Toile de Fond : la forme au service du sens

Vendredi 7 octobre dernier, au Palais de la Découverte. Une jeune femme brune évolue sur scène devant un groupe de lycéens. Pendant une heure, Coline Aunis change de personnalité comme de chemise pour évoquer la vie de Marie Curie côté cour – et côté cœur. Tour à tour jeune auteure stressée, vieille polonaise nostalgique, professeur qui ose des envolées lyriques malgré un air stressé, académicien anglais quelque peu hautain et journaliste américaine survoltée, la webmaster du Musée des Arts et Métiers (1) prouve avec brio qu’elle a plus d’un tour dans son sac.

Coline Aunis en séduisante journaliste américaine

Au fond de la salle, Alexandra de Kaenel, co-auteur du « Petit monde de Marie Curie » (2) avec Coline, et Clara Bensoussan, fondateur de Toile de Fond agence de communication des sciences (aussi sur Knowtex !), observent avec attention les réactions des jeunes spectateurs. Clara, Alexandra et Coline sont toutes trois issues du Master de médiation scientifique, à Strasbourg. En 2005, le Palais de la Découverte, désireux d’accueillir du théâtre de sciences, a demandé à Alexandra et Coline de rédiger une pièce sur Marie Curie dans le cadre de l’Année internationale de la Physique. Le texte écrit en quelques semaines sur un coin de table donnera lieu à plus de 40 représentations au Palais ou lors du Festival Sciences sur Seine de 2005 à 2007. Il sera ensuite retravaillé et produit en 2011 par Toile de Fond.

Dès leurs premiers jours de formation et le fameux cours de théâtre, les jeunes femmes sont devenues complices. A la fin des études, chacune a pris une route différente afin de continuer à se former. « Clara est partie plutôt du côté du multimédia et de la scénarisation d’animations, explique Alexandra, pour ma part, je suis devenue médiatrice scientifique dans le département de physique du Palais et j’ai exercé cette activité pendant cinq ans. J’ai appris la médiation orale, la conception d’expositions, la rédactions d’articles pour le magazine du Palais, la préparation des contenus des bornes multimédia… ». Quant à Coline, nous en avons parlé par ailleurs (1).

Une dose de médiation, un soupçon d’entreprenariat…

En 2006, Clara crée Toile de fond avec pour activité principale la scénarisation d’animations multimédia. Rapidement, la société ajoute des cordes à son arc avec des ateliers de découverte et du théâtre de sciences. En 2008, Clara met notamment en place un atelier pour enfants autour de la Théorie de l’évolution au sein du Muséum d’histoire naturelle de Marseille intitulé « Atelier Science sur scène : Dans les pas de Charles Darwin… ». Cet atelier croise les univers du théâtre et de la science, une façon décalée de travailler autour d’un thème maintes fois traité.

« Suite à une phase de jeux/découverte autour de spécimens pour s’approprier la théorie, les enfants étaient invités à écrire des saynètes sur la vie de Darwin, sa théorie de l’évolution et le scandale qu’elle provoque au sein de la société du XIXème siècle ». L’expérience s’est avérée concluante, au point que « Clara a ensuite écrit la pièce de théâtre Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ? mise en scène par Caroline Steinberg et jouée par des comédiens professionnels depuis 2009 » (2).

Une scène de « Quelque chose vous turlupine, Monsieur Darwin ? »

C’est un an plus tard qu’Alexandra rejoint Clara et le champ d’action de Toile de fond continue de s’élargir avec de nouvelles activités, stands, expositions, formations à la médiation, etc. C’est ainsi que la petite forme théâtrale « Le Petit monde de Marie Curie » est ajoutée au répertoire de Toile de fond, avec quelques modifications dans la mise en scène et dans le texte, et surtout un format qui offre un temps de rencontre et d’échange avec un spécialiste du domaine suite à la représentation. Coline, la comédienne « historique » de la pièce continue à la jouer en parallèle de son activité.

