Universcience.tv : un développement multi-supports et multi-enseignes

Après une formation scientifique, une année en audiovisuel et une autre en ingénierie culturelle, Benjamin Benita, voyageur au long cours, a posé ses valises à Universcience où il est passé de responsable technique du site Internet, à producteur de contenus, en charge de la visibilité sur les réseaux et responsable de projets numériques internationaux. Il s’y occupe aujourd’hui du développement de la webTV.

Quel est votre rôle dans l’équipe de la webTV ?

Sur ce projet, je travaille en mode transversal au sein de la Délégation à l’Internet et aux  Programmes Numériques, pour le développement de l’offre audiovisuelle en ligne. Je m’occupe donc de la définition de la stratégie de déploiement de cette offre sur les réseaux et de sa mise en œuvre : visibilité web, partenariats stratégiques, projets multi-supports, développement de l’audience… Une fonction à la croisée de la stratégie, de la technique, de l’éditorial et du marketing.

Quelle est votre stratégie pour la webTV ?

La stratégie de déploiement est en cours de définition et fait l’objet de discussions en interne, mais je peux toutefois dire que nous avons choisi d’adopter la logique multi-supports (ordinateur, smartphone, Ipad, télévision classique et télévision par Internet) et la logique multi-enseignes, dont la devise pourrait être : « un peu de nous chez les autres», et qui consiste à se positionner en tant que fournisseur de contenus pour de grands diffuseurs.

Nous avons des retours quantitatifs clairs et savons que ces premiers choix sont bons mais le plan stratégique doit encore intégrer une étude de marché affinée et un choix sur le modèle économique qu’Universcience veut/peut adopter. Claudie [ndlr : Haigneré, la présidente d’Universcience] et Joël de Rosnay nous font confiance. La première soutient notre projet et nos initiatives partenariales et tous deux ont les idées parfaitement claires sur les enjeux du numérique.

Concrètement, cela se traduit comment ?

En matière de visibilité, notre offre est optimisée pour les moteurs de recherche et nous avons procédé à des campagnes de référencement payant ; la démarche est classique. Idem pour les réseaux sociaux : nous avons créé une page Facebook dédiée et un compte Twitter dont nous sommes assez satisfaits.

Du côté du multi-enseignes, c’est avec LeMonde.fr et Dailymotion que les choses ont démarrées -et continuent – mais d’autres alliances sont en cours. Concrètement, en ce qui concerne LeMonde.fr par exemple, nous fournissons généralement, chaque semaine, deux vidéos pour leur rubrique « Planète ».

Côté multi-support, l’application iPhone est en cours de finalisation, notre offre propose maintenant une version HTML 5 pour les iPad et nous préparons un prototype pour TVi.

Comment mesurez-vous votre impact ?

Pour l’instant, nos indicateurs sont le nombre de consultations de vidéos, de visites et de pages vues et le nombre d’abonnés à la newsletter. D’autres indicateurs plus fins nous permettent d’avoir un retour plus qualitatif, mais ils sont à manier avec précaution, comme la durée de consultation des vidéos par exemple.

Ceci dit, l’important n’est pas la valeur absolue de la mesure mais son évolution dans le temps, le « delta ». Par exemple, je ne sais pas forcément mesurer l’intégralité du retour sur influence des réseaux sociaux, mais il est clair qu’il est impensable de ne pas y être présent. Dans une ville, comment mesurer le « retour sur bien-être » des jardins publics sur les citoyens ? Tout ne relève pas du mesurable….

Quid de la VOD ?

Elle doit être refondue car elle n’est aujourd’hui qu’un distributeur classique de vidéos, avec une option de recherche et une navigation par tags. Nous devons la transformer en un univers social, un écosystème relationnel autour des vidéos scientifiques. Pour voir à quel point les internautes peuvent interagir et contribuer nous devons nous l’approprier, mettre en place le développement, faire du community management… Nous accordons une grande importance à l’interface et souhaitons nous inspirer des interfaces cartographiques et des mashups de données (2).

Notes

  1. Trois personnes interviennent pour la webTV, deux pour Science Actualités, trois pour la Cité des sciences et deux pour Universcience. Ils utilisent l’outil Cotweet.
  2. Aussi nommés « applications composites » en français.

Universcience.tv : entre organisation et anticipation

Universcience.tv, c’est 3h de contenus par semaine réparties en 16 cases programme. Nous avons rencontré Françoise Augier, en charge de toutes les productions nouvelles. Avant d’intégrer l’équipe de la WebTV, elle s’occupait du repérage audiovisuel à la bibliothèque d’histoire des sciences et de la programmation cinématographique de la Cité des Sciences et de l’Industrie. Rencontre.

Quel est votre rôle ?

Avec ma collègue Catherine Bourhalla, nous travaillons sur la programmation de la webTV. Catherine achète les droits pour les films qu’on ne produit pas, travaille sur le fond de la bibliothèque, repère ce qui est produit, développe les partenariats. Pour ma part, je gère la production. Je suis le projet de production depuis l’idée, la rédaction des contrats et jusqu’à la recherche du réalisateur, j’aide aux montages financiers, je cherche un plateau si le tournage en nécessite… Notre réflexion s’organise en trois pôles : l’information (journal, interviews…), les émissions (plateau, jeunes, débats…) et les documentaires.

Comment avez-vous créé la programmation de la webTV ?

Un an avant le lancement de la webTV, nous avons réfléchi aux contenus : les types d’émissions, les tons, les formes, les publics visés, les thématiques. La profusion d’idées, l’éventail très large des déclinaisons possibles, la richesse extrême des sujets en ont fait une période excitante. De cette ébullition a surgi une grille de programmes constituée de séries et d’émissions spécifiques.

