Une université des sciences dans les nuages

Unisciel signifie « Université des Sciences en Ligne ». Mais pour parler de cette université « dans les nuages », il nous faut rester sur terre et rencontrer ses responsables. Maxime Beaugeois, le chargé de projet et responsable de la communication d’Unisciel nous a donc accueillis le 24 novembre dernier dans le Service enseignement et multimédia (SEMM) de l’Université Lille-1.

C’est là qu’est basé Unisciel, réseau social fonctionnant sous Elgg lancé en juin 2010 sous l’impulsion du Ministère de la recherche et de l’Enseignement Supérieur. Il fait partie des sept Universités numériques thématiques françaises (UNT). Son objectif est de permettre un accès à plus de 3500 ressources pédagogiques scientifiques provenant de 31 universités et écoles d’ingénieurs françaises, gratuitement, pour tout un chacun.

« Nous avons insisté pour être totalement ouverts à quiconque : étudiants, enseignants, monde socioprofessionnel ou simples curieux, faisant partie du réseau des partenaires ou non. Rien de pire que de brider un étudiant dans sa recherche documentaire par une inscription obligatoire ou un paiement » précise Maxime.

Au lancement du projet, les responsables souhaitaient « rassembler le patrimoine numérique des universités scientifiques françaises sur un seul site, explique Monique Vindevoghel, la secrétaire d’Unisciel, depuis les cours proposés dans les Espaces numériques de travail (ENT) de chaque université partenaire jusqu’aux ressources mises à dispositions sur les blogs des professeurs ». Selon elle, cela a nécessité un gros travail de recensement et d’indexation (1) effectué par une documentaliste de l’ENS Lyon pendant trois ans à temps plein.

Chaque ressource – cours, exercices, TP – est triée en fonction de la matière, de mots clés, du public visé. Les diaporamas, en qualité de résumé non utilisable en autonomie, ne sont pas acceptés. Chaque université peut indexer ses propres ressources. Unisciel ne les modère pas a priori, faisant confiance aux structures. Du côté de l’utilisateur, la recherche d’une ressource grâce au moteur de recherche permet d’accéder à une description (thème, auteurs, éditeurs…) et fait un lien avec un contenu social : des groupes de discussion, un forum, des scenarii pédagogiques, des liens vers le web….

En plus de ces ressources, la page d’accueil du site propose deux autres entrées : une exploration des métiers (selon la classification ROME) et l’actualité scientifique, « une partie pour l’instant moins développée » qui collecte des informations grâce aux flux RSS des différentes universités et écoles.

Si les responsables se sont d’abord concentrés sur les ressources, le Ministère a rapidement souhaité orienter leur action vers les usages, c’est-à-dire l’organisation de contenus et la fonction de réseau social plutôt qu’un ENT. En plus de la valorisation de l’existant, Unisciel soutient donc la production, à condition qu’elle soit mutualisable et incite ses membres, et notamment les enseignants, à créer des parcours scénarisés pour les étudiants, avec les modules d’apprentissage (micro-ressources d’exercices). On parle alors de trajectoire d’apprentissage, plébiscitée par les étudiants selon Monique Vindevoghel.

Depuis le début du projet, l’équipe est réduite à deux salariés disposant de l’appui technique de la cellule TICE de l’université de Lille-1. Les universités et écoles partenaires n’étant pas moteurs dans la communication autour d’Unisciel, la progression du réseau n’est pas encore à la hauteur des espérances de ses responsables. Pourtant, les besoins sont là et Unisciel affirme avoir les moyens de toucher près de 300 000 étudiants rien qu’avec ses universités et écoles partenaires.

Ainsi, selon Maxime Beaugeois, une enquête nationale menée entre février et juin 2010 sur les usages des étudiants scientifiques en terme de numérique et de ressources documentaires a montré un élément important. « Les étudiants sont à la recherche de ressources documentaires mais faute de recommandations de leurs professeurs – 45% d’entre eux ne donnent jamais de webographie – ils utilisent Google ou des forums ». Ces résultats seront présentés les 18 et 19 janvier 2011 à l’université Paris-6 lors des journées Unisciel.

Outre la volonté de fédérer plus de personnes dans le réseau et de créer plus d’interaction sociale, le projet principal de l’année 2011, dévoilé par Monique, est de « créer un site privé partenaire qui comporte les fichiers sources de produit où les enseignants pourront récupérer des morceaux de textes, vidéos, exercices interactifs pour faire leurs cours, le tout sous licence libre Creative Commons ».

L’enseignement en ligne à Lille

« Le phénomène des universités en ligne date de 1995 avec 13 établissements, qui sont aussi nos partenaires historiques explique jean-Marie Blondeau, enseignant-chercheur en physique à Lille-1, du côté de Lille, nous avons lancé avec Monique Vindevoghel un laboratoire d’enseignement multimédia à cette période, dans une salle de 20 m² qui est aujourd’hui le SEMM, un bâtiment moderne de 800 m² ».

Dans le cadre de ce premier projet, 1200 heures de formation (cours, animations, TD…) seront mises à dispositions, en mathématiques, physique et biologie. Lors du lancement des Universités en ligne thématique (ULT) puis des Universités numériques thématiques (UNT), Lille-1 a décidé de s’impliquer dans les sciences, jusqu’au lancement d’Unisciel. L’université possède par ailleurs un ENT couplé à un blog lancé il y a six mois.

Note

  1. Chaque ressource est indexée sous la norme SupLOMFR dont l’intérêt est décrit sur cette page.

Physifolies, de l’exposition temporaire à l’expertise

En guise de mascottes : Einstein tirant la langue et Biloute, le célèbre ch’ti, placardés sur les murs de l’UFR de Physique de l’université Lille-1. Physifolies annonce la couleur : les quelques membres de l’association sont des passionnés qui souhaitent promouvoir la physique dans la région Nord-Pas de Calais sans complexe et de manière ludique.

Parmi eux, Daniel Hennequin, chercheur au CNRS dans le « Laboratoire de Physique des Lasers, Atomes et Molécules » et Maxime Beaugeois, docteur en Physique et chargé de communication par ailleurs impliqué dans le projet Unisciel. Ils nous racontent l’histoire de l’association qui, après un départ tonitruant en 2005, a trouvé depuis peu son rythme de croisière.

