Utopiales : pères fondateurs, livres-univers, narration et vulgarisation

Jeudi matin, RDV à 10h pour la première conférence de la journée. J’en suivrai 9 ce jour-là, live-tweetant frénétiquement les échanges entre les auteurs, illustrateurs et chercheurs. Aurélie Bordenave n’était pas en reste et a proposé un live-sketching de la majorité des conférences qu’elle a suivi. Morceaux choisis :

Les Pères fondateurs

Avec Claude Ecken, Gilles Ménégaldo, Tommaso Pincio, Robert Charles Wilson et Lauric Guillaud

Lauric Guillaud lance la conversation : « Qu’est-ce qu’un père fondateur ? Quand commence la science-fiction, avec l’Épopée de Gilgamesh, les lumières ou les récits de Jules Verne & H.G. Wells ? La science-fiction a connu son âge d’or pendant les années 1950 aux Etats-Unis. Depuis, elle a évolué et s’est conformée aux temps nouveaux : poids de la science, des idéologies, des croyances… ». Tommaso Pincio présente un portrait de Jules Verne qu’il a peint : « Ce qui fait la science-fiction, c’est le voyage : l’endroit où vous voulez aller. Jules Verne a écrit une géographie du monde entier et des mondes inconnus ». Robert Charles Wilson et Claude Ecken citent Wells, Mary ShelleyRudyard Kipling et J.-H. Rosny aîné. Selon Claude Ecken, la « science-fiction est née deux fois : en Europe pendant l’arrivée de l’industrialisation et aux Etats-Unis au 20ème siècle ». Gilles Ménégaldo renchérit : « à un moment, la science-fiction a eu besoin d’être légitimée. On l’a ancrée dans des origines très lointaines ».

Puis Lauric Guillaud relance : « l’œuvre de Jules Verne est marquée par un pessimisme croissant. Est-ce que ces pères fondateurs étaient enthousiastes ou craintifs vis-à-vis de la science ? ». Robert Charles Wilson, très calme et pince-sans-rire : « Entre pessimisme et optimiste, j’essaie d’être agnostique ». Selon Claude Ecken : « Rosny aîné et Wells ont écrit des romans préhistoriques et ont regardé le monde des origines. Dans un futur lointain, l’homme aura peut-être disparu et laissé place à une autre espèce ». Gilles Ménégaldo ajoute : « H.P. Lovecraft a écrit sur la dégénérescence de l’humain, susceptible de disparaître et de laisser place à une autre espèce ». Lauric Guillaud complète : « archéologie, géologie, paléontologie ont eu un énorme impact sur la science-fiction et l’imaginaire au sens large ». Selon Claude Ecken, « on peut être optimiste et considérer que l’homme arrivera à surmonter ses problèmes. La fin du monde dans la fiction est plutôt une réflexion sur le monde et la manière dont on le voit ».

La discussion enchaîne ensuite sur la différenciation entre les genres (science-fiction, thriller, horreur, fantasy…), avec l’exemple de Dracula (Bram Stoker), qui n’est pas considéré comme un roman de science-fiction contrairement à Frankenstein (Mary Shelley). Tommaso Pincio : « Philip K. Dick est considéré comme un écrivain de science-fiction mais était mainstream pendant presque toute sa vie. Ce qui est important pour lui est la manière dont il voyait le monde, pas les sciences ». Lauric Guillaud conclue en indiquant qu’en « France, environ 3000 romans de sciences ont été rédigés – quasiment anonymement – entre 1860 et 1950 et aux Etats-Unis, 1500 romans de mondes perdus ». Autant de « pères fondateurs » oubliés…

Les livres-univers : un laboratoire pour les scientifiques ?

Avec Ayerdhal, Pierre Bordage, Laurent Genefort, Nathalie Le Gendre et J.Vincent

L. Genefort sait quelque chose sur les livres-univers, lui qui a créé une Sphère de Dyson pour un de ses romans. Quant à Pierre Bordage, il ne laisse « pas de place pour la science et le scientifique au départ. Je pars avec des personnages et je découvre le monde par leurs yeux. Ça m’arrive de me tromper au niveau des lois physiques ». Nathalie Le Gendre fait de même. Laurent Genefort comme Ayerdhal ont eu recourt à des scientifiques pour vérifier la cohérence de leurs univers (l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, des vulcanologues…).