Pas moins de 136 films ont été produits sur appel d’offres, soit environ 14 h de programmes longs de 1 à 8 minutes : 40 reportages,  60 films courts sur des images de science, 12 débats, 12 films courts pour la série « Petite histoire du cinéma scientifique » dans la case « Histoire(s) de science » (1) et 12 films courts pour la case « On a aimé ce livre » (2). Pour les tournages en interne, comme le « Quiz 5.12 » (3) par exemple, une équipe va à la rencontre des enfants des centres de loisirs (castings, installation des décors, « chauffage de salle »…).

http://www.dailymotion.com/videoxboonc

Qui gère les cases-programme ?

Notre équipe est constituée de personnes à plein temps aidées par des contributeurs ponctuels. Nous attribuons un responsable par case, en général une personne qui travaille dans ce domaine, l’ensemble étant sous responsabilité éditoriale d’Alain Labouze aidé d’Isabelle Bousquet-Maniguet, la rédactrice en chef de Science Actualités.

Par exemple, la case « Vu au musée » (4) est gérée par une spécialiste des expositions de la Cité qui reçoit tous les dossiers de presse des expositions en cours. Elle connait donc bien le monde des musées et est à même de proposer des sujets. Pour la case « On a aimé ce livre », une personne de la bibliothèque nous aide. « Au secours, je comprends rien ! » (5) et le « Quiz » sont tournés avec des animateurs de la Cité et du Palais. La série « au tableau » est tournée avec des scientifiques, comme le physicien Etienne Klein.

Comment les cases sont alternées chaque semaine ?

Chaque semaine nous renouvelons les cases suivant les films disponibles. Nous souhaitons maintenir le niveau de qualité que nous nous sommes fixés. Cela ne va pas sans un peu de stress parfois mais dans l’ensemble les pôles sont toujours équilibrés. Certaines cases disparaissent d’une semaine à l’autre, comme « Brut de chercheur / Pépites d’amateurs » (6) car nous avons besoin de temps pour chercher des vidéos correspondantes, les chercheurs n’étant pas forcément disponibles et les vidéos d’amateurs assez confidentielles. Autre exemple : il y a assez peu de production de vidéos correspondant à la case « Oups ça dérape » (7).

Avez-vous d’autres cases prévues ?

En 2011, nous ajouterons plusieurs autres cases. On ne multipliera pas l’offre pour autant. Nous préférons alterner les cases chaque semaine. Par exemple, « Profession chercheur » (8) alternera avec la nouvelle case « Scientifique en herbe ». En cette fin d’année 2010, nous avons de nouvelles cases :

- « L’Abécédaire » qui propose un abécédaire de la biodiversité, coproduit avec Curiosphere.tv et la participation de Science & Vie et plus tard ceux de la chimie et de la science-fiction

- « Le chiffre », produit avec l’association Pénombre, qui décodera un chiffre dans des secteurs variés de l’actualité, « Science & Fiction » qui démarre ce mois-ci avec la nouvelle expo et présentera des vidéos de l’expo

- une série « Questions de fictions » réalisée à partir d’actualités de science-fiction (films, DVD, BD…)

- la case « Relief » qui présentera des films en 3D visibles avec des lunettes spéciales. A terme, nous visons de rendre les programmes accessibles aux sourds et aux malvoyants et pourquoi pas la traduction en anglais de tous les programmes.

Comment dénichez-vous vos vidéos ?

Nous produisons la moitié des vidéos en interne. Pour le reste, une partie est coproduite avec des sociétés de production (sous forme d’appel d’offre) et le reste, environ 20%, est constitué de films déjà réalisés dont les droits sont acquis pour une durée déterminée. Nous avons environ une vingtaine de partenaires (CEA, CNRS, chaînes de télévision…). Chaque année, nous organisons un comité de sélection pour soutenir la production du documentaire scientifique par un apport entre 5 000 et 10 000 euros.

Pour plus d’informations, lire l’article « Comment se fabrique cette webTV (1) » sur le blog d’Universcience.tv

Notes

  1. Film d’animation racontant un moment singulier de l’histoire des sciences, des techniques et de l’industrie (durée : 3 à 5’).
  2. Film d’animation autour d’extraits lus d’ouvrages scientifiques grand public venant de paraître (durée : 2’).
  3. Des enfants de 5 à 12 ans répondent à des questions autour de la science, de l’environnement et de la santé pour démonter certaines idées reçues (durée : 5’).
  4. Choses vues ou entendues lors des événements, expositions, activités phares ou dans les coulisses de la Cité, du Palais, du MNHN, du CNAM… (durée : 4’).
  5. Le pourquoi du comment expliqué simplement et avec humour par des personnalités du monde scientifique et par les médiateurs scientifiques du Palais de la découverte et de la Cité des sciences (durée : 4’).
  6. Séquences audiovisuelles proposées par des chercheurs, des étudiants, des élèves ou des autodidactes désireux de partager leur passion (durée variable).
  7. Micro-fiction sur des questions environnementales avec la Brigade d’intervention du futur et CAM-X (durée : 2’).
  8. Portrait-interview des acteurs de la recherche avec un fort accent mis sur les motivations, le parcours de formation et le quotidien du travail (durée : 3 à 5′).

Universcience.tv : de l’idée à la ligne éditoriale

Médecin de formation, ancien collaborateur du Matin de Paris et d’Antenne 2, rédacteur en chef de Science Actualités à la Cité des sciences et de l’industrie depuis 1991, Alain Labouze est responsable d’universcience.tv. Il nous explique les enjeux de cette webTV.

Comment est née universcience.tv ?

