De la pratique… à la théorie

Après une rentrée chargée et un gros problème technique sur ce blog (encore en « travaux »), me voilà de retour au blogging (1).

J’aimerais partager avec vous ma toute récente expérience de prof. Depuis un an, elle se résumait à quelques interventions sur le journalisme et les réseaux sociaux devant des publics variés (2), mais depuis le 20 octobre dernier, c’est la plongée dans le grand bain avec la participation à la construction d’un « vrai » cours pour les élèves de Master 2 en journalisme scientifique à Paris-7.

Disons-le tout de suite, je ne suis pas seule sur le coup. En fait, Gayané et moi assistons Elisabeth Roman, rédactrice en chef de Science et Vie Découverte (voir la page Facebook) et ancienne du master elle aussi. Double avantage pour Gayané et moi : on apprend autant à son contact qu’à celui des élèves. Je tiens à remercier les responsables du master dont Richard Millet qui nous laissent les coudées franches. La seule consigne : produire une Publication collective (c’est le nom du cours) à la fin du semestre.

Elisabeth en a choisi le thème, « Vers la fin de la presse papier ? », plus que jamais d’actu et qui laisse une grande liberté dans le choix des sujets. Le but est d’aboutir à un magazine de 24 pages et d’aspect « pro » en janvier-février, à raison de deux heures et demi de cours par semaine (+ une semaine en janvier). Je vous propose de suivre pas à pas l’évolution de la conception de cette publication, en plusieurs billets de blog qui présenteront notre méthode de travail, mes remarques et questionnements.

Reconstitution de la vie en rédac’

La première entrevue et le premier cours ont donné lieu a des brainstorming autour du thème de la publication collective : la presse papier, la presse web, les tablettes, le data-journalisme, les mouvements sociaux parmi les papetiers… A partir de là, Elisabeth a proposé une liste de 11 thèmes (3) à « débroussailler ». Chacun en a choisi un (ils sont 11) qu’ils ont tous présenté mardi dernier en mode « Speed Prez » : moins de 7 minutes pour synthétiser leurs recherches. Un format pas évident à maîtriser. Plusieurs d’entre eux dépassent le temps imparti, d’autres, stressés, fixent leurs notes. Mais globalement, je suis plutôt satisfaite du travail.

Nous souhaitons que les étudiants travaillent comme dans une rédaction, avec un partage réaliste – et volontaire – des rôles. Nous avons une rédactrice en chef et deux adjoints, deux maquettistes, deux secrétaires de rédaction, une photographe, une iconographe et deux responsables web. Le choix s’est fait par affinité (pour la photo par ex) ou par envie de découvrir un métier plutôt méconnu (comme secrétaire de rédaction). Après la séance de Speed Prez, chacun s’est lancé dans les tâches assignées à leur rôle. La rédactrice en chef et ses adjoints doivent par exemple commencer à construire le « chemin de fer » de la publication. Moment de stress car il s’agit d’une grande responsabilité. Ils doivent le présenter aux autres mardi prochain. Suspens !

Nos outils : une page Facebook fermée pour nos échanges internes, une page Facebook ouverte et un Tumblr pour les publications (je vous donnerai les liens bientôt, ils auront besoin de likes !) et de manière plus anecdotique Gtalk et la messagerie instantanée de Facebook. Affaire de génération sans doute, mais ça demande pour les profs une réelle disponibilité à tout moment (et une synchronisation à toute épreuve).

Notre fonctionnement : Elisabeth insuffle une grande énergie dans son cours. Elle impose des sessions « 24h chrono » ou les étudiants doivent rapidement trouver des idées ou faire quelque chose de précis. L’idée est de les stimuler en permanence. Le premier a permis de trouver le nom de leur publication (Forward) et son lectorat (en quelques mots : H/F de 25 à 45 ans, plutôt aisé, fan des nouvelles technos mais toujours attaché au papier).

En parallèle de la préparation du mag, nous pensons intéressant que les étudiants mettent rapidement les mains dans le cambouis et écrivent une actu par semaine. Cette semaine, c’est la photographe qui s’y colle (billet à suivre très bientôt).

Si je vous parle de tout ça, c’est à la fois pour évoquer une expérience que nous construisons presque au jour le jour, et aussi pour récolter des conseils et remarques sur la manière de créer des modules pédagogiques (notamment tournés vers le journalisme). Alors n’hésitez pas à commenter ce billet et les suivants qui j’écrirai tout au long de l’avancée du cours.

Bref, je découvre la richesse du métier de professeur, ou du moins de « passeur de connaissances » (restons modestes). J’ai parfois du mal à laisser de l’autonomie aux étudiants et je suis motivée par l’intérêt qu’ils portent à nos propositions. J’apprécie de plus en plus cette nouvelle expérience…

P.S. Bonne fin de semaine à tous les participants de Museomix !

Notes

  1. En parallèle, je fais migrer des billets sur mon espace de la toute nouvelle plateforme du C@fé des sciences. J’en profite d’ailleurs pour faire un peu de promo au tout dernier projet de Pierre Kerner (alias Taupo de SSAFT) : Strip science, une plateforme de BD et d’illustrations scientifiques
  2. Le public du Grand Mix #1, les étudiants de mon ancien master de journalisme scientifique (Paris-7, déjà), des masters « Science, art, culture, information, multimédia » (Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et « Sciences et Techniques dans la société » (CNAM), du master Biosciences (ENS Lyon), du DSAA Illustration scientifique (Ecole Estienne, Paris), des doctorants de l’INRA (table ronde organisée par l’association Doc’J) et même des vétérinaires d’abattoirs français lors de leur AG. Je remercie d’ailleurs toutes les personnes qui m’ont invitée. Voir mes présentations sur Slideshare.
  3. La liste des thèmes : la presse quotidienne nationale et régionale française, la presse magazine française, les tablettes, la presse quotidienne sur le net, les magazines sur les tablettes, le lecteur, l’avis des sociologues, la situation en Chine et Inde, le papier « qui marche », les grèves, le nouveau journalisme
>> Photos : Stéfan, HA! Designs – Artbyheather (Flickr, licence CC)

Une université des sciences dans les nuages

Unisciel signifie « Université des Sciences en Ligne ». Mais pour parler de cette université « dans les nuages », il nous faut rester sur terre et rencontrer ses responsables. Maxime Beaugeois, le chargé de projet et responsable de la communication d’Unisciel nous a donc accueillis le 24 novembre dernier dans le Service enseignement et multimédia (SEMM) de l’Université Lille-1.

C’est là qu’est basé Unisciel, réseau social fonctionnant sous Elgg lancé en juin 2010 sous l’impulsion du Ministère de la recherche et de l’Enseignement Supérieur. Il fait partie des sept Universités numériques thématiques françaises (UNT). Son objectif est de permettre un accès à plus de 3500 ressources pédagogiques scientifiques provenant de 31 universités et écoles d’ingénieurs françaises, gratuitement, pour tout un chacun.

« Nous avons insisté pour être totalement ouverts à quiconque : étudiants, enseignants, monde socioprofessionnel ou simples curieux, faisant partie du réseau des partenaires ou non. Rien de pire que de brider un étudiant dans sa recherche documentaire par une inscription obligatoire ou un paiement » précise Maxime.

Au lancement du projet, les responsables souhaitaient « rassembler le patrimoine numérique des universités scientifiques françaises sur un seul site, explique Monique Vindevoghel, la secrétaire d’Unisciel, depuis les cours proposés dans les Espaces numériques de travail (ENT) de chaque université partenaire jusqu’aux ressources mises à dispositions sur les blogs des professeurs ». Selon elle, cela a nécessité un gros travail de recensement et d’indexation (1) effectué par une documentaliste de l’ENS Lyon pendant trois ans à temps plein.

