Novaterra : Odyssée spatiale pour les collégiens du Rhône

Il y a peu, j’ai eu la chance de discuter avec Christophe Monnet sur un des projets mené par le centre d’expérimentation multimédia Erasme, où il travaille. Il m’a présenté LaClasse.com, l’Espace Numérique de Travail (ENT) des collèges et des écoles du Rhône et en particulier le projet « Novaterra » que j’ai envie de partager avec vous aujourd’hui. Voici en quelques mots une présentation du projet, rédigée à partir de cette page et de mon entretien avec Christophe :

Chaque rentrée scolaire, depuis septembre 2009, des classes de collège et de primaire du Rhône sont cryogénisées et envoyées dans l’espace. Elles se réveillent en orbite autour d’une exoplanète, Novaterra, et font connaissance avec le personnel de bord, dont le « commandant » Francis Valéry, auteur de science-fiction et (ancien) responsable scientifique de la Maison d’Ailleurs, le musée de la science-fiction d’Yverdon-les-Bains, près de Lausanne (Suisse) [lire ma visite de ce musée]. Elles sont aussi accompagnées par des astrophysiciens de l’Observatoire de Lyon, du Planétarium de Vaulx-en-Velin et par le service des collections du Musée des Confluences. Leur mission : cartographier Novaterra et en décrire ses composantes (faune, flore, ethnologie, archéologie…) en vue de constituer son encyclopédie (textes, images, sons, etc.).

Tout au long de l’année, les élèves vont décrire cette planète avec leurs professeurs de français, d’art plastique, de musique, mais ils vont aussi l’étudier avec les professeurs de Science de la vie et de la terre et de physique. Ils répondent aux consignes de l’auteur, qui est à la fois commandant du vaisseau et éditeur de l’encyclopédie. Leur travail s’articulera autour de formes littéraires courtes, intégrant les notions de science / non-science. Ils s’interrogent ainsi sur la nature du vrai en science, de l’imaginaire et du réel. Les classes seront invitées à créer un champ linguistique original ainsi qu’une grammaire, une mythologie, des herbiers imaginaires, des instruments de musique, etc.

Elles s’enrichissent du travail des uns et des autres et obtiennent des conseils des équipes du Planétarium. Le musée des Confluences leur envoie des photos de spécimens tirés de ses collections d’histoire naturelle qui font écho aux espèces imaginaires trouvées par les élèves. Ce sont aussi des rencontres réelles : en début d’année, les professeurs et tous les accompagnants se sont rencontrés pour décider du scénario, de la méthode de travail et se former aux outils collaboratifs que le centre Erasme développe et adapte spécifiquement pour ce projet. En milieu d’année, Francis Valéry et des scientifiques passent dans chacune des classes pour une rencontre. En fin d’année toutes les classes participent ensemble à une visite de l’Observatoire de Lyon et à un spectacle scientifique au Planétarium de Vaulx-en-Velin. Chaque année, 10 nouvelles classes participent à l’aventure en partant des travaux des classes précédentes.

Je trouve ce projet pédagogique – maintenant achevé – tout à fait enthousiasmant : il permet aux élèves d’aborder des tonnes d’informations scientifiques (presque) sans s’en rendre compte ! Il me fait penser à un livre, récemment publié : Exquise planète, aux éditions Odile Jacob, qui est la description d’une planète imaginaire, sous la forme d’un « cadavre exquis », par l’archéologue Jean-Paul Demoule, l’astrophysicien Roland Lehoucq, le paléontologue Jean-Sébastien Steyer et l’auteur de science-fiction Pierre Bordage.

>> Pour aller plus loin : découvrir toutes les classes culturelles numériques accompagnées par Erasme

Blogging : it’s (also) a girl thing !

