Vulgarisation : les recettes de deux journalistes scientifiques

Quel est votre meilleur souvenir lié aux sciences ? Un prof de math passionnant (mais si, mais si !), un bouquin captivant, une nouvelle étonnante vue à la TV, un film de science-fiction qui vous a scotché, une expérience proposée par un doctorant lors de la Fête de la science ou encore un événement d’ampleur planétaire comme « l’amarsissage » (atterrissage sur Mars) du rover Curiosity ?

Qui ne s’est jamais demandé comment étaient produits ces livres ou ces images ? Où est-ce que les journalistes trouvent leurs idées ? Que font les chercheurs dans leurs labos ? Vous-même doctorant, chercheur, ingénieur, vous aimeriez vous lancer et raconter votre travail mais ne savez pas vraiment par où commencer (votre dernière tentative, à un repas de famille s’est soldée par la chute du dentier de mamie, qui s’est endormie en vous écoutant )… Pour répondre à ces interrogations, la journaliste scientifique Cécile Michaut vient de publier le livre « Vulgarisation scientifique, mode d’emploi » aux éditions EDP sciences.

En cinq chapitres, Cécile revient sur les raisons qui poussent les chercheurs à partager leur passion pour les sciences et la découverte (rendre des comptes aux citoyens, faire progresser sa propre pratique, trouver des financements, faire naître des vocations…), sur les différentes formes de vulgarisation (livre, conférences, expositions, animations, bar des sciences, théâtre, débats…) et sur les éléments à garder en tête ou les pièges à éviter quand on se lance (connaître son public, choisir son message…) (1).

On y apprend que les Français, comme les Allemands ou les Japonais sont bien plus réticents à vulgariser leurs recherches que les Anglo-saxons. Qu’il n’existe pas de réelle formation à la vulgarisation dans les cursus de « sciences dures » (ni à la pédagogie ou à l’histoire des sciences d’ailleurs) et que beaucoup de vulgarisateurs en herbe ont peur de manquer de légitimité. Assez fou de voir à quel point la prise de parole en public, les projets pluridisciplinaires ou l’humour bloquent encore pas mal de scientifiques… Par ce livre et les formations qu’elle propose, Cécile Michaut tend à rassurer ces scientifiques et à les aider à se lancer, en leur montrant les avantages que la vulgarisation peut apporter à leur travail de chercheur et / ou d’enseignant.

Point fort du bouquin : les 15 portraits de vulgarisateurs (chercheurs, journalistes ou animateurs) dont les témoignages complètent bien le reste du livre et donnent des pistes pour aller plus loin : l’envie d’innover de Julien Bobroff (2), le travail sur l’estime de soi par Claire Le Lay, l’accent mis sur la médiation plutôt que la vulgarisation par Richard-Emmanuel Eastes, le constat du peu d’ouverture des sciences dures aux sciences humaines par Pierre-Henri Gouyon, le combat contre les stéréotypes de Catherine Vidal (voir sa participation à TEDx Paris en 2011 : « Le cerveau a-t-il un sexe ?« ), le besoin de se donner du temps revendiqué par Etienne Klein, l’expérience ShakePeers (diffusion de la connaissance sous forme vulgarisée, libre, collaborative et ouverte) lancée par Vincent Bonhomme, l’utilisation de la science-fiction par Roland Lehoucq, le militantisme de Valérie Masson-Delmotte, la séduction portée en étendard par Marie-Odile Monchicourt, etc. Si je peux faire ma pointilleuse, il manque peut-être un ingénieur blogueur au C@fé des sciences et une doctorante amatrice de Twitter ;-)

J’en profite également, une fois n’est pas coutume, de déplorer le peu de femmes présentes en exemple. Nul oubli ou négligence de la part de l’auteur. Simplement, les femmes en sciences et dans la vulgarisation sont soit moins nombreuses, soit osent moins se lancer et doivent parfois compter sur le soutien de chercheurs hommes plus âgés pour se rendre compte qu’elles sont légitimes dans cet exercice. Heureusement, on compte des blogueuses et des jeunes femmes douées comme Marie-Charlotte Morin, la gagnante française du concours « Ma thèse en 180 secondes » (et deuxième à la finale internationale), pour donner l’exemple ! (3)

Ce « guide », à ma connaissance le premier du genre en France, est publié 6 ans après le « Guide de vulgarisation », écrit par Pascal Lapointe, lui aussi journaliste scientifique, mais de l’autre côté de l’Atlantique à l’Agence Science Presse (Québec). Si les deux livres proposent globalement des conseils autour des meilleures manières de vulgariser (4), l’ouvrage québécois, deux fois plus épais (332 pages contre 160), passe plus de temps autour du journalisme scientifique, des conseils pour les non scientifiques, de la manière dont le vulgarisateur peut « se vendre » auprès des rédactions et, surtout, des possibilités d’internet.

En avance sur cette réflexion, Pascal Lapointe et l’Agence Science Presse proposent d’ailleurs très régulièrement des billets de blog sur les questions de journalisme scientifique, de crise de la presse, de la relation entre blogueurs, chercheurs et journalistes, etc. Pascal a notamment rédigé le livre « Science, on blogue » avec Josée Nadia Drouin et dirigé l’édition des recueils annuels « Les meilleurs blogues de science en français » (2013 dans laquelle figure un de mes billets \o/, 2014).