Deux personnes sont à l’origine de la webTV universcience.tv : l’ancien président de la Cité des sciences et de l’Industrie François d’Aubert (qui ambitionnait de créer une chaîne de télévision scientifique) et Joël de Rosnay, conseiller du président de la Cité (1), qui a vu apparaître le phénomène des webTV il y a plus de deux ans.

Ce projet de webTV est aussi dès le départ lié à Science Actualités, unité de journalistes scientifiques qui propose des articles multimédias en ligne et des expo-dossiers insérés dans un espace muséographique dédié de la Cité car le traitement audiovisuel de l’information scientifique a toujours constitué un axe fort de Science Actualités.

Comment vous êtes-vous positionnés par rapport à la télévision classique ?

Nous sommes partis du constat que la télévision a des limites qu’elle ne pourra pas franchir. C’est un média qui souffre de trois faiblesses. Tout d’abord, il s’agit d’un média de flux qui ne stocke absolument rien. Ensuite, les différentes chaînes de télévision, à des degrés divers, ont beaucoup de mal à édicter une ligne éditoriale cohérente et lisible dans le domaine des sciences. Enfin,  c’est une machine à formater et les sciences n’y sont présentées qu’à travers deux formats : les documentaires de 52 minutes et les magazines du type « C’est pas sorcier ».

En bref, la télévision ne sait faire que de la télévision et globalement aujourd’hui la place de la science y est pour le moins réduite. Par opposition, nous voulions sortir de ces contraintes et construire un réel concept éditorial novateur. Voilà pourquoi nous sommes partis sur l’idée d’une programmation du  type « news magazine » hebdomadaire. Nous présentons des rubriques avec une ligne éditoriale que nous espérons claire, riche, et s’adressant à des publics variés, partageant le goût de l’audiovisuel et de l’information scientifiques.

Près d’un an après le lancement de la webTV (2), où en est-on ?

Chaque semaine, nous programmons environ 3h de production dont plus de 80% de « production fraiche ». Cette production est répartie dans une grille de 16 cases-programmes, renouvelées intégralement tous les jeudis à minuit. Ces programmes sont de nature différente, en termes de format (de 1 à 52 minutes) et de genre (films d’animation, reportages, documentaires, micro-fictions, journal, démonstrations, jeux, etc.).

Nous souhaitons également diffuser à titre exceptionnel des webdocumentaires (mais la production ne fait que commencer), des directs lors d’événements spéciaux et des hommages aux grands hommes et femmes de science disparu-e-s. Notre travail intéresse les journaux comme LeMonde.fr (qui diffuse chaque semaine deux programmes d’universcience.tv dans les pages Planète) ou les chaînes de télévision classique comme Arte qui pré-achète certains de nos programmes courts comme l’Abécédaire de la biodiversité.

Il n’est pas question de baisser l’ambition de ce nouveau média ni en qualité ni en volume de programmes. Nous avons là une obligation de service public et nous savons aussi que la création d’une chaîne de ce type n’aurait pu se faire dans le privé. Le modèle Universcience d’un opérateur national de référence pour la culture scientifique est une chance considérable pour ce projet qui nous donne une grande responsabilité.

Car, au-delà d’universcience.tv, c’est une nouvelle politique de production audiovisuelle dans le domaine scientifique qui est train de voir le jour avec de très nombreux partenaires qui entrent en coproduction de nos programmes, qu’il s’agisse des organismes de recherche, des universités, de tout le réseau de culture scientifique français ou encore des médias de toutes sortes…

Quid de Science Actualités ?

Science Actualités fait peau neuve ! Le nouveau site « www.science-actualite.fr » va voir le jour très prochainement. Il intégrera évidemment les vidéos de la webTV. Nous tenons beaucoup à ce site d’actualité scientifique géré par un musée et une association de journalistes scientifiques, l’AJSPI. Ce fonctionnement a très peu d’équivalents en Europe, à part peut-être Antenna au Science museum de Londres.

Du nouveau côté smartphones ?

Notre application iPhone va sortir ce mois-ci. Elle s’accompagne d’une réflexion de notre part sur la relation entre la webTV et la VOD. A l’origine, il s’agissait de deux projets séparés (et deux sites distincts) mais nous avons choisi de les rassembler dans une même application et du coup de fusionner les sites internet. La logique des « poupées russes » était dure à tenir jusqu’ici. Vous trouverez quatre parties dans l’application : hebdo vidéo, VOD, blog et une case dédiée aux options et outils.

Notes

1. Joël de Rosnay est un biologiste spécialiste des origines du vivant et des nouvelles technologies. Il s’intéresse particulièrement à la prospective. Il a dirigé le service de la prospective et de l’évaluation de la Cité des sciences. Il est présent sur Twitter sous le pseudo @derosnayjoel. Voir son site.
2. La webTV a été lancée le 1er janvier 2010 mais les équipes travaillent sur la production depuis mars 2009.

Forum territorial : questions, critiques et inquiétudes

Antony Auffrey (@antonydbzh), chargé de l’innovation et des TIC chez Les Petits Débrouillards Bretagne, interviewé le 8 octobre :

Cette journée m’a semblé être une sorte de « cérémonie d’adoubement » d’Universcience en tant qu’opérateur central de CST en France. Cela existe finalement déjà à plus petite échelle en région. En effet, les CCSTI historiquement sensés être des « ambassadeurs » et coordinateurs de la CST en région sont en fait devenus les interlocuteurs uniques de l’Etat, au grand dam des associations.

En recentralisant la gestion sur Universcience, on retrouve un interlocuteur direct valable également pour les petites structures. Cela garantit sans doute une forme de neutralité. Les CCSTI ont plus à perdre que les petites associations.