Détournant le titre de la catastrophique campagne de la Commission Européenne pour la Recherche et l’Innovation qui souhaitait inciter les jeunes filles à se tourner vers des études scientifiques, je m’en vais vous proposer une petite liste de blogs de sciences tenus par des femmes (pas forcément scientifiques). Parce qu’il en existe (et ouais !) et qu’on a parfois du mal à les citer au détour d’une conversation, mais surtout pour féliciter ces blogueuses et les inciter à poursuivre ! Je l’avais entamée en commentaire d’un article du blog « Tout se passe comme si » ; je me suis dit qu’en la partageant ici, on pourrait peut-être la compléter ensemble si vous le voulez bien :-)

(1) Les filles du C@fé des sciences (je vais avoir besoin de vous pour compléter, les cafetiers !) :

(2) Du côté de la culture scientifique et technique :

  • Vulgaris, tenu par Malvina Artheau (et Thomas), qui parlent de vulgarisation scientifique
  • Bruits de couloir, tenu en partie par Audrey Bardon et Elodie Decarsin, qui racontent les aventures du centre de sciences de Toulouse (Science Animation)
  • La galaxie de Florence Porcel avec beaucoup d’astronomie dedans !
  • Le blog de Jade Le Maître avec des femmes et des sciences
  • Hard Sciences, par Camille Cocaud (malheureusement inactif)
  • Sciences au cinéma, par Hélène Arnal
  • Le blog de Marine Soichot, autour des thèmes Science et société, environnement, culture, média
  • Deuxième labo, avec Elifsu Sabuncu (et Antoine Blanchard)
  • Make Hack Fab, par Camille Bosqué
  • Tu mourras moins bête, par l’illustratrice Marion Montaigne (merci Julie)
  • Tripwombat, par Jessica Scholle qui raconte son travail au WA Museum en Australie
  • Atom Hotel, tenu par Merculie, enfin Julie Chapelle !
(3) Les journalistes scientifiques :
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(4) Du côté des sciences humaines (et notamment sur Hypotheses.org)

(5) Au-delà de nos frontières et / ou en anglais :

(6) Les tweeteuses (là aussi, il y a de la place !) :
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(7) Sans oublier les communautés, avec des blogueuses d’un jour (ou plus) comme sur Knowtex - dont Gayané Adourian s’occupe – MyScienceWork (quasiment que des filles), Allez les Filles ! Osez les sciences ! et Echosciences Grenoble !
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(8) Pas forcément (que) de sciences :
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A vous de jouer ! Donnez vos blogs de filles en commentaire ! :-)
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>> IllustrationMike Licht (Flickr, licence cc)

Concours de nouvelles : « L’essentiel est de ne pas sacrifier la fiction à la science »

Quand on aime les sciences et la littérature, impossible de louper les concours de nouvelles de l’ENSTA ParisTech (Nouvelles avancées) et du Muséum de Toulouse (voir la page des concours) ! Ils ont lieu tous les ans depuis 2010 pour le premier, 2011 pour le second, avec des thèmes aussi inspirants et variés que « le meilleur des mondes », l’imprévu, l’eau, la violation des lois physiques, le « mélange des genres », la préhistoire, les météorites ou les ours ! J’ai eu la chance de rencontrer Laurence Decréau et Maud Dahlem (@MaudDahlem), les responsables de ces deux concours. Elles ont toutes deux accepté avec gentillesse et enthousiasme de répondre à mes questions :

Quels sont vos rôles respectifs ?

Laurence Decréau : Je dirige le Département « Culture, Communication » de l’ENSTA ParisTech, une grande Ecole d’ingénieurs. Plus concrètement : d’une part je définis le programme des cours dans ces disciplines (Philosophie, Epistémologie, Sociologie, Théâtre, Histoire de l’Art, Littérature, etc.) et j’anime l’équipe pédagogique. D’autre part, j’organise avec des élèves des événements transversaux mariant sciences et humanités : des tables rondes interdisciplinaires (« Rugby quantique »…), et le concours de nouvelles « Nouvelles Avancées ».

Laurence Decréau

Maud Dahlem : Je suis Chef de projets numériques au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse. J’ai pour mission de rendre accessibles les thématiques abordées au Muséum à tous les publics en ligne, dans les expositions et lors des activités, selon leurs usages et leurs centres d’intérêts, et de provoquer des échanges. En clair : donner les opportunités à nos publics de s’exprimer et de participer activement aux offres du Muséum.

Maud Dahlem à Museomix Grenoble, en novembre 2013

Pourquoi avoir lancé un concours de nouvelles ?

