et le transhumanisme.

The Big Bang Theory : l’humour sert-il la science ?

Avec E.Bravo, D.Calvo, R.Lehoucq, D.Tron et L.Queyssi

R.Lehoucq a regardé les deux premières saisons de TBBT > il a trouvé ça drôle, moins qd il s’est retrouvé ds les persos.  »Villani a un univers intérieur qui se manifeste de manière évidente lors des relations sociales ». Pour D.Tron, tout TBBT se résume à Sheldon déguisé en effet Dopler. TBBT fonctionne comme les séries TV américains classiques mais les gags sont très scientifiques. E.Bravo : « Point commun de mes meilleurs profs > ont le sens de l’humour. Meilleur moyen de présenter un discours pesant. J’étais bon élève ms je vivais le cours ac les cancres > ils me faisaient rire, ça me permettait de retenir le cours. Je me suis marré dans Tintin > « Qu’est devenu cet électron ? » Haddock : « Oui, je m’inquiétais à son sujet »". D.Tron évoque le site de Marion Montaigne « Tu mourras moins bête« . E.Bravo plaide pour le décentrement. Expliquer dès l’école primaire comment être en communion avec l’univers. Ds ses livres, R.Lehoucq aime bien parler de sciences avec les films de SF et les décrypter. R.Lehoucq : « Pr ne pas s’électrocuter lui-même, l’empereur (StarWars) devrait avoir des chaussures isolantes de 50cm > drag-queen ». R.Lehoucq prend le cahier des charges d’un super-héros et déforme un humain normal pr qu’il arrive à avoir les mêmes pouvoirs. « J’aime bien aller voir les choses cachées dans la SF > spermatozoïdes de Superman, WC en titane ».

D.Tron : « Il existe un corpus énorme d’humour involontaire dans la SF. Ex. d’humour involontaire dans la SF : Le jour où la terre s’arrêta ou 2012 (scénario le + court de la terre) ». D.Calvo veut défendre prometheus « Ben attendez, on est là pour rigoler. Mon plus gros fou-rire pdt Prometheus, c’est quand le mec fait gouzi-gouzi à l’E.T. ». R.Lehoucq : « Il y a 3 sortes de mathématiciens : ceux qui savent compter et ceux qui ne savent pas compter ». L.Queyssi parle des prix Ignobel : odeur des pieds, puces qui vivent sur un chien sautent plus haut que celles qui vivent sur un chat. R.Lehoucq : Il y a des chercheurs qui tentent d’optimiser au bruit des portières de voiture qui se claquent. D.Tron : Dans StarTrek, pour des raisons de budget, les scénaristes ont opté pour la téléportation. Pour l’expliquer, ils ont créé un outil de ttes pièces. « Star Trek : « un compensateur d’Heisenberg ça marche comment? Bien merci. ». Générateur d’improbabilité dans le Guide du voyageur intergalactique > transformation d’un missile en cachalot. Windows 95 est drôle aussi quand écran bleu et Bill Gates dit « Ce n’est pas un bug, c’est une caractéristique ». D.Tron cite la soupe aux choux comme exemple pourri d’humour dans la « SF ». La conférence s’est transformée en liste d’exemples et de blagues

Aux origines de la création asiatique

Avec F.Gorges, J.Pirou et M.Magnin. Références : @FlorentGorgesFR & @morgan_culture

F.Gorges : « Pour parler de manga, il faut remonter aux emakimono du 8ème siècle. Pas encore de texte ou d’organisation. Influences réciproques tout au long de l’histoire entre Europe et Japon. On a l’image d’un Japon copieur. Mais c’est le seul pays asiatique qui s’est imprégné de la culture occidentale. Le Japon a la capacité à utiliser, reprendre, s’apprier des cultures étrangères. Pour les japonais c’est une force ».