Finalement, selon Pierre Bordage, « les scientifiques ne sont pas forcément stricts sur les erreurs. Beaucoup sont aussi des lecteurs de SF et fantasy, des gens très ouverts qui souhaitent être étonnés ». Ayerdhal s’intéresse beaucoup aux sciences humaines et lit des thèses et journaux de vulgarisation scientifique. « Parfois la fiction fonctionne bien même s’il manque un « détail » de vraisemblance scientifique. L’important est d’avoir une vraisemblance globale » selon L.Genefort. Nathalie Le Gendre : « on ne peut pas tout contrôler et tout pointer et la documentation nous prend beaucoup de temps ». Ayerdhal prévient les écrivains amateurs : « le lecteur ne doit pas sentir un étalage de connaissance. L’auteur doit oublier ce qu’il a lu et le garder en background ».

Narration interactive : le jeu vidéo et le mot

Avec Laurent Genefort, N.Merjagnan, J.Rousseau, F.de Grissac

Les jeux « Remember me », « From Dust » et « Mars » ont été mentionnés. Pour le premier, N. Merjagnan nous indique que l’action se passe en 2084 et qu’il a fallu imaginer historique, sociologie, techno (digitalisation de la mémoire…). Jehanne Rousseau, qui a fondé la société « Spiders » : « écrire un jeu vidéo c’est dur : 200 000 mots, création d’univers, énorme arborescence pour représenter les différents choix du joueur ». N. Merjagnan : « il existe beaucoup de déchet pour les auteurs de jeux vidéos. Certaines idées peuvent être irréalisables techniquement ou trop longues à mettre en place ». Laurent Genefort qualifie son travail sur « From Dust » comme plus diffus qu’un scénariste, avec la création des formes de vie (une cinquantaine pour 4 retenues). « Les machines n’étaient pas assez puissantes pour gérer la dizaine d’écosystèmes« .

Les nations de la science-fiction

Avec Ayerdhal, G.Panchard, T.Pincio, N.Spinrad, R.C.Wilson et U.Bellagamba

Pour Simon Bréan, l’idée d’école nationale de SF « n’a pas de sens immédiat. La SF traverse les frontières mais souffre tout de même du poids des contextes culturels. Dans les années 50, les français envisagaient le thème du voyage de la SF comme un problème. Ils n’avaient pas la vision aussi libérée que les américains ». Pour Norman Spinrad, « l’émergence de la SF internationale est un signe positif ». Ugo Bellagamba,, en remarquable modérateur, souligne que « la langue est une manière de penser le monde ». Ayerdhal : « D’emblée, je ne me suis pas considéré comme un français mais comme un auteur. J’ai été influencé par la littéraire américaine et d’Europe de l’est ».

Ugo Bellagamba teste les intervenants en posant cette question : « Est-ce qu’on peut considérer la SF comme une nation avec sa langue, ses valeurs partagées, etc. ? ». Simon Bréan avance : « Quand on lit un auteur, des indices nous laissent deviner sa nationalité. La SF qui se fait en France est liée à la SF publiée en France : elle est déterminée par un marché ». Pour Ayerdhal, la langue de la SF est… la traduction. Norman Spinrad est catégorique : « je déteste l’idée d’une nation de SF. Elle conduit à un embourgeoisement de cette littérature. C’est se fermer à l’influence des autres littératures. Où placez-vous Michel Houellbeck et Michel Dantek ?« . N.Spinrad préfère le terme de communauté (auteurs, lecteurs, éditeurs, traducteurs…).

Quelle est la place de la SF dans les revues de vulgarisation scientifique ?

Avec David Fossé, Laurent Genefort, S.Laîné, E.Picholle et A.Mottier

Selon David Fossé, « la SF est marginale ds les revues de vulgarisation scientifique. Ciel et Espace a déjà publié un hors-série spécial SF… qui n’a pas si bien marché. Une partie du lectorat de vulgarisation scientifique n’apprécie pas la SF ». L.Genefort est lui « énervé par Science & Vie qui ne présente pas de SF mais qui joue sur l’esthétique SF sur ses couvertures ». S. Lainé : « La science se définit comme quelque chose qui s’autorise à se remettre en question. On a le droit de jouer avec la science« . D’ailleurs, « Einstein était ravi qu’on joue avec ses idées » selon E.Picholle, tout comme Hawking aujourd’hui selon L.Genefort. Chez Ciel et Espace, David Fossé avoue une envie de publication de nouvelles inédites de L.Genefort mais la contrainte de la place est compliquée. Dans le n° spécial SF, Serge Lehman avait publié Origami avec à la clé, un prix Rosny Aîné. David Fossé plaide alors pour la création d’une revue de SF grand public ! Sur ce, Gérard Klein monte sur scène et indique qu’il a voulu lancer une revue de SF… un projet qui « a planté » à l’époque…

McKean, Fructus, Manchu : les artistes des Utopiales

Arrivée à Nantes mercredi après-midi, j’ai juste le temps de photographier le Château des Ducs de Bretagne avant de rejoindre la Cité des Congrès de Nantes qui ouvre ses portes aux visiteurs du festival en fin de journée. J’ai profité de ce premier soir pour jeter un œil aux expositions des Utopiales. Voici quelques résumés, avant peut-être de parler plus longuement de chaque artiste / expo dans de futurs billets.