Les intentions de Claudie Haigneré sont honnêtes mais vont être dures à mettre en pratique. Actuellement 22 personnes gèrent les crédits des DRRT [une par région]. Si cette gestion passe entre les mains d’Universcience, une partie des 50 millions d’euros promis sera forcément utilisée pour la gestion.

De plus, un rapide calcul montre que 50 millions ne représentent pas une grosse somme. Sur trois ans, il ne reste « que » 17 millions d’euros par an à répartir dans 22 régions soit environ 700 000 euros par région et par an. Si on considère qu’il y a une moyenne de 5 acteurs de la CST par région, on arrive à un peu plus de 100 000 euros par acteur. Sachant que les départements n’ont plus d’argent, il faudra forcément aller chercher des partenariats dans le privé.

Cette journée a également posé la question de la place de la CST, notamment dans les universités et les laboratoires. Dans ces structures, les opérations de CST sont souvent prises en main par le département communication au point qu’on peut se demander le sens culturel de cette production. Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Recherche et de la Technologie, l’a bien dit en 1981 : le monde de la science doit faire de la « communication » pour que les français acceptent les choix politiques.

Chez les Petits débrouillards, nous avons opté pour une posture critique, à la Jean-Marc Lévy-Leblond. Nous souhaitons offrir aux gens les clés pour agir en connaissance de cause. En Bretagne, nous avons créé en juin dernier une plateforme de la culture scientifique avec le regroupement des 4 CCSTI et des Petits débrouillards. Nous avons des projets de collaboration et de débats. Depuis cet été, notre association participe également au projet européen Marinexus. C’est la première fois que nous sommes associés à un projet de recherche.

Marie-Christine Blandin, sénatrice du nord (Les verts) a publié un article sur son site :

(…) Déjà écartelée entre deux, voire trois ministères – la recherche, la culture, l’éducation – et soumise à tous les aléas de la réduction des budgets, la culture scientifique décentralisée était en tension. (…)

« Dès 2011, le budget du ministère dédié à la CCSTI sera intégralement transféré à Universcience ». C’est comme si, [pour] le théâtre, la rue de Valois [où se trouve le siège du ministère de la Culture] annonçait : « Dès 2011, les budgets consacrés au théâtre seront intégralement transférés à l’Odéon ». Celui-ci deviendrait alors producteur et diffuseur de spectacles, tête de réseau des théâtres et compagnies du reste de la France et agence de financement. (…)

Même si elle en avait la légitimité, Universcience n’a pas les ressources humaines permettant d’instruire des demandes de subventions. (…) risque de passer du partage de la culture scientifique à la communication d’un prêt à penser tendant à favoriser l’acceptabilité de technologies échappant au débat. (…) La mise en scène des milliards du grand emprunt, avec une posture de juge et partie d’Universcience dans la sélection d’éventuels projets, a accru la perplexité de la salle.

Nathalie Fabre et Dorothée Benoit-Browaeys, de Vivagora ont publié un article sur le site de l’association :

(…) Les garde-fous restent à créer, pour rassurer la profession et promouvoir une culture scientifique de qualité, partagée et critique. C’est bientôt l’heure du grand bouleversement pour les acteurs de la [CST] (…)

Cette annonce (…) n’est pas pour rassurer. Car nombreux sont ceux qui s’inquiètent du rôle de juge et partie dévolu à Universcience. Comment une structure qui est le principal opérateur de la culture scientifique en France, pourra-t-elle garantir une sélection équitable des projets et un bon usage des fonds alloués ? (…)

Si un garant [en l’occurrence Claudie Haigneré] est utile, il ne prémunit pas les jurys des préférences inhérentes à une structure placée en juge de … ses concurrents ! En réalité, rien n’est encore joué : les modalités de gouvernance et gestion restent à définir. Dans un contexte où la place réservée à la culture scientifique et technique est déjà portion congrue, il sera utile de suivre de près les effets de ce nouveau guichet et de ses arbitrages.

Cette défausse du Ministère de l’Education nationale et de la Recherche intervient alors que de nombreux signaux confirment l’absence de soutien à la réflexion critique. (…) la construction de l’autonomie des citoyens et leur participation aux choix ne sont pas repérés comme enjeux de la culture scientifique et technique. Témoin de cette déshérence, le Secteur sciences et société, confié début 2009 au philosophe Jean Michel Besnier, est passé en moins de deux ans de sept personnes à deux !

Forum territorial : premières réactions du côté des CCSTI

Sur les blogs, par téléphone, dans nos déplacements… nous avons recueillies les premières réactions au forum territorial.

Jean-Alain Pigearias, co-fondateur de Cap sciences (CCSTI de Bordeaux), interviewé le 5 octobre :

La journée a montré que les solutions avancées par le gouvernement sont à retravailler car pas assez mûres. Il n’y a notamment personne actuellement chez Universcience pour porter un projet de cette ampleur, malgré les 1200 salariés, et aucune structure juridique pour un tel financement de projets.

Nous sommes donc dans un moment de flottement, avec certaines inquiétudes notamment du côté des muséums. Des centres actuellement trop dépendants de l’Etat ou hors d’une dynamique de contrat de projet vont peut-être disparaître. Nous ignorons tous ce qu’il va se passer dès 2011. Les centres entrés dans une logique de coopération vont sans doute s’en sortir.

Ce forum était néanmoins intéressant. Il nous a donné la possibilité de parler avec les collègues et d’amorcer une organisation collective. Nous avons par exemple la satisfaction de voir que l’AMCSTI peut être un interlocuteur dans les négociations tout comme les élus et les centres. L’implication des collectivités permettra un effet de levier fort.

La moyenne des financements par ce biais est d’environ 10 à 15%, une source à ne pas tarir. L’appel à projet prévu début novembre dans le cadre du grand emprunt permettra sans doute une structuration entre les régions, via l’AMCSTI, pour créer des projets duplicables en matière de numérique, d’itinérance et de coproduction.