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Le but de cette équipe dynamique est de « chercher un angle d’approche qui va donner aux gens – et pas seulement aux lecteurs de Science & Vie – l’envie de croquer le monde sous le regard des sciences, précise Alexandra, quelle que soit la nature des activités que l’on crée, on s’entoure et on se fait conseiller pour gagner en qualité, pour respecter les contenus et une mise en forme professionnelle sans oublier de rester créatifs voire poétiques ». Revers de la médaille : Toile de Fond (TDF) est parfois uniquement assimilée au théâtre. « Les spectacles ont donné une image publique de notre travail. Du coup, on a parfois du mal à montrer que nous ne sommes pas une compagnie de théâtre et que nous faisons d’autres choses ».

Affiche du spectacle et couverture du livre (voir la fiche sur le site de L’Harmattan)

Qu’on se le dise ! TDF est donc bien plus que ça ! On peut d’ailleurs parler d’une « marque de fabrique », véritable identité entretenue par Clara et Alexandra aussi bien dans leurs actions « clé en main » que dans leurs productions « sur mesure » : « nous créons une accroche, un élément d’appel qui chatouille la curiosité, des pistes pour que le public s’intéresse à des thèmes variés. Nous aimons croiser des approches et des cultures différentes, avoue Alexandra, poser un autre regard sur la vulgarisation scientifique : c’est un défi qui nous plait et nous motive ». D’où leur phrase d’accroche : « la forme au service du sens ».

La médiation scientifique sur son 31

Ainsi, du côté du théâtre, le spectacle est une belle mise en bouche avant une rencontre avec des médiateurs ou des chercheurs. Autre exemple avec un café des sciences organisé à deux reprises avec l’Université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC) à Paris. Plutôt qu’un modèle classique où les chercheurs parlent devant une assemblée de « profanes », Alexandra a choisi de scénariser l’événement et de mélanger tout le monde.

« L’idée, c’est de se sentir vraiment dans un café, avec peu de monde et pas assez de chaise pour provoquer des discussions. Des mots et des images sont accrochés aux murs et entrainent des discussions dans l’assemblée. Déguisée en garçon de café, je fais le lien entre les personnes présentes. Les chercheurs, quant à eux, sont identifiés avec un badge et viennent mettre leur grain de sel dans les discussions ».

Un fonctionnement risqué, qui a pourtant rencontré un vif succès. « Les chercheurs ont joué le jeu malgré une exposition au public très engageante. Ils étaient très motivés et le public ravi ». Il faut dire qu’avec un chercheur pour une dizaine de personnes, les temps d’échange étaient d’une qualité inégalable. « Quand on propose de l’interactivité, on ne fait pas semblant » sourit Alexandra.

Claire Bensoussan parle chimie et cuisine

Expositions pour l’Inserm (La chimie de l’amour) ou l’UPMC (lors de l’Année mondiale de l’Astronomie), ateliers et stand de cuisine pour découvrir la chimie au contenu validé par les doctorants de Doc en Stock, scénarisation d’animations multimédias notamment pour Aréva ou encore pour le laboratoire pharmaceutique Bristol-Meyers Squibb… Les pistes ne manquent pas, toujours dans le domaine scientifique et technique d’où TDF tire sa valeur ajoutée.

Octobre a été un mois particulièrement chargé avec la Fête de la science. TDF était présente dans plusieurs endroits du pays en même temps. « Il a fallu élargir l’équipe, s’enthousiasme Alexandra, nous animions les ateliers et stands « Cuisinons les sciences » labellisés « Année internationale de la Chimie » à Saint-Priest dans le Rhône, à Gignac-la-Nerthe dans les Bouches-du-Rhône [ndlr : voir les photos d'un atelier cuisine au collège Le Petit Prince de Gignac], à Tournon et Saint-Fortunat en Ardèche alors qu’en parallèle la petite forme théâtrale suivie d’un débat sur Marie Curie était en tournée au Palais, au CNAM de Nantes, à l’Université d’Avignon et au Centre culturel de Forcalquier. Le public était au rendez-vous, nombreux et enthousiaste. Nous nous sommes régalées : cette semaine a été riche en découverte, en surprises et en évasion ! » (3).