Amazing Science

Pour cette exposition, l’Inserm et le CEA se sont réapproprié l’esthétique des pulps, ces magazines de SF très populaires au Etats-Unis durant la première moitié du XXème siècle. Chaque affiche était complétée par un petit texte de l’auteur de science-fiction Claude Ecken. Je vous laisse découvrir cette expo dans le Musée virtuel de l’Inserm.

Dave McKean

Florilège des oeuvres de l’artiste Dave Mc Kean. Sa présentation dans le programme des Utopiales parle d’elle-même : Graphiste génial et protéiforme, artiste aux talents illimités, de la musique à la peinture, en passant par le cinéma, nombreux sont ceux qui se demandent où s’arrêtent ses champs de compétences. Né en 1963 en Angleterre, Dave McKean, après un passage par les Beaux-Arts qui ne le détournent pas de son amour pour la bande dessinée, rencontre Neil Gaiman avec qui il va construire ses chefs d’œuvres successifs comme Violents Cases, Signal to Noise ou Cages. D’autres suivront. De MirrorMask, son premier long métrage à Batman : Arkam Asylum, McKean impose son style reconnaissable entre tous, un style fait de collage et de mauvais traitements, pour nous conduire sous la pluie dans les recoins sombres de l’âme humaine. En nous montrant à quoi ressemble le chemin d’un artiste épris de liberté et de rock n’roll.

Nicolas Fructus

Nicolas est l’artiste qui a conçu l’affiche du festival (à l’ordinateur, sans esquisse préalable). Lors d’une des conférences, il indique avoir souhaité « faire un cadavre exquis qui ait un sens une fois tous les éléments mis en place ». Sa série de quinze tableaux photographiques plutôt dérangeants, « Mémoire des mondes troubles » est inspirée des univers lovecraftiens. Nicolas Fructus a monté et retouché des collections de plaques de verre, photos anonymes de la fin du 19ème siècle. « Pour cette exposition, j’ai récolté des plaques photographiques, esquissé les créatures puis créé une histoire pour les lier ensemble ». Nicolas Fructus travaille actuellement sur l’illustration d’un jeu et a déjà accumulé plus de… 500 visuels.

Manchu

Cette exposition présente une partie des œuvres de Philippe Bouchet, ou Manchu, créées pour Ciel et Espace. Qui est Manchu me direz-vous ? « Manchu se passionne très jeune pour le dessin, la conquête spatiale et la SF. Après un détour par le dessin animé (Ulysse 31), il devient très vite l’illustrateur phare des plus illustres collections de science-fiction, de Robert Laffont à Denoël en passant par le Livre de Poche. Manchu ajoute à ses talents d’illustrateur – il décroche le Grand Prix de l’Imaginaire en 2001 – un souci de réalisme permanent ».

Dernière planète avant Legoland

Il s’agit, d’après le programme, de la première exposition de science-fiction en briques LEGO (de langue française), créée par des AFOLS (« Adult fans of Lego ») fans de SF. Joli travail ! :)

>> Plus d’informations : (voir mon premier article et retrouver les photos sur mon compte Flickr)
>> Illustrations : affiche des Utopiales, photos de Marion Sabourdy sauf Nicolas Fructus par T.Lilly,

Les Utopiales 2012 : c’est parti !

Ceux qui me suivent sur Twitter n’ont pas pu y échapper : me voici donc aux Utopiales 2012, le festival international de science-fiction qui se tient du 7 au 12 novembre dans le Centre des Congrès de Nantes. Pour comprendre mon hystérie soudaine, il suffit de jeter un oeil au programme : impressionnant non ? Pendant mon live-tweet et avant de mettre en forme des articles plus tard, je vais tenter de rassembler ici quelques éléments au grès de ma découverte de cet évènement dont les photos officielles des Utopiales sur Facebook, le site dédié à l’évènement par ActuSF, les photos et dessins de Leely, mes photos sur Flickr et…

Les comptes Twitter des participants

Officiels : les deux hashtags en fonctionnement sont #utos2012 et #utopiales. Le compte officiel : @LesUtopiales. Quelques partenaires : CEA (@CEA_Recherche), Inserm (@Inserm), Centre national du livre (@LeCNL), Syfy (@SyfyFr)