J.Pirou : « Matsumoto, le dessinateur d’Albator s’est inspiré de films français, de westerns américains et de la BD Barbarella ». F.Gorges : « La France et le Japon ont tjrs eu des liens forts. Les Japonais sont les premiers surpris par le fait que leurs créations puissent intéresser des français ». J.Pirou : « La France a décerné à Matsumoto l’ordre de Chevalier des Arts et des Lettres ». J.Gorges : « Vague de dessins animés japonais en rapport avec notre histoire : Lady Oscar, Princesse Sarah… L’idée des Pokemon vient des collections d’insectes des enfants japonais. Le jeu marche très bien depuis 15 ans ». Pour F. Gorges, deux inventions marquantes au Japon sont le « Game & Watch et la série Dragon Ball. J.Pirou : « Le Conte du coupeur de bambous est considérée comme la première histoire de SF du monde et elle est japonaise »

La SF est-elle un outil pour les sciences humaines ?

Avec P.Bordage, C.Ecken, D.Martinigol, L.Suhner et U.Bellagamba

D.Martinigol est un auteur jeunesse. Elle participera à la journée pour les scolaires le lundi. C.Ecken est l’auteur des textes de l’expo Amazing Science par l’Inserm et le CEA. U.Bellagamba évoque « Imaginaires scientifiques & Hard SF », les actes des 4è journées interdisciplinaires #scifi de Peyresq. La SF est la littérature qui parle le plus de la subjectivité des nations ».

D.Martinigol : « Je pars tjrs des persos à qui je donne vite un nom. Puis décor et tt le contexte qui va avec. Si on prend tous mes livres, on se rend compte que le contexte est assez proche ds tous. Un lecteur jeunesse n’a pas forcément besoin de bcp de précision sur le système politique. Dans mes livres, on sent qu’il y a une démocratie, avec des représentants de ts les systèmes planétaires ».

P.Bordage : « Importance des mythes, climat pour le syst. politique d’une planète. Dans Orchéron, c’est une struct. matriarcale ». P.Bordage est scriptural (besoin de l’hist. pr construire 1 livre) > différent de structural (besoin d’une struct. avant le récit). P.Bordage indique qu’il a participé à un colloque « Droit et SF » à Limoges il y a environ un an. L.Suhner construit également le contexte de ses histoires après les persos

U.Bellagamba : « Pour Stephen King, une histoire a besoin de 3 choses : situation + intrigue + persos. Matière première des auteurs : leur société, leur rapport au monde »

D.Martinigol a été marquée par la mort en direct de Omayra Sánchez à la TV > lui a donné une idée de livre. L’Évangile du serpent de P.Bordage a été publié en août 2001, un mois avant le 11-septembre et parle d’attentat terroriste. P.Bordage a ensuite écrit « L’Ange de l’abîme » pour montrer une manière de réagir au déséquilibre de notre monde. P.Bordage : « A partir de quand le rêve de société du début (=rêve américain) se transforme en machine à oppresser l’individu ? ». U.Bellagamba : « La science-fiction est une expérience de pensée sur les sociétés humaines ». L.Suhner : « Quand j’ai créé mes indépendantistes, j’ai pensé à Che Guevara et aux intégristes »

C.Ecken: « Le journaliste n’est que l’artisan de l’invention permanente qu’est la réalité. Je souhaite parler du réel différemment ». U.Bellagamba: « La SF est le reflet du présent. Ses auteurs sont des éponges du présent même s’il n’y a pas tjrs 1 mess. politique. Auj. en France on commence à utiliser la SF comme un OUTIL en sociologie, anthropologie, un peu en droit ». P.Bordage aime bien que ses écrits soient utilisés pr donner envie de lire aux jeunes. C.Ecken est prêt à échanger et discuter ac des chercheurs autour des problèmes / thêmes abordés par la SF. U.Bellagamba : « Les colloques de Peyresq & Cerisy sont dédiés aux recherches autour de la SF, une discipline jeune en Fce ». Les livres de L.Suhner n’ont pas encore été étudiés tandis que ceux de D.Martinigol st dédiés aux jeunes / éducation nat. D.Martinigol : « En tant qu’auteur de SF, il ne faut pas écrire avec un but pédagogique ». U.Bellagamba résume ce que dit D.Martinigol : « Ca sert à réfléchir sans être réfléchi pour servir ». L.Suhner : « Une collègue m’a demandé pourquoi j’écris de la SF et pas de la vulgarisation scientifique pr être ENFIN utile ». P.Bordage : « L’utopie, c’est chiant à écrire : les trains arrivent à l’heure et les gens sont contents, il ne se passe rien ». Martinigol : travail pluridisciplinaire au collège et un  de ses romans théâtralisé.

