Universcience.tv : un développement multi-supports et multi-enseignes

Après une formation scientifique, une année en audiovisuel et une autre en ingénierie culturelle, Benjamin Benita, voyageur au long cours, a posé ses valises à Universcience où il est passé de responsable technique du site Internet, à producteur de contenus, en charge de la visibilité sur les réseaux et responsable de projets numériques internationaux. Il s’y occupe aujourd’hui du développement de la webTV.

Quel est votre rôle dans l’équipe de la webTV ?

Sur ce projet, je travaille en mode transversal au sein de la Délégation à l’Internet et aux  Programmes Numériques, pour le développement de l’offre audiovisuelle en ligne. Je m’occupe donc de la définition de la stratégie de déploiement de cette offre sur les réseaux et de sa mise en œuvre : visibilité web, partenariats stratégiques, projets multi-supports, développement de l’audience… Une fonction à la croisée de la stratégie, de la technique, de l’éditorial et du marketing.

Quelle est votre stratégie pour la webTV ?

La stratégie de déploiement est en cours de définition et fait l’objet de discussions en interne, mais je peux toutefois dire que nous avons choisi d’adopter la logique multi-supports (ordinateur, smartphone, Ipad, télévision classique et télévision par Internet) et la logique multi-enseignes, dont la devise pourrait être : « un peu de nous chez les autres», et qui consiste à se positionner en tant que fournisseur de contenus pour de grands diffuseurs.

Nous avons des retours quantitatifs clairs et savons que ces premiers choix sont bons mais le plan stratégique doit encore intégrer une étude de marché affinée et un choix sur le modèle économique qu’Universcience veut/peut adopter. Claudie [ndlr : Haigneré, la présidente d’Universcience] et Joël de Rosnay nous font confiance. La première soutient notre projet et nos initiatives partenariales et tous deux ont les idées parfaitement claires sur les enjeux du numérique.

Concrètement, cela se traduit comment ?

En matière de visibilité, notre offre est optimisée pour les moteurs de recherche et nous avons procédé à des campagnes de référencement payant ; la démarche est classique. Idem pour les réseaux sociaux : nous avons créé une page Facebook dédiée et un compte Twitter dont nous sommes assez satisfaits.

Du côté du multi-enseignes, c’est avec LeMonde.fr et Dailymotion que les choses ont démarrées -et continuent – mais d’autres alliances sont en cours. Concrètement, en ce qui concerne LeMonde.fr par exemple, nous fournissons généralement, chaque semaine, deux vidéos pour leur rubrique « Planète ».

Côté multi-support, l’application iPhone est en cours de finalisation, notre offre propose maintenant une version HTML 5 pour les iPad et nous préparons un prototype pour TVi.

Comment mesurez-vous votre impact ?

Pour l’instant, nos indicateurs sont le nombre de consultations de vidéos, de visites et de pages vues et le nombre d’abonnés à la newsletter. D’autres indicateurs plus fins nous permettent d’avoir un retour plus qualitatif, mais ils sont à manier avec précaution, comme la durée de consultation des vidéos par exemple.

Ceci dit, l’important n’est pas la valeur absolue de la mesure mais son évolution dans le temps, le « delta ». Par exemple, je ne sais pas forcément mesurer l’intégralité du retour sur influence des réseaux sociaux, mais il est clair qu’il est impensable de ne pas y être présent. Dans une ville, comment mesurer le « retour sur bien-être » des jardins publics sur les citoyens ? Tout ne relève pas du mesurable….

Quid de la VOD ?

Elle doit être refondue car elle n’est aujourd’hui qu’un distributeur classique de vidéos, avec une option de recherche et une navigation par tags. Nous devons la transformer en un univers social, un écosystème relationnel autour des vidéos scientifiques. Pour voir à quel point les internautes peuvent interagir et contribuer nous devons nous l’approprier, mettre en place le développement, faire du community management… Nous accordons une grande importance à l’interface et souhaitons nous inspirer des interfaces cartographiques et des mashups de données (2).