Mais la vigilance doit demeurer. Cette nouvelle organisation doit être souple et intelligente et ne pas casser les dynamiques territoriales. Selon les régions, nous n’avons pas la même structuration. A Nancy, la communauté urbaine s’implique fortement tandis qu’à Lyon l’université joue un rôle fort : il ne faut donc pas appliquer un copier/coller de solutions.

Il ne faut pas oublier toute la mouvance indépendante des centres de culture institutionnalisés comme les Francas et les associations type La main à la pâte et Les Petits Débrouillards, qui vivent en osmose avec les collectivités. Leurs difficultés ne sont pas nouvelles et ces associations mériteraient quelques signes de soutien national.

Un des axes de financement au sein des centres concerne l’enseignement des sciences à l’école. A Bordeaux, nous travaillons avec les enseignants dans le cadre de Côté sciences cogéré par l’Education nationale et Cap sciences. Du côté de la formation des médiateurs, le réseau se professionnalise avec un IUT à Orléans, des masters en région PACA, à Strasbourg, en Bretagne… La question de la mobilité du personnel n’a en revanche pas été abordée. Le CCSTI de Toulouse a aussi soulevé le problème du bénévolat dans notre secteur. Comment animer le territoire sans décourager ces bénévoles ?

Laurent Chicoineau, directeur de La Casemate, professeur à l’Université Stendhal et blogueur. Extraits de son bilan :

L’auteur identifie cinq domaines de mutualisation : la coproduction d’exposition et d’outils pédagogiques itinérants, la thématique numérique, l’animation socioculturelle et la médiation humaine, la dynamique « arts et sciences », la conservation et la transmission de la mémoire.

En ce qui concerne la thématique numérique, il relève des exemples : portails web d’information, de ressources (universcience.tv), développement de réseaux sociaux thématiques (Knowtex) [merci pour la mention Laurent !], débats science-société en ligne (Sciences et Démocratie), blogs de chercheurs (C@fé des sciences), wiki pour pédagogues (WikiDébrouillard), serious games (Clim’Way par Cap Sciences), mais aussi création de Fab Lab (projets à Grenoble, Saint-Étienne), développement d’applications pour smartphones (Culture Clic) et d’expérimentation « grandeur réelle » avec le public (Living Lab).

Valérie Mariette directrice de l’ATLAS (CCSTI de Saint-Ouen), interviewée le 8 octobre :

D’après les débats, je constate que nous sommes plutôt « privilégiés » à l’ATLAS car nous dépendons essentiellement du budget de la mairie de Saint-Ouen, contrairement à d’autres centres et associations qui développent leurs projets notamment grâce aux subventions de l’État.

Cette journée m’a laissée plutôt partagée. Je comprends et je partage les craintes qui ont été énoncées, notamment sur le statut ambigu d’Universcience et sur l’indépendance des projets développés dans le futur par les centres régionaux. En effet, n’y a-t-il pas un risque de s’enfermer dans des logiques uniquement régionales afin de récolter des fonds ?

Les thèmes d’exposition et d’animation liés aux régions sont intéressants et importants pour valoriser un territoire et des acteurs territoriaux mais il ne faudrait pas oublier les thèmes transversaux de la culture scientifique et technique.

D’autre part, le forum a peut-être eu un côté positif en faisant office « d’électrochoc ». Les personnes présentes ont compris qu’il fallait réactiver leurs réseaux et ré-interroger leurs pratiques. On va sans doute assister à un développement des projets collaboratifs.  Apprendre à travailler ensemble et à véritablement coproduire des projets qui associent différents acteurs chacun avec leurs spécificités, c’est une dimension encore trop peu inculquée, me semble-t-il, dans les formations de médiation et de  CST.

Forum territorial : constats et axes de travail

Lors de cette journée, j’ai pu relever quelques constats et axes de travail soulignés par les intervenants. Je vous les livre ici classés par thèmes et enrichis d’éléments glanés dans le compte-rendu du colloque « Communiquer la science en territoires », du 3 juin 2010 (1) et dans le livre blanc de l’AMCSTI (2). Des éléments ont pu m’échapper : vos compléments sont les bienvenus !

La Culture scientifique et technique

Elle est décidément cruciale pour le développement territorial et apporte une valorisation économique et sociale, affirme Claudie Haigneré, la présidente d’Universcience dès l’ouverture du forum en rendant hommage aux associations très actives dans ce domaine. Ronan Stéphan, directeur général pour la Recherche et l’Innovation au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche renchérit : « la diffusion de la CST est au cœur de l’enjeu du renouvellement de l’enseignement et de l’égalité des chances. Donner le goût des sciences permet un épanouissement et une construction de la société de la connaissance ».

Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche à l’Association des régions de France (ARF) et vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France affirme que ses « concitoyens doivent avoir un niveau d’information suffisant pour que les politiques portent leur parole » tout en soulignant le caractère spécifique de la science : « on a trop souvent descendu la science de son piédestal. Elle a des valeurs auxquelles on est attachés, comme l’honnêteté intellectuelle ».

Quelle gouvernance nationale ?

Sans surprise, Universcience sera en charge de la gouvernance de la CST française. Laurent Chicoineau, directeur de La Casemate (Grenoble) et co-pilote du comité d’organisation du forum glisse qu’une instance collégiale sera créée autour d’Universcience mais se demande comment les deux structures vont pouvoir interagir. Dans tous les cas, il plaide pour une organisation infra-régionale avec des débats sur la science et ses impacts, le tout en lien avec les universités.