Utopiales : origines, temps, intelligence artificielle

Et voici les compte-rendus des conférences du 4ème jour de « mes » Utopiales :

De 2001, l’Odyssée de l’espace à Prometheus : les origines de l’humanité dans le cinéma de SF

Avec M.Caro, T.Day, R.Lehoucq, G.Ménégaldo et D.Tron

G.Ménégaldo : « la plus belle ellipse du cinéma est dans 2001 quand on passe de l’os de l’homme préhistorique au vaisseau spatial ». R.Lehoucq : « En astrophysique, on observe des objets de plus en plus lointain et de plus en plus vieux. La lumière met 1 seconde à nous arriver depuis la Lune et 500 secondes depuis le soleil. On a déjà détecté 12 neutrinos provenant d’une supernova. Et quotidiennement plusieurs dizaines du soleil ». D.Tron : « Peu de films se posent la question de l’origine de l’humanité ou de l’espèce. Focalisent plutôt sur des personnages ».

Les « ingénieurs » de Prometheus ne plaisent pas à un des intervenants > trop d’anthropomorphisme + créationnisme. Prometheus vient d’être officiellement élu pire film de SF de ces 20 dernières années. A part le robot, aucun personnage de ce film n’a de profondeur. Comment dépenser des milliards de dollars pour envoyer des Pieds Nickelés dans l’espace. Les symboles marquants d’Alien : sang acide, face hugger, bave qui coule. G.Ménégaldo : « Les scientifiques de Prometheus ne st pas crédibles, notamment avec leurs arguments scientifiques basés sur la foi ». R.Lehoucq a poussé le vice jusqu’à acheter le DVD de Prometheus pour l’étudier à fond > article à suivre dans Bifrost. Dans Prometheus > sang humain + pouple = insecte ? Pas besoin de se décomposer pour laisser son ADN sur Terre. On a juste besoin de cracher dans la soupe originelle…

Rencontre avec Dave McKean

Dave Mc Kean a commencé par les comics et a rencontré Neil Gaiman au lycée. Il n’est pas très attiré par le perso de Batman & trouve Robin très étrange mais il a illustré un livre de Grant Morrison. Il a réalisé les couvertures de la série « Sandman » de N.Gaiman et les spin-off. On découvre l’histoire de Mr Punch, qui tue un bébé, puis des gens, puis son bourreau puis le diable. D.McKean a découvert le collage en école d’art. C’est un moyen pour lui de conserver des souvenirs et transmettre des émotions. Le fait de devenir père l’a orienté vers la littérature jeunesse tout comme N.Gaiman.  »The Graveyard Book » est son livre préféré. Dave a travaillé pour le New Scientist et sur le 2ème et 3ème épisode d’Harry Potter. Son fils est partout dans ses dessins et ses films. Il dessine tout le temps et ses croquis de voyage lui ont appris énormément de choses sur le dessin. Dave Mc Kean a été transformé par sa rencontre avec le biologiste Dawkins.

La Nuit des Temps : les représentations du temps dans la science-fiction

Avec P.Bordage, N.Gaiman, G.Klein, Kris, M.Moorcock et J.Vincent

Pour G.Klein, c’est la machine à voyager ds le temps de Wells qui a souligné le fait que le temps est une dimension pr les lecteurs. Kris : « Le temps était très peu utilisé en BD avant que je ne fasse la Brigade du temps (ex : uchronies) ». M.Moorcock : « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le temps mais c’est la métaphysique du temps… sans vouloir paraître prétentieux ». Neil Gaiman « J’adore le temps en tant que dimension, car j’aime la fiction historique. Les enfants st habitué aux voyages dans le temps. Ils ne sont pas perturbés et je n’ai pas besoin de leur expliquer.