Littérature : Neil Gaiman (@neilhimself), Lionel Davoust (@lioneldavoust), Ayerdhal (@Ayerdhal), Yoann Berjaud (@YoannBerjaud), Pierre Bordage (@PBordage), Emanuel Dadoun (@EmanuelDadoun), Jeanne-A Debats (@JeanneADebats), Nancy Kress (@nancykress), Anne Fakhouri (@AnneFakhouri), Thomas Geha (@ThomasGeha), Francis Mizio (@FrancisMizio), Michael Moorcock (@MoorcocksMisc), Javier Negrete (@Javier__Negrete), Olivier Paquet (@Erion_), Tommaso Pincio (@TommasoPincio), Laurent Queyssi (@marshotel), Norman Spinrad (@normanspinrad), David Calco (@metagaming)

Cinéma : Philippe Decouflé (@phildecoufle), Guillaume Lubrano (@guilubrano et @MetalHurlantTV), Joann Sfar (@joannsfar)

Bande dessinée : Thomas Allart (@allartthomas), Benjamin Benéteau (@Beniamjn), Elian Black’Mor & Carine M (@BlackMor), Stéphane Créty (@stephanesojuro), Rémi Guérin & Guillaume Lapeyre (@JVcityhall), Dave McKean (@DaveMcKean), Jean-David Morvan (@JDMorvan),

Sciences : David Fossé (@D_FOSSE), Patricia Lemarchand (@pl22nantes), Robots Nao (@NaoRobot), Jack Skillingstead (@JSkillingstead), Cédric Villani (@cedricvillani)

Et aussi : Robert Henke (@robert_henke) pour les arts plastiques, Romaric Briand (@GoldenBob45) pour le pôle ludique, Florent Gorges (@FlorentGorgesFR & @FlorentGorgesJP) pour le pôle asiatique et Jeff Mills (@DJJeffMills) pour la soirée

Et aussi, mini revue de presse / blogs

>> @Mag_frog présente son programme des Utopiales : « De la science, de la fiction, et beaucoup de plaisir !« 

>> France 3 Pays de la Loire : « Utopiales 2012 : le Festival de science-fiction de Nantes nous renvoie aux origines » & « Nantes : balade au coeur des Utopiales 2012« 

Cherche calendriers SFFF

Calendrier Magique, Manuel Orazi (1895)

Rencontrer des auteurs, fouiner parmi les livres et BD, discuter avec des passionnés, écrire une nouvelle… Quoi de mieux que les conférences, salons, festivals, concours ? Mais pour le néophyte, la recherche de ces évènements relève du parcours du combattant sur les sites et forums de passionnés. Sans compter les nombreux évènements Facebook créés par des associations ou éditeurs.

Calendriers des évènements

Deux pistes pour commencer à débroussailler tout ça : le forum d’ActuSF et le calendrier du site Planète SF. Cela reste encore peu lisible ou incomplet, mais c’est déjà pas mal ! Connaissez-vous d’autres sites qui proposent des calendriers ?

Calendrier des concours / appels à textes

En parallèle de ces recherches, je tente également de compiler les sites qui proposent des concours et appels à textes. Quelques suggestions en vrac : Bonnes nouvelles, Concours et opportunités, Wiki imaginaire, Le forum d’ActuSFJeunes écrivains, Présences d’esprit, RSF Blog, Questions SFFF, ImperialDream

>> IllustrationCardboard Antlers (Flickr, licence cc)

Une carte de l’histoire de la science-fiction

En me promenant sur le blog de Traqueur Stellaire, je viens de découvrir une carte de la science-fiction, produite par Ward Shelley et publiée sur le site Places&Spaces. La parole à l’auteur [traduction perso depuis l'anglais] :

« Histoire de la Science-Fiction » est une chronologie graphique qui représente le genre littéraire depuis ses racines nées de la mythologie et des histoires fantastiques jusqu’aux raides épopées de space opera post Star Wars d’aujourd’hui. L’avancée des années se fait de gauche à droite, prenant la forme d’une bête tentaculaire dérivée des martiens de La Guerre des Mondes d’H.G. Wells. La science-fiction est vue comme le résultat de la collision entre les Lumières (pourvoyeuses de la science) et le Romantisme qui a donné naissance à la fiction gothique, source non seulement de la science-fiction mais aussi des romans policiers, de l’horreur, des westerns et de la fantasy (tous peuvent être vus sortant par des trous de ver en direction de leurs propres diagrammes, ailleurs). La science-fiction a progressé a travers un certain nombre de périodes distinctes, qui sont tracées, citant des centaines des plus importants travaux et auteurs. Le cinéma et la télévision sont couverts également.

 >> Voir une version en haute définition ici.

Les auteurs de SF sont-ils allergiques au sport ?