Des débuts prometteurs

Sous l’impulsion de la Société française de Physique, Physifolies a vu le jour, il y a 5 ans, grâce à six passionnés. Nommée à l’époque « Année Mondiale de la Physique dans le Nord-Pas de Calais », cette association avait été créée exclusivement pour cet événement, afin d’en piloter les manifestations régionales, et devait s’éteindre peu après. Le groupe avait réussi à fédérer autour de lui des représentants de Lille-1 et du rectorat, ainsi qu’une dizaine d’associations ou de lieux qui travaillent dans le domaine des sciences et de la physique dans la région (1) afin de préparer cette Année mondiale.

Maxime Beaugeois devant l’affiche de l’Année mondiale de la Physique 2005

« Le contexte est celui d’une désaffection des filières scientifiques par les étudiants, en particulier la physique à l’époque et la chimie actuellement », explique Daniel Hennequin, qui estime la chute du nombre d’étudiants en filières scientifique de 10 à 20%. « C’est très criant avec les premières années de l’IUT ou de licence de physique, qui sont passés d’environ 500 à une centaine ». « En 2005, nous avions la volonté de comprendre pourquoi la science a disparu de la culture générale en France et de frapper un grand coup pour la remettre sur le devant de la scène ».

Le petit groupe réussi alors à « décrocher » un contrat européen de 500 000 euros pendant un an pour mettre en place six expositions : quatre Physi-folies (ouvertes pendant 4 jours chacune), D comme découvreuses, Mémoire de forme, formes en mémoire et Les reflets de la physique dans la région. Chacune a accueilli entre 500 et 800 personnes, avec un pic d’affluence à 1200.

Maxime, alors en thèse, se souvient : « nous avons chapeauté 120 événements, dont ces six grosses expositions, mais aussi des conférences, un bar des sciences et des spectacles de danse et de théâtre ». Ces manifestations ont pris place dans les « Maisons Folies », anciennes usines ou lieux appartenant au patrimoine architectural reconvertis en lieu de création artistique en 2004 lorsque Lille était Capitale européenne de la Culture (2). « C’est là que l’équipe a pris conscience de l’importance de la scénographie et de l’éclairage », aidée par les intermittents du spectacle qui géraient les Maisons Folies.

Cinq ans d’expositions et de « manips »

La belle réussite de 2005 a motivé les membres de l’association à pérenniser leurs activités. Après un repos bien mérité en 2006 et le changement de nom en Physifolies, l’association repart de plus belle à l’occasion de la Fête de la Science 2007 avec l’exposition Arphystic sous un chapiteau de 30 mètres par 20 et 7 mètres de hauteur installé sur la place de la République, lieu très fréquenté entre la Préfecture et le Musée des Beaux Arts. Sous le chapiteau : des manips et des animateurs pour guider le public.

Après les nécessaires 9 mois de préparation, 2008 sera dédiée à la manifestation « Sciences à l’hosto » avec la transformation du hall de l’hôpital de Roubaix en lieu de culture scientifique. L’année suivante verra l’exposition Astrophyz et notamment ses photos de galaxies, à nouveau sous le chapiteau, devenue le lieu de rassemblement des passionnés de Physifolies. Cette année-là, l’exposition fait 4 fois plus d’entrées que toutes les manifestations du village de la Fête de la Science réunies (8000 visiteurs contre 2000).

« Pendant ces années, nous nous sommes débarrassés d’un certain nombre d’a priori comme celui selon lequel le grand public ne s’intéresse pas à la science. Nous avons au contraire noté une très forte attente et un réel plébiscite de nos expositions. Les gens ramènent même leur famille et leurs amis et restent entre une et deux heures sous le chapiteau » sourit Daniel.

Une semaine au sommet

2010, Année du laser, a vu la même affluence, sur 4 jours, lors de la bien-nommée « Laser Week ». « La région joue un rôle important dans l’industrie des lasers. Le centre laser du CHRU de Lille a été de 1975 à 1985 le seul centre laser médical hospitalo-universitaire d’Europe, explique Daniel ; Lille a également vu la première fédération de laboratoires en France sur le thème unique des lasers, ainsi que le premier master professionnel ». Ce dynamisme a permis à Physifolies d’être financé à moitié par des collectivités territoriales, pour la première fois depuis 2005.

Daniel Hennequin devant l’affiche des « 50 ans du laser »

Pour l’occasion, l’association a décoré l’entrée du chapiteau avec des fibres optiques, a installé deux écrans géants de 4 mètres par 3 et loué un hologramme de l’exposition itinérante du musée de l’holographie représentant le pont de Tampa en Floride avec une impression de profondeur de 8 mètres. Daniel Hennequin, à peine remis de l’événement lorsque nous l’avons rencontré, explique : « nous avons monté le chapiteau le mardi 16 novembre de 7h à 15h puis ouvert au public en permanence du jeudi au dimanche, avec deux nocturnes le vendredi et le samedi. C’était passionnant mais très fatiguant ».

Ces cinq ans d’expérience ont fait de Physifolies une référence dans le domaine de la physique et du montage de manipulations et d’expositions. Au point que ses membres se déplacent à Bruxelles pendant 4 jours pour le Printemps des sciences, à Tournai pour présenter 3 ou 4 manipulations, au Palais de la Découverte dans le cadre de l’opération « Un chercheur, une manip »ou à Marseille en mai 2010 lors d’une série d’événements autour des 50 ans du laser et des 10 ans de POP Sud (Pôle optique et photonique). « Pour l’occasion, nous avons entièrement aménagé un bus avec des manipulations sur le laser et la lumière » se souvient Daniel.

Le Centre d’Etudes et de Recherches Lasers et Applications (CERLA) de Lille-1 a également sollicité leur expertise en terme de création de manipulations pour les 50 ans du laser. « Pendant cinq ans, nous avons essuyé les plâtres. La conception d’une manipulation demande de la culture scientifique et des qualités de vulgarisation que seule apporte l’expérience, explique Daniel. Aujourd’hui, on pourrait proposer clé en main des manips ».