Pour résumer, le livre de Cécile, plus court et plus facile à trouver du côté français trouverait bien sa place à côté de toutes les machines à café des labos français, pour pouvoir être lu par tous les doctorants, chercheurs ou ingénieurs de recherche qui passent par là. Il leur donnera envie de se lancer et pourra s’accompagner d’une formation de un à trois jours, par l’auteur (voir également son blog). Quant aux plus mordus, le livre de Pascal leur permettra d’aller encore plus loin, avec l’ouverture qu’on connait aux québécois sur la culture anglo-saxonne ! Dans les deux cas, n’hésitez pas à discuter avec eux sur Twitter : @CecileMichaut & @paslap !

>> Notes :

  1. L’auteur a fait le choix d’évoquer des exemples « classiques » de vulgarisation scientifique (normal, puisqu’elle s’adresse à des personnes souhaitant se lancer). On peut se demander s’ils sont adaptés au public « distant », celui qui ne va pas aux expositions et aux conférences…
  2. Julien Bobroff a lancé le groupe de recherche « la physique autrement ». Il est également très actif sur Twitter (@jubobroff)
  3. Lire notamment le billet « Où sont les vulgarisatrices ? » sur le blog de Cécile Michaut
  4. Ils ont aussi tous les deux fait le choix d’un dessin humoristique en couverture ! L’occasion de rappeler l’intérêt des illustrations et des BD sur les sciences, comme le blog de Marion Montaigne

Toile de Fond : la forme au service du sens

Vendredi 7 octobre dernier, au Palais de la Découverte. Une jeune femme brune évolue sur scène devant un groupe de lycéens. Pendant une heure, Coline Aunis change de personnalité comme de chemise pour évoquer la vie de Marie Curie côté cour – et côté cœur. Tour à tour jeune auteure stressée, vieille polonaise nostalgique, professeur qui ose des envolées lyriques malgré un air stressé, académicien anglais quelque peu hautain et journaliste américaine survoltée, la webmaster du Musée des Arts et Métiers (1) prouve avec brio qu’elle a plus d’un tour dans son sac.

Coline Aunis en séduisante journaliste américaine

Au fond de la salle, Alexandra de Kaenel, co-auteur du « Petit monde de Marie Curie » (2) avec Coline, et Clara Bensoussan, fondateur de Toile de Fond agence de communication des sciences (aussi sur Knowtex !), observent avec attention les réactions des jeunes spectateurs. Clara, Alexandra et Coline sont toutes trois issues du Master de médiation scientifique, à Strasbourg. En 2005, le Palais de la Découverte, désireux d’accueillir du théâtre de sciences, a demandé à Alexandra et Coline de rédiger une pièce sur Marie Curie dans le cadre de l’Année internationale de la Physique. Le texte écrit en quelques semaines sur un coin de table donnera lieu à plus de 40 représentations au Palais ou lors du Festival Sciences sur Seine de 2005 à 2007. Il sera ensuite retravaillé et produit en 2011 par Toile de Fond.

Dès leurs premiers jours de formation et le fameux cours de théâtre, les jeunes femmes sont devenues complices. A la fin des études, chacune a pris une route différente afin de continuer à se former. « Clara est partie plutôt du côté du multimédia et de la scénarisation d’animations, explique Alexandra, pour ma part, je suis devenue médiatrice scientifique dans le département de physique du Palais et j’ai exercé cette activité pendant cinq ans. J’ai appris la médiation orale, la conception d’expositions, la rédactions d’articles pour le magazine du Palais, la préparation des contenus des bornes multimédia… ». Quant à Coline, nous en avons parlé par ailleurs (1).

Une dose de médiation, un soupçon d’entreprenariat…

En 2006, Clara crée Toile de fond avec pour activité principale la scénarisation d’animations multimédia. Rapidement, la société ajoute des cordes à son arc avec des ateliers de découverte et du théâtre de sciences. En 2008, Clara met notamment en place un atelier pour enfants autour de la Théorie de l’évolution au sein du Muséum d’histoire naturelle de Marseille intitulé « Atelier Science sur scène : Dans les pas de Charles Darwin… ». Cet atelier croise les univers du théâtre et de la science, une façon décalée de travailler autour d’un thème maintes fois traité.

« Suite à une phase de jeux/découverte autour de spécimens pour s’approprier la théorie, les enfants étaient invités à écrire des saynètes sur la vie de Darwin, sa théorie de l’évolution et le scandale qu’elle provoque au sein de la société du XIXème siècle ». L’expérience s’est avérée concluante, au point que « Clara a ensuite écrit la pièce de théâtre Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ? mise en scène par Caroline Steinberg et jouée par des comédiens professionnels depuis 2009 » (2).