Le site internet de l’agence

La page est maintenant tournée et le prochain défi est de se plonger dans le thème de l’Année internationale 2012, à savoir les énergies renouvelables et le développement durable. « On a déjà des idées que l’on souhaiterait tester sur le public ». Elles aimeraient également former des doctorants à la médiation des sciences et les accompagner dans leurs projets. Et pourquoi pas se frotter au spectacle vivant : « on est toujours partantes pour défricher des terrains… ».

Notes

  1. Voir notre interview de Coline Aunis dans le cadre de son travail au sein du Musée des Arts et Métiers
  2. « Le Petit monde de Marie Curie » est une « petite forme théâtrale » d’environ une heure, suivie d’un débat avec un spécialiste, très léger d’exploitation technique afin de s’adapter à plusieurs endroits. « Quelque chose vous turlupine M. Darwin » est une pièce de théâtre suivie d’un débat avec un spécialiste, d’1h20 avec 5 comédiens. La première sera jouée en décembre dans un établissement scolaire en Vendée. La seconde compte à son actif depuis 3 ans plus de 30 représentations tout public et public de collégiens. Pour plus de renseignements, voir la rubrique « théâtre de science » du site internet.
  3. En temps normal, l’équipe est constituée uniquement de Clara, basée à Marseille et d’Alexandra à Paris

>> Illustrations : photos du théâtre, site internet et affiches par Toile de Fond, stand cuisine par F.Demurger (tous droits réservés)

de la société Toile de Fond, agence de communication des sciences

Coline Aunis : des planches de théâtre aux tablettes numériques

Pour mon premier portrait de la rentrée, on n’aurait pas pu trouver mieux ! Bien installée à la terrasse du café-restaurant « À toutes vapeurs » situé au sein du Musée des Arts et Métiers, je sirote un café en compagnie de Coline Aunis, chef de projet web et multimédia du musée. Veste et cheveux sombres, lunettes classiques ; sous ses airs réservés, la jeune femme cache un tempérament généreux fruit d’un parcours bigarré comme on les aime dans l’équipe de Knowtex.

Jugez plutôt. La strasbourgeoise d’origine entame des études de pharmacie juste après le bac. « Heureusement, ça n’a pas marché » précise-t-elle malicieusement. Elle obtient alors une équivalence et entre en deuxième année de bio-physico-chimie puis obtient une licence et une maîtrise de biochimie. A ce stade, Coline a eu un gros moment de doute, ne souhaitant être ni professeur, ni chercheur comme son père. Sa vocation, elle la trouvera par hasard dans la file d’attente d’un cinéma en compagnie d’une amie. Elle y croise une connaissance qui lui parle du DESS Communication scientifique et technique de Strasbourg (aujourd’hui master 1 et 2) et notamment de l’exercice de théâtre scientifique. « Ca a été le déclic » affirme Coline. Il faut dire que la jeune femme est une habituée des planches depuis l’école primaire et joue dans une ou deux pièces chaque année pendant ses études. Elle fait d’ailleurs toujours partie de la compagnie Les Bateleurs de la science.

Image de prévisualisation YouTube

Réfléchie, elle décide d’accomplir un stage dans les départements communication et service de presse de l’Inserm à Paris. Test réussi. Elle passe alors le concours pour le DESS, tout en tentant sa chance du côté des écoles de théâtre. L’une d’entre elles lui laisse une chance mais Coline a déjà fait son choix : ça sera Strasbourg. Là-bas, elle monte une pièce de théâtre avec Alexandra et Clara, qui créeront plus tard la société Toile de Fond, dont nous parlerons dans un futur article.

D’un musée, à l’autre

Comme premier stage, Coline choisit le Palais de la Découverte. Grâce à une cotutelle avec la société Canal-U, elle s’essaye au journalisme audiovisuel dans le cadre de l’émission Science en cours et réalise un film sur les expositions temporaires du Palais entre 1937 et 2003. Enchantée par cette expérience, elle revient au Palais en février 2004. Kamil Fadel, le responsable du département de physique lui propose de participer aux ateliers et exposés en public. De mois en mois, elle enchaînera des contrats à la Cité des enfants de la Cité des sciences, à l’Exploradome et dans des sociétés d’édition et de production audiovisuelles. « Ca m’a permis de travailler sur différents supports : écrit, audiovisuel, multimédia et médiation orale, cette dernière étant très importante pour moi ».