Chaque ressource – cours, exercices, TP – est triée en fonction de la matière, de mots clés, du public visé. Les diaporamas, en qualité de résumé non utilisable en autonomie, ne sont pas acceptés. Chaque université peut indexer ses propres ressources. Unisciel ne les modère pas a priori, faisant confiance aux structures. Du côté de l’utilisateur, la recherche d’une ressource grâce au moteur de recherche permet d’accéder à une description (thème, auteurs, éditeurs…) et fait un lien avec un contenu social : des groupes de discussion, un forum, des scenarii pédagogiques, des liens vers le web….

En plus de ces ressources, la page d’accueil du site propose deux autres entrées : une exploration des métiers (selon la classification ROME) et l’actualité scientifique, « une partie pour l’instant moins développée » qui collecte des informations grâce aux flux RSS des différentes universités et écoles.

Si les responsables se sont d’abord concentrés sur les ressources, le Ministère a rapidement souhaité orienter leur action vers les usages, c’est-à-dire l’organisation de contenus et la fonction de réseau social plutôt qu’un ENT. En plus de la valorisation de l’existant, Unisciel soutient donc la production, à condition qu’elle soit mutualisable et incite ses membres, et notamment les enseignants, à créer des parcours scénarisés pour les étudiants, avec les modules d’apprentissage (micro-ressources d’exercices). On parle alors de trajectoire d’apprentissage, plébiscitée par les étudiants selon Monique Vindevoghel.

Depuis le début du projet, l’équipe est réduite à deux salariés disposant de l’appui technique de la cellule TICE de l’université de Lille-1. Les universités et écoles partenaires n’étant pas moteurs dans la communication autour d’Unisciel, la progression du réseau n’est pas encore à la hauteur des espérances de ses responsables. Pourtant, les besoins sont là et Unisciel affirme avoir les moyens de toucher près de 300 000 étudiants rien qu’avec ses universités et écoles partenaires.

Ainsi, selon Maxime Beaugeois, une enquête nationale menée entre février et juin 2010 sur les usages des étudiants scientifiques en terme de numérique et de ressources documentaires a montré un élément important. « Les étudiants sont à la recherche de ressources documentaires mais faute de recommandations de leurs professeurs – 45% d’entre eux ne donnent jamais de webographie – ils utilisent Google ou des forums ». Ces résultats seront présentés les 18 et 19 janvier 2011 à l’université Paris-6 lors des journées Unisciel.

Outre la volonté de fédérer plus de personnes dans le réseau et de créer plus d’interaction sociale, le projet principal de l’année 2011, dévoilé par Monique, est de « créer un site privé partenaire qui comporte les fichiers sources de produit où les enseignants pourront récupérer des morceaux de textes, vidéos, exercices interactifs pour faire leurs cours, le tout sous licence libre Creative Commons ».

L’enseignement en ligne à Lille

« Le phénomène des universités en ligne date de 1995 avec 13 établissements, qui sont aussi nos partenaires historiques explique jean-Marie Blondeau, enseignant-chercheur en physique à Lille-1, du côté de Lille, nous avons lancé avec Monique Vindevoghel un laboratoire d’enseignement multimédia à cette période, dans une salle de 20 m² qui est aujourd’hui le SEMM, un bâtiment moderne de 800 m² ».

Dans le cadre de ce premier projet, 1200 heures de formation (cours, animations, TD…) seront mises à dispositions, en mathématiques, physique et biologie. Lors du lancement des Universités en ligne thématique (ULT) puis des Universités numériques thématiques (UNT), Lille-1 a décidé de s’impliquer dans les sciences, jusqu’au lancement d’Unisciel. L’université possède par ailleurs un ENT couplé à un blog lancé il y a six mois.

Note

  1. Chaque ressource est indexée sous la norme SupLOMFR dont l’intérêt est décrit sur cette page.

 

Un learning center sur l’innovation à Lille 1

En arrivant sur le campus de l’Université des sciences et technologie Lille 1, on ne peut pas louper la Bibliothèque universitaire (BU), avec sa forme ronde et sa façade aux motifs tourmentés. « La BU est un peu l’emblème du campus, nous indique Laurent Matejko, chef de projet Learning center et responsable du service public ; c’est le tout premier bâtiment du campus, construit dans les années 1960 selon les plans de l’architecte Noël Le Maresquier ».

Original, le plan du campus se veut être une sorte de cellule dont la BU représente le noyau et les autres secteurs les organites. Visiblement passionné par le sujet, Laurent Matejko poursuit : « le bâtiment a une conception singulière, panoptique, ce qui signifie qu’on a une vue à 360° à l’intérieur et sans mur porteur. Seuls des pylônes de sécurité soutiennent l’ensemble ».

Mais si le projet architectural est intéressant, il masque mal ses lacunes. « D’une part, le bâtiment n’est plus aux normes techniques et d’autre part, cette bibliothèque n’a absolument pas été conçue pour les besoins pédagogiques des étudiants d’aujourd’hui, déplore Laurent, par exemple, nous n’avons pas assez de prises électriques pour que chacun puisse brancher son ordinateur et le travail en équipe n’est pas facilité ».

Depuis le début de l’année universitaire, la BU est donc entrée dans une longue période de mue, avec pour objectif d’augmenter le nombre de places de travail (1000 au lieu de 650 actuellement dont la moitié pour le travail en groupe), de prises électriques et d’atteindre une connectivité totale à internet, via le Wifi et le filaire par endroits. « A terme, les 8000 m² du bâtiment originel devront atteindre des objectifs de Haute qualité environnemental (HQE) », ce qui ne sera pas une mince affaire pour ce bâtiment cerné de baies vitrées, véritable gouffre à énergie.

Mais ces menues modifications ne représentent qu’une infime partie du projet, bien plus vaste, porté par une équipe composée de Laurent Matejko, Julien Roche, l’actuel directeur de la bibliothèque et du service commun de documentation, depuis leur arrivée en juillet 2005, et André Tordeux, chargé de mission de l’université. Car c’est bien un « learning center » sur le thème de l’innovation et intégrant la BU qui se dessine sur le campus de Lille 1.

Pour monter ce projet, l’université, la Communauté urbaine de Lille et surtout la Région Nord-Pas-de-Calais (principal financeur) se sont inspirées des centres européens et canadiens (1), tout en apportant leur grain de sel : « la région a proposé une thématisation des deux learning center universitaires (2) de Lille, ce qui est une originalité ». L’équipe projet s’est déjà mise en contact avec les Pôles de compétitivité « dont le Learning center deviendrait la vitrine technologique, grâce à son architecture d’abord et ensuite en présentant leurs réalisations ».

Un learning center est une « place to explore and to stay », un lieu de rencontre entre plusieurs pratiques, entre des étudiantS, le « grand public » et les professionnels de la documentation et de l’apprentissage. « On y reste pendant des heures pour travailler seul ou en groupe ou boire un coup avec un professeur ». Suivant cette définition et avec une ambition non dissimulée, Laurent Matejko et ses collègues ont « travaillé avec pôles de compétitivité et développé une stratégie de diffusion de la Culture de l’Innovation dans un campus qui a 40 ans d’histoire scientifique. C’est le fil d’Ariane entre les différentes fonctions que nous souhaitons développer ».

Laurent nous révèle ensuite le détail de ces différentes fonctions (encore en projet) : une bibliothèque universitaire « puissante » en termes de ressources et de personnels, un « internet café » avec une centaine de places et des horaires élargis (plus de 60 heures d’ouverture  hebdomadaire), des espaces d’exposition (3), un auditorium et un « expérimentarium » qui permettrait de pérenniser l’activité lancée lors de la Fête de la Science.