Daniel Egret, président de l’Observatoire de Paris, rappelle que l’information est importante et qu’il faudra des organes qui la font circuler (3). Une personne dans la salle a proposé de s’inspirer du Centre national du Livre pour structurer la CST. Philippe Freyssinet, responsable du Département Énergie durable et environnement à l’Agence nationale de la Recherche (ANR) a partagé son expérience. Il explique que l’ANR possède un budget de 865 millions d’euros et finance chaque année 1500 projets parmi les 6000 propositions de chercheurs. Selon lui « très peu d’équipes de recherche intègrent les actions de communication dans leur projet ».

Le nerf de la guerre

Trois sources de financements ont été abordées lors du forum. La première concerne les Contrats de projets État-Région. Jacques Léglise, chef du département Action régionale, direction générale recherche et innovation au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche note que les projets financés par ce biais se généralisent et que 28 millions d’euros ont été attribués pour la CST, en particulier pour les CCSTI et les muséums.

Béatrice Korc, directrice du CCSTI du Rhône, a quant à elle évoqué les financements européens avec les exemples du projet Citizen science communication, des boutiques de sciences (voir un pdf de la commission européenne) et de la science participative (voir un article de La Croix).

Enfin, René Ricol, commissaire général à l’investissement a rappelé l’appel à projets qui sera lancé fin octobre ou début novembre dans le cadre du grand emprunt. Il a glissé les critères qu’il faudra remplir pour pouvoir y prétendre : « être reconnu sur son territoire, être fiable et proposer un projet qui a un impact réel ».

Les partenariats avec le monde économique et industriel

A ce sujet, Bernard Alaux, directeur du CCSTI Cap sciences (Bordeaux) a pris la parole (pour plus d’infos, voir notre article).

En juin dernier, Marie-Françoise Chavellier-Le Guyader, directrice de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie (IHEST) estimait « que le secteur privé doit ouvrir davantage ses portes. La CST concerne aussi les entreprises, c’est une démarche citoyenne, mais aussi une question de recrutement et d’acceptation de l’innovation ».

C’est chose faite avec certaines entreprises qui « ouvrent de plus en plus leurs portes, par le biais de visites de sites industriels ou de centres d’information du public », lit-on dans le compte-rendu du colloque de juin. A ce sujet, voir l’exemple de la Fondation C.génial dont Alexandre Moatti est le délégué.

http://www.dailymotion.com/videox8u9ba

Le rôle des universités

En juin dernier, Nabil El-Haggar notait que « traditionnellement, l’université française ne joue pas comme les universités anglo-saxonnes le rôle de production de culture de façon transdisplinaire. L’université doit avoir une politique  culturelle exigeante qui aille au-delà de l’animation de campus et de la mise en place de quelques événements ».

Marie-Françoise Chavellier-Le Guyader observe que les centres universitaires et les organismes américains déclinent toujours un espace à l’accueil du public.  Anne-Catherine Hauglustaine, responsable coordination du Jardin des Sciences de l’Université de Strasbourg explique que « les universités sont les acteurs clé de la CST au niveau local et régional. Actuellement, avec la LRU et l’autonomie, nous rêvons d’une université s’ouvre sur la ville. Nos actions sont en train de se professionnaliser mais les universités doivent se sentir reconnues et soutenues financièrement. Dès le début de leur thèse, les doctorants devraient être mobilisés pour comprendre le rôle qu’ils auront dans la société ». Elle donne l’exemple de doctorants « missionnés » dont une partie de leur temps est consacré à la médiation, dans le cadre d’un OpenLab, de la rédaction d’un ouvrage ou du montage d’une exposition. Elle cite aussi les projets du Planétarium mobile et du Festival du film de chercheur à Nancy.

La région Ile-de-France

Paris et sa région concentrent près de la moitié du potentiel scientifique français. Isabelle This Saint-Jean a donné quelques chiffres : « L’Ile-de-France compte 17 universités, 40% de la recherche du territoire et une dizaine de milliers d’acteurs de la diffusion de la CST. Depuis 2006, 13 millions d’euros ont été engagés, soit 5% du budget. Les PICRI sont des projets originaux ».

David Ros, vice-président du Conseil Général de l’Essonne a donné l’exemple de son département qu’il qualifie de « très scientifique. La CST est importante pour nous. Nous stimulons nos acteurs par des dispositifs incitatifs (ex : A.S.T.R.E.) . La Banque des Savoirs fait partie du projet QSEC et nous avons participé au projet européen Yosciweb ».

Le soutien des collectivités territoriales

En juin dernier, Dominique Ducassou, adjoint au maire de Bordeaux, chargé de la culture et de la protection du patrimoine pensait que « le territoire pertinent pour communiquer la science est sans doute l’agglomération ou la région ». Les collectivités doivent aider la population à appréhender le rôle des sciences et la recherche contribue à la notoriété et à l’attractivité d’un territoire. Malheureusement, les élus ne sont pas forcément ouverts à ce monde. Pour réduire cette distance, il faut régionaliser davantage la communication des organismes de recherche.

Lors du forum, c’est Bruno Bourg-Broc, président de la fédération des maires des villes moyennes (FMVM) et député-maire de Châlons-en-Champagne qui a pris la parole. « Les communes ont leur rôle à jouer mais il ne faut pas que l’état se désengage pour autant. Dans les villes moyennes, les élus se mouillent, et on note une réelle volonté politique. Ce n’est pas une coïncidence si les trois universités technologiques se trouvent dans les villes moyennes (Troyes, Belfort-Montbéliard et Compiègne). La réhabilitation des sites industriels fait aussi partie de la culture ».