Notes

  1. Trois personnes interviennent pour la webTV, deux pour Science Actualités, trois pour la Cité des sciences et deux pour Universcience. Ils utilisent l’outil Cotweet.
  2. Aussi nommés « applications composites » en français.

Universcience.tv : entre organisation et anticipation

Universcience.tv, c’est 3h de contenus par semaine réparties en 16 cases programme. Nous avons rencontré Françoise Augier, en charge de toutes les productions nouvelles. Avant d’intégrer l’équipe de la WebTV, elle s’occupait du repérage audiovisuel à la bibliothèque d’histoire des sciences et de la programmation cinématographique de la Cité des Sciences et de l’Industrie. Rencontre.

Quel est votre rôle ?

Avec ma collègue Catherine Bourhalla, nous travaillons sur la programmation de la webTV. Catherine achète les droits pour les films qu’on ne produit pas, travaille sur le fond de la bibliothèque, repère ce qui est produit, développe les partenariats. Pour ma part, je gère la production. Je suis le projet de production depuis l’idée, la rédaction des contrats et jusqu’à la recherche du réalisateur, j’aide aux montages financiers, je cherche un plateau si le tournage en nécessite… Notre réflexion s’organise en trois pôles : l’information (journal, interviews…), les émissions (plateau, jeunes, débats…) et les documentaires.

Comment avez-vous créé la programmation de la webTV ?

Un an avant le lancement de la webTV, nous avons réfléchi aux contenus : les types d’émissions, les tons, les formes, les publics visés, les thématiques. La profusion d’idées, l’éventail très large des déclinaisons possibles, la richesse extrême des sujets en ont fait une période excitante. De cette ébullition a surgi une grille de programmes constituée de séries et d’émissions spécifiques.

Pas moins de 136 films ont été produits sur appel d’offres, soit environ 14 h de programmes longs de 1 à 8 minutes : 40 reportages,  60 films courts sur des images de science, 12 débats, 12 films courts pour la série « Petite histoire du cinéma scientifique » dans la case « Histoire(s) de science » (1) et 12 films courts pour la case « On a aimé ce livre » (2). Pour les tournages en interne, comme le « Quiz 5.12 » (3) par exemple, une équipe va à la rencontre des enfants des centres de loisirs (castings, installation des décors, « chauffage de salle »…).

http://www.dailymotion.com/videoxboonc

Qui gère les cases-programme ?

Notre équipe est constituée de personnes à plein temps aidées par des contributeurs ponctuels. Nous attribuons un responsable par case, en général une personne qui travaille dans ce domaine, l’ensemble étant sous responsabilité éditoriale d’Alain Labouze aidé d’Isabelle Bousquet-Maniguet, la rédactrice en chef de Science Actualités.

Par exemple, la case « Vu au musée » (4) est gérée par une spécialiste des expositions de la Cité qui reçoit tous les dossiers de presse des expositions en cours. Elle connait donc bien le monde des musées et est à même de proposer des sujets. Pour la case « On a aimé ce livre », une personne de la bibliothèque nous aide. « Au secours, je comprends rien ! » (5) et le « Quiz » sont tournés avec des animateurs de la Cité et du Palais. La série « au tableau » est tournée avec des scientifiques, comme le physicien Etienne Klein.

Comment les cases sont alternées chaque semaine ?

Chaque semaine nous renouvelons les cases suivant les films disponibles. Nous souhaitons maintenir le niveau de qualité que nous nous sommes fixés. Cela ne va pas sans un peu de stress parfois mais dans l’ensemble les pôles sont toujours équilibrés. Certaines cases disparaissent d’une semaine à l’autre, comme « Brut de chercheur / Pépites d’amateurs » (6) car nous avons besoin de temps pour chercher des vidéos correspondantes, les chercheurs n’étant pas forcément disponibles et les vidéos d’amateurs assez confidentielles. Autre exemple : il y a assez peu de production de vidéos correspondant à la case « Oups ça dérape » (7).

Avez-vous d’autres cases prévues ?