Laurence : Je milite pour une culture unifiée, mêlant sciences et lettres. Un concours de nouvelles à thématique scientifique permet la rencontre de deux univers trop cloisonnés : celui des scientifiques et celui des littéraires. Chacun y trouve matière à sortir le nez de sa « case » tout en gardant un pied dedans : les scientifiques laissent leur imagination guider leur plume – une fois n’est pas coutume ! – sur des sujets qui leur sont familiers ; les littéraires découvrent dans la science un vivier insoupçonné de sujets et d’intrigues…

Maud : Pour trois raisons : favoriser les regards croisés entre disciplines, donner aux personnes qui écrivent ou qui prennent des photos l’opportunité de s’intéresser aux sciences et permettre à ces mêmes personnes de s’exprimer auprès de l’institution et de ses publics.

Concours Nouvelles avancées 2014 – Illustration de Julie Lannes

Quel rapport entretenez-vous avec les sciences & la littérature ?

Laurence : Un rapport enfin pacifié ! Titulaire d’un bac scientifique, j’ai fait des études de lettres par passion – mais la nostalgie des sciences m’est restée. Il m’a fallu quelques années pour comprendre qu’il y avait moyen de concilier les deux.

Maud : Scientifique de formation, j’aime les sciences mais je lis aussi énormément. En revanche, je n’écris pas.

Concours du Muséum de Toulouse 2013

Comment se passe concrètement votre concours ?

Laurence : Nous choisissons le sujet avant les grandes vacances, et la remise des prix a lieu au printemps suivant. L’équipe organisatrice est constituée d’élèves-ingénieurs volontaires, environ une demi-douzaine, qui prennent en charge la création et la gestion du site, celle de la page Facebook, la communication auprès des étudiants ainsi que la préparation de la remise des prix (table ronde et cérémonie). Le choix du sujet et du visuel, le recrutement du jury et des partenaires, la conception du plan de communication et la coordination de l’ensemble me reviennent. Quant à la lecture des nouvelles, elle s’effectue en deux temps : un groupe de lecteurs volontaires choisis parmi nos partenaires (une quinzaine, cette année) sélectionne les 10% de meilleures nouvelles dans chaque catégorie (Grand public ; Etudiants en Sciences ; Elèves et classes du secondaire). C’est ensuite au jury de s’entendre sur le palmarès !

Nous avons reçu l’an passé 406 nouvelles : un quart venaient d’étudiants scientifiques, le reste du « grand public ». Cette proportion est à peu près constante d’année en année. Pour cette édition 2014, nous avons ouvert le concours aux classes du secondaire et avons reçu 476 nouvelles dont 190 du Grand Public, 165 des élèves et classes du Secondaire et 121 des étudiants scientifiques.

Les thèmes des concours Nouvelles avancées de l’ENSTA ParisTech entre 2010 et 2013

Maud : La question est vaste ! Le concours s’organise autour de dates libres et cohérentes avec la programmation générale du Muséum. Nous choisissons un thème en rapport avec une exposition ou un de nos sujets d’actualités, mais également intéressant et exploitable pour les personnes qui ne peuvent pas venir à Toulouse.

Nous ne souhaitons pas « coller » littéralement à ce qui est présenté au Muséum, afin de prolonger l’expérience vécue. Par exemple, dans le cas de notre premier concours « Racontez-nous une pré-histoire » (2011) [ndlr : lire les deux billets au sujet de ma participation ici et ], il fallait imaginer les conditions de vie (et de mort !) de deux femmes de la préhistoire dont les squelettes étaient exposés au Muséum. Une création différente de la démarche scientifique engagée dans l’exposition. En 2012, le sujet photo était « L’eau é-moi » pour recentrer le sujet sur l’individu – non traité en exposition – et sur l’émotion, un moyen d’impliquer le visiteur sur son engagement personnel vis-à-vis de l’eau.

Pour notre dernier concours, « Dans la peau d’un ours » (2013), il s’agissait d’un prolongement du dernier espace de l’exposition « Ours, Mythes et réalités » qui cherche à réconcilier l’homme à l’animal sauvage. L’ours est bien présent dans l’imaginaire, c’est aussi un sujet polémique. Avec le concours, les participants pouvaient s’exprimer sur le sujet sans pour autant craindre d’être jugés sur leur connaissance de la question.

Concernant l’animation du concours, j’avoue que c’est assez chronophage, surtout pour animer le blog et correspondre par email avec les participants. Car oui, il est aussi un peu humain notre concours, ce n’est pas juste une machine… Lors de nos trois éditions, entre 2011 et 2013, nous avons récolté respectivement 53, 62 et 210 nouvelles (dont 41 par des jeunes de moins de 18 ans) [ndlr : plus d’informations ici].