Elle entre au Musée des Arts et Métiers en tant que vacataire pour les ateliers jeune public et obtient ensuite un contrat d’un an en tant que démonstratrice auprès du grand public. Au moment du renouvellement de ce contrat, elle apprend qu’un poste de chef de projet web et multimédia se préparait. Elle y postule après une formation au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) voisin et une expérience au service multimédia au Palais de la Découverte.

Réserves du Musée des Arts et Métiers

A ses débuts à ce poste, Coline se charge des contenus du site principal et de la mise en place des mini-sites dédiés aux expositions temporaires. « Je m’occupais – et m’occupe toujours – du suivi de production et de la coordination du comité web du musée. Il s’agit d’un groupe de 20 personnes représentant chaque département du musée qui est consulté sur les sujets concernant internet ». Coline propose des évolutions à apporter au site comme les nouvelles rubriques, encadre et motive les collaborateurs éditoriaux et produit une newsletter tous les deux mois.

Lors de son embauche, en 2007, « c’était les débuts du développement des réseaux sociaux et des technologies de la mobilité dans les musées. Le Muséum de Toulouse faisait alors figure de précurseur. C’est une mouvance à laquelle je crois vraiment, pour donner une nouvelle image de l’institution et créer de nouveaux rapports, plus conviviaux, avec les publics. Ca inscrit le musée dans l’air du temps ». Il faut dire que le musée a longtemps été perçu comme « poussiéreux », avec peu de cartels et une collection difficile à appréhender (une image qui lui colle encore à la peau). Malgré sa motivation et son intérêt, ce n’était pourtant pas évident de lancer le mouvement. Il aura fallu batailler un moment avant de pouvoir ouvrir fin 2009 une page sur Facebook et début 2010 un compte Twitter au nom du musée.

Lucide, Coline tente d’évaluer l’impact de cette activité sur les réseaux sociaux. Si l’animation des comptes lui prend du temps, elle n’est pas encore récompensée par de nombreuses interactions. « Les visiteurs n’aiment pas forcément que leur nom apparaisse en commentaire sur la page Facebook du musée. Mais cela n’empêche pas qu’ils sont attentifs à nos mises à jour ». Coline souhaite pérenniser cette activité et pense déjà à l’organisation de soirées ou de live-tweets, comme elle a pu faire avec un autre #museogeek Omer Pesquer dans l’exposition Museogames.

L’exposition Museogames (voir notre article)

Cette récente exposition a d’ailleurs été l’occasion pour Coline de mettre en place un groupe de partage de photos sur Flickr, un hashtag dédié (#museogames, le premier du musée), un blog et notamment une rubrique « l’expo et vous » avec trente interviews de visiteurs-gamers. Des projets qui demandent du temps et de l’investissement, d’autant plus que Coline est seule à son poste.

En parallèle de la gestion des sites et de l’animation de communauté, la jolie brune est également chargée de la coordination des projets de recherche. Elle cite par exemple Plug (1), un projet qui a eu lieu en deux éditions entre 2008 et 2010. « Il s’agit d’un serious game ubiquitaire qui s’appuie sur les collections du musée. La première année, nous avons mis en place une première version du jeu, qui a bien plu mais qui était un peu plus « game » que « serious » » indique Coline. Les retours des visiteurs-testeurs ont permis d’affiner le jeu pour la seconde version dans laquelle les équipes ont élevé les aspects pédagogiques.

http://www.dailymotion.com/videox9boi1

« Le scénario était poussé, avec différents niveaux de jeu qui s’adaptaient au temps de réponse moyen du visiteur. Si celui-ci mettait du temps à répondre, la difficulté diminuait et inversement. Les joueurs étaient vraiment plongés dans l’univers du jeu avec un maître de cérémonie, des comédiens, une personne qui faisait se rencontrer les équipes et deux autres qui géraient l’adaptabilité du jeu ». Mais l’expérience a aussi permis de comprendre les limites de l’exercice : « le business model n’était pas bon. Nous avions presque plus de comédiens et techniciens que de visiteurs, pour un temps de jeu de 3 heures : dur à pérenniser ».