P.Bordage : « Nous sommes prisonniers du temps. La flèche du tps va tjrs ds la même direction. Les occidentaux ont une vision chronologique du tps contrairement aux nomades qui ont une vision cyclique ». Sa démarche, c’est « accompagner le temps ». Il privilégie l’éternité et non l’immortalité. G.Klein : « L’homme ne pourra vivre que jusqu’à 600 ans. C’est le temps après lequel tt le monde est forcément mort d’un accident ».

Kris a été impressionné par les histoires autour du télescope Hubble et de son rapport avec la lumière et le temps. Les archéologues et les historiens sont aussi des voyageurs dans le temps. M.Moorcock : « On ne sait pas vraiment ce qu’est le tps. Peut-être que le tps linéaire n’est qu’un aspect du tps ». P.Bordage : « Les mêmes mécanismes produisent tjrs les mêmes désastres > peut-on sortir de ce déterminisme temporel ?. L’auteur de SF peut sans doute apporter des solutions innovantes pour échapper à ce déterminisme ». N.Gaiman a une approche à petite échelle du voyage ds le tps. Il s’intéresse à l’identité. P.Bordage : « Même si les auteurs de SF travaillent sur le futur comme matériau, ce ne sont pas des futurologues ou des devins ».

L’intelligence artificielle est-elle une rêverie scientifique ?

Avec J.-G.Ganascia, G.Klein, N.Kress, S.Lainé et E.Picholle

Gérard Klein est à l’origine (entre autres) de la Grande Anthologie de la science-fiction. Sylvie Lainé et Jean-Gabriel Ganascia sont également des universitaires. JG Ganascia : « L’intelligence artificielle est un domaine scientifique né dans les années 50 ss la plume de John Mc Carthy. Cette discipline étudiait l’intelligence avec des moyens artificiels. Son nom ambigü a fait son succès ». S.Lainé : « Informaticiens mais aussi scientifiques qui travaillent sur les capteurs, reconnaissance forme, robots, linguistes… ». JG Ganascia : « L’idée d’une intelligence autonome est bien plus vieille que la science et la SF > Golem, automates… ». N.Kress : « Les auteurs de SF ne s’intéressent pas forcément aux détails de la recherche actuelle sur l’I.A. > trop lente ». N.Kress joue aux échecs de manière linéaire comme l’ordinateur Deep Blue. Mais le cerveau des gd maîtres ne marche pas comme ça.

G.Klein : « La compétence des machines s’est considérablement accrue ces 50 dernières années, dépassant les humains ». S.Lainé : « Nous avons délégué à Google l’énorme responsabilité de ns dire ce qu’il y a de plus intéressant sur internet ». G.Klein : « Le calcul des probabilités est un des pans les plus abstraits des mathématiques ». JG. Ganascia : « L’intelligence artificielle est importante pour le monde contemporain > elle est à l’origine du web. Aujourd’hui, vis-à-vis des machines, on a affaire à une sorte d’animisme ». G.Klein : « Les hautes sphères de la politique ont un niveau de culture scientifique terrifiant ». JG Ganascia : « L’animisme informatique est central ds le domaine des interfaces homme-machine. On tente de susciter des émotions ». JG Ganascia l’affirme aux jeunes de la salle > l’I.A. lance de nouveaux défis pour le futur.

La discussion se déplace vers la précarisation des métiers à cause de l’intelligence artificielle > luddisme ? JG Ganascia : « Des métiers disparaissent mais d’autres apparaissent. Il faut se former ». S.Lainé : « Je ne crois pas que des intelligences artificielles vont écrire un bon texte de SF bientôt ».