L’expérimentarium « serait animé par des enseignants-chercheurs et des étudiants en master ou doctorat, avec une perspective universitaire ou lycéenne – un public qui nous échappe un peu – afin de ne pas empiéter sur les publics du Forum départemental des sciences » et ce, en lien avec l’Espace culture de l’université.

Avec une enveloppe de 35 millions pour réhabiliter ce bâtiment, transformer ses fonctions, et éventuellement l’étendre, « nous sommes la plus grosse opération du plan campus Lille (4), le troisième projet français le plus cher de la dernière décennie en termes de bibliothèques. Au niveau européen, nous nous situons dans la fourchette classique de coût des learning centers, qui se situe entre 25 et 50 millions d’euros ».

Au jour le jour, Laurent Matejko « prépare le déménagement provisoire des 55 agents dans un autre bâtiment, tout en assurant la continuité du service ». Son plus gros travail, vraie « révolution copernicienne des bibliothécaires », résidera dans le passage d’une activité centrée sur l’enrichissement des collections à une activité centrée sur le service à l’usager (dont la collection fait partie) avec les nouvelles compétences que cela sous-entend. A

ctuellement, la BU accueille un flux de 300 000 entrées par an. Avec ce nouveau projet, le personnel devra faire face à une augmentation de la fréquentation et surtout des publics différents prédit Laurent Matejko. « Nous faisons déjà des formations avec les 2500 étudiants primo-arrivants, par groupes de 30. En deux fois deux heures, nous leur apprenons le « kit de survie » dans une BU, pour savoir se repérer dans l’espace, apprendre à se documenter, faire sa bibliographie, connaître le schéma de circulation des publications… ».

En clair, le learning center sera un « lieu de test vis-à-vis du public » avec le recours à la technologie RFID pour le prêt des livres ou l’insertion de flash codes sur les lieux d’exposition pour développer l’autonomie des usagers et étendre l’usage des smartphones.

Et l’offre se prolongera également sur le web. « Dans le cadre du réseau des learning center régionaux, nous sommes invités à mettre en place un learning center virtuel, annonce Laurent Matejko, son aspect et ses contenus étant encore à définir ». En attendant, la BU va bientôt lancer un futur blog d’information sur les travaux, proposer des renseignements en ligne, étendre ses ressources virtuelles comme sa base d’annales de sujets d’examens (consultée plus de 300 000 fois par an) et celles à destination de La Recherche. « Le changement n’est pas révolutionnaire mais le saut sera néanmoins important culturellement parlant ».

Notes

  1. Voir le Rolex Learning Center (LC) de Lausanne, le Learning & Development Centre à l’Imperial College de Londres, le LC de Kingston au Canada, le Centre de ressources pour l’apprentissage et la recherche de l’université de Barcelone (Espagne) ou encore le LC de l’université d’Avans (Pays-Bas).
  2. Le deuxième learning center lillois en projet sur le site « Pont de bois » aura pour thème l’archéologie. Voir la fiche des deux projets ici.
  3. L’espace n’aura pas vocation à créer d’exposition. Il en accueillera seulement, par exemple les collections de l’Association de solidarité des Anciens de Lille 1 (objets recueillis dans les laboratoires)
  4. Concernant le plan campus Lille, lire la présentation de l’exposition « 12 campus du 21ème siècle », le site du projet « Campus Grand Lille », le communiqué et une vidéo du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et la page du conseil régional Nord Pas-de-Calais.

>> Illustrations : Atelier Stereograph (deuxième photo)

La mise en culture des sciences, une affaire d’universitaires ?

L’Université Lille-1, Sciences et Technologies a ouvert ses portes en octobre 1967, sur un terrain de 116 ha au sud de Villeneuve d’Ascq (1). Elle compte aujourd’hui 18 000 étudiants, 1500 enseignants-chercheurs et 160 chercheurs.

A l’origine, vue du ciel, elle symbolisait une cellule délimitée par les voies (en rose sur le plan), comprenant les bâtiments de mathématiques, physique, chimie, SVT, etc., traversée par la voie aérienne de métro et dont la bibliothèque universitaire tenait lieu de « noyau ». Mais cette structure s’est vite étendue au fur et à mesure des ajouts de départements (sciences économiques et de gestion, science sociales), les IUT et les centres de formation.

À la fin du mois de novembre dernier, nous nous sommes rendus dans l’Espace culture (EC sur la carte) pour rencontrer Nabil El-Haggar, vice-président de l’Université Lille-1, chargé de la culture, de la communication et du patrimoine scientifique.

La CST fait partie de la culture

Disponible et jovial, l’homme souhaite remettre les choses dans leur contexte avant de parler de sciences. « La culture d’une manière générale est très maltraitée en France, contrairement à ce qu’on pense. Elle est extrêmement instrumentalisée par la classe politique française, par exemple avec la Fête de la Musique ».

Selon lui, à la fin des années 1990, la France a réduit la culture à sa dimension spectaculaire – « comme quand le roi amenait un bouffon pour amuser la compagnie » – sans prendre en compte le problème de l’accès réel à la culture, « un élément fondamental pour notre maitrise de la transformation du monde et la bonne marche de la démocratie ». Descendant l’échelle d’une marche, il évoque ensuite la culture scientifique comme faisant partie de cet ensemble, « une culture parmi tant d’autres qui donne les moyens à ce que chacun puisse construire sa propre vision du monde ».

L’Université française joue-t-elle actuellement un rôle dans cet accès à la culture ? Pour Nabil El-Haggar, elle « ne se pense toujours pas, ou peu, en dehors de l’enseignement et de la recherche, comme une institution productrice de culture » (2). Cela est en partie dû à son histoire et sa faible influence politique par rapport aux « grandes écoles, instituts divers, Collège de France, etc., à qui l’on a confié la formation des élites de la nation ».

L’Université ignore-t-elle la culture ?

Productrice de recherche scientifique, l’Université ne s’intéresse paradoxalement pas à « la culture qu’engendre cette (…) recherche [ou à] la conservation et [la] valorisation du patrimoine scientifique qui a rendu cette recherche possible » (3). Elle se cantonne depuis longtemps à animer la vie étudiante « sur des campus construits il y a quarante ans et qui peinent souvent à se donner une âme ». En cela, la France se distingue des pays anglo-saxons dont les États-Unis dont les universités « produisent une culture qui déborde dans le reste du pays, comme par exemple l’art contemporain ».

Mais la prise de conscience commence, notamment à Lille. « Mon rôle est de concevoir un projet culturel exigent, ce que nous avons fait il y a 17 ans. Depuis, l’Espace Culture qui accueille les activités culturelles – plus de cent manifestations par an – voit un public divers : étudiants, personnels et public extérieur participer à ces activités. Une part importante de ces manifestations traite des questions scientifiques. En d’autres termes la culture scientifique occupe une place importante dans notre politique culturelle multidisciplinaire ».

Le projet de Lille 1

Le vice-président peut s’appuyer sur un développement de la culture débuté il y a plus de 17 ans à Lille 1 dans ce qu’il nomme « l’un des plus grands services culturels universitaires français », ainsi que sur 14 personnes et un budget annuel de 130 000 euros provenant du Conseil régional, de la DRAC, de l’Université et de la ville de Villeneuve d’Ascq. Son projet remet « la pensée et le débat d’idées au cœur du projet culturel de l’université » avec une volonté de toucher l’ensemble de la région Nord-Pas de Calais. « Plus de 60 % de nos publics sont extérieurs à l’université. Ils viennent de Lille voire des frontières belges ».