Les affiches des concours du Muséum de Toulouse en 2011 et 2012

Que vous apporte le concours, ainsi qu’aux participants et au jury ?

Laurence : En ce qui me concerne, ce concours est une aventure qui se renouvelle chaque année : il ouvre la porte aux rencontres les plus imprévues, permet de découvrir de vrais talents, et offre une plongée saisissante dans l’imaginaire de nos contemporains – jeunes et moins jeunes, scientifiques ou pas… Le jury, quant à lui, se prend chaque fois au jeu avec une passion qui m’ébahit : la précision des arguments démontre à l’évidence avec quelle attention les textes sont lus, et tout le monde s’étripe joyeusement lors du déjeuner de délibération. Quant à la remise des prix, elle tient à la fois du bar des sciences, du salon littéraire et du banquet d’Astérix : on y pulvérise les cloisons dans la jubilation. Ce qui est en somme le but de ce concours… Si j’en juge par la fidélité de nombre des candidats, la mission est plutôt réussie.

Maud : Les concours nous permettent de toucher des personnes sur des sujets concernant les sciences et la conscience du vivant et donc de les sensibiliser et/ou (encore une fois) de leur donner la parole. Nous pouvons ainsi pousser les murs du Muséum et communiquer/interagir au-delà de Toulouse et sa région. Cela a créé une communauté des amis du Muséum.

Les concours sont devenus des rendez-vous d’échange (à double / triple sens !) où tout le monde peu s’exprimer, pas seulement les scientifiques. Les participants sont très enthousiastes, certains communiquent avec moi quasi quotidiennement en m’envoyant des liens d’actu, des réflexions. D’autres m’écrivent comme si nous nous connaissions, ou même me joignent quand ils arrivent au Muséum pour parler 5 minutes. Ils leur manquaient peut-être une dimension humaine pour leur donner envie de s’introduire dans un muséum. Car nombreux sont les participants qui n’étaient jamais venus chez nous (pas la « culture musée », pas d’enfants…ou …ou) et qui reviennent par la suite !

Visite de l’exposition sur les squelettes, au Muséum, avant la remise des prix, en 2011

Est-ce dur de juger des textes qui mêlent sciences et littérature ?

Laurence : Un bon texte est un bon texte : qu’il contienne un zeste de science ou une louche, on le reconnaît vite ! Certains lauréats, manifestement peu férus de sciences, s’en sortent par une pirouette ; à l’inverse, un mordu d’équations est parvenu à tirer de la relativité d’Einstein un conte savoureux, avec des héros attachants… Tous les genres et couleurs se côtoient : SF, fantastique, réalisme. L’essentiel est de ne pas sacrifier la fiction à la science.

Maud : Ce serait une question à poser aux membres du jury ! Je la retiens donc pour le jour de la délibération.

Quel est le thème qui vous a le plus plu ?

Laurence : Celui de l’an passé : « Hors-la-loi : quand la pomme ne tombe plus ». Tout en étant le plus scientifique (la transgression d’une loi), c’est celui qui incitait le plus au délire… Un délire forcément méthodique ! Les résultats ont été à la hauteur.

Maud : Tous !

Table ronde sur « L’eau, enjeu mondial » avant la remise des prix du concours Nouvelles avancées 2012, à l’ENSTA ParisTech

Les nouvelles lauréates ont été publiées en numérique au Muséum et sur papier à l’ENSTA. Pourquoi ces choix ?

Laurence : Ancienne éditrice, je garde un gros faible pour le livre. C’est une façon de lui rendre hommage, alors que nos élèves sont plus coutumiers des écrans.

Maud : Lors de la première édition, nous collaborions avec la Bibliothèque de Toulouse. Une de leur démarches étant d’accompagner les lecteurs au numérique, nous sommes partis sur l’idée d’une e-publication. Le Muséum garde cette démarche, ce qui nous permet aussi d’être plus autonomes. L’accessibilité aux textes est plus grande et donc la diffusion plus efficace. Pour « Le caillou céleste » (2012), il y a eu près de 3 000 téléchargements. En 2013, nous avons été démarchés par l’éditeur Edilivre pour un partenariat. C’est une année test pour une version papier. A suivre….

Que pensez-vous de vos concours respectifs ?