Des exemples en région

Florence Besset, responsable de la CSTI de la Communauté urbaine du Grand Nancy a souligné « nous sommes une terre de science et d’innovation, avec le siège de l’INRIA Grand Est et une politique de grands événements, comme le Festival du film de chercheurs relancé avec le CNRS. Nous associons la culture artistique avec la CST. Le programme Science Innovation Société présente tous les programmes de tous les opérateurs et nous faisons des réunions régulières avec eux. Nous lançons bientôt le site internet sciences.grand-nancy.org ».

Philippe Guillet, directeur du Muséum d’Orléans et secrétaire général Icom France, s’est dit agacé par le manque de références aux 60 muséums français. À la mention d’éventuelles coproductions dans le futur, il craint que seuls les muséums de Paris, Lyon et Marseille soient aptes à les faire. Pour lui, le développement d’expositions à la carte avec des textes validés scientifiquement, est une approche intéressante, comme le travail de Science Actualités.

Jean-Pierre Ledey, président de l’association Planète Sciences, souligne les ponts avec l’industrie et des acteurs importants comme le CNES et l’INRIA que son association a construits. L’association se place en intermédiaire entre les chercheurs et monde des jeunes et met en place des actions pour les publics en difficulté.

Jean-Louis Gachet, directeur de l’OCIM rappelle que leurs rapports sont autant de « photos » régulières des pratiques culturelles des français. Mais jusqu’ici, ils n’ont pas été capitalisés. L’OCIM va donc mettre en place un observatoire de la CST en s’inspirant des Québécois. Selon lui, le nombre de ces acteurs est énorme mais il convient de sortir d’une forme de « consanguinité » en procédant à un renouvellement général.

La contribution de l’AMCSTI

Christine Welty, présidente de l’Association des Musées et Centres de Science pour le développement de la CSTI a indiqué que son réseau, âgé de 25 ans et concerné au premier chef car il couvre tout le territoire national, participe activement à la discussion. Pour preuve, la constitution des Trophées Diderot de l’initiative culturelle.

En préparation du forum, elle et son vice-président Bruno Dosseur ont participé aux 3 réunions du comité de pilotage du forum, ont réuni les animateurs des 5 clubs de l’AMSCTI en avril dernier, ont organisé 14 rencontres régionales concernant 18 régions dont les DOM et ont fait participé les adhérents lors de son congrès en juin dernier. Selon l’AMCSTI, il faut professionnaliser l’ensemble du réseau et pérenniser le label « Science et Culture, Innovation ». Les autres préconisations de l’association sont présentées dans un livre blanc, parmi lesquelles on peut lire (p.5) :

  • Pour une AMCSTI confédérative des identités territoriales, reconnue réseau de référence en matière de CSTI
  • Pour un renforcement significatif de la position de la CSTI et sa reconnaissance par l’Etat, les collectivités territoriales, les organismes d’enseignement supérieur et de recherche
  • Mettre en place des instances indépendantes, représentatives des acteurs en région, favorisant une transparence des décisions
  • Sanctuariser les fonds nationaux alloués à la mission de régionalisation
  • Déployer une politique de diversité structurelle favorable à une co-construction équilibrée, horizontale et ascendante

Le livre blanc rassemble également les différents courriers et notes préparatoires du forum ainsi que les comptes-rendus des rencontres régionales et le bilan d’un questionnaire mis en place par le club Centres de sciences (« Relation entre Universcience et les centres de sciences »).

La place des médias

À noter une absence cruelle de représentants des médias dans ce forum (je n’ai croisé qu’une journaliste, mais je n’ai pas encore eu accès au listing des inscrits). Les relations entre les chercheurs, la CST et les médias ont toujours été complexes, malgré le bon travail de certains, par exemple l’AJSPI.  Seule Florence Besset a évoqué ce thème en donnant l’exemple de France 3 Lorraine qui, selon elle, produit la seule émission scientifique en région (C à savoir).

La transformation du numérique

Assez peu abordé lors du forum, seulement cité par quelques intervenants, le numérique va pourtant « bouleverser nos vies et comprend beaucoup d’avantages et quelques risques » explique René Ricol. Plus jeunes, Guillaume Boudy, secrétaire général du ministère de la Culture et de la Communication et Laurent Chicoineau citent : Culture clic, l’utilisation de la réalité augmentée, les serious games, la blogosphère… À ce sujet, voir notre article.

Et le public dans tout ça ?

Sauf erreur de ma part, la problématique du public et de son approche n’a pas été abordée lors du forum. En revanche, elle l’a été en juin dernier. Pour Arnaud Benedetti, directeur de communication de l’Inserm, les institutions scientifiques doivent aller à la rencontre de la population où on ne les attend pas, comme par exemple au centre commercial Évry 2. Mais elles doivent également utiliser les réseaux existants comme les écoles, les villes jumelées et le réseau des médiathèques (un français sur 4 fréquente une médiathèque alors que seulement 6% de la population déclare aller dans un lieu de science une fois dans l’année). Jean-François Launay, directeur de la communication de l’INRA, estime qu’il est absolument nécessaire de conquérir de nouveaux publics et pose la question du marketing pour trouver des formes de séduction autres.

Notes

  1. Les Cahiers de l’Association « Communication Publique » de septembre 2010.
  2. Livre blanc « Pour une nouvelle gouvernance de la culture scientifique, technique et industrielle en France ».
  3. A ce sujet, voir le tout nouveau blog du CCSTI bordelais « Studio Cap sciences ».

>> Images CC Flickr : Lemoox et museumdetoulouse

Un forum et beaucoup de questions

Ordinateur sur les genoux et dûment badgée, me voici à la Cité des sciences le 28 septembre dernier pour le Forum territorial de la Culture scientifique technique et industrielle (CSTI) organisé par Universcience (programme ici).