Une scène de « Quelque chose vous turlupine, Monsieur Darwin ? »

C’est un an plus tard qu’Alexandra rejoint Clara et le champ d’action de Toile de fond continue de s’élargir avec de nouvelles activités, stands, expositions, formations à la médiation, etc. C’est ainsi que la petite forme théâtrale « Le Petit monde de Marie Curie » est ajoutée au répertoire de Toile de fond, avec quelques modifications dans la mise en scène et dans le texte, et surtout un format qui offre un temps de rencontre et d’échange avec un spécialiste du domaine suite à la représentation. Coline, la comédienne « historique » de la pièce continue à la jouer en parallèle de son activité.

http://www.dailymotion.com/videox9w1mh

Le but de cette équipe dynamique est de « chercher un angle d’approche qui va donner aux gens – et pas seulement aux lecteurs de Science & Vie – l’envie de croquer le monde sous le regard des sciences, précise Alexandra, quelle que soit la nature des activités que l’on crée, on s’entoure et on se fait conseiller pour gagner en qualité, pour respecter les contenus et une mise en forme professionnelle sans oublier de rester créatifs voire poétiques ». Revers de la médaille : Toile de Fond (TDF) est parfois uniquement assimilée au théâtre. « Les spectacles ont donné une image publique de notre travail. Du coup, on a parfois du mal à montrer que nous ne sommes pas une compagnie de théâtre et que nous faisons d’autres choses ».

Affiche du spectacle et couverture du livre (voir la fiche sur le site de L’Harmattan)

Qu’on se le dise ! TDF est donc bien plus que ça ! On peut d’ailleurs parler d’une « marque de fabrique », véritable identité entretenue par Clara et Alexandra aussi bien dans leurs actions « clé en main » que dans leurs productions « sur mesure » : « nous créons une accroche, un élément d’appel qui chatouille la curiosité, des pistes pour que le public s’intéresse à des thèmes variés. Nous aimons croiser des approches et des cultures différentes, avoue Alexandra, poser un autre regard sur la vulgarisation scientifique : c’est un défi qui nous plait et nous motive ». D’où leur phrase d’accroche : « la forme au service du sens ».

La médiation scientifique sur son 31

Ainsi, du côté du théâtre, le spectacle est une belle mise en bouche avant une rencontre avec des médiateurs ou des chercheurs. Autre exemple avec un café des sciences organisé à deux reprises avec l’Université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC) à Paris. Plutôt qu’un modèle classique où les chercheurs parlent devant une assemblée de « profanes », Alexandra a choisi de scénariser l’événement et de mélanger tout le monde.

« L’idée, c’est de se sentir vraiment dans un café, avec peu de monde et pas assez de chaise pour provoquer des discussions. Des mots et des images sont accrochés aux murs et entrainent des discussions dans l’assemblée. Déguisée en garçon de café, je fais le lien entre les personnes présentes. Les chercheurs, quant à eux, sont identifiés avec un badge et viennent mettre leur grain de sel dans les discussions ».

Un fonctionnement risqué, qui a pourtant rencontré un vif succès. « Les chercheurs ont joué le jeu malgré une exposition au public très engageante. Ils étaient très motivés et le public ravi ». Il faut dire qu’avec un chercheur pour une dizaine de personnes, les temps d’échange étaient d’une qualité inégalable. « Quand on propose de l’interactivité, on ne fait pas semblant » sourit Alexandra.

Claire Bensoussan parle chimie et cuisine

Expositions pour l’Inserm (La chimie de l’amour) ou l’UPMC (lors de l’Année mondiale de l’Astronomie), ateliers et stand de cuisine pour découvrir la chimie au contenu validé par les doctorants de Doc en Stock, scénarisation d’animations multimédias notamment pour Aréva ou encore pour le laboratoire pharmaceutique Bristol-Meyers Squibb… Les pistes ne manquent pas, toujours dans le domaine scientifique et technique d’où TDF tire sa valeur ajoutée.

Octobre a été un mois particulièrement chargé avec la Fête de la science. TDF était présente dans plusieurs endroits du pays en même temps. « Il a fallu élargir l’équipe, s’enthousiasme Alexandra, nous animions les ateliers et stands « Cuisinons les sciences » labellisés « Année internationale de la Chimie » à Saint-Priest dans le Rhône, à Gignac-la-Nerthe dans les Bouches-du-Rhône [ndlr : voir les photos d'un atelier cuisine au collège Le Petit Prince de Gignac], à Tournon et Saint-Fortunat en Ardèche alors qu’en parallèle la petite forme théâtrale suivie d’un débat sur Marie Curie était en tournée au Palais, au CNAM de Nantes, à l’Université d’Avignon et au Centre culturel de Forcalquier. Le public était au rendez-vous, nombreux et enthousiaste. Nous nous sommes régalées : cette semaine a été riche en découverte, en surprises et en évasion ! » (3).

Le site internet de l’agence

La page est maintenant tournée et le prochain défi est de se plonger dans le thème de l’Année internationale 2012, à savoir les énergies renouvelables et le développement durable. « On a déjà des idées que l’on souhaiterait tester sur le public ». Elles aimeraient également former des doctorants à la médiation des sciences et les accompagner dans leurs projets. Et pourquoi pas se frotter au spectacle vivant : « on est toujours partantes pour défricher des terrains… ».