Des difficultés à valoriser la vulgarisation

Si la région Nord-Pas-de-Calais est « une des rares à avoir conservé un tel dynamisme autour de la Physique », Physifolies peine pourtant à recruter des animateurs et médiateurs. Une des explications à ce manque de motivation, selon Daniel Hennequin, réside dans les freins donnés par le CNRS à tous les chercheurs qui souhaitent faire de la vulgarisation pendant leur temps de travail.

« Nous ne sommes pas évalués sur notre travail de vulgarisation, alors même qu’ils font partie de nos missions ». Il donne l’exemple du célèbre Roland Lehoucq qui a du lutter au CEA pour pouvoir se consacrer à la vulgarisation. Selon lui, cette situation s’adoucit dans l’Education nationale pour les enseignants-chercheurs, à l’image de Jean-Michel Courty qui tient une rubrique mensuelle dans le magazine Pour la Science.

Signe d’un début de changement, un module « animation scientifique » a été lancé pour les thésards de Lille-1 friands du contact avec le public. L’association est également ouverte à des universitaires et des professeurs du secondaire. En 2011, l’année sera sans doute moins chargée pour Physifolies, l’Année internationale étant dédiée à la chimie.

Cela ne l’empêchera pas pour autant d’apporter de l’aide aux associations concernées, notamment « Chimie itinérante » de Lille-1 et de capitaliser leurs précédentes activités. « On a décidé de rendre publics les quizz de cette année et de créer une base de données des manips. Je les ai encore bien en tête mais cela évitera de les perdre en route », prévoit Daniel.

Notes

  1. Les Petits Débrouillards, le Forum départemental des sciences, Sciences Animées, La Physique itinérante, L’Experimentarium de l’Université libre de Bruxelles et le lycée professionnel Don Bosco de Tournai.
  2. Lille poursuit son aventure culturelle avec le projet lille3000.

Un learning center sur l’innovation à Lille 1

En arrivant sur le campus de l’Université des sciences et technologie Lille 1, on ne peut pas louper la Bibliothèque universitaire (BU), avec sa forme ronde et sa façade aux motifs tourmentés. « La BU est un peu l’emblème du campus, nous indique Laurent Matejko, chef de projet Learning center et responsable du service public ; c’est le tout premier bâtiment du campus, construit dans les années 1960 selon les plans de l’architecte Noël Le Maresquier ».

Original, le plan du campus se veut être une sorte de cellule dont la BU représente le noyau et les autres secteurs les organites. Visiblement passionné par le sujet, Laurent Matejko poursuit : « le bâtiment a une conception singulière, panoptique, ce qui signifie qu’on a une vue à 360° à l’intérieur et sans mur porteur. Seuls des pylônes de sécurité soutiennent l’ensemble ».

Mais si le projet architectural est intéressant, il masque mal ses lacunes. « D’une part, le bâtiment n’est plus aux normes techniques et d’autre part, cette bibliothèque n’a absolument pas été conçue pour les besoins pédagogiques des étudiants d’aujourd’hui, déplore Laurent, par exemple, nous n’avons pas assez de prises électriques pour que chacun puisse brancher son ordinateur et le travail en équipe n’est pas facilité ».

Depuis le début de l’année universitaire, la BU est donc entrée dans une longue période de mue, avec pour objectif d’augmenter le nombre de places de travail (1000 au lieu de 650 actuellement dont la moitié pour le travail en groupe), de prises électriques et d’atteindre une connectivité totale à internet, via le Wifi et le filaire par endroits. « A terme, les 8000 m² du bâtiment originel devront atteindre des objectifs de Haute qualité environnemental (HQE) », ce qui ne sera pas une mince affaire pour ce bâtiment cerné de baies vitrées, véritable gouffre à énergie.

Mais ces menues modifications ne représentent qu’une infime partie du projet, bien plus vaste, porté par une équipe composée de Laurent Matejko, Julien Roche, l’actuel directeur de la bibliothèque et du service commun de documentation, depuis leur arrivée en juillet 2005, et André Tordeux, chargé de mission de l’université. Car c’est bien un « learning center » sur le thème de l’innovation et intégrant la BU qui se dessine sur le campus de Lille 1.

Pour monter ce projet, l’université, la Communauté urbaine de Lille et surtout la Région Nord-Pas-de-Calais (principal financeur) se sont inspirées des centres européens et canadiens (1), tout en apportant leur grain de sel : « la région a proposé une thématisation des deux learning center universitaires (2) de Lille, ce qui est une originalité ». L’équipe projet s’est déjà mise en contact avec les Pôles de compétitivité « dont le Learning center deviendrait la vitrine technologique, grâce à son architecture d’abord et ensuite en présentant leurs réalisations ».

Un learning center est une « place to explore and to stay », un lieu de rencontre entre plusieurs pratiques, entre des étudiantS, le « grand public » et les professionnels de la documentation et de l’apprentissage. « On y reste pendant des heures pour travailler seul ou en groupe ou boire un coup avec un professeur ». Suivant cette définition et avec une ambition non dissimulée, Laurent Matejko et ses collègues ont « travaillé avec pôles de compétitivité et développé une stratégie de diffusion de la Culture de l’Innovation dans un campus qui a 40 ans d’histoire scientifique. C’est le fil d’Ariane entre les différentes fonctions que nous souhaitons développer ».

Laurent nous révèle ensuite le détail de ces différentes fonctions (encore en projet) : une bibliothèque universitaire « puissante » en termes de ressources et de personnels, un « internet café » avec une centaine de places et des horaires élargis (plus de 60 heures d’ouverture  hebdomadaire), des espaces d’exposition (3), un auditorium et un « expérimentarium » qui permettrait de pérenniser l’activité lancée lors de la Fête de la Science.

L’expérimentarium « serait animé par des enseignants-chercheurs et des étudiants en master ou doctorat, avec une perspective universitaire ou lycéenne – un public qui nous échappe un peu – afin de ne pas empiéter sur les publics du Forum départemental des sciences » et ce, en lien avec l’Espace culture de l’université.