Laurence : Chapeau pour l’originalité des sujets ! J’admire tout particulièrement cette façon de concilier une contrainte scientifique a priori assez restrictive (la préhistoire, forcément) et un angle très littéraire : le jeu sur le point de vue, avec « Dans la peau d’un ours », ou sur le genre (en l’occurrence : le polar), avec l’enquête sur les femmes assassinées… Cette approche est très astucieuse, de la part d’un musée : rien de tel que l’imagination pour s’apercevoir de l’infinie richesse d’un domaine, et donner envie de l’explorer dans ses moindres recoins.

Maud : Je suis le concours de l’ENSTA avec intérêt. J’aime son jury pluridisciplinaire et sa présentation claire. Ce concours profite du réseau de l’école, ce qui est une bonne chose aussi pour les prix à gagner. En revanche, je trouve dommage de n’avoir accès aux textes qu’en achetant le livre. Du coup, je n’en ai lu aucun !

De gauche à droite, le jury du concours 2011 de Nouvelles avancées : Olivier Rey, Roland Lehoucq, Jacques-Antoine Malarewicz, Andrea H. Japp, Sven Ortoli et les 1ers prix : Gulzar Joby (grand public), Thibaut Foch (Elèves, AgroParisTech)

Quels sont vos projets pour les futurs concours ?

Laurence : Agrandir l’audience, notamment du côté des étudiants scientifiques et des classes de lycées : le décloisonnement sciences/lettres pour lequel je prêche se pratique d’autant mieux qu’on s’y met plus tôt…

Maud : Notre prochaine exposition sera sur le thème des bébés animaux, à destination des 3-8 ans. C’est une exposition coproduite avec le Muséum d’Histoire naturelle de Bruxelles. Pour le concours, nous partirons peut-être sur le sujet de la filiation (ethnologique, génétique, etc.)… ou sur un autre thème, déconnecté de l’exposition temporaire. C’est encore en cours de discussion !

Un grand merci à vous deux pour vos réponses et bon courage pour la suite des aventures en terres de sciences et de fiction !

Journalistes scientifiques de France et de Navarre…

Unissez-vous ! ;-) Créée en 1955, l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) regroupe 250 adhérents, dont environ 40% d’indépendants, appartenant à tout type de médias : presse écrite, radio, télévision, web… J’en suis moi-même membre depuis mon stage dans la rédaction de Sciences Actualités à la Cité des sciences en 2008, grâce à Olivier Boulanger et Viviane Thivent, que je remercie ici chaleureusement.

Le bureau de l’AJSPI compte 9 membres et se réunit une fois par mois. Cette association, la troisième plus grosse d’Europe, est membre fondateur de l’Union européenne des associations de journalistes scientifiques (EUSJA) [edit du 17/01 suite au commentaire de Cécile : l'ASPI n'est en fait plus membre de l'EUSJA mais de la Fédération mondiale des journalistes scientifiques, la WFSJ].

Très active, l’AJSPI organise des petits déjeuners scientifiques, des débats, des formations, des visites et voyages organisés et une bourse d’échange chercheurs-journalistes, que j’ai eu la chance de décrocher en 2011 et qui m’a permis de découvrir l’Unité Neurobiologie de l’Olfaction et Modélisation en Imagerie à l’INRA de Jouy-en-Josas et de rencontrer Roland Salesse, chargé de mission culture scientifique. En tant que jeune journaliste scientifique indépendante, l’adhésion à cette association m’a permis à l’époque de ne pas me sentir perdue dans le monde plutôt hostile de la pige.

Maintenant que je travaille à Grenoble, j’ai moins l’occasion de voir mes confrères mais j’ai tout de même pu en rencontrer à l’occasion des dernières journées « Science et Montagne ». J’ai également eu le plaisir de parrainer la talentueuse journaliste et illustratrice Aurélie Bordenave.

Aujourd’hui, sur Twitter notamment, je participe aux échanges et « débats » concernant le journalisme scientifique et ses liens potentiels avec le monde de la culture scientifique. Mathieu Rouault, entre autres, en fait de même avec le site Speak Science. Mon poste, à la Casemate, à la frontière entre journaliste scientifique et médiation (numérique) m’offre l’occasion de tester et réinventer, à mon niveau, le métier de journalisme scientifique. J’estime d’ailleurs ma pratique plus proche de celle des « science writer » anglo-saxons que du « journaliste » tel qu’on l’imagine en France… Je serai d’ailleurs curieuse d’en discuter plus longuement avec ceux que ça intéresse – j’ai déjà eu l’occasion de le faire avec Pierre Munsch, doctorant en sciences de l’infocom.