Les Olympiades Truquées, de Joëlle Wintrebert

Il y a quelques temps, Guillaume, aka Traqueur Stellaire m’ajoutait dans son groupe Facebook « Interfaces Sciences et SF » et je l’en remercie (au 22 septembre, ce groupe comptait presque 100 personnes ; edit du 23 avril 2013, le groupe a été supprimé depuis peu). Son objectif : servir de « revue de presse et d’échange d’informations sur les sujets à l’interface entre la science et les thèmes de science-fiction« .

Me sachant entourée de purs amoureux du domaine, j’ai tenté une timide question concernant le sport dans la science-fiction : « A première vue, j’ai l’impression qu’on ne parle que de prothèses ou de dopage, bref « d’homme augmenté » ou bien que le sport n’est qu’anecdotique dans un récit. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous des contre-exemples ? » (oui, je m’auto-cite parfois ^^). Je cherchais en fait toute mention d’une pratique sportive ou qui implique un engagement physique en science-fiction, ayant l’impression que ce thème n’était pas très abordé (du moins comme thème principal d’un livre).

La discussion qui a suivi m’a démontré que si peu de livres faisaient du sport leur sujet principal, beaucoup l’abordaient mais souvent d’une manière péjorative. Vous trouverez ci-dessous quelques références citées par les membres du groupe. Si certains d’entre vous ont lu ces livres ou vu ces films, n’hésitez pas à laisser un commentaire. Idem si vous connaissez d’autres références ou carrément des études sur ce domaine :

Image de prévisualisation YouTube

Un grand merci à Sébastien Carassou, Guillaume – Traqueur – Stellaire, Jean-Noël Lafargue, Sylvie Denis, Yal Ayerdhal, Gulzar Joby et Frank Chemouni !

Pour aller plus loin

>> Illustration : Editions J’ai Lu

Hoshikaze 2250 : communauté de création de SF

La journée d’étude Science et science-fiction a réservé une place aux amateurs éclairés de SF en la personne de Benoît Robin (@Mutos78), auteur et membre de la communauté de création Hoshikaze 2250. Hoshikaze 2250 : Quézako ? Sur le petit papier distribué par Benoît Robin on peut lire « Univers Space-Opéra avec éléments Hard-Science et Cyberpunk. Développement coopératif sur internet ». Hum hum… Ça ne nous avance pas beaucoup. L’auteur explique : « une communauté de création est un ensemble d’individus agissant de concert dans le but de développer un ensemble structuré de contenus sur un thème commun ». En bref, une « création collective d’univers ».

Selon Benoît Robin, les communautés de création prennent très souvent forme dans les universités et grandes écoles, en lien avec les communautés technophiles (geeks et monde de l’open source). Dans le cas d’Hoshikaze, le projet est parti d’un jeu de rôle à Centrale Lyon avec des auteurs, dessinateurs, « rôlistes »… Petit à petit, la communauté a grossi et le besoin de se structurer en association a émergé. Cela a permis de former un « groupe et une identité pérenne, avec un fort sentiment d’appartenance des individus et une appropriation individuelle et collective des contenus » : une encyclopédie, un recueil de nouvelles annuel, des jeux de rôle « vivez l’an 2250 », un forum, un blog et un jeu vidéo « Stars of Call »…

L’auteur ne cache pas que la création du site internet a permis de renforcer la communauté et de désinhiber certains membres face à l’acte de création. Pendant sa présentation, il lance quelques pistes de réflexion : Quel est l’avenir de ces communautés en-dehors des créatifs et des ingénieurs ? Ces processus de création peuvent-ils intégrer la production culturelle ? Le web 2.0 (et les suivants) ne sont-ils pas des communautés de création qui s’ignorent ? Pour Benoît, cela ne fait aucun doute : ces outils permettent une « réappropriation de la science par le grand public » et amènent les jeunes à la science. Le but d’Hoshikaze est maintenant de « maintenir l’implication de ses membres sur le long terme et assurer son bon fonctionnement dans le monde réel ». Communauté à suivre.

Le point de vue de Jean-Claude Mézières

Jean-Claude Mézières

Le dessinateur de la bande dessinée « Valérian et Laureline » était présent ce jeudi 9 décembre à la Cité des sciences pour évoquer son expérience. Avant de dessiner le duo aventurier, Jean-Claude Mézière « a donné dans le western et l’illustration ». Son saut dans la science-fiction s’est fait au milieu des années 1960 grâce au magazine Pilote. « A l’époque, il n’y avait pas encore de SF grand public, se souvient l’auteur, seulement des revues marginales. Il existait certaines BD, comme Black et Mortimer mais qui ne se revendiquaient pas clairement comme de la SF. Dans « Valérian et Laureline », on y plonge dès la première page ».