Notes

  1. Voir notre interview de Coline Aunis dans le cadre de son travail au sein du Musée des Arts et Métiers
  2. « Le Petit monde de Marie Curie » est une « petite forme théâtrale » d’environ une heure, suivie d’un débat avec un spécialiste, très léger d’exploitation technique afin de s’adapter à plusieurs endroits. « Quelque chose vous turlupine M. Darwin » est une pièce de théâtre suivie d’un débat avec un spécialiste, d’1h20 avec 5 comédiens. La première sera jouée en décembre dans un établissement scolaire en Vendée. La seconde compte à son actif depuis 3 ans plus de 30 représentations tout public et public de collégiens. Pour plus de renseignements, voir la rubrique « théâtre de science » du site internet.
  3. En temps normal, l’équipe est constituée uniquement de Clara, basée à Marseille et d’Alexandra à Paris

>> Illustrations : photos du théâtre, site internet et affiches par Toile de Fond, stand cuisine par F.Demurger (tous droits réservés)

de la société Toile de Fond, agence de communication des sciences

Trois millions d’euros pour les mathématiques

Avec Cédric Villani, médaille Fields 2010, les mathématiques françaises ont trouvé leur ambassadeur [ndlr : voir notre article]. Une bonne nouvelle pourtant insuffisante pour déclencher des vocations en masse. Pour ça, des professeurs et des bénévoles s’affairent au quotidien, à grand renfort d’ateliers, de stages et de concours.

L’association Animath, basée à l’Institut Henri Poincaré à Paris, symbolise l’effervescence de la communauté mathématique française. Dans le cadre du Grand emprunt et plus précisément de l’appel à projet « Culture scientifique et technique et égalité des chances », le projet Cap’Maths coordonné par Animath vient de recevoir trois millions d’euros pour se développer et structurer l’ensemble des initiatives françaises. Martin Andler, président d’Animath évoque avec nous les activités et les projets de son association.

Dans quelles circonstances a été créée Animath ?

Notre association a été créée en 1998 à l’initiative de la Société mathématique de France dont j’étais alors vice-président, avec le soutien de l’Associations de professeurs de mathématiques de l’enseignement public, l’Inspection générale de mathématique et divers acteurs du monde des mathématiques [ndlr : voir la liste des partenaires]. A l’époque, nous étions inquiets à cause de la diminution de la part des mathématiques dans les programmes de l’enseignement secondaire. Nous craignions alors pour la préparation des jeunes étudiants.

Martin Andler (voir la page du Laboratoire de Mathématiques de Versailles) et Elifsu Sabuncu de Deuxième labo

Nous avons créé l’association pour qu’elle devienne une « maison commune » pour toutes les personnes qui s’occupent des activités dites périscolaire, c’est-à-dire qui ont lieu hors du cadre de la classe et des programmes scolaires. Elle s’est développée lentement jusqu’en 2009, faute de moyens malgré nos demandes auprès des ministères ou du CNRS, date à laquelle un contrat avec le Fond AXA pour la Recherche nous a permis d’embaucher un secrétaire général à plein temps, Bruno Teheux et d’obtenir un bureau à l’IHP. Cela nous a fait sortir du « bricolage » et nous avons pu nous lancer dans des projets plus ambitieux. Fin 2010, nous étions alors à même de répondre à l’appel à projet du Grand emprunt pour lequel l’ensemble des acteurs des mathématiques en France se sont mobilisés.

Qu’allez-vous faire de vos trois millions d’euros ?

D’abord, les différents partenaires du projet vont pouvoir développer des actions de plus grande ampleur et cette dotation permettra en prime d’accroître leur visibilité. Il faut savoir aussi que beaucoup d’acteurs du monde des mathématiques font leur travail dans des conditions d’amateurisme et de bénévolat certes très généreuses, mais qui atteignent leurs limites. Cet argent nous permettra de professionnaliser ce champ, de fournir une infrastructure administrative qui permette aux acteurs de se concentrer uniquement sur les activités pédagogiques et la médiation et non sur l’administratif (1).

A moyen terme, il nous est demandé de construire une structure capable de transmettre le relai une fois les sommes épuisées. Nous pensons créer une fondation mais nous n’en sommes qu’au stade préliminaire de la réflexion. Il faut dire que notre budget vient d’être multiplié par 10 ou 15 ! C’est une mutation intéressante et un peu intimidante.

Sur quels types d’élèves concentrez-vous votre action ?

Nous souhaitons nous adresser à tous les élèves, ceux qui sont en situation de fragilité sociale, géographique ou victimes de stéréotypes (les filles), mais aussi ceux qui sont très motivés, qui s’ennuient à l’école et sont souvent en situation de très fort isolement. Concernant l’éducation en général et plus particulièrement l’éducation aux mathématiques, il existe des inégalités sociales et géographiques fortes entre les élèves. D’ailleurs, les maths sont une discipline qui joue un rôle important dans l’échec de certains jeunes. On parle souvent des inégalités sociales, notamment dans les banlieues, et on a malheureusement bien raison. Mais les petites et moyennes villes de province, et évidemment les zones rurales sont également concernées. Les jeunes qui y évoluent n’ont pas les mêmes chance que ceux qui vivent à proximité des centres universitaires.