La réalité augmentée et personnalisée

Aujourd’hui, Coline est impliquée dans le projet européen ARtSENSE pour « Augmented RealiTy Supported adaptive and personalized Experience in a museum based oN processing real-time Sensor Events » (ouf !). Derrière ce nom à rallonge se cache un projet ambitieux et pour le moins risqué : entre février 2011 et 2014, plusieurs équipes de recherches et musées européens (voir la carte) vont plancher sur un système de médiation qui s’adapte à l’état physiologique et comportemental du visiteur.

Anticipation de ce que pourrait être le dispositif ARtSENSE

« Les visiteurs porteront des lunettes de réalité augmentée ainsi que des capteurs de l’activité cérébrale, cardiaque, des détecteurs de mouvement et du son environnant, qui seront reliés à un ordinateur. Lorsqu’un contenu leur sera proposé, les capteurs devront être en mesure de détecter leur état d’intérêt. S’ils sont désintéressés par l’œuvre, le système devra leur proposer autre chose » résume la jeune femme.

Aux musées de réfléchir sur les contenus et les réactions du public, tandis que les laboratoires de recherche élaborent des capteurs et peaufinent les modèles informatiques. Au CNAM, le Musée et le laboratoire CEDRIC (Centre d’étude et de recherche en informatique et communications) sont impliqués. Du côté du musée, l’équipe concernée a choisi l’œuvre sur laquelle portera le projet : le laboratoire de Lavoisier. « Nous avons listé l’ensemble des contenus historiques, scientifiques, sociologiques autour de Lavoisier en tant que personne, mari, scientifique, révolutionnaire… Nous tentons actuellement d’organiser ce contenu en une arborescence qui permet aux contenus d’être adaptatifs. En somme, chaque contenu doit pointer vers un autre et ainsi de suite selon des critères d’intérêt que nous devons définir ».

Et cette définition n’est pas simple. « Un tel projet est inédit et novateur en termes de médiation. Les guides voient en direct les réactions des visiteurs et peuvent adapter leurs propos au fil de la discussion. Ici, c’est au système de détecter ces signaux et d’adapter les contenus ». Coline, en charge de la coordination du projet pour le Musée des Arts et Métiers retravaille actuellement l’arborescence mise en place, tout comme ses homologues dans les autres musées partenaires, afin de l’adapter aux spécifications techniques imposées par les laboratoires de recherche. L’objectif : présenter un prototype fin janvier 2012 qui « permettra de poser les bases et d’avoir des premiers retours à partir desquelles on tentera d’aller encore plus loin dans les processus d’adaptabilité et de réalité augmentée, lors des deux années suivantes ».

Selon elle, ce projet de recherche est aussi stimulant que délicat car il soulève de nombreux problèmes, voire même des controverses : comment déterminer des critères d’intérêt pour une œuvre ? Faut-il créer des « profils-types » de visiteurs ? Doit-on proposer ou imposer ce système dans les musées ? Des questions d’actualité quant au rôle du musée vis-à-vis de ses publics.

Note

  1. Voir le site du projet, le site mis en place lors de Futur en Seine et le compte-rendu de l’équipe du Muséolab d’Erasme

>> Illustrations : Coline Aunis, Dalbéra (Flickr, licence CC), capture d’écran du site internet du MAM,  Knowtex (Flickr, licence CC), ARtSENSELoKan Sardari (Flickr, licence CC)

Les femmes de génie sont rares ?

Une question provocante pour un spectacle réjouissant et émouvant. Anne Rougée « dépoussière » la légende de Marie Curie en 30 minutes bien senties, alternant entre lecture de textes authentiques et questionnements féministes.

Samedi 21 mai, les enfants se bousculent dans le bâtiment Esclangon de l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris), la bien-nommée. Ce sont les « 117 heures de la Chimie » (autant que d’éléments dans la classification périodique), un événement organisé par l’université, qui s’inscrit dans le cadre de l’année internationale de la Chimie.