La saga Valérian et Laureline

S’ensuit la (longue) période Valérian, avec le scénariste Pierre Christin et le succès que l’on sait – enfin, que je ne soupçonnais pas jusqu’ici. Jean-Claude recevra notamment le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1984. « Mes lectures depuis mes 15 ans – notamment les petites nouvelles de SF – m’ont baigné d’images et apporté un terreau pour ma création, explique Jean-Claude Mézières, le challenge a été d’ajouter un zeste de politique et surtout de dessiner une cité du futur alors que je n’avais rien à me mettre sous la dent comme documentation ». Pour contrer cette difficulté, les co-auteurs ont décidé d’évoquer le Moyen-âge dans les premiers volumes, « pour gagner du temps avant d’oser se lancer, suite à de nombreux encouragements ».

Plus tard, « on a fait apparaître l’héroïne, Laureline, qui n’est pas une bimbo emmerdeuse contrairement à certaines héroïnes de BD ». En 45 ans, la série innovera régulièrement, « en 1972 on a parlé d’écologie avec quasiment le même scénario que le récent film Avatar ». « Rare œuvre de SF qui a largement dépassé le cadre des amateurs », Valérian est une BD que les parents font découvrir à leurs enfants. Mieux, « il existe près de 2000 jeunes filles prénommées Laureline en France » grâce à la BD.

Les taxis du Cinquième Élément

Plus tard, le dessinateur est appelé par le réalisateur Luc Besson pour collaborer au projet de film Le Cinquième Élément. « C’était une expérience très complète et agréable, contrairement à ma précédente participation à l’adaptation du roman des frères Strougatski « Il est difficile d’être un dieu ». Jean-Claude raconte avec malice sa création de son New-York « futuristique » avec les immeubles et les fameux taxis volants, déjà présents dans l’épisode Les cercles du pouvoir de la série Valérian (merci @FabienNicolas). « A l’origine, le héros du film devait s’appeller Zakman Blairos et être un ouvrier d’une usine de fusée, livre-t-il, mais suite à mes propositions, Luc Besson a décidé de le transformer en Corben Dallas, chauffeur de taxi ».

Un frenchy a Hollywood – ou presque

Si la collaboration entre le réalisateur et le dessinateur s’est bien passée, on décèle vite à son ton désabusé que ça ne fut pas toujours le cas. « On retrouve des scènes des premiers albums de Valérian avec quasiment le même cadrage et la même mise en scène dans certains films américains, notamment Star Wars, sans que Georges Lucas ne m’ait contacté » déplore l’auteur. Une discussion avec Fabien Nicolas, passionné de SF m’apprend d’ailleurs que nombre des « canons » de la SF américaine viennent de l’œuvre du « frenchie » Mézières. Cocorico !

>> Illustration : Wikimedia Commons

Science + ou – fiction ?

Alien tripod illustration by Alvim Corréa, from the 1906 French edition of H.G. Wells’ « War of the Worlds »

Comme vous l’avez peut-être vu à travers mes tweets du jeudi 9 décembre, j’ai eu l’occasion d’assister à une partie de la journée d’étude « Science et science-fiction : un « vortex » entre imaginaire et réalité ? ». Elle se tenait en parallèle de l’exposition « Science (et) fiction : aventures croisées » à la Cité des sciences créée en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France.

Suite à vos demandes (1), je vous livre en trois billets (voir le 2ème et le 3ème) un compte-rendu succinct de la matinée, à partir des notes que j’ai pu glaner et des échanges que j’ai eu sur Twitter. Excusez d’avance le caractère incomplet et sans doute naïf de ce que vous allez lire (vos compléments sont les bienvenus).

Prévue à 9h, la journée n’a débuté qu’une heure plus tard en raison du retard de certains intervenants, bloqués par les intempéries. Le public, une cinquantaine de personnes, était en majorité féminin (contrairement aux intervenants du matin) et semblait être composé en grande partie de bibliothécaires. Cette journée étant organisée par le Centre national de la littérature pour la jeunesse et la Bibliothèque des sciences et de l’industrie (BSI) (2), ceci explique sans doute cela.