Forum Universcience

Je me fais toute petite au milieu d’une salle comble – 423 inscrits – et observe les visages – pour le moins tendus – des acteurs de la culture scientifique française. Quelques ordinateurs sont présents mais nulle trace de « gazouillis » sur Twitter… L’événement semble presque se passer à huis clos. Un comble pour un monde qui souhaite s’ouvrir à de nouveaux publics ! Heureusement, je suis vite rejointe par Antony Auffrey (@antonydbzh) des Petits Débrouillards Bretagne pour un sympathique live-twitt.

Une partie des personnes présentes s’était quitté lors du colloque « Communiquer la science en territoire » en juin dernier (2) sur ces paroles : « L’Etat délègue ses responsabilités traditionnelles, la mission de diffusion de la CST n’est plus de son ressort. Comment va-t-il aider les opérateurs à assumer leurs nouvelles missions ? ». C’est en partie pour tenter de répondre à cette question que ces opérateurs se sont retrouvés dans la capitale, en réponse à l’invitation du comité de pilotage du forum (3).

D’après Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI grenoblois La Casemate et membre du comité, « le Ministère de la Recherche a réorienté sa ligne d’action en matière de CSTI : disparition de la mission culture scientifique, création d’une nouvelle direction scientifique « Science et Société » et transfert annoncé des crédits CSTI centraux à Universcience – charge au nouvel établissement de gérer et distribuer ces crédits dans les régions ». La somme ? 50 millions d’euros, annoncés dès l’ouverture par Ronan Stéphan, directeur général pour la Recherche et l’Innovation au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Au programme dès le début de l’année 2011, une mutualisation des supports (l’Agenda de la culture scientifique déjà mis en place par Universcience en est un exemple) mais aussi des moyens et des productions. Claudie Haigneré souhaite impulser au niveau national une stratégie de la CST en synergie avec les universités, les collectivités et les industriels, selon un modèle qui pourrait d’apparenter à l’ANR. En plus de son activité propre, Universcience deviendrait une structure nationale de valorisation des productions régionales. « L’enjeu n’est pas que financier. Il s’agit de profiter de ces réorganisations pour inventer de nouvelles formes de collaborations entre Paris et les régions – voire des collaborations intra-régionales » poursuit Laurent Chicoineau.

Durant la journée, les participants ont fait preuve d’inquiétude. J’ai noté un certain besoin de reconnaissance de la part des acteurs en région, qui se sentent souvent comme la cinquième roue du carrosse, les bénévoles notamment. L’organisation du forum était telle (quatre tables rondes de 4 à 6 intervenants en moyenne) que le public n’a pas vraiment pu poser les questions qui le rongeait visiblement. La plus partagée concernait le futur statut d’Universcience, à la fois opérateur, animateur et agence de financement.

Aucune réponse satisfaisante n’a pu être apportée dans l’instant. Claudie Haigneré, présidente d’Universcience, a botté en touche en évoquant la constitution d’une instance nationale autour d’Universcience, formée notamment par les membres du comité de pilotage du forum rejoints par d’autres acteurs.

Du coté des régions, ça s’active également. Le buffet proposé aux participants le midi me semble symbolique. Les petits groupes se forment, les poignées de main se multiplient. On n’a pas attendu Universcience pour mettre en place des projets entre les centres de science en région. En parallèle de l’événement, l’AMCSTI a publié sur son site internet un livre blanc intitulé « Pour une nouvelle gouvernance de la culture scientifique, technique et industrielle en France ». Une effervescence qui sera sans doute positive et obligera les opérateurs à repenser leur action pour contrer les baisses de subventions annoncées par les collectivités.

Amcsti - Livre blanc

D’après un mail envoyé par Universcience aux participants quelques jours après le forum, celui-ci constitue « une première étape que nous souhaitons prolonger avec vous, dans le de cadre de rencontres en région et de groupes de travail ».

Sur ce blog, nous souhaitons participer à ce débat avec nos lecteurs et les acteurs de la CST française. Nous publierons dans les semaines qui viennent des réactions, réflexions et autres articles sur le thème de la CST en région. Le prochain épisode concerne les axes de travail proposés lors du forum et le suivant fera la part belle aux réactions « à chaud ». Restez attentifs !

Notes

  1. Durant cette journée, @antonydbzh et moi (@Fuzzyraptor et @Knowtex) avons eu l’occasion de commenter les événements du forum et d’interagir avec d’autres webacteurs, notamment les CCSTI @Capsciences (Bordeaux), @Espace_sciences (Rennes) et @atlas_sciences (Saint-Ouen), le webmaster du Muséum de Toulouse @samuelbausson, le site de démocratie participative @sciencesetdemoc et le réseau social de l’Université Paris-Descartes @Carnets2
  2. Colloque « Communiquer la science en territoires, regards croisés des producteurs de science et des acteurs territoriaux », le 3 juin 2010. A ce sujet, lire Les Cahiers de l’Association « Communication Publique » de septembre 2010
  3. Le comité de pilotage est constitué par l’Association des Musées et Centres de Science pour le développement de la CSTI (AMCSTI), l’Association nationale Les Petits Débrouillards, l’Office de coopération et d’information muséographiques (Ocim), les associations d’élus locaux, la Conférence des présidents d’universités (CPU), l’Agence nationale de la recherche (ANR), les Délégations régionales à la recherche et à la technologie (DRRT), les Directions régionales des affaires culturelles (Drac) et l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)

Ressources

La weblist Knowtex « Les sciences dans les régions »

Le débat sur « Sciences et Démocratie » : La culture scientifique et technique

>> Image : cliché Universcience

Nous tenons à remercier Mélodie Faury qui nous a cités sur son blog et toutes les personnes qui prennent le temps de nous parler de leurs expériences.