Une autre inégalité est flagrante en ce qui concerne l’accès aux études scientifiques, celle entre garçons et filles. En terminale scientifique, les filles représentent 45,6% des effectifs totaux (mais seulement 38,5% en spécialité math et 13,3% en sciences de l’ingénieur) contre 78,7% en terminale littéraire. Cette proportion chute à un tiers dans les classes préparatoires à dominante math et physique et jusqu’à 14% à Polytechnique alors même que les jeunes filles obtiennent en moyenne de meilleurs résultats que les garçons au lycée (2).

Selon vous, quelles sont les causes de cette désaffection des maths par les filles ?

Les filles semblent avoir une attitude différente envers l’activité mathématique. La situation est compliquée et n’a rien de typiquement français. L’hypothèse qu’il s’agit d’une construction sociale me paraît la plus probable. Des études ont montré qu’en moyenne, les professeurs de mathématiques, y compris les femmes, privilégiaient les garçons pour les questions difficiles et les filles pour les questions d’application immédiate.

Du côté des très jeunes enfants, si on fait passer une épreuve identique à des élèves en la qualifiant d’épreuve d’art ou de maths, les filles obtiennent des résultats bien meilleurs à celle qualifiée « d’art ». Il parait très important de remédier à cette situation. D’une part car cela découle de principes démocratiques auxquels je suis attaché et d’autre part pour des motifs plus utilitaires : il n’y a pas assez d’étudiants en sciences, allons les chercher dans les « réserves » d’étudiants, du côté des filles et des jeunes de banlieues.

Quelles activités proposez-vous à ces élèves, vous et vos partenaires ?

Nos actions se classent en plusieurs catégories. Tout d’abord, celles qui entrent dans le cadre de la culture scientifique, mathématique en l’occurrence : connaissance des mathématiques actuelles, lien avec les autres disciplines, applications des mathématiques, et ce par des expositions, films, publications, conférences, visites de laboratoires (pour que les jeunes voient la science « en train de se faire »), salons mathématiques, sites web… En parallèle, nous mettons les jeunes au travail sur la base du volontariat, dans des contextes agréables : stages pendant les vacances, clubs de mathématiques, participation à la préparation de projets scientifiques, participation à des concours de différents types. Enfin, nous créons du lien social et intellectuel entre jeunes (et moins jeunes) intéressés par les mathématiques, pour remédier à l’isolement de ceux qui en souffrent. Il faut se rendre compte que ce qui est enseigné dans les classes est très loin des maths vivantes telles qu’elles se pratiquent aujourd’hui dans la recherche pure et appliquée.

A vrai dire, un élève n’est quasiment jamais confronté à des maths qui dépassent le 19ème siècle. Une grande partie du programme correspond à des savoirs qui remontent aux Grecs. Pour un jeune, les maths sont une discipline morte, sans lien avec les sciences expérimentales ou les sciences de l’ingénieur alors que ce n’est évidemment pas le cas. Dans l’organisation actuelle, les professeurs n’ont tout simplement pas le temps de présenter une culture plus vaste.

Quelle est la place de l’Institut Henri Poincaré au sein duquel Animath est hébergée ?

L’IHP est particulier car il a une vocation nationale. Son directeur, Cédric Villani, un de nos plus brillants mathématiciens s’intéresse réellement à l’action auprès du grand public. C’est un atout pour ce genre d’action. Pour lui, c’est très important et il paye de sa personne en étant lui-même très actif. L’IHP, avec d’autres partenaires, organise dans les prochaines semaines des événements publics à l’occasion du bicentenaire de la naissance d’Evariste Galois. Le 12 octobre prochain a notamment lieu une conférence pour les lycéens d’Île-de-France.

Évariste Galois

L’année prochaine sera dédiée à Poincaré à l’occasion du 100ème anniversaire de la mort de cet autre géant des mathématiques. Nous commençons également à travailler les relations internationales avec des possibles jumelages de clubs de mathématiques ainsi que la participation croisée à des stages.

La discipline mathématique semble bien se porter…

Effectivement, les maths sont la discipline scientifique qui « marche » le mieux en France, notamment en termes de reconnaissance internationale. Les mathématiciens français ont remporté près d’un quart des médailles Fields depuis le début de l’attribution de ce prix. Mais cet apparent « prestige » cache une situation plus négative, notamment une mauvaise image auprès des physiciens, biologistes et ingénieurs – ainsi qu’auprès du grand public. En effet, les mathématiciens ont toujours eu une haute idée de leur travail, déconnecté des sciences expérimentales.