Avec une enveloppe de 35 millions pour réhabiliter ce bâtiment, transformer ses fonctions, et éventuellement l’étendre, « nous sommes la plus grosse opération du plan campus Lille (4), le troisième projet français le plus cher de la dernière décennie en termes de bibliothèques. Au niveau européen, nous nous situons dans la fourchette classique de coût des learning centers, qui se situe entre 25 et 50 millions d’euros ».

Au jour le jour, Laurent Matejko « prépare le déménagement provisoire des 55 agents dans un autre bâtiment, tout en assurant la continuité du service ». Son plus gros travail, vraie « révolution copernicienne des bibliothécaires », résidera dans le passage d’une activité centrée sur l’enrichissement des collections à une activité centrée sur le service à l’usager (dont la collection fait partie) avec les nouvelles compétences que cela sous-entend. A

ctuellement, la BU accueille un flux de 300 000 entrées par an. Avec ce nouveau projet, le personnel devra faire face à une augmentation de la fréquentation et surtout des publics différents prédit Laurent Matejko. « Nous faisons déjà des formations avec les 2500 étudiants primo-arrivants, par groupes de 30. En deux fois deux heures, nous leur apprenons le « kit de survie » dans une BU, pour savoir se repérer dans l’espace, apprendre à se documenter, faire sa bibliographie, connaître le schéma de circulation des publications… ».

En clair, le learning center sera un « lieu de test vis-à-vis du public » avec le recours à la technologie RFID pour le prêt des livres ou l’insertion de flash codes sur les lieux d’exposition pour développer l’autonomie des usagers et étendre l’usage des smartphones.

Et l’offre se prolongera également sur le web. « Dans le cadre du réseau des learning center régionaux, nous sommes invités à mettre en place un learning center virtuel, annonce Laurent Matejko, son aspect et ses contenus étant encore à définir ». En attendant, la BU va bientôt lancer un futur blog d’information sur les travaux, proposer des renseignements en ligne, étendre ses ressources virtuelles comme sa base d’annales de sujets d’examens (consultée plus de 300 000 fois par an) et celles à destination de La Recherche. « Le changement n’est pas révolutionnaire mais le saut sera néanmoins important culturellement parlant ».

Notes

  1. Voir le Rolex Learning Center (LC) de Lausanne, le Learning & Development Centre à l’Imperial College de Londres, le LC de Kingston au Canada, le Centre de ressources pour l’apprentissage et la recherche de l’université de Barcelone (Espagne) ou encore le LC de l’université d’Avans (Pays-Bas).
  2. Le deuxième learning center lillois en projet sur le site « Pont de bois » aura pour thème l’archéologie. Voir la fiche des deux projets ici.
  3. L’espace n’aura pas vocation à créer d’exposition. Il en accueillera seulement, par exemple les collections de l’Association de solidarité des Anciens de Lille 1 (objets recueillis dans les laboratoires)
  4. Concernant le plan campus Lille, lire la présentation de l’exposition « 12 campus du 21ème siècle », le site du projet « Campus Grand Lille », le communiqué et une vidéo du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et la page du conseil régional Nord Pas-de-Calais.

>> Illustrations : Atelier Stereograph (deuxième photo)

La mise en culture des sciences, une affaire d’universitaires ?

L’Université Lille-1, Sciences et Technologies a ouvert ses portes en octobre 1967, sur un terrain de 116 ha au sud de Villeneuve d’Ascq (1). Elle compte aujourd’hui 18 000 étudiants, 1500 enseignants-chercheurs et 160 chercheurs.

A l’origine, vue du ciel, elle symbolisait une cellule délimitée par les voies (en rose sur le plan), comprenant les bâtiments de mathématiques, physique, chimie, SVT, etc., traversée par la voie aérienne de métro et dont la bibliothèque universitaire tenait lieu de « noyau ». Mais cette structure s’est vite étendue au fur et à mesure des ajouts de départements (sciences économiques et de gestion, science sociales), les IUT et les centres de formation.

À la fin du mois de novembre dernier, nous nous sommes rendus dans l’Espace culture (EC sur la carte) pour rencontrer Nabil El-Haggar, vice-président de l’Université Lille-1, chargé de la culture, de la communication et du patrimoine scientifique.

La CST fait partie de la culture

Disponible et jovial, l’homme souhaite remettre les choses dans leur contexte avant de parler de sciences. « La culture d’une manière générale est très maltraitée en France, contrairement à ce qu’on pense. Elle est extrêmement instrumentalisée par la classe politique française, par exemple avec la Fête de la Musique ».

Selon lui, à la fin des années 1990, la France a réduit la culture à sa dimension spectaculaire – « comme quand le roi amenait un bouffon pour amuser la compagnie » – sans prendre en compte le problème de l’accès réel à la culture, « un élément fondamental pour notre maitrise de la transformation du monde et la bonne marche de la démocratie ». Descendant l’échelle d’une marche, il évoque ensuite la culture scientifique comme faisant partie de cet ensemble, « une culture parmi tant d’autres qui donne les moyens à ce que chacun puisse construire sa propre vision du monde ».

L’Université française joue-t-elle actuellement un rôle dans cet accès à la culture ? Pour Nabil El-Haggar, elle « ne se pense toujours pas, ou peu, en dehors de l’enseignement et de la recherche, comme une institution productrice de culture » (2). Cela est en partie dû à son histoire et sa faible influence politique par rapport aux « grandes écoles, instituts divers, Collège de France, etc., à qui l’on a confié la formation des élites de la nation ».

L’Université ignore-t-elle la culture ?

Productrice de recherche scientifique, l’Université ne s’intéresse paradoxalement pas à « la culture qu’engendre cette (…) recherche [ou à] la conservation et [la] valorisation du patrimoine scientifique qui a rendu cette recherche possible » (3). Elle se cantonne depuis longtemps à animer la vie étudiante « sur des campus construits il y a quarante ans et qui peinent souvent à se donner une âme ». En cela, la France se distingue des pays anglo-saxons dont les États-Unis dont les universités « produisent une culture qui déborde dans le reste du pays, comme par exemple l’art contemporain ».