La Lune est verte ! Les apocalypses nucléaires dans la SF

Avec T.Day, E.Picholle, N.Spinrad, D.Tron, U.Bellagamba, S.Manfredo

Sur le thème de l’apocalypse nucléaire, S.Manfredo cite « Une Rose au Paradis », de Barjavel. T.Day : « Rien ne vaut une bonne apocalypse nucléaire. Si on enlève les apocalypses nucléaires, on perd Mad Max au ciné et Fallout 3 ds les jeux vidéos, et ça, c’est dommage. L’apocalypse nucléaire donne les nouveaux romans d’aventure ». D.Tron : « Le champignon atomique est devenu le pire cliché pour montrer l’idiotie humaine. Le peuple japonais est le seul à pouvoir survivre à la fin du monde parce qu’il l’a déjà fait plusieurs fois ». N.Spinrad indique que la peur de l’arme nucléaire, suite aux bombardements japonais a peut-être évité une guerre nucléaire.

Rencontre avec Neil Gaiman

Selon N.Gaiman, « travailler avec Terry Pratchett, c’est comme si Michel-Ange vous proposait « Hey, viens, on va peindre la salle !. Mon passé de journaliste m’a appris à écrire coûte que coûte, même quand je n’ai pas envie. Pour écrire un livre… il faut écrire… Les elfes ne viennent pas faire le livre à ma place pdt que je dors ». Le livre Neverwhere est dérivé d’une série. « Il n’aurait pas existé si j’avais aimé la série. Quand j’étais ado, je pensais que j’allais écrire de la hard SF pour être un vrai auteur de SF ». Les influences de Neil Gaiman : Mary Poppins, Tolkien, Moorcock…  »Quand j’étais jeune, Londres était un lieu semi-mythique. J’adorais aller ds le métro et voir le nom des stations ». Métro de Londres (Picadilly circus, Eternal Green, station au nom d’un chevalier) = autant de petites histoires dans sa tête.  »Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce qu’il y a derrière les choses. Si un loup-garou mord cette chaise, est-ce qu’elle va devenir une chaise-garou ? Bon, ça ferait pas un roman. Il faut laisser imaginer les gens, et même les encourager.

« American God était une grande anachie mythologique. Mais j’ai débuté sur l’idée d’un décalage horaire ». Neil Gaiman, en juillet à Reykjavik : « Je vais continuer ma journée jusqu’à ce qu’il fasse nuit ».  »Après l’idée, le processus de création est le même pr un livre ou un film. On se bat contre une feuille blanche ». Gaiman écrit d’abord à la main puis tape et présente l’histoire à ses amis puis les maudit pour leurs critiques et retravaille. « L’écriture d’un scénario de TV subit un processus de correction constante » (il écrit des scénarios pour le Doctor Who). Les Beatles n’ont pas vu leur époque comme leurs fans. C’est pareil pour N.Gaiman qui ne pense pas gd chose de Sandman. Dave Mc Kean est le seul illustrateur qui arrive à surprendre Neil Gaiman. N.Gaiman félicite ses traducteurs français qui ont réussi à reproduire des rythmes sans altérer la métrique

Son prochain livre s’intitule « L’Océan au bout de l’avenue ». Voici l’enregistrement audio de la lecture qu’il en a fait en avant première aux Utopiales (désolée pour la qualité). La relation de Neil Gaiman avec ses fans sur les réseaux sociaux ne l’influence pas ds son écriture.

Utopiales : objet technique, scénario et océans


Suite de mes notes sur les différentes conférences des Utopiales :

L’objet technique dans la SF : entre enchantement et pédagogie

Avec Gérard Klein, Nancy Kress, Daniel Tron, Robert Charles Wilson et Estelle Blanquet

Estelle Blanquet lance le débat avec cette question : « Est-il nécessaire de mettre de la magie dans la technique ?« . Gérard Klein réagit immédiatement : « je n’aime pas l’accointance entre magie et technique. Mais dans la science-fiction, la plupart des objets technologiques répondent à un désir, un sentiment qui est aussi à la source de la magie« . Un paradoxe que Robert Charles Wilson trouve intéressant.