Claude Allègre, ancien ministre de l’enseignement supérieur a par exemple toujours été hostile aux maths. Dans son livre « La défaite de Platon », il assimilait la philosophie de Platon à une tentative de domination des sciences pures déductives sur les sciences inductives. Selon lui, les sciences d’aujourd’hui sont différentes et il a pris fortement partie contre ce qu’il interprétait comme une domination des maths. Autre indice du désamour pour les maths : il y a 20 ans, les physiciens mettaient sur pieds La Main à la Pâte en choisissant délibérément de ne pas y inclure les maths. Mais cela paraissait logique car les maths étaient déjà très présentes dans l’enseignement primaire alors que les sciences expérimentales avaient quasiment disparu ! Dernier facteur, plus intrinsèque : la vulgarisation en maths est tout de même plus compliquée que pour les sciences expérimentales. On a moins de moyens pour en parler. Ce n’est pas étonnant qu’aucune grande exposition de la Cité des sciences ne porte sur les maths (sauf l’espace dédié).

Mais si notre recherche en mathématiques paraît se porter très bien, avec de nombreux chercheurs, y compris des très jeunes, très prometteurs, nous sommes malgré tout très inquiets sur la crise des vocations scientifiques : nous allons rapidement manquer de professeurs de mathématiques (ainsi, cette année 300 postes au concours du CAPES en mathématiques n’ont pas été pourvus), et on prévoit à assez court terme une pénurie d’ingénieurs !

On a parlé des élèves marginalisés. Qu’en est-il des bons élèves ?

Si le système ne fonctionne pas pour une partie des élèves, qui finissent par en être éjectés, on ne peut pas dire qu’il marche très bien pour ceux qui ont un potentiel pour les études scientifiques. On le voit par exemple avec l’enquête PISA de l’OCDE qui compare les performances des jeunes de 15 ans de nombreux pays. La France obtient des résultats médiocres : nous avons un nombre plus important d’élèves en très grande difficulté (3) et nous avons une « tête » pas franchement remarquable…

Les très bons élèves forment 3,5% d’une classe d’âge en France (environ le nombre de bacheliers scientifiques option math) ; c’est moitié moins qu’en Corée. Lors des Olympiades internationales, des concours ouverts aux lycéens dans les différentes disciplines scientifiques (maths, physique, chimie), les français sont régulièrement au-delà de la 30ème place dans le classement par équipe en mathématiques. Et en physique ou chimie, nos équipes sont constituées d’élèves de classes préparatoires car nos élèves de terminale seraient trop faibles (ce qui est problématique par rapport au règlement). Quel paradoxe pour un pays au top de la recherche !

Nous sommes vraiment si nuls aux concours ?

Il y a des exceptions. Il y a d’autres types de concours, les concours de projets scientifiques. Là, les jeunes s’engagent dans un projet à long terme, qui dure plusieurs mois, et présentent leurs travaux à la fin. Nos équipes ne se sortent pas trop mal du EU Contest for Young Scientists qui a lieu tous les ans en septembre. Mais les Allemands et plusieurs autres pays sont bien meilleurs : depuis la création du concours, les Allemands ont gagné 75 prix, les Britanniques 37, les Polonais 36, et les Français 29, à égalité avec les Suisses. Il y a quelques années, j’ai participé à la sélection de deux jeunes lycéens français pour ce concours. Ils travaillaient sur l’utilisation d’un ballon sonde pour étudier l’activité biologique en haute atmosphère. Ils ont gagné un 2ème prix européen, ce qui est un magnifique résultat. Dans tout autre pays, ils seraient rentrés dans une excellente université et auraient obtenu une bourse. Et bien l’un des deux a échoué au bac et l’autre a fait un BTS. Pourquoi ? Sans doute parce que les qualités qu’ils ont montré dans ce travail ne rentrent pas dans les cases de l’excellence scolaire française.

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Autre exemple : au printemps dernier, pour la première fois, deux groupes français ont participé au concours INTEL, le plus ancien des concours de projets scientifiques au monde. Il s’agissait d’une équipe de math issue du concours C.Génial et d’une de physique issue des Olympiades de physique. Ces jeunes sont allés à Los Angeles et ont obtenu chacune le 4ème prix dans leur catégorie. Le professeur de maths, Francis Loret travaille au collège Albert-Camus de Miramas, une petite ville près de Marseille [ndlr : voir son portrait dans l’Express]. Il m’a indiqué que les élèves les plus actifs de son club sont bons élèves mais pas forcément excellents. Ils n’auront peut-être pas des dossiers en béton pour être pris dans les bonnes classes préparatoires. Alors qu’ils ont un talent fou ! Nous avons un potentiel qui a du mal à s’exprimer dans notre système éducatif. Je tiens également à souligner que les deux projets primés proviennent de petites villes de province.

Notes :

  1. Concernant les mathématiques, un autre projet a retenu l’attention : « Maths au CP » proposé par l’association Agir pour l’école. L’Académie des sciences a également été dotée pour son projet de formation des professeurs du primaire et du collège à l’enseignement basé sur l’investigation [ndlr : inquiry based] cher à l’association La Main à la Pâte.
  2. Sources des chiffres : Ministère de l’Education nationale (notamment : Repères et références statistiques Edition 2010), Ena, Ecole polytechnique (année scolaire 2007-2008)
  3. En moyenne, environ 150 000 élèves sortent du système scolaire sans aucun diplôme chaque année (source : site de l’Elysée)

>> Illustrations : Wanda’s Pictures, deuxiemelabo (Raphaëlle Trecco, tous droits réservés), Lost Archetype, Bindaas Madhaviwoodleywonderworks, valilouve, 3 : 19, Discover Science & Engineering, ebertek (Flickr, licence CC)

[Comics] L’Odorat des rats : le making-of

« Un rat est observé par une jeune chercheuse, elle-même épiée par un directeur scientifique. Une histoire d’odeurs et d’attirances en laboratoire … ». Tel est le résumé de la série de planches ci-dessous, reflet d’une collaboration plutôt inattendue. Making-of.