Mais la prise de conscience commence, notamment à Lille. « Mon rôle est de concevoir un projet culturel exigent, ce que nous avons fait il y a 17 ans. Depuis, l’Espace Culture qui accueille les activités culturelles – plus de cent manifestations par an – voit un public divers : étudiants, personnels et public extérieur participer à ces activités. Une part importante de ces manifestations traite des questions scientifiques. En d’autres termes la culture scientifique occupe une place importante dans notre politique culturelle multidisciplinaire ».

Le projet de Lille 1

Le vice-président peut s’appuyer sur un développement de la culture débuté il y a plus de 17 ans à Lille 1 dans ce qu’il nomme « l’un des plus grands services culturels universitaires français », ainsi que sur 14 personnes et un budget annuel de 130 000 euros provenant du Conseil régional, de la DRAC, de l’Université et de la ville de Villeneuve d’Ascq. Son projet remet « la pensée et le débat d’idées au cœur du projet culturel de l’université » avec une volonté de toucher l’ensemble de la région Nord-Pas de Calais. « Plus de 60 % de nos publics sont extérieurs à l’université. Ils viennent de Lille voire des frontières belges ».

L’Espace culturel en lui-même est un lieu unique, avec un amphithéâtre pour les conférences et les représentations de théâtre, une salle de danse, une salle d’art contemporain avec des expositions sur le patrimoine scientifique et un café qui dispose d’une petite scène.

Chaque année, l’espace concentre ses efforts sur deux grandes thématiques (et quelques autres annexes). La première thématique est sociétale. En 2009, « la crise » était mise en avant (crise du corps humain, de l’enfance, en géologie…) et cette année la migration est à l’honneur avec un cycle de 12 conférences pluridisciplinaires avec des chercheurs de sciences dures et sciences humaines. La deuxième thématique, plus intemporelle, permet d’organiser une dizaine de conférences et deux journées d’étude. En 2009, il s’agissait de « créativité et territoires » et cette année… de l’université.

Ces événements et réflexions sont anticipés dans la revue Les nouvelles d’Archimède, « la seule et unique revue de réflexion pluridisciplinaire (science, économie, droit, politique, histoire des sciences…) universitaire en France » (4). « L’ensemble des thématiques soulevées pendant ces conférences est ensuite restructuré et restitué dans des ouvrages collectifs, 21 à ce jour », qui trônent en bonne place dans le bureau de Nabil.

« Nous travaillons actuellement sur notre deuxième colloque international à Lille sur « Science et savoirs ancestraux : qu’ont-ils à se dire ? » qui aura lieu vers l’automne 2011 ». Sans compter l’ambitieux projet de l’Université : Sphère, un parc virtuel de sciences et technologies en partenariat avec l’INRIA, les sociétés 3DDuo et Idées-3Com. « D’autre part nous travaillons pour la protection et la valorisation du patrimoine scientifique de Lille 1. »

Les Universités à la place des CCSTI

Quand on évoque avec lui le rôle des CCSTI, Nabil El-Haggar ne cache pas son scepticisme. Pour lui, la décision de l’Etat de confier la diffusion de la culture scientifique à ces centres, il y a une trentaine d’années, reflète le manque de confiance de la classe politique dans l’Université, ainsi que le manque d’intérêt des universitaires de se saisir du problème à l’époque.

Le vice-président pense « que l’accès à la culture scientifique doit être prise en charge par les scientifiques et les chercheurs, en d’autres termes par les universitaires. Cela est bénéfique pour la culture scientifique et les universitaires. C’est pourquoi les lieux naturels pour accueillir ces activités devraient être des universités, ouvertes sur la Cité, plutôt que les CCSTI.

Pendant des années, le dialogue avec le Forum des sciences était très difficile. Le nouveau directeur Franck Marsal a la ferme volonté de travailler avec l’université dans le cadre d’un partenariat respectueux et efficace. Celui-ci sera acté notamment avec une convention-cadre ».

Nabil El-Haggar pense même que le Forum départemental des sciences pourrait faire partie du PRES et ainsi s’approcher du monde universitaire. En guise de projet « de chauffe » entre le département culture de l’université, le PRES et le Forum départemental des sciences : la Fête de la Science 2011.

Le changement de style sera sans doute visible, entre les actions des associations locales et du forum des sciences, qui se déplacent beaucoup à Lille et le vice-président, plus mesuré vis-à-vis des événements ponctuels et désireux d’ancrer la culture scientifique physiquement au sein de l’université.

Notes

  1. Lire l’historique de Lille 1, hébergé sur le site internet de l’université.
  2. Citation tirée de l’article « Université, culture et politique – Le cas français » dans le 55ème numéro des Nouvelles d’Archimède, le journal culturel de l’Université Lille 1 (octobre à décembre 2010)
  3. A ce sujet, lire l’ouvrage « Enseigner, Rechercher » qui « vise à valoriser l’exceptionnel patrimoine des établissements d’enseignement supérieur de [la] région [Nord-Pas de Calais »
  4. Les 3 numéros annuels de la revue de 50 pages sont tirés à 15 000 exemplaires et déposés sur le campus de Lille 1, dans des points précis de la région (théâtre, FNAC…) et envoyés par la poste aux 2000 abonnés.

>> Pour aller plus loin, voir la page Facebook et le compte Twitter de l’Espace culture de Lille 1

>> Lire le billet « Rencontres universités-Société à Strasbourg », sur le blog de Laurent Chicoineau.