L’Espace culturel en lui-même est un lieu unique, avec un amphithéâtre pour les conférences et les représentations de théâtre, une salle de danse, une salle d’art contemporain avec des expositions sur le patrimoine scientifique et un café qui dispose d’une petite scène.

Chaque année, l’espace concentre ses efforts sur deux grandes thématiques (et quelques autres annexes). La première thématique est sociétale. En 2009, « la crise » était mise en avant (crise du corps humain, de l’enfance, en géologie…) et cette année la migration est à l’honneur avec un cycle de 12 conférences pluridisciplinaires avec des chercheurs de sciences dures et sciences humaines. La deuxième thématique, plus intemporelle, permet d’organiser une dizaine de conférences et deux journées d’étude. En 2009, il s’agissait de « créativité et territoires » et cette année… de l’université.

Ces événements et réflexions sont anticipés dans la revue Les nouvelles d’Archimède, « la seule et unique revue de réflexion pluridisciplinaire (science, économie, droit, politique, histoire des sciences…) universitaire en France » (4). « L’ensemble des thématiques soulevées pendant ces conférences est ensuite restructuré et restitué dans des ouvrages collectifs, 21 à ce jour », qui trônent en bonne place dans le bureau de Nabil.

« Nous travaillons actuellement sur notre deuxième colloque international à Lille sur « Science et savoirs ancestraux : qu’ont-ils à se dire ? » qui aura lieu vers l’automne 2011 ». Sans compter l’ambitieux projet de l’Université : Sphère, un parc virtuel de sciences et technologies en partenariat avec l’INRIA, les sociétés 3DDuo et Idées-3Com. « D’autre part nous travaillons pour la protection et la valorisation du patrimoine scientifique de Lille 1. »

Les Universités à la place des CCSTI

Quand on évoque avec lui le rôle des CCSTI, Nabil El-Haggar ne cache pas son scepticisme. Pour lui, la décision de l’Etat de confier la diffusion de la culture scientifique à ces centres, il y a une trentaine d’années, reflète le manque de confiance de la classe politique dans l’Université, ainsi que le manque d’intérêt des universitaires de se saisir du problème à l’époque.

Le vice-président pense « que l’accès à la culture scientifique doit être prise en charge par les scientifiques et les chercheurs, en d’autres termes par les universitaires. Cela est bénéfique pour la culture scientifique et les universitaires. C’est pourquoi les lieux naturels pour accueillir ces activités devraient être des universités, ouvertes sur la Cité, plutôt que les CCSTI.

Pendant des années, le dialogue avec le Forum des sciences était très difficile. Le nouveau directeur Franck Marsal a la ferme volonté de travailler avec l’université dans le cadre d’un partenariat respectueux et efficace. Celui-ci sera acté notamment avec une convention-cadre ».

Nabil El-Haggar pense même que le Forum départemental des sciences pourrait faire partie du PRES et ainsi s’approcher du monde universitaire. En guise de projet « de chauffe » entre le département culture de l’université, le PRES et le Forum départemental des sciences : la Fête de la Science 2011.

Le changement de style sera sans doute visible, entre les actions des associations locales et du forum des sciences, qui se déplacent beaucoup à Lille et le vice-président, plus mesuré vis-à-vis des événements ponctuels et désireux d’ancrer la culture scientifique physiquement au sein de l’université.

Notes

  1. Lire l’historique de Lille 1, hébergé sur le site internet de l’université.
  2. Citation tirée de l’article « Université, culture et politique – Le cas français » dans le 55ème numéro des Nouvelles d’Archimède, le journal culturel de l’Université Lille 1 (octobre à décembre 2010)
  3. A ce sujet, lire l’ouvrage « Enseigner, Rechercher » qui « vise à valoriser l’exceptionnel patrimoine des établissements d’enseignement supérieur de [la] région [Nord-Pas de Calais »
  4. Les 3 numéros annuels de la revue de 50 pages sont tirés à 15 000 exemplaires et déposés sur le campus de Lille 1, dans des points précis de la région (théâtre, FNAC…) et envoyés par la poste aux 2000 abonnés.

>> Pour aller plus loin, voir la page Facebook et le compte Twitter de l’Espace culture de Lille 1

>> Lire le billet « Rencontres universités-Société à Strasbourg », sur le blog de Laurent Chicoineau.

>> Illustrations : Damien Pollet (FlickR, licence CC), Nabil El-Haggar, Koen Cobbaert (FlickR, licence CC) et Knowtex

Culture scientifique VS culture artistique : comment harmoniser les univers ?

« J’ai rencontré il y a peu le journaliste scientifique Sylvestre Huet [ndlr : qui tient le blog {sciences}²], il m’a dit qu’il n’avait pas écrit d’article sur la Culture scientifique et technique (CST) depuis 10 ans… » confie Béatrice Korc. Une anecdote révélatrice du manque de visibilité de la CST que la directrice du service science et société de l’Université de Lyon souhaite combattre.

Pendant vingt ans productrice de films et réalisatrice de documentaires, ne venant pas du milieu universitaire, Béatrice se définit comme un OVNI dans ce monde qu’elle a intégré depuis peu. « Je viens d’un milieu très différent, réellement interdisciplinaire, avec un fonctionnement plus libre et autonome que celui de la CST. C’est positif car on peut apporter un décalage des regards, analyse Béatrice, même si ce décalage fait qu’on met peut-être plus de temps à être acceptés par le milieu académique ».

Son regard est aiguisé : « dans la CST, on parle de culture, de création d’interfaces entre les univers, d’aspects créatif comme dans le monde culturel, mais  sur des objets qui demandent des compétences spécifiques. La culture scientifique fait partie du champ culturel ». Selon elle, « la CST a cependant moins d’autonomie créative que le secteur culturel au sens large. En partie parce que les demandes de retour de certains financeurs ne sont pas les mêmes. Souvent, ils confondent médiation et communication, apprentissage du questionnement et du doute propres à la pensée scientifique avec travail sur l’acceptabilité sociale des sciences et des technologies…».

Plutôt que de faire la course à l’innovation et à la communication immédiate, Béatrice a décidé de « repositionner les choses dans le temps long, inscrire les questionnements dans la durée, comprendre les cheminements et les questions que nos prédécesseurs se sont déjà posées et qui dans bien des cas peuvent éclairer le présent ».

Pour cela, elle milite pour la réintroduction de la philosophie et l’épistémologie dans les cursus. Elle fait partie depuis 2003 du comité scientifique des Rencontres CNRS jeunes « Sciences et Citoyens » créées par Edgar Morin, qui ont lieu à Poitiers (du 5 au 7 novembre cette année). Les activités du service plaisent également aux jeunes chercheurs qui sont heureux de sortir des cadres et contraintes imposés par leurs métiers, comme lors de la Nuit des chercheurs.

Parisienne d’origine, venue au départ à Lyon faire un film pour la télévision, son arrivée à la tête de cette structure est motivée par l’idée qu’elle se fait des missions d’un service Science et Société au sein d’une grande université : une mission de service public, « fondamentale en temps de crise. Je suis venue avec l’idée de prendre part à un enjeu collectif majeur : remettre la question du savoir au cœur de nos actions, en utilisant les outils de médiation ».

Le service a pour l’instant peu de relations avec Universcience :  « nous n’avons pas été sollicités pour participer à la réflexion en cours, à part pour une intervention sur les projets européens dans le cadre du forum territorial du mois de septembre dernier » [ndlr : voir notre article]. Membre de l’AMCSTI, Béatrice Korc est pour l’instant interrogative quant à sa capacité de représenter la diversité des structures qui éclosent aujourd’hui au sein des Universités. Le modèle de Lyon, à savoir un CCSTI outil opérationnel du service Science et Société d’un PRES, n’est pas évident au sein de cette association.