21 février dernier. Après m’être perdue en voiture, je débarque à Jouy-en-Josas (Ile-de-France), dans un des plus gros centres INRA (Institut nationale de recherche agronomique) du pays. Le cadre est plutôt agréable, malgré l’isolement.

Je suis présente ici en tant que membre de l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI), dans le cadre d’un échange chercheurs / journalistes. Ces échanges, entièrement financés par l’AJSPI, permettent à des journalistes d’effectuer un stage d’observation d’une semaine dans un laboratoire.

Mon contact à l’INRA est Roland Salesse, longtemps directeur du laboratoire NOeMI (Neurobiologie de l’olfaction et modélisation en imagerie), aujourd’hui plutôt porté sur des projets de culture scientifique. Pendant mon séjour, il sera mon guide et référent. Très ouvert et passionné par le journalisme, il obtiendra pour moi de nombreux rendez-vous avec le personnel d’autres laboratoires.

La recherche en train de se faire

Pendant quelques jours, j’ai ainsi eu la chance de côtoyer des techniciens, ingénieurs et chercheurs de l’INRA, près de leur paillasse, de leur ordinateur… ou de leur plateau de self. Marie-Annick, Régine, Julien, Sophie, Christine, Olivier, Aurélie et d’autres m’ont raconté leur parcours, leur quotidien dans le bâtiment 440, leurs projets…

En les écoutant parler, je noircit des pages et des pages de mon ordinateur portable. Le dernier soir, de retour chez moi, je me sens à la fois ravie et déçue. Ravie d’avoir découvert un monde que ma licence de biologie ne m’avait fait qu’entrevoir. Déçue de voir que cette expérience allait se résumer à un compte-rendu perdu au fin fond de mon ordinateur.

Une suggestion de Nicolas plus tard, je propose alors à Benoît Crouzet, directeur artistique d’Umaps, de m’aider à mettre en valeur ces rencontres. J’avais déjà eu un aperçu du « bonhomme » lorsque je lui ai « tiré le portrait ». J’ai également la chance de le côtoyer régulièrement. Il n’en fallait pas plus pour lancer un petit projet de BD.

Du texte… à la BD

C’est alors que le travail de scénarisation commence… Une première pour moi, mais pas pour Benoît, habitué de cette manière de fonctionner typique de la bande-dessinée et du cinéma, mais très éloignée du journalisme. Lors d’une première entrevue, Benoît me demande de résumer mon stage, d’en définir les points clés et de tenter une première « mise en scène ». Le travail en duo est plaisant, en tout cas plus riche que l’écriture solitaire d’un article.

Sur un grand tableau blanc Benoît lance les idées et les premiers croquis. Le brainstorming alterne entre explications scientifiques, impressions ressenties sur mon stage et propositions d’enchainement de cases et de plans. Une fois les grandes lignes tracées, c’est au tour de Benoît de se lancer, seul cette fois, crayon et feuille A3 en mains. Il passera environ six jours sur ces trois planches, entre le dessin, la numérisation et la colorisation sur ordinateur.

Quelques aller-retours seront nécessaires pour peaufiner les textes avant la publication sur Manolosanctis, le site d’une maison d’édition participative spécialisée dans la bande dessinée. Finalement, entre propositions farfelues et envolées trop sérieuses, nous avons décidé d’arrêter notre choix sur une série de trois planches qui décrivent la vie de laboratoire et les recherches menées à NOeMI. Les noms sont changés et les textes allégés afin de ne pas alourdir la BD… Qu’en pensez-vous ? Laissez vos impressions en commentaire. Et pour les amateurs, la suite de cette BD sera en ligne très bientôt…

>> Tous mes remerciements à l’équipe de NOEMI et spécialement à Roland Salesse

>> Pour aller plus loin : « Comment perçoit-on les goûts et les odeurs des aliments ?« 

Traces : timeline d'un groupe en ébullition

Organisateur depuis cette année des Journées internationales de l’Éducation scientifique (JIES), le groupe Traces (Théories et réflexions sur l’apprendre, la communication et l’éducation scientifiques) est un « groupe de recherche-action sur la science, sa communication et son rapport à la société ». Autour de Richard-Emmanuel Eastes et Matteo Merzagora, il fédère depuis 2005 des acteurs de l’éducation et de la culture scientifique – chercheurs, médiateurs, consultants, formateurs, journalistes, etc. – qui partagent tous un double intérêt pour l’action et la réflexion. Retour sur les évolutions de ce groupe en pleine ébullition…

Le groupe Traces en pleine réunion en octobre 2010

2001 : Richard-Emmanuel Eastes (REE), le fondateur et actuel directeur de Traces, est enseignant-chercheur en chimie à l’École normale supérieure (ENS) de Paris. Il rencontre Daniel Raichvarg, professeur à l’Université de Dijon lors du Festival de films scientifiques de Chamonix. Féru de théâtre scientifique, Daniel est la première personne qui l’incitera à faire des manipulations de chimie en public. C’est également lui qui lui conseille d’aller voir André Giordan, directeur du Laboratoire de didactique et d’épistémologie des sciences (LDES) à l’Université de Genève ainsi que Francine Pellaud. C’est pour les rencontrer que REE participe pour la première fois aux JIES.