>> Illustrations : Damien Pollet (FlickR, licence CC), Nabil El-Haggar, Koen Cobbaert (FlickR, licence CC) et Knowtex

Lyon s’ouvre à l’Europe sur des projets science et société

Pour structurer son action locale et régionale, le Service Science et Société de l’Université de Lyon parie sur son expérience européenne. En choisissant de s’impliquer dans un réseau d’acteurs européens via plusieurs projets, « nous découvrons des exemples que nous pouvons adapter à notre territoire » indique Béatrice Korc, la directrice du service. « Cette ouverture nous apporte beaucoup pour comprendre différentes cultures et expérimenter des dispositifs, renchérit son adjointe Isabelle Bonardi, le fait de travailler au niveau européen nous donne une vision différente du local »

Ainsi, au sein du dispositif CASC (voir description en bas de l’article), le service a installé et animé l’exposition Sismo tour sur les séismes et tsunamis (créée par le Palais de la Découverte) pendant une semaine à la galerie commerciale Auchan à Saint-Priest (banlieue de Lyon). Si les résultats de la fréquentation sont inférieurs à ce qu’on aurait pu imaginer (500 personnes environ sur quatre jours ont pris le temps de discuter avec les médiateurs), le directeur de la galerie commerciale a apprécié ce travail et l’équipe souhaiterait y réitérer l’expérience et l’étendre au centre commercial de La Part-Dieu au centre de Lyon.

Autre exemple, le projet Urbanbees pour lequel le service intervient sur la dimension culturelle. « Nous avons créé une exposition sur la question du lien, de la place de la nature et du sauvage en ville (voir le portrait de Pauline Lachappelle). Cette exposition circulera sur l’agglomération lyonnaise puis dans 60 structures régionales comme des établissements scolaires et des collectivités territoriales, pendant 4 ans ».

Le service profitera de ce projet pour lancer des démarches participatives, sa spécialité : observation de pollinisateurs sur les sites, de milieux d’accueil, réflexion-débat sur le rapport à la nature et aux insectes, construction de nichoirs qui intègreront des témoignages d’habitants. « Nous souhaitons également confier à un ethno-anthropologiste une étude sur l’évolution de la perception qu’ont les urbains des insectes et du retour en ville de cette nature sauvage ».

L’implication européenne n’allait pourtant pas de soi dans une équipe déjà très occupée par les projets locaux et ne maîtrisant pas parfaitement la langue de Shakespeare. « Si l’Europe apporte les budgets de base, l’équipe doit être à même de trouver les budgets complémentaires. Concernant la langue, nous avons compensé cette faiblesse en composant des tandems » précise Béatrice.

Et le résultat est là : des jeunes femmes motivées, curieuses, qui voyagent en Europe et rapportent dans leurs valises des exemples de médiation « science et société ». « Nous avons visité une exposition sur les grands sujets de société à la Casa de las Ciencias, à la Corogne dans la pointe Nord-Ouest de l’Espagne, se souvient Isabelle, nous y avons eu des échanges fructueux sur la façon de faire de la médiation. Les espagnols proposent beaucoup et laissent les visiteurs libres. En France, on prête encore trop d’importance au contenu et pas assez à la médiation… »

Quant à la logique de fonctionnement de ces projets, Isabelle explique : « soit on est débutant, comme pour nous en ce qui concerne les Boutiques de sciences, et les réunions nous permettent d’appréhender les dimensions multiples des thématiques en jeu, soit on a déjà développé une plus grande expertise, par exemple avec les Cafés de sciences et on assure un rôle de synthèse des expériences ».

En effet, le service a contribué à créer des outils et rassembler des données dans un guideline sur la manière dont les cafés travaillent, leur potentiel, leurs besoins. Pour ce faire, il s’est appuyé sur deux enquêtes : l’une proposée à l’ensemble des organisateurs de Cafés d’Europe et l’autre à des focus groups dans chaque pays (1), composés de différentes structures qui souhaitent se lancer ou ont déjà expérience et faire ressortir leurs connaissances. « L’année prochaine, nous aimerions commencer à développer des activités pour les jeunes publics centrées sur la mise en débat de sujets en lien avec la science et les technologies. Les cafés des sciences junior sont un outil possible, mais pas le seul et nous allons tenter différentes expériences de médiation » prévoit Béatrice Korc.

La directrice est soucieuse que les activités de son service participent autant que possible à une évolution des pratiques et des mentalités : « la France est en retard sur les questions de débat démocratique. Il faut commencer avec les enfants, comme cela se pratique dans les pays du Nord de l’Europe, pour créer une culture démocratique réellement participative, avec des citoyens capables de débattre sans se « taper dessus », comme c’est trop souvent le cas ici ».

Le projet PERARES (engagement de la société civile dans la recherche) « nous permet de bénéficier de l’expérience des universités qui mettent déjà en oeuvre des dispositifs appelés « Boutiques des sciences » créés pour faciliter l’accès de la société civile à la recherche. Forts de ces échanges, nous allons développer un modèle spécifique, adapté aux enjeux de notre structure et du territoire dans lequel elle s’inscrit. Nous souhaiterions travailler avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire par exemple, qui n’ont pas facilement accès à la recherche par insuffisance de financements, souligne Béatrice Korc. Nous devrons faire émerger le besoin de recherche, le traduire et identifier les laboratoires susceptibles d’y répondre ».

Les projets

CASC : Cities And Science Communication

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » de la partie « capacités » du Programme-cadre de recherche et développement technologique (PCRD7) (2)

Sites internet : officiel et action du service

Participants : 17 villes dont le leader Birmingham

Contexte : les villes de science sont des dispositifs créés en Angleterre pendant les années 1980 pour recentrer la ville autour de nouveaux centres économiques comme la recherche et l’innovation. Dans ce cadre, les universités entretiennent des liens forts avec la politique de développement de la ville et les industries. Ce sont des incubateurs, des pôles de compétitivité autant que des structures de lien avec la société civile.

Publics visés : les « hard to reach groups » ou les publics éloignés dont chaque pays n’a pas la même définition. Par exemple, les anglais travaillent avec les personnes âgées et les roumains avec les groupes linguistiques comme les hongrois.

Fin du projet : événement du 26 au 28 janvier 2011 à Birmingham avec un bilan et des recommandations politiques, notamment sur la place de la médiation dans le développement des villes.

PLACES : Platform of Local Authorities and Communicators Engaged in Science

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Participants : 70 villes européennes coordonnées par le réseau européen ECSITE

Objectifs : développer et renforcer les partenariats entre les différentes villes du réseau et leurs centres de sciences, muséums, festivals et événements. Structurer les activités de communication autour de la science, partager les outils, les ressources et les résultats.

Outils : études, rapports, plateforme ouverte sur internet, rencontres régulières, groupes de travail thématiques, relations entre les villes, initiatives inédites concernant les controverses scientifiques.