La science-fiction pour les nuls

En guise d’apéritif, Bruno Jammes, le directeur adjoint de la BSI nous offre un large panorama de la science-fiction (SF). Il se demande d’abord comment définir « ce genre narratif qui suscite des usages extrêmes ». Il se livre à une petite comparaison des définitions sur le Larousse, Wikipédia – « la définition la plus large et la plus intéressante du domaine » et le Petit Robert. Ces définitions varient au cours des années et font intervenir « l’imagination scientifique et le temps futur » en 1973 puis « le scientifiquement possible dans l’imaginaire romanesque » en 1993. Si les dictionnaires et encyclopédies sont indécis, c’est aussi le cas des auteurs de SF eux-mêmes. Isaac Asimov la définit comme une « branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science », John W. Campbell comme des « rêves mis par l’écrit » et René Barjavel ne se mouille pas trop en affirmant que « ce n’est pas un genre littéraire, c’est tous les genres ».

Des genres variés mais des éléments récurrents

Selon Bruno Jammes, la SF fait intervenir des genres narratifs variés : la littérature avec les romans, les sagas (suites de romans) ou les nouvelles comme celle d’Arthur C. Clark (2001), les œuvres graphiques (BD, mangas), les films et séries TV telles Star Trek ou Battlestar Galactica – « fondamentales dans cette culture » et enfin (mais la liste n’est pas exhaustive), les jeux vidéo.

Une grande variété donc, mais des éléments récurrents : l’importance du temps. « Il ne s’agit pas toujours du futur ; souvenez-vous du début de Star Wars, qui évoque une époque très lointaine ». Un récit de SF peut également se situer dans un « autre-temps, un temps différent où les choses ne se sont pas passées de la même manière » et on parle alors d’uchronie. Le thème du voyage dans le temps l’illustre bien (récit d’Anderson), tout comme les romans de Philip K. Dick (seconde guerre mondiale).

Citons en vrac les autres éléments du récit canonique de SF : l’espace et sa conquête, les moyens de transport « qui caractérisent l’œuvre de Jules Verne », l’extraterrestre « différent, bizarre, agressif ou gentil », l’intelligence artificielle & les robots, les mutants & l’homme transformé, les univers parallèles, le cataclysme, la dialectique réel / virtuel voire même le développement durable.

« La SF n’est pas un genre littéraire, c’est tous les genres »

Thèmes semblables mais genres différents. La SF se scinde en space opera ou « grande chronique de l’espace » comme le Cycle de la fondation d’Asimov, la hard science-fiction, qui « s’appuie sur des concepts scientifiques et technologiques et a vu le jour aux États-Unis entre les deux guerres » et plus récemment le cyberpunk « qui se passe dans un monde délabré ». Chaque genre a bien entendu donné naissance à de nombreuses ramifications et la SF va même parfois piocher jusque dans le merveilleux des contes de fées ou le fantastique : « la Force dans Star Wars est typiquement un élément du genre fantasy ».

Toujours dans la logique de nous donner quelques clés générales, Bruno Jammes nous situe dans le temps : après quelques « faux précurseurs » (dont je n’ai pas eu le temps de relever les nom), les vrais papas de la SF sont les européens Jules Verne et H.G. Wells (La Machine à explorer le Temps, La Guerre des mondes). La SF fait ensuite un tour par les États-Unis entre 1914 et 1940 (âge d’or de la littérature et du cinéma) puis la thématique s’élargit jusqu’à 1969, les autres pays s’en emparent. C’est également l’irruption des sciences humaines avec leurs nouvelles problématiques (totalitarisme, utopie, place et rôle des femmes…). Depuis 1970, nous sommes entrés dans une « nouvelle science-fiction » influencée par les mondes virtuels, mais des emprunts aux mouvements précédents sont possibles.

Du western au grand public

Le directeur adjoint de la BSI poursuit sa revue historique en montrant que la SF est un genre narratif influencé par le western à ses débuts (conquête de l’ouest ou des galaxies, même combat !) et en permanence par la société dans laquelle vivent les auteurs. Pour terminer, il évoque les lecteurs de SF, historiquement des hommes, amateurs passionnés voire « frapadingues », qui lancent des fanzines ou développent des sites internet sur leur passion. Mais petit à petit, cela change avec l’arrivée de la SF chez le « grand public » et la prise en main de la création par des femmes qui revendiquent une littérature féminine. Au détour d’un tweet, @FabienNicolas me glisse le nom de Le Guin, «auteure majeure s’il en est. Ah ! La main gauche de la nuit ! ».

Suite de la conférence ces prochains jours…

Notes :

  1. Pour ne pas les citer : @petitpetitam, @cvaufrey, @jibhaine, @jphgirard [edit du 22/09/2012 : entre-temps, Jean-Philippe s'est désinscrit de Twitter], @pascorporate, @anhtuann & @schaptal
  2. Je tiens à remercier Francine Lesaint, directrice de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie qui m’a invitée à cette journée

Pour aller plus loin :

  • Sélection de livres, films, CD et sites web par la Bibliothèque de la Cité des sciences et de l’industrie et le Centre national de la littérature pour la Jeunesse – La Joie par les Livres – (Bibliothèque nationale de France)

>> Illustration : Wikimedia Commons

Sébastien, globe-trotter geek à l’Atlas

Sébastien Freudenthal, ou @chaacattac, a découvert Knowtex récemment. Depuis, c’est un de nos interlocuteurs les plus actifs, notamment sur les réseaux sociaux qu’il explore pour son CCSTI et pour lui-même.