Richard-Emmanuel croqué par Aurélie Bordenave

2002 : La rencontre avec Francine, qui deviendra sa femme, donnera lieu à la création de l’association des Atomes crochus à l’ENS. Catherine Bied, une collègue chimiste, fera également partie de l’aventure.

2003-2004 : L’association se développe et diversifie ses activités : clowns de sciences, contes scientifiques, ateliers expérimentaux, débats, expositions photo, concours d’écriture… mais aussi formations, articles et relations avec les entreprises. D’après REE, « nous sommes restés universitaires mais en ajoutant une réflexion pratique à nos travaux avec cette association ».

2005 : Il apparait que certains projets de l’association, notamment ceux en lien avec les entreprises, « n’avaient rien à voir avec les activités classiques des Atomes Crochus ». Ce constat, l’arrivée de quelques personnes dans l’association et les conseils avisés d’André Giordan ont convaincu REE. Il fonde Traces, association loi 1901, au sein du Département d’études cognitives (DEC) de l’ENS. « Les Atomes crochus a fait une sorte d’exocytose, sourit REE, comme une cellule qui excrète quelque chose de nouveau, et ce quelque chose, c’était Traces ».

2006 : De l’aveu de ses membres, le groupe « végète encore de part son faible nombre de membres ». Ses activités commencent à se développer après l’arrivée de Matteo Merzagora, journaliste scientifique et muséologue que REE a rencontré, là encore, lors d’un festival de films scientifiques dans lequel ils faisaient tous les deux partie du jury. La structure trouvait alors un véritable intérêt et Matteo un tremplin pour développer des projets européens. De plus, au même moment, les Atomes crochus se sont constitués un nouveau directoire composé notamment de Mélodie Faury et Bastien Lelu.

Matteo Merzagora présente l’exposition Énergies de la Cité des sciences à laquelle il a contribué

2007 : Traces débute sa réelle existence autonome, après un weekend brainstorming des membres de Traces et des Atomes crochus, qui partagent de fait les mêmes locaux. Traces s’est nourri de l’activité de ses membres, de la proximité avec les Atomes et avec les laboratoires (notamment le LDES). Les cours de Richard-Emmanuel à l’ENS ne sont pas pour rien dans l’émergence de la notoriété du groupe et le recrutement des jeunes talents.

2008 : c’est la véritable année de naissance du groupe, qui se définit comme un « think and do tank » sur la science, sa communication et son rapport à la société. Ses activités : réflexion (publications, colloques, manifeste), formation et conseil / expertise vers le public (Cité des sciences) et le privé.

2009 – 2010 : le groupe diversifie son activité : colloques, formations professionnelles, serious game pour une grande entreprise, livres, manifeste Révoluscience … « Nous sommes des acteurs de l’économie de la connaissance, indique Matteo, des êtres hybrides entre réflexion et pratique, commercial et académique ». REE renchérit : « nous avons des points communs avec Vivagora, la Fondation Sciences citoyennes et même les Petits Débrouillards ».

Une partie de l’exposition à l’ESPGG

Le groupe prend également en main la gestion de l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes (Paris), avec la volonté d’obtenir la labellisation CCSTI à moyen terme. Cet espace se destine aux professionnels concernés par la communication de la science (médiateurs, chercheurs, journalistes scientifiques…). Traces souhaite qu’il soit « reconnu au sein des réseaux de la culture scientifique et technique, visité par les enseignants et leurs élèves et fréquenté par les étudiants et les personnels de l’ESPCI ParisTech« . Nous-même avons eu l’occasion d’y faire un tour pour un atelier sur les jeux de discussion et plus récemment pour un apéro « Sciences et Web ».

2011 : cette année s’annonce féconde pour le groupe avec la publication du livre Les scientifiques jouent-ils aux dés ? aux éditions du Cavalier Bleu. « C’est l’aboutissement du premier vrai projet collectif du groupe. Il va de paire avec sa structuration administrative, entamée en 2009 avec l’arrivée de notre secrétaire-rédactrice Meriem Fresson ». Le groupe comprend aujourd’hui une vingtaine de personnes, une salariée, des stagiaires, bientôt un emploi associatif et une future salariée. « La situation s’est renversée, note REE, les Atomes crochus ont aujourd’hui du mal à travailler sans le groupe Traces ».

>> Illustrations : Knowtex (Flickr, licence CC), Aurélie Bordenave pour Knowtex