Ainsi, le service se situe dans deux clubs (université et CCSTI) avec le PRES de Bordeaux (proche du CCSTI Cap sciences), l’Université de Strasbourg (qui a lancé le Jardin des sciences) et celle de Montpellier 2, qui a un service de culture scientifique en plus de Connaisciences, la préfiguration du CCSTI Languedoc-Roussillon. Béatrice plaide pour un rassemblement des acteurs de la CST dans les régions : « il faut qu’on arrive à se mobiliser entre nous sur les sujets qui nous paraissent pertinents et sur lesquels on a une expertise à apporter. Dans notre cas, il s’agit des projets européens et des débats science et société ».

Pour toutes ses activités, son expérience au cinéma l’a aidé : « la notion de narration est importante pour réaliser un film comme pour construire un projet de médiation. Il faut prendre une matière, un sujet, voir comment ont peut le tisser, ce qui peut être travaillé, comment on garde ce qui est le plus cohérent avec ce qu’on projette de raconter. Quand on fait des films, on doit savoir comment construire une histoire pour intéresser les gens. Il faut que tous les acteurs existent. Même le « méchant » a son rôle à jouer » sourit-t-elle.

>> Photos : Béatrice Korc et Ilian Ginzburg

Lyon s’ouvre à l’Europe sur des projets science et société

Pour structurer son action locale et régionale, le Service Science et Société de l’Université de Lyon parie sur son expérience européenne. En choisissant de s’impliquer dans un réseau d’acteurs européens via plusieurs projets, « nous découvrons des exemples que nous pouvons adapter à notre territoire » indique Béatrice Korc, la directrice du service. « Cette ouverture nous apporte beaucoup pour comprendre différentes cultures et expérimenter des dispositifs, renchérit son adjointe Isabelle Bonardi, le fait de travailler au niveau européen nous donne une vision différente du local »

Ainsi, au sein du dispositif CASC (voir description en bas de l’article), le service a installé et animé l’exposition Sismo tour sur les séismes et tsunamis (créée par le Palais de la Découverte) pendant une semaine à la galerie commerciale Auchan à Saint-Priest (banlieue de Lyon). Si les résultats de la fréquentation sont inférieurs à ce qu’on aurait pu imaginer (500 personnes environ sur quatre jours ont pris le temps de discuter avec les médiateurs), le directeur de la galerie commerciale a apprécié ce travail et l’équipe souhaiterait y réitérer l’expérience et l’étendre au centre commercial de La Part-Dieu au centre de Lyon.

Autre exemple, le projet Urbanbees pour lequel le service intervient sur la dimension culturelle. « Nous avons créé une exposition sur la question du lien, de la place de la nature et du sauvage en ville (voir le portrait de Pauline Lachappelle). Cette exposition circulera sur l’agglomération lyonnaise puis dans 60 structures régionales comme des établissements scolaires et des collectivités territoriales, pendant 4 ans ».

Le service profitera de ce projet pour lancer des démarches participatives, sa spécialité : observation de pollinisateurs sur les sites, de milieux d’accueil, réflexion-débat sur le rapport à la nature et aux insectes, construction de nichoirs qui intègreront des témoignages d’habitants. « Nous souhaitons également confier à un ethno-anthropologiste une étude sur l’évolution de la perception qu’ont les urbains des insectes et du retour en ville de cette nature sauvage ».

L’implication européenne n’allait pourtant pas de soi dans une équipe déjà très occupée par les projets locaux et ne maîtrisant pas parfaitement la langue de Shakespeare. « Si l’Europe apporte les budgets de base, l’équipe doit être à même de trouver les budgets complémentaires. Concernant la langue, nous avons compensé cette faiblesse en composant des tandems » précise Béatrice.

Et le résultat est là : des jeunes femmes motivées, curieuses, qui voyagent en Europe et rapportent dans leurs valises des exemples de médiation « science et société ». « Nous avons visité une exposition sur les grands sujets de société à la Casa de las Ciencias, à la Corogne dans la pointe Nord-Ouest de l’Espagne, se souvient Isabelle, nous y avons eu des échanges fructueux sur la façon de faire de la médiation. Les espagnols proposent beaucoup et laissent les visiteurs libres. En France, on prête encore trop d’importance au contenu et pas assez à la médiation… »

Quant à la logique de fonctionnement de ces projets, Isabelle explique : « soit on est débutant, comme pour nous en ce qui concerne les Boutiques de sciences, et les réunions nous permettent d’appréhender les dimensions multiples des thématiques en jeu, soit on a déjà développé une plus grande expertise, par exemple avec les Cafés de sciences et on assure un rôle de synthèse des expériences ».

En effet, le service a contribué à créer des outils et rassembler des données dans un guideline sur la manière dont les cafés travaillent, leur potentiel, leurs besoins. Pour ce faire, il s’est appuyé sur deux enquêtes : l’une proposée à l’ensemble des organisateurs de Cafés d’Europe et l’autre à des focus groups dans chaque pays (1), composés de différentes structures qui souhaitent se lancer ou ont déjà expérience et faire ressortir leurs connaissances. « L’année prochaine, nous aimerions commencer à développer des activités pour les jeunes publics centrées sur la mise en débat de sujets en lien avec la science et les technologies. Les cafés des sciences junior sont un outil possible, mais pas le seul et nous allons tenter différentes expériences de médiation » prévoit Béatrice Korc.

La directrice est soucieuse que les activités de son service participent autant que possible à une évolution des pratiques et des mentalités : « la France est en retard sur les questions de débat démocratique. Il faut commencer avec les enfants, comme cela se pratique dans les pays du Nord de l’Europe, pour créer une culture démocratique réellement participative, avec des citoyens capables de débattre sans se « taper dessus », comme c’est trop souvent le cas ici ».

Le projet PERARES (engagement de la société civile dans la recherche) « nous permet de bénéficier de l’expérience des universités qui mettent déjà en oeuvre des dispositifs appelés « Boutiques des sciences » créés pour faciliter l’accès de la société civile à la recherche. Forts de ces échanges, nous allons développer un modèle spécifique, adapté aux enjeux de notre structure et du territoire dans lequel elle s’inscrit. Nous souhaiterions travailler avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire par exemple, qui n’ont pas facilement accès à la recherche par insuffisance de financements, souligne Béatrice Korc. Nous devrons faire émerger le besoin de recherche, le traduire et identifier les laboratoires susceptibles d’y répondre ».

Les projets

CASC : Cities And Science Communication

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » de la partie « capacités » du Programme-cadre de recherche et développement technologique (PCRD7) (2)

Sites internet : officiel et action du service

Participants : 17 villes dont le leader Birmingham

Contexte : les villes de science sont des dispositifs créés en Angleterre pendant les années 1980 pour recentrer la ville autour de nouveaux centres économiques comme la recherche et l’innovation. Dans ce cadre, les universités entretiennent des liens forts avec la politique de développement de la ville et les industries. Ce sont des incubateurs, des pôles de compétitivité autant que des structures de lien avec la société civile.

Publics visés : les « hard to reach groups » ou les publics éloignés dont chaque pays n’a pas la même définition. Par exemple, les anglais travaillent avec les personnes âgées et les roumains avec les groupes linguistiques comme les hongrois.

Fin du projet : événement du 26 au 28 janvier 2011 à Birmingham avec un bilan et des recommandations politiques, notamment sur la place de la médiation dans le développement des villes.