La discussion s’oriente rapidement vers la désaffection pour les sciences et la science-fiction. Pour Nancy Kress, « les élèves ne sont pas à l’aise avec certaines idées scientifiques, comme le génie génétique. Ils n’aiment pas lire sur ce thème. La SF n’a pas le même statut que le reste de la littérature. Ses lecteurs sont plus à l’aise avec l’exploration des possibilités de l’avenir« . Pour Daniel Tron, « les plus grands auteurs arrivent à faire le pont entre les « deux cultures » (scientifique et littéraire)« . Il donne l’exemple de Rudyard Kipling, « un grand talent littéraire qui permet au grand public de rentrer dans les mondes techniques« .

Gérard Klein intervient : « au XIXe siècle, les lecteurs s’émerveillaient de la technique et se demandaient, comment ça marche. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas« . A ce moment du débat, les jeunes sont encore pointés du doigt. Selon les intervenants, ils accepteraient la technologie sans se poser de question. Pour Nancy Kress, « la popularité de la SF a baissé aux USA au profit de la fantasy, mais elle est fautive de sa désaffection car elle insiste sur les aspects négatifs de la science/techno« . Gérard Klein : « dans la fantasy, la dimension d’effort pour acquérir une connaissance est remplacée par un don tombé du ciel« . R.C.Wilson : « beaucoup de gens n’aiment pas regarder à long terme et préfèrent être rassurés« . Ceci explique sans doute pourquoi un jeune qui aurait lu de la SF dans les années 1970 lit aujourd’hui des histoires de vampires. « Dans les pays industrialisés, ce rejet est lié à la mondialisation. Des classes sociales entières n’ont plus confiance dans l’avenir et se rabattent sur la littérature fantasy« .

Actuellement, selon Daniel Tron,  »on est persuadés qu’on va mourir d’une crise environnementale, tout comme la crise nucléaire de la guerre froide. J’ai dans la poche un super-calculateur qui me permet de recevoir des images de Mars en direct. Et tout le monde s’en fout !« . Gérard Klein : « Plus de 60% des américains récusent l’idée que le réchauffement existe et qu’il soit d’origine humaine« . Nancy Kress : « c’est une chose de lire sur l’avenir, s’en est une autre d’agir pour son avenir« . Gérard Klein : « parallèlement au déclin de la SF, il y a un déclin de la vulgarisation scientifique. Le rayon science à la Fnac Montparnasse a été divisé par 4 en 15-20 ans tandis que l’astrologie et l’ésotérisme, prolifèrent. S’il y a un réenchantement du monde par les sciences mais il y a un prix à payer pour l’atteindre« .

De l’écriture au scénario

Avec Alain Damasio, Christophe Lambert, Serge Lehman, Pierre-Paul Renders et Antoine Mottier

Alain Damasio, auteur de La Horde du Contrevent, nous indique que son livre va être adapté au cinéma d’animation (Kounen à la réalisation et M. Caro à la direction artistique) et en jeu vidéo. Il évoque l’importance des cinq sens dans son travail et la difficulté de les rendre au cinéma. Dans son livre, il a joué sur le décalage entre présent et imparfait pour donner une dimension épique et historique. « Il faut s’interroger sur la manière de rendre la littérature au cinéma. La Horde du Contrevent est un livre polyphonique, c’est le lecteur qui assure le lien entre les personnages« . Pour le film d’animation, Damasio espérait uniquement des vues subjectives pour chaque personnage mais le réalisateur n’a pas voulu.