Au programme, de nombreuses expériences, menées par les enfants et encadrées par de jeunes animateurs scientifiques qu’on devine étudiants en chimie. Mis à part les parents, peu d’adultes dans le bâtiment. Les rares présents s’attardent peu sur les stands et se dirigent plutôt vers l’amphithéâtre Herpin, qui accueillait deux pièces de théâtre dans l’après-midi.

Femme + génie = équation impossible ?

C’est de la première dont je vais vous parler ici, « Les femmes de génie sont rares ? », que j’ai découvert grâce à son auteur, Anne Rougée, rencontrée lors du 4ème apéro « Science et Web » à l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes.

« Pièce de théâtre » n’est pas l’expression exacte. Il s’agit en fait de la première partie, ou du premier acte d’une pièce qui en compte trois, consacrée aux femmes scientifiques, ou « femmes qui ont traversé la science », dont la mathématicienne Ada Lovelace et la physicienne Émilie du Châtelet.

Pour débuter cette « trilogie », Anne Rougée et Stéphane Baroux, comédien et metteur en scène, ont choisi pour figure la chimiste Marie Curie et pour lieu une loge de théâtre, avant une représentation (les deux autres parties évoqueront la répétition et la représentation). Anne incarne une comédienne, passionnée par la vie de Marie Curie, qui échange avec un autre comédien, joué par Stéphane Baroux. Passionnée par Marie Curie, elle lit et fait lire à son partenaire des textes de la chercheuse, de son mari Pierre et de leur deuxième fille Ève.

C’est l’occasion d’évoquer la vie de Maria Sklodowska, depuis son enfance et sa jeunesse dans la Pologne occupée par les Russes jusqu’à son deuxième Prix Nobel de Chimie en 2011, en passant par sa rencontre avec Pierre Curie, ses travaux qui ont permis la découverte de la radioactivité et du radium, la mort tragique de Pierre et les campagnes de presse contre elle… On découvre une Marie Curie joyeuse et généreuse, loin du cliché de la travailleuse austère et acharnée qu’on connait.

Le théâtre et la science en train de se faire

Malgré les conditions – journée ensoleillée et donc peu propice à l’afflux des spectateurs, amphithéâtre non dédié à ce type d’exercice – l’exercice est réussi et emporte l’adhésion des personnes présentes. Le choix d’écriture et de mise en scène est riche de sens, qui mêle théâtre en train de se faire et science en action. Par étonnant quand on connait le parcours d’Anne Rougée, directrice de la compagnie « Comédie des Ondes » mais aussi normalienne en mathématique et docteur en physique.

Anne a longtemps travaillé dans le milieu industriel de recherche et développement d’applications en imagerie médicale. Passionnée par l’histoire des sciences et techniques, elle a effectué des recherches sur les formes populaires de vulgarisation des sciences (voir sa biographie et son mémoire sur le site Automates Intelligents).

Elle propose ici une pièce très personnelle nourrie de son expérience, des stéréotypes machistes qu’elle a recensés (et sans doute subis, par elle et ses collègues féminines, comme le fameux « plafond de verre ») et de ses propres questionnements : « Peut-on être femme et scientifique ? Peut-on être scientifique et artiste ? ». Lors de la petite causerie d’après spectacle, elle précisera ses intensions et donnera quelques anecdotes dont sa rencontre avec Hélène Langevin-Joliot, la petite fille de Marie Curie qui a récemment publié un recueil de lettres entre sa grand-mère (Marie), sa mère (Irène) et sa tante (Ève).

Un peu de lecture avant d’aller assister aux deux prochaines parties du spectacle, la deuxième étant écrite, mais pas mise en scène et la troisième en cours d’écriture. « J’espère créer la version complète pour la prochaine Fête de la science, le mercredi 12 octobre prochain au lycée Camille Sée sur l’invitation de Véronique Chauveau de l’association Femmes et Mathématiques » précise Anne Rougée. Souhaitons-lui un été prolifique !

>> Illustrations : Marion Sabourdy pour Knowtex et Comédie des Ondes