PLACES : Platform of Local Authorities and Communicators Engaged in Science

Domaine : villes de science

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Participants : 70 villes européennes coordonnées par le réseau européen ECSITE

Objectifs : développer et renforcer les partenariats entre les différentes villes du réseau et leurs centres de sciences, muséums, festivals et événements. Structurer les activités de communication autour de la science, partager les outils, les ressources et les résultats.

Outils : études, rapports, plateforme ouverte sur internet, rencontres régulières, groupes de travail thématiques, relations entre les villes, initiatives inédites concernant les controverses scientifiques.

SciCafe : The Science Cafe Network

Domaine : cafés scientifiques

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : Depuis janvier 2010, les partenaires ont contribué à la mise en place d’un site internet et à la conception d’outils dont le but est de faire connaître aux organisateurs potentiels de café comment s’y prendre, communiquer, créer un réseau  dynamique.

PERARES : Public Engagement with Research and Research Engagement with Society

Domaine : boutiques des sciences

Financement : volet « science dans la société » du programme « capacités » du PCRD7

Contexte : initiative portée par l’université de Groningen (Pays-Bas) et la plate-forme d’échange d’expérience Living Knowledge.

Objectifs : renforcer les interactions entre les chercheurs et la société civile dans 17 pays et développer le réseau européen de Boutiques de sciences existantes.

Urbanbees, la ville et ses abeilles

Domaine : environnement

Financement : Programme LIFE+ dédié au développement et à l’environnement (3)

Sites internet : officiel et activités du service

Délai : jusqu’en 2014

Contexte : L’association Arthropologia a monté ce projet avec Bernard Vaissière (INRA Avignon). Ils ont observé que depuis plusieurs années, les insectes pollinisateurs et notamment les abeilles survivent mieux en milieu urbain. Ainsi, 200 espèces d’abeilles sauvages sont revenues en ville notamment grâce à la réduction des produits phytosanitaires, une température plus importante qu’en milieu rural et paradoxalement plus de variété de plantes. En revanche, les chercheurs n’ont aucune information sur la façon dont elle nidifient et se nourrissent. L’association a donc lancé une étude pour mise en place un plan de gestion reproductible partout en Europe. Ce projet de mise en lien entre les chercheurs et la société a pour but de questionner sur les changements de pratiques, les services écologiques et faire des propositions en matière d’agriculture.

Nuit européenne des chercheurs

Domaine : événement. rencontre chercheurs / publics

Financement : programme spécifique PERSONNES du PCRD7 (4)

Sites internet : officiel et activités du service

Contexte : le 24 septembre 2010, de 17h à 00h, les villes du réseau – 12 villes en France cette année – font se rencontrer des chercheurs avec les publics pour faire parler les gens de leur expérience. Cette année, le thème était « DiversitéS » naturelle et culturelle.

Notes

  1. Outre l’Université de Lyon, les autres membres français des focus groups sont l’association Paris Montagne, le Café des sciences d’Avignon et le Bar des sciences de l’Université Montpellier II
  2. Ce volet comporte trois lignes d’actions : (a) gouvernance plus dynamique des relations entre la science et la société (meilleure compréhension de la science et de la technologie, engagement à anticiper et à clarifier les problématiques, renforcement du système scientifique européen, évolution du rôle des universités) ; (b) renforcement du potentiel, élargissement des horizons (égalité homme-femme dans la recherche, jeunes et science) ; (c ) faire communiquer la science et la société.
  3. Actions qui contribuent au développement, à la mise en œuvre et la mise à jour de la politique et de la législation communautaires dans le domaine de l’environnement.
  4. Objectif : renforcement quantitatif et qualitatif du potentiel humain dans le domaine de la recherche et de la technologie en Europe.

>> Photos : Thierry Fournier

Oeuvrer à la médiation culturelle des sciences

Pour décrire un métier, commençons par taper son nom dans la base de données de Pôle Emploi (fiches ROME). On y trouve médiateur conjugal, familial, ou judiciaire mais pas scientifique.

Tout au plus médiateur socioculturel et « animateur atelier science ». Pourtant, on en trouve dans chaque Centre de culture scientifique et technique (CCSTI) ou chaque association scientifique… Alors qui est le médiateur de la culture scientifique ?

« La médiation est un terme qui veut tout et rien dire, remarque Pauline Lachappelle, qui, en tant que chargée de mission médiation science et société à l’Université de Lyon développe une réflexion autour de cette fonction, On pourrait comparer un médiateur à Shiva, ce dieu hindou à plusieurs bras. Il doit être capable de synthétiser les savoirs et les réflexions d’acteurs divers ».

Pauline sait de quoi elle parle. Recrutée en mars 2010 par le service Science et Société de l’Université de Lyon (labellisé CCSTI), elle n’est pas « simplement » animatrice mais médiatrice du dialogue science et société.

« Un animateur ou un médiateur classique vulgarise les savoirs scientifiques. C’est important mais ce n’est pas ma priorité, précise-t-elle, je conçois plutôt des dispositifs de médiation culturelle des sciences, pour mettre en lien chercheurs et société civile dans sa plus grande diversité. Dans ce cadre, je me focalise sur l’expression des publics, le dialogue entre les chercheurs et monsieur-madame-tout-le-monde qui ont eux aussi des savoirs à partager souvent ignorés des décideurs ».

Avant d’en arriver là, Pauline a suivi un parcours dont la richesse et la variété sont de bons exemples de ceux des médiateurs et médiatrices que nous avons rencontrés jusqu’ici. Après un DUT en Sciences de l’information et de la communication, Pauline a obtenu un MASTER en gestion de projets culturels au sein de la faculté de sociologie et d’ethnologie de l’Université Lumière Lyon 2 où elle a travaillé sur le patrimoine culturel et l’éducation à l’environnement. « A l’époque, je me posais des questions sur la muséologie science et société et le rôle social des musées, commente la jeune femme, ce parcours m’a donné un regard très « sciences humaines » sur la culture ».

Après une expérience de médiatrice culturelle au Muséum de Lyon devenu le Musée des Confluences, elle s’envole à l’Insectarium des Muséums Nature de Montréal. « J’ai travaillé sur l’entomophagie (consommation alimentaire d’insectes). L’insecte est un objet de musée hors du commun et le rapport culturel à l’alimentation est passionnant » sourit la médiatrice.

A son retour en France, elle travaille trois ans à la Fondation 93 de Montreuil en tant que chargée de projet culturel. Elle y découvre non sans douleur les difficultés du monde culturel. Celui-ci subit parfois le passage sans concertation d’une logique de subvention à une logique d’appel d’offre (sans parler de l’évaluation chiffrée).

« Comment évaluer l’éducatif ? Cette logique met en concurrence des structures sensées être complémentaires » déplore Pauline. Elle avoue toutefois que ces pratiques n’ont pas que des mauvais côtés et permettent aussi de redynamiser le tissu associatif et le questionnement professionnel.

Elle quittera la Fondation 93 en juin 2009 pour tenter de se mettre à son compte, ce qui ne semble pas si simple dans ce domaine. Finalement, elle rejoindra son poste actuel à Lyon. Au sein du service « Science et Société », elle créée des dispositifs de rencontre et d’échanges entre la société civile et des acteurs du monde des sciences.

En cette année de la Biodiversité, elle a travaillé sur le thème de la nature en ville, pour inaugurer un dispositif de questionnement des sciences en société nommé « Et si on en parlait ? ». Celui-ci « s’inscrit dans un mouvement innovant en matière d’échanges entre citoyens et chercheurs, au sein duquel on retrouve par exemple le dispositif QSEC. Nous investissons un sujet de controverse pour le mettre en débat. Concrètement, nous organisons des ateliers de rencontre entre des publics et des chercheurs locaux pour faire émerger les représentations et expériences des participants et extraire des pistes de réflexion ».