SciCafe : The Science Cafe Network

Domaine : cafés scientifiques

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : Depuis janvier 2010, les partenaires ont contribué à la mise en place d’un site internet et à la conception d’outils dont le but est de faire connaître aux organisateurs potentiels de café comment s’y prendre, communiquer, créer un réseau  dynamique.

PERARES : Public Engagement with Research and Research Engagement with Society

Domaine : boutiques des sciences

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Contexte : initiative portée par l’université de Groningen (Pays-Bas) et la plate-forme d’échange d’expérience Living Knowledge.

Objectifs : renforcer les interactions entre les chercheurs et la société civile dans 17 pays et développer le réseau européen de Boutiques de sciences existantes.

Urbanbees, la ville et ses abeilles

Domaine : environnement

Financement : Programme LIFE+ dédié au développement et à l’environnement (3)

Sites internet : officiel et activités du service

Délai : jusqu’en 2014

Contexte : L’association Arthropologia a monté ce projet avec Bernard Vaissière (INRA Avignon). Ils ont observé que depuis plusieurs années, les insectes pollinisateurs et notamment les abeilles survivent mieux en milieu urbain. Ainsi, 200 espèces d’abeilles sauvages sont revenues en ville notamment grâce à la réduction des produits phytosanitaires, une température plus importante qu’en milieu rural et paradoxalement plus de variété de plantes. En revanche, les chercheurs n’ont aucune information sur la façon dont elle nidifient et se nourrissent. L’association a donc lancé une étude pour mise en place un plan de gestion reproductible partout en Europe. Ce projet de mise en lien entre les chercheurs et la société a pour but de questionner sur les changements de pratiques, les services écologiques et faire des propositions en matière d’agriculture.

Nuit européenne des chercheurs

Domaine : événement. rencontre chercheurs / publics

Financement : programme spécifique PERSONNES du PCRD7 (4)

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : le 24 septembre 2010, de 17h à 00h, les villes du réseau – 12 villes en France cette année – font se rencontrer des chercheurs avec les publics pour faire parler les gens de leur expérience. Cette année, le thème était « DiversitéS » naturelle et culturelle.

Notes

  1. Outre l’Université de Lyon, les autres membres français des focus groups sont l’association Paris Montagne, le Café des sciences d’Avignon et le Bar des sciences de l’Université Montpellier II
  2. Ce volet comporte trois lignes d’actions : (a) gouvernance plus dynamique des relations entre la science et la société (meilleure compréhension de la science et de la technologie, engagement à anticiper et à clarifier les problématiques, renforcement du système scientifique européen, évolution du rôle des universités) ; (b) renforcement du potentiel, élargissement des horizons (égalité homme-femme dans la recherche, jeunes et science) ; (c ) faire communiquer la science et la société.
  3. Actions qui contribuent au développement, à la mise en œuvre et la mise à jour de la politique et de la législation communautaires dans le domaine de l’environnement.
  4. Objectif : renforcement quantitatif et qualitatif du potentiel humain dans le domaine de la recherche et de la technologie en Europe.

>> Photos : Thierry Fournier

Cap sciences : un centre qui réconcilie culture, recherche et industrie

Invité au Forum territorial de la Culture scientifique et technique (CST) à la Cité des sciences et de l’Industire mardi 28 septembre, Bernard Alaux a pris la parole devant un public nombreux et concerné, composé d’une grande partie de ceux qui « font » la Culture scientifique et technique en France (1).

En évoquant les partenariats avec le monde économique et industriel – le thème de son intervention -, le directeur de Cap sciences a souligné qu’il existe beaucoup d’espaces de créativité en région et a rappelé l’intérêt du label « Science et culture – Innovation ». Lors de notre reportage à Cap sciences mi-septembre, nous avons eu l’occasion de voir cette créativité à l’œuvre et de rencontrer des acteurs du monde de la recherche et de l’industrie en Aquitaine. Interviews.

Pierre-Yves Saillant, ingénieur d’études au CNRS chargé de la communication et de la valorisation de l’Université Bordeaux 3

Que fait l’université (2) en termes de CST ?

Nous organisons pour la première fois un événement innovant : les Transverses 2010 en partenariat avec Cap sciences, la région Aquitaine et la Communauté urbaine de Bordeaux. Deux axes sont privilégiés : l’environnement, la nature et la ville d’une part, les hybridations, la mobilité et les identités plurielles d’autre part. Dans ce cadre, nous innovons en mettant la recherche en débat dans des séminaires qui réunissent chercheurs en sciences humaines et en sciences dures de plusieurs universités et… le public qui peut également intervenir.

Quel est le but de cet événement ?

Favoriser l’interdisciplinarité et la croisée des regards. Nous souhaitons montrer que la recherche se fait aussi dans l’université et qu’elle participe aux politiques publiques. Par exemple, la Communauté urbaine de Bordeaux fait appel à des chercheurs de Bordeaux 3 pour ses projets. Cela permet de valoriser les savoirs qui nourrissent le débat démocratique et montrer que les sciences humaines ont un sens et sont nécessaires à notre société.

Que représente Cap sciences pour vous ?

Une fenêtre sur l’extérieur ! Nous avons contractualisé un partenariat avec Cap sciences car il promeut la diffusion de la CST, la médiatisation de la recherche et aide les acteurs de la recherche (3). Ce partenariat nous engage dans une relation institutionnelle officielle avec le CCSTI. Il permet également d’entraîner l’adhésion du CNRS dans l’action de Cap sciences et sa promotion par l’université. Aucune structure de ce type n’existe à l’heure actuelle dans d’autres universités.

Exceptées les Transverses, qu’avez-vous accompli avec Cap sciences ?

J’ai participé à la toute première exposition de Cap sciences « Trace d’océan », aujourd’hui nommée « Aquitaine sortie des eaux ». En 2000, Cap sciences a soutenu financièrement  l’exposition « Du Nil à Rome » sur les représentations de l’architecture antique autour du programme de recherche « Iconic » mené au sein de l’Institut Ausonius de Bordeaux.