En 2011, nous ajouterons plusieurs autres cases. On ne multipliera pas l’offre pour autant. Nous préférons alterner les cases chaque semaine. Par exemple, « Profession chercheur » (8) alternera avec la nouvelle case « Scientifique en herbe ». En cette fin d’année 2010, nous avons de nouvelles cases :

- « L’Abécédaire » qui propose un abécédaire de la biodiversité, coproduit avec Curiosphere.tv et la participation de Science & Vie et plus tard ceux de la chimie et de la science-fiction

- « Le chiffre », produit avec l’association Pénombre, qui décodera un chiffre dans des secteurs variés de l’actualité, « Science & Fiction » qui démarre ce mois-ci avec la nouvelle expo et présentera des vidéos de l’expo

- une série « Questions de fictions » réalisée à partir d’actualités de science-fiction (films, DVD, BD…)

- la case « Relief » qui présentera des films en 3D visibles avec des lunettes spéciales. A terme, nous visons de rendre les programmes accessibles aux sourds et aux malvoyants et pourquoi pas la traduction en anglais de tous les programmes.

Comment dénichez-vous vos vidéos ?

Nous produisons la moitié des vidéos en interne. Pour le reste, une partie est coproduite avec des sociétés de production (sous forme d’appel d’offre) et le reste, environ 20%, est constitué de films déjà réalisés dont les droits sont acquis pour une durée déterminée. Nous avons environ une vingtaine de partenaires (CEA, CNRS, chaînes de télévision…). Chaque année, nous organisons un comité de sélection pour soutenir la production du documentaire scientifique par un apport entre 5 000 et 10 000 euros.

Pour plus d’informations, lire l’article « Comment se fabrique cette webTV (1) » sur le blog d’Universcience.tv

Notes

  1. Film d’animation racontant un moment singulier de l’histoire des sciences, des techniques et de l’industrie (durée : 3 à 5’).
  2. Film d’animation autour d’extraits lus d’ouvrages scientifiques grand public venant de paraître (durée : 2’).
  3. Des enfants de 5 à 12 ans répondent à des questions autour de la science, de l’environnement et de la santé pour démonter certaines idées reçues (durée : 5’).
  4. Choses vues ou entendues lors des événements, expositions, activités phares ou dans les coulisses de la Cité, du Palais, du MNHN, du CNAM… (durée : 4’).
  5. Le pourquoi du comment expliqué simplement et avec humour par des personnalités du monde scientifique et par les médiateurs scientifiques du Palais de la découverte et de la Cité des sciences (durée : 4’).
  6. Séquences audiovisuelles proposées par des chercheurs, des étudiants, des élèves ou des autodidactes désireux de partager leur passion (durée variable).
  7. Micro-fiction sur des questions environnementales avec la Brigade d’intervention du futur et CAM-X (durée : 2’).
  8. Portrait-interview des acteurs de la recherche avec un fort accent mis sur les motivations, le parcours de formation et le quotidien du travail (durée : 3 à 5′).

Universcience.tv : de l’idée à la ligne éditoriale

Médecin de formation, ancien collaborateur du Matin de Paris et d’Antenne 2, rédacteur en chef de Science Actualités à la Cité des sciences et de l’industrie depuis 1991, Alain Labouze est responsable d’universcience.tv. Il nous explique les enjeux de cette webTV.

Comment est née universcience.tv ?

Deux personnes sont à l’origine de la webTV universcience.tv : l’ancien président de la Cité des sciences et de l’Industrie François d’Aubert (qui ambitionnait de créer une chaîne de télévision scientifique) et Joël de Rosnay, conseiller du président de la Cité (1), qui a vu apparaître le phénomène des webTV il y a plus de deux ans.

Ce projet de webTV est aussi dès le départ lié à Science Actualités, unité de journalistes scientifiques qui propose des articles multimédias en ligne et des expo-dossiers insérés dans un espace muséographique dédié de la Cité car le traitement audiovisuel de l’information scientifique a toujours constitué un axe fort de Science Actualités.

Comment vous êtes-vous positionnés par rapport à la télévision classique ?