Ces ateliers prennent la forme d’un cycle de quatre rencontres dont la forme s’adapte au thème, comme cette fois-ci des « balades de nature en ville ». « On y parle aussi bien de choses concrètes comme la disparition des espèces que de questions plus abstraites : La place de la nature n’est-elle pas avant tout une question du partage social de la ville ? ». Suite à ces ateliers, « la synthèse de ces questionnements sera mise en scène lors d’un grand débat public, le 14 décembre prochain, avec des chercheurs venus de la France entière ».

En amont de ce dispositif, le service a également expérimenté une forme de médiation originale sur ce même thème, les « Cafés nature en ville » avec l’aide de sociologues dont André Micoud et de plusieurs comédiens. « Les passants étaient invités à choisir un menu imaginaire de nature en ville : le « e-bees juice », la « porte aux aromates », « l’île flottante Robinson »… puis ils s’asseyaient pour échanger avec des sociologues sur leurs représentations et demandes de nature en ville ».

Les comédiens ponctuaient parfois la conversation de déclamations poétiques. « Cela a permis d’effectuer une enquête sociologique sympathique avec le public, près de La Sucrière au confluent, pendant l’exposition Cités végétales, devant la cantine de l’Université Lyon 1 et dans le Parc de la Tête d’or ».

Le dispositif science et société expérimenté lors de cette année-test sera ensuite reconduit en 2011 sur la question des déterminismes biologiques et sociaux (ateliers de janvier à mars puis rencontre-débat en avril), puis sur la chimie, Année internationale oblige (ateliers de septembre à novembre et rencontre-débat en décembre 2011).

Selon Pauline, ces pratiques permettent au public « de réfléchir, de se forger un esprit critique et d’avoir une vision élargie des sciences ». Et vous, avez-vous déjà expérimenté, mis en place ou participé à un dispositif science-société ? Parlez-nous de votre expérience en commentaires.

>> Photos : Université de Lyon (n° 1 et 2), Eric Roux – UCBL (n°3)

Un CCSTI à la recherche d’une identité différente

L’Université de Lyon, c’est 19 établissements (universités et grandes écoles) sur Lyon et Saint-Étienne, 120 000 étudiants, 230 laboratoires de recherche publics, 11 500 enseignants-chercheurs… Pas facile pour le service Science et Société, créé en 2007, de se faire connaître de tous…

Pourtant, « sur le site internet de l’Université, nos pages sont les plus visitées, notamment l’Agenda de la culture scientifique et technique dans le Rhône où sont centralisés tous les événements de nos partenaires » annonce Isabelle Forestier, la chargée de communication du service.

Le service Science et Société fait d’ailleurs office d’interface culturelle entre le monde de la recherche et le grand public. « Ça donne à l’Université une image innovante, loin des conférences poussiéreuses, et surtout une image décalée par rapport aux autres universités focalisées sur les classements de leurs chercheurs » poursuit la jeune femme. Encore faut-il que ces chercheurs connaissent le service en question.

C’est un des rôles de Mélodie Faury, chargée de mission Science et Société. Arrivée en septembre dans le service, elle anime la commission Science-Société de l’Université qui possède 19 membres (un dans chaque établissement).

« La commission est interdisciplinaire, à l’image des établissements, avec des sciences dures, du théâtre, de l’architecture… Notre mission est d’abord de sensibiliser les membres aux problèmes Science-Société » explique Mélodie. L’état des lieux en cours permettra de connaître les besoins de chacun. « J’ai déjà relevé une demande très forte de reconnaissance institutionnelle des activités de culture scientifique et une volonté de partage. En revanche, le degré d’implication est très divers entre les établissements ».

Autre projet de Mélodie, pour un peu plus tard : la mise en place de formations des étudiants et doctorants sur les problématiques science-société, en complément des formations à la médiation qui existent depuis 20 ans. « Cela existe déjà dans certaines écoles doctorales. L’objectif sera de mutualiser les connaissances ».

En parallèle, le service souhaite se faire connaître du grand public. Comme il ne possède pas de lieu d’accueil – seulement des bureaux dans l’ancienne caserne du quartier Sergent Blandan – ses projets essaiment sur le territoire du Grand Lyon et dans le département du Rhône.

Ces actions de médiation, véritables évènements tout au long de l’année, vont très prochainement trouver une seconde vie sur Internet. Un projet de lieu culturel numérique est en effet en train d’être réfléchi, pour retrouver les actions menées sur le terrain mais également pour innover en matière de médiation culturelle de sciences sur le web.

« Nous sommes en train de revoir toute l’identité visuelle du service, avec un nouveau nom, une charte graphique et un site internet, annonce Isabelle et Mélodie, le site sera à la fois destiné aux publics de notre action culturelle mais il sera aussi une plateforme de rencontre et d’échange entre les chercheurs, les médiateurs, le public, les enseignants autour des problématiques Science-Société ». En clair, le site web sera bel et bien « un outil de médiation, de créativité et d’expérimentation » pour le service. Un projet pas banal dans le monde de la Culture scientifique et technique, fortement attaché aux relations dans le monde réel.

Le service planche actuellement sur l’aspect et les fonctionnalités du site. « Nous sommes dans une phase d’incubation. Nous avons entrepris un travail sur les réseaux sociaux (1) et ne souhaitons pas refaire ce qui fonctionne déjà bien ailleurs. Nous souhaitons faire des ponts avec les sites et blogs existants » indique Mélodie. Isabelle se risque à une description idéale : « Nous aimerions que notre site soit la métaphore d’une ville où les visiteurs pourront déambuler ».

Sur le cahier des charges : un espace d’information sur les actualités et les évènements de la structure et sur la culture scientifique dans le département, la mise à disposition de ressources (documents, cours), un espace donnant la parole aux publics de la structure, la mise en relation d’acteurs pour donner naissance à des projets de culture scientifique sur les problématiques sciences et société… Mélodie souhaite également un univers très graphique et évolutif. Désireux de faire entrer ce futur site dans les « canons » du web 2.0, le service est ouvert à vos conseils. À bon entendeur…

Note

  1. Voir le compte Twitter et la page Facebook du service Science et Société.

Service Science et Société de l’Université de Lyon : histoire d’un projet

L’histoire commence à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, avec une petite association d’une quinzaine de membres. Depuis le début des années 1990, l’association Eclats (Espace culturel lyonnais d’animation technologique et scientifique) œuvre auprès des écoles et organise la Fête de la Science. Son dynamisme lui a même permis de rédiger le cahier des charges du centre Captiva (espace de CSTI lyonnais pour les enfants, proposé par la Ville de Lyon, aujourd’hui disparu) qui inspira la création de la Cité des enfants, inaugurée en 1992 à la Cité des sciences de Paris.

Vers 1995, « l’association a commencé à sombrer à cause de problèmes de gestion, explique Isabelle Bonardi, actuelle directrice adjointe du service Science et Société, malgré une tentative de réembaucher du personnel, Eclats a finalement été dissoute ». En avril 1999, le Pôle universitaire de Lyon (PUL) (1) s’appuie sur les membres de l’association pour lancer un projet de culture scientifique et technique. « Au début, nous étions trois : deux provenant d’Eclats , Mylène Saury et moi-même, et le chef de projet à mi-temps, Daniel Guinet, chercheur à l’Institut de physique nucléaire » précise Isabelle.