Son trait de caractère qui m’a frappée au premier abord : l’enthousiasme. A peine a-t-il découvert Knowtex que Sébastien m’invite à venir faire un tour à l’Atlas, le CCSTI de la ville de Saint-Ouen dans lequel il travaille en tant que médiateur. Je m’empresse de répondre à son invitation pour découvrir cet homme sympathique, amateur de BD engagé.

La visite du centre me permet d’en savoir plus sur lui. Par mail, il m’avait déjà parlé de l’animation sur la faune de Burgess sur laquelle il était en train de travailler. Il n’attend pas longtemps avant de me montrer avec fierté le matériel dont il se sert devant son public : des bestioles en plastique importées directement du Canada, des « machines à fossiliser » avec de la pâte à modeler, de « vraies-fausses » reconstitutions de fossiles dessinées par son ami illustrateur Florian Mons… « Avec cette animation, je souhaite montrer aux enfants les difficultés des paléontologues à reconstituer les animaux à partir des fossiles. Grâce à quelques indices, ils vont devoir choisir la reconstitution qui leur parait la plus plausible » explique-t-il, un livre de Stephen Jay Gould à la main.

C’est dans son bureau décoré d’une mini-éolienne, de coquillages et d’un globe que Sébastien me parle de son parcours. Comme beaucoup de médiateurs scientifiques, il a commencé par un cursus en sciences dures, en l’occurrence de la physique fondamentale jusqu’en deuxième année de master à l’université Paris-6. Il a ensuite enchaîné sur un DEA d’océanologie/météorologie. Il mentionne l’intitulé de sa thèse avec un peu d’ironie, comme pour s’excuser de sa complexité : « Utilisation des fréons comme traceurs de la circulation profonde en Atlantique tropical. Identification et suivi de la composante récente de l’Eau de la Mer du Labrador entre 1990 et 2000 ». L’homme est modeste mais sa passion l’emporte et il fouille dans une caisse à la recherche de photos. « On a fait deux campagnes dans l’océan Atlantique avec le bateau de l’Ifremer baptisé Thalassa pour mesurer la concentration des fréons dans des masses d’eau le long de l’équateur ».

Après sa thèse, il a eu envie de changer d’air et a postulé au Palais de la Découverte comme médiateur. Monica Rotaru, la responsable du département des sciences de la terre, cherchait des gens pour des exposés sur la météo et le climat. Ensuite, il a travaillé pour les associations Planète Sciences et Icare en tant que vacataire pendant un an, puis a été embauché à Icare entre 2003 et 2008, date à laquelle il a rejoint l’Atlas.

« A mon arrivée à l’Atlas, j’étais impressionné par les moyens financiers et matériels qu’on donne aux médiateurs pour qu’ils puissent créer leurs animations. Je n’étais pas habitué à ça. On touche vraiment à tout – veille documentaire, réseaux sociaux, bricolage, photo, informatique (1) – de la conception jusqu’à l’animation et c’est très gratifiant. De plus, le public est varié, de la maternelle jusqu’au 3ème âge ».

Son péché mignon ? La bande dessinée, qu’il tente d’introduire dans ses animations. Au deuxième étage de l’Atlas, la bibliothèque est remplie de BD et il compte la réapprovisionner avant le Festival de la BD organisé à Saint-Ouen pour la première fois du 12 au 15 mai 2011 par l’association Ferraille liée aux éditions Les Requins Marteaux. Dans ce cadre, l’Atlas accueillera Jens Harder,  auteur de l’ouvrage Alpha…directions qui présente l’histoire de la Terre (Beta et Gamma sont en cours de réalisation).

Sébastien ne cache visiblement pas sa joie. « L’exposition sur cette BD de science restera ensuite un mois à l’Atlas après l’événement » annonce ce passionné que vous pouvez retrouver sur Knowtex.

« Nous accueillerons également Emmanuel Bellegarde qui a réalisé des films d’animation à l’aide de scotch. Nous développerons des projets autour de ça dans le cadre d’un atelier ». Enthousiaste, je vous l’avais dit !

Note

  1. A ce sujet, Atlas a référencé un lien sur le logiciel Scratch, un langage de programmation pour tous, développé par le MIT.