Nous sommes partis du constat que la télévision a des limites qu’elle ne pourra pas franchir. C’est un média qui souffre de trois faiblesses. Tout d’abord, il s’agit d’un média de flux qui ne stocke absolument rien. Ensuite, les différentes chaînes de télévision, à des degrés divers, ont beaucoup de mal à édicter une ligne éditoriale cohérente et lisible dans le domaine des sciences. Enfin,  c’est une machine à formater et les sciences n’y sont présentées qu’à travers deux formats : les documentaires de 52 minutes et les magazines du type « C’est pas sorcier ».

En bref, la télévision ne sait faire que de la télévision et globalement aujourd’hui la place de la science y est pour le moins réduite. Par opposition, nous voulions sortir de ces contraintes et construire un réel concept éditorial novateur. Voilà pourquoi nous sommes partis sur l’idée d’une programmation du  type « news magazine » hebdomadaire. Nous présentons des rubriques avec une ligne éditoriale que nous espérons claire, riche, et s’adressant à des publics variés, partageant le goût de l’audiovisuel et de l’information scientifiques.

Près d’un an après le lancement de la webTV (2), où en est-on ?

Chaque semaine, nous programmons environ 3h de production dont plus de 80% de « production fraiche ». Cette production est répartie dans une grille de 16 cases-programmes, renouvelées intégralement tous les jeudis à minuit. Ces programmes sont de nature différente, en termes de format (de 1 à 52 minutes) et de genre (films d’animation, reportages, documentaires, micro-fictions, journal, démonstrations, jeux, etc.).

Nous souhaitons également diffuser à titre exceptionnel des webdocumentaires (mais la production ne fait que commencer), des directs lors d’événements spéciaux et des hommages aux grands hommes et femmes de science disparu-e-s. Notre travail intéresse les journaux comme LeMonde.fr (qui diffuse chaque semaine deux programmes d’universcience.tv dans les pages Planète) ou les chaînes de télévision classique comme Arte qui pré-achète certains de nos programmes courts comme l’Abécédaire de la biodiversité.

Il n’est pas question de baisser l’ambition de ce nouveau média ni en qualité ni en volume de programmes. Nous avons là une obligation de service public et nous savons aussi que la création d’une chaîne de ce type n’aurait pu se faire dans le privé. Le modèle Universcience d’un opérateur national de référence pour la culture scientifique est une chance considérable pour ce projet qui nous donne une grande responsabilité.

Car, au-delà d’universcience.tv, c’est une nouvelle politique de production audiovisuelle dans le domaine scientifique qui est train de voir le jour avec de très nombreux partenaires qui entrent en coproduction de nos programmes, qu’il s’agisse des organismes de recherche, des universités, de tout le réseau de culture scientifique français ou encore des médias de toutes sortes…

Quid de Science Actualités ?

Science Actualités fait peau neuve ! Le nouveau site « www.science-actualite.fr » va voir le jour très prochainement. Il intégrera évidemment les vidéos de la webTV. Nous tenons beaucoup à ce site d’actualité scientifique géré par un musée et une association de journalistes scientifiques, l’AJSPI. Ce fonctionnement a très peu d’équivalents en Europe, à part peut-être Antenna au Science museum de Londres.

Du nouveau côté smartphones ?

Notre application iPhone va sortir ce mois-ci. Elle s’accompagne d’une réflexion de notre part sur la relation entre la webTV et la VOD. A l’origine, il s’agissait de deux projets séparés (et deux sites distincts) mais nous avons choisi de les rassembler dans une même application et du coup de fusionner les sites internet. La logique des « poupées russes » était dure à tenir jusqu’ici. Vous trouverez quatre parties dans l’application : hebdo vidéo, VOD, blog et une case dédiée aux options et outils.

Notes

1. Joël de Rosnay est un biologiste spécialiste des origines du vivant et des nouvelles technologies. Il s’intéresse particulièrement à la prospective. Il a dirigé le service de la prospective et de l’évaluation de la Cité des sciences. Il est présent sur Twitter sous le pseudo @derosnayjoel. Voir son site.
2. La webTV a été lancée le 1er janvier 2010 mais les équipes travaillent sur la production depuis mars 2009.