Pendant trois ans, ces trois personnes sont toutes en situation de médiation, puis sont rejointes par une secrétaire et des personnes mises en disponibilité. Parmi leurs activités : les formations de doctorants (2), l’organisation de la Fête de la Science, le lancement de l’opération « A la rencontre de la science » où des élèves rencontrent des chercheurs (3), l’accueil de l’exposition « Quand la science rejoint l’art » (4), de l’Inserm dans l’Opéra de Lyon en 2000 – « notre tout premier événement festif » – ou encore la Nuit du cinéma scientifique à l’ENS. Le groupe n’est pas « créateur d’exposition mais plutôt organisateur de temps forts » précise Isabelle. Petit à petit, les quatre membres régulier deviennent chargés de projet.

La demande de labellisation CCSTI en 1999, en même temps que La Rotonde à Saint-Étienne, a été obtenue en 2009. Très vite, les CCSTI de la région Rhône-Alpes – un par département actuellement – créent un réseau (voir le site internet tout juste lancé). « Le contrat de plan État-Région a assis notre budget de fonctionnement et a structuré notre rôle » assure Isabelle Bonardi.

C’est la période « dorée » de la CSTI en Rhône-Alpes avec Roger Fougères en tant que président de la commission enseignement supérieur et recherche. Le CCSTI lyonnais s’essaye alors à la création d’une exposition sur le thème des fractales, en collaboration avec le Laboratoire d’informatique en image et systèmes d’information (LIRIS à l’Université Lyon 1), qui possède un logiciel de création de fractales, et une artiste en résidence dans ce laboratoire.

En octobre 2002, Daniel Guinet démissionne et le conseil général vote l’arrêt de ses subventions au CCSTI afin de se concentrer sur le projet du Musée des Confluences. L’année se termine tant bien que mal et Isabelle Bonardi est alors prise au poste de chef de projet début 2003.

Jusqu’à fin 2002, le service était financé à parts égales entre l’État, la région, le département et la ville à hauteur de 200 000 euros environ. « De nombreuses personnes souhaitaient un CCSTI à Lyon, nous étions assaillis de demandes auxquelles nous ne pouvions pas répondre par manque de subventions et de personnels » déplore Isabelle Bonardi.

Le groupe organise pendant un mois l’événement « La chimie dans tous les sens » au sein duquel il accueille « La chimie, naturellement » (une exposition de l’Espace des sciences à Rennes) au château de Saint-Priest, près de Lyon. En 2005, dans le cadre de l’année mondiale de la Physique, le CCSTI participe à la conception du Camion des sciences avec des chercheurs grenoblois et lyonnais.

Entre 2004 et 2006, le PUL passe de quelques membres à une trentaine puis se mue en 2007 Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) nommé Université de Lyon (UdL) avec aujourd’hui 19 membres (universités et grandes écoles) sur Lyon et Saint-Étienne. « Cette structure a pris de plus en plus d’ampleur en termes de taille, de dynamisme et d’attraction de financements » confie la directrice adjointe. « L’action du CCSTI est devenu un des piliers de l’action de l’Université de Lyon notamment en terme d’ouverture culturelle et d’attraction des jeunes ».

En 2007, le CCSTI recrute son premier directeur, Alexis Michel, mathématicien venu de l’Université de Bordeaux. « Cette homme brillant a mis en place des révolutions dans le service, estime Isabelle, comme le développement du site internet, ce qui a attiré l’attention des politiques sur notre travail, notamment le Conseil général et la communauté urbaine qui ont alors choisi de nous financer à nouveau ». C’est également Alexis Michel qui ouvre les portes de l’Europe au CCSTI.

La structuration du PRES en services entraîne cette année-là la création du service Science et Société dont le CCSTI est l’outil opérationnel. « Nous ne voulions pas d’un banal service de CST, alors nous avons orienté nos actions sur la réciprocité et l’échange, avec une place prépondérante réservée au citoyen ». Isabelle Bonardi est nommée directrice adjointe. Elle exerce depuis une fonction de management et de mise en place opérationnelle de la politique proposée par la direction.

2009 marque l’arrivée de Béatrice Korc au poste de directrice. Au jour de notre interview, en novembre dernier, cette réalisatrice venue de Paris se donne encore quelques mois pour peaufiner le projet global de développement de la structure pour les trois prochaines années en lien avec ses missions spécifiques au sein de l’Université de Lyon.

« Ce sont des équilibres subtils à créer. Nous avons une mission ancrée dans le département du Rhône via les actions du CCSTI mais nous avons en même temps une mission transversale d’animation des questions « science-société » pour les établissements membres de l’Université de Lyon, qui recouvre le territoire de l’Académie de Lyon, explique Béatrice Korc.

Ainsi par exemple, le CCSTI La Rotonde à Saint-Étienne est sur le même périmètre académique et un service d’un établissement membre du PRES.  Il  faut voir comment nous pourrions mutualiser à l’avenir certains moyens tout en conservant une parfaite autonomie. Par exemple, ils produisent des reportages intéressants avec leur radio TramWeb. Pourquoi ne pas le faire à une échelle plus large ? ».

Très prise par les projets européens (voir notre article à ce sujet), elle ne s’est pas encore attelée aux partenariats avec le monde industriel. « Il me semble nécessaire de commencer par expliquer aux entreprises ce qu’est la médiation culturelle des sciences : ni des conférences traditionnelles ni de la communication corporate ».

2011 et l’Année mondiale de la Chimie sera une occasion de nouer des dialogues. « Les chimistes ont souvent du mal à parler de leur travail et le public est effrayé. Il faut travailler avec les entreprises, leur expliquer en quoi l’ouverture vers la société civile et l’écoute de certaines inquiétudes sont importantes pour faire évoluer les représentations des uns et des autres. Une médiation autour des textiles, très liés à l’histoire lyonnaise, pourrait être un bon début ».

Hyperactive, cette femme « à poigne » souhaite travailler sur le sens des choses. « Surtout, ne pas faire du saupoudrage événementiel mais inscrire notre action dans la durée ». Les 11 membres de l’équipe, dont 8 équivalents temps plein croulent sous le travail, mais avec le sourire. « Chaque projet est un prototype, indique Béatrice, on expérimente beaucoup de choses, ce qui prend du temps ».

Dans les grands axes développés au PRES figurent la santé et la ville décarbonée, un des thèmes que l’Université de Lyon a développé lors de l’Exposition universelle de Shanghai. D’ailleurs l’actuel campus de la Doua à Villeurbanne va devenir le premier éco-campus européen, futur lieu d’échanges et de recherche sur les questions environnementales.

« 2011 et 2012 seront l’épreuve du feu pour notre  nouvelle programmation et pour notre développement au sein de l’Université. Les questions Science et Société sont inscrites dans tous les dispositifs proposés dans le cadre du grand emprunt. Si tous les projets que nous développons actuellement portent leur fruits, nous devrions disposer de nouveaux types de financements à l’avenir ». De quoi prévoir des projets encore plus ambitieux.

Notes

  1. A l’époque, le PUL réunissait six structures : les universités Claude Bernard Lyon 1, Louis Lumière Lyon 2, Jean Moulin Lyon 3, l’Institut national des sciences appliquées (INSA), le CNRS et l’École normale supérieure (ENS).
  2. Ces formations, qui ont perduré jusqu’à aujourd’hui, ont lieu dans le cadre de modules d’insertion professionnelle ou dans celui du Centre d’initiation à l’enseignement supérieur (CIES).
  3. Cette opération a duré jusqu’en 2009
  4. Lors de cet événement, des trinômes d’étudiants documentalistes, scientifiques et venant du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD) étaient formés. Chaque groupe s’emparait d’une photo et a créé une scénette (travail sur les légendes, textes déclamés, peinture, pièces de théâtre, danse…)

>> Photos : Ilian Ginzburg pour l’Université de Lyon (n°1) et Knowtex