Christophe Lambert avoue être « un réalisateur raté. Quand j’écris, je tente de retranscrire les images de ciné qui me sont venus ds la tête« . Pierre-Paul Renders :  »BD, littérature et cinéma n’ont finalement pas beaucoup de points communs dans la narration, le dialogue et le découpage. Le livre et la BD n’emprisonnent pas le lecteur dans leur temporalité comme le fait le film« . En BD, Damasio évoque la « puissance du caniveau » (= espace entre deux cases qui permet toutes les ellipses). Il indique qu’une autre différence réside dans les dialogues, qui deviennent parfois inutiles au ciné à cause de la communication non verbale.

P.P.Renders : « le scénario est un objet que les spectateurs ne verront pas mais qui doit être suffisamment abouti pour qu’on comprenne le film. Il doit séduire mais n’a pas besoin de fioritures. Les auteurs ne l’interprètent pas à la lettre« . Pour Alain Damasio, l’écriture d’un livre est beaucoup plus éprouvante et solitaire que celle d’un scénario. Renders & Lapierre ont produit une série de BD « concept » toutes sorties en même temps et sans ordre de lecture entre elles.

Alain Damasio déplore le fait que la scénarisation a influencé la littérature. Pour lui, la narration « McDo », c’est « chapitre 1 avec perso A + cliffangher puis chapitre 2 avec perso B… jusqu’au chapitre X avec A+B« . Selon lui, « les feuilletons existaient déjà dans les journaux mais le mode de réception d’un roman est différent, car il sous-entend qu’on considère le lecteur comme un adulte et pas qu’on le prenne par la main. C’est une mauvaise idée de confier le scénario à l’auteur du livre. Il faut trahir… intelligemment. Quelqu’un va prendre ce que vous avez fait et le métaboliser avec sa propre vision« .

De l’exploration des mondes marins aux océans du ciel

Avec Ayerdhal, Pierre Bordage, Jean-David Morvan, S.Nicaud, Olivier Paquet et Jean Rébillat

Pierre Bordage a tjrs été fasciné par l’Illiade et l’Odyssée, ses dieux et ses créatures extraordinaires : « depuis Homère, on a évolué et l’intérêt s’est reporté sur l’espace (inconnu, dangereux…)« . Selon Sophie Nicaud, auteur du livre Mission Tara Oceans – Journal d’une scientifique, les océans restent encore aujourd’hui un territoire inconnu. Pierre Bordage avoue être plus fasciné par l’espace que par l’océan pour ses livres, même s’il invente des êtres « marins ». Olivier Paquet : « l’espace, c’est se réapproprier le temps, comme lors des grands voyages en bateau, mais sans l’horizon« . Ayerdhal : « vis-à-vis de l’espace, nous somme comme les Homo erectus devant la mer : on y balance des trucs. L’espace implique un confinement dans une boîte qui n’attend qu’une chose : qu’on fasse une erreur pour se foutre en l’air« . S.Nicaud : « Pendant le voyage de Tara, la moitié de l’équipage était constitué par des marins et l’autre par des scientifiques. C’était comme le voyage d’une navette spatiale avec des scientifiques multi-tâches à bord« .

Jean-David Morvan : « on invente toujours des extra-terrestres qui nous ressemblent un peu. Finalement dans les océans les espèces sont plus « extra-terrestres que dans nos livres« . Olivier Paquet cite Solaris qui fait se rejoindre les deux mondes, espace et océan. Selon Ayerdhal, le roman Question de poids de Hal Clément est le seul qui présente un vrai « Alien » sans aucun rapport avec nous. Ayerdhal : « ce qui est intéressant dans l’espace et l’océan, ce sont les îles & les continents« . Jean-David Morvan : « les navigateurs partaient dans l’inconnu ; les astronautes partent dans un monde déjà cartographié en partie« .

Pierre Bordage félicite le groupe Magma qui a inventé la langue « Kobaïen« , utile pour parler de choses radicalement différentes.  »Pour les Inuits, le langage crée la forme. Si on prononce mal, la forme est tordue« . Olivier Paquet : « l’humanité peut profiter de l’espace pour se réinventer. L’humain de l’espace est aussi un alien« . Pierre Bordage : « Le space opéra transcende le genre SF car il reprend des grands modes narratifs historiques«