Il s’agissait de décrypter la « grammaire » de l’image antique pour en réinvestir l’analyse dans la production d’images en 3D, maquettes virtuelles d’édifices comme le Circus Maximus à Rome. En ce moment, nous réfléchissons à l’idée d’un kiosque des sciences pour faire connaître  aux étudiants de l’université, les ressources de la recherche française, à Bordeaux et dans la région. Cap Sciences serait un partenaire privilégié d’un projet novateur car aucune structure de ce type n’existe à l’heure actuelle dans d’autres universités.

Jean-Louis Bergey, responsable de la direction régionale Aquitaine de l’ADEME

Que représente Cap sciences pour l’ADEME ?

Cap sciences est un partenaire mais aussi un outil de communication intelligent. Les propositions d’exposition s’effectuent dans les deux sens et parfois donnent lieu à des collaborations intenses. L’une des grandes forces du CCSTI est de savoir allier des fondements scientifiques et l’approche pédagogique, quelque soit le public d’où notre décision de consulter le CCSTI pour l’exposition Consom’Attitudes.

Parlez-nous de cette exposition…

L’idée à été lancée suite au projet d’obligation d’étiquetage des aliments (nutrition et bilan carbone). Nous pensions réaliser un supermarché dans lequel les gens pouvaient venir et voir directement leur mode de consommation. Nous avions la volonté de montrer l’évolution de la consommation et son éventuel impact sur l’environnement et la santé. D’où la nécessité de définir des grands thèmes pour que les gens comprennent ce qu’est la consommation.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Il aura fallu deux ans de labeur entre l’idée et sa réalisation (bibliographie, tri, organisation des informations, mise en scène), le tout supervisé par deux commissaires. Le Conseil scientifique, organisé par Cap sciences, a entraîné des débats passionnés. C’était la première fois que des personnes d’horizons si variés (sociologues, économistes, scientifiques…) étaient réunies autour d’une table sur ce sujet. Après moult discussions, ils ont défini le message général et l’objectif, modeste : faire de la sensibilisation car les gens ne sont pas prêts à consommer moins et mieux. L’exposition traite d’un sujet difficile car en émergence, à la différence du climat qui est un sujet « porteur ».

Qu’est-ce qui différencie cette exposition ?

C’est la première en France à avoir un fond scientifique si important tout en étant destinée au grand public. L’ADEME et Cap sciences ont eu une approche à la fois scientifique et militante : inciter les consommateurs à changer leur pratique de consommation. Mais un grand travail est effectué pour que le fond scientifique soit extrêmement solide et important. C’est une énorme valeur ajoutée de la part de Cap sciences.

Avez-vous participé au projet Clim’Way ?

Je suis arrivé à ce poste il y a 3 ans pour l’inauguration de Clim’Way. L’exposition tombait justement au moment du développement de la communication de l’Ademe autour du climat. L’idée était très intéressante car c’était la première fois qu’il y avait une création d’un jeu de rôle avec une base scientifique. Pour les prochains mois, nous avons de nombreuses idées, encore dans les tiroirs pour l’instant. Il s’agirait entre autres de rencontres entre des lycéens et des chercheurs avec la participation des différents acteurs du territoire, le tout avec une réflexion politique.

Antoine AUGÉ, délégué de la Fondation GDF Suez Aquitaine

Pouvez-vous dresser un rapide portrait de GDF Suez en Aquitaine ?

Le groupe compte près de 6000 salariés et dégage 1,5 milliards de chiffre d’affaire dont la moitié dans le public. Sa politique de communication est fondée sur l’intégration et l’aide économique au territoire, d’où le soutien aux initiatives locales (sport, sciences…) et aux événements nationaux (Nicolas Vannier, Jean-Louis Etienne).

Que représente Cap sciences pour GDF Suez ?

Nous faisons partie du « Cercle de Cap sciences » créé cette année pour faire entrer Cap sciences dans le tissu économique régional. Il s’agit du collège des entreprises qui soutiennent le CCSTI. J’en profite pour ajouter qu’il est bien que Cap sciences soit dirigé de manière alternée par quelqu’un du monde de la recherche et de l’industrie. Cela donne une synergie entre la culture et l’économie.

Pourquoi soutenir Cap sciences ?

Je vais être franc avec vous : pour l’image. Nous souhaitons nous engager sur des projets au long court et la science a une image positive. Nous ne connaissons pas la part de Cap sciences dans notre notoriété mais nous savons ce que ça nous coûterai si nous ne soutenions pas le CCSTI.

Quels projets avez-vous mené en commun ?

Clim’Way est né peu après la visite des membres du CCSTI à l’exposition Climax à la Cité des sciences que GDF a créé vers 2004. Cela a mené au serious game que vous connaissez. En ce moment, nous avons proposé à Cap sciences de travailler sur l’avenir de la ville et la culture urbaine pour une exposition sur 300 m².

Notes

  1. Membres de CCSTI, musées, muséums, associations, élus locaux, organismes de recherche, universités, entreprises, pôles de compétitivité
  2. L’Université de Bordeaux compte 60 000 étudiants, 3000 enseignants chercheurs et 3000 doctorants soit 10% de l’agglomération bordelaise, selon Hélène Jacquet, chargée de la stratégie et des grands projets, pôle de recherche et d’enseignement supérieur de Bordeaux
  3. L’université est administratrice du CCSTI. Ses actions : diffusion de l’activité de recherche, participation des acteurs aux productions de Cap sciences, ingénierie de la diffusion de la CST dans le cadre des appels nationaux et européens, diffusion au niveau de l’éducation et initiation à la médiation.

>> Article écrit avec Gayané Adourian.

Il s’agissait de décrypter la « grammaire » de l’image antique pour en réinvestir l’analyse dans la production d’images en 3D, maquettes virtuelles d’édifices comme le Circus Maximus à Rome.

En ce moment, nous réfléchissons à l’idée d’un kiosque des sciences pour faire connaître aux étudiants de l’université, les ressources de la recherche française, à Bordeaux et dans la région. Cap Sciences serait un partenaire privilégié d’un projet novateur car aucune structure de ce type n’existe à l’heure actuelle dans d’autres universités.