Au sein d’Inmédiats, nous sommes également plusieurs à réfléchir à ces nouveaux rapports entre journalisme, vulgarisation, culture scientifique et numérique. C’est également le cas à l’échelle européenne, dans le réseau des centres de sciences et des Musées (ECSITE) dont certains membres sont journalistes. Bientôt une rencontre entre l’EUSJA et ECSITE (à moins qu’elle ait déjà eu lieu…) ?

Afin de poursuivre ce travail de « réseautage », je vous propose d’ors et déjà la liste des membres de l’AJSPI présents sur Twitter. Vous pourrez ainsi profiter de leur travail de veille et les interpeller sur leur métier. Vous verrez qu’ils ne mordent pas ^^ et surtout que ce sont des passionnés, à l’image de Cécile Michaut. Si vous êtes membres de l’AJSPI mais pas dans la liste, ou tout simplement si vous souhaitez poursuivre la conversation, laisser un commentaire !

>> IllustrationJuho William Tauriainen (Flickr, licence cc)

Petit guide pour parler de sciences à destination des profs qui n’osent pas

Parler de sciences dans mon cours de français / avec mes élèves de primaire (hors des enseignements obligatoires) ? Bof, les sciences, c’est pas trop mon truc tu sais… Déjà à l’école je n’y comprenais rien. J’étais vraiment soulagé quand je me suis orienté en L et refaire des maths pour le concours, ça m’a donné des boutons. D’ailleurs, même si j’avais envie, j’aurais trop peur de dire des conn***** aux élèves…

- T’inquiète, parler de sciences, c’est pas si difficile et tu es sans doute bien placé pour le faire comme le dit Philippe Meirieu. Et puis ça devient de plus en plus nécessaire dans un monde où les sciences et techniques sont omniprésentes. Y’a pas (que) moi qui le dit, y’a aussi l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

- C’est-à-dire ?

- Les petits jeunes que tu as devant toi trouveront du travail en tant qu’ingénieurs, ils utiliseront des smartphones toujours plus performants (et d’autres interfaces encore inconnues), ils seront confrontés à des choix éthiques cruciaux concernant la procréation médicalement assistée, le changement climatique, etc… Ils ont besoin d’en savoir plus !

- Mais… Et les jeunes qui ne veulent pas être ingénieurs ?

- Ils font aussi partie de la société, comme toi qui n’aimes pas les maths, ils seront confrontés aux sciences et aux techniques également. Et puis on aura aussi besoin de littéraires… qui réfléchissent sur les sciences (comme Yves Citton).

- OK, alors comment je fais si je n’y comprends rien aux sciences, pour en parler aux élèves sans avoir l’air bête ?

- Pour te (re)mettre à niveau, tu peux trouver un stage ou une formation qui te convienne (l’Académie des sciences le proposait en 2007 et des documents sont disponibles en ligne, par ex. sur le site Astep ou de Sciences à l’école). Tu peux aussi travailler avec tes collègues d’autres disciplines. Tu le fais sûrement dans le cadre de sorties scolaires, pour les TPE ou toute autre activité, alors pourquoi ne pas installer un sismographe ou un cosmodétecteur à l’école ou encore participer à un concours lancé par un laboratoire ou l’université locale (à Grenoble, tu as notamment « La Recherche fait école« , « Nano@school » ou « Faites de la science » ; cherche bien près de ton école)

- Bon, jusque-là, rien de bien nouveau…

- Ensuite, tu peux te mettre en contact avec le CCSTI le plus près de chez toi.

- Le CCquoi ?

- CCSTI, Centre de culture scientifique, technique et industrielle. Il s’agit de centres spécialisés dans la création d’expositions scientifiques et/ou dans la médiation des sciences. A Paris, c’est la Cité des sciences et à Grenoble, La Casemate, où je travaille. Tu pourras peut-être visiter une exposition avec tes élèves et travailler sur les contenus pédagogiques avec les médiateurs du CCSTI. Si le centre ne propose pas d’expo, ils peuvent peut-être se déplacer dans vos classes ou bien t’orienter vers d’autres acteurs. Il y a au moins un CCSTI par région, parfois un par département. Tu trouveras la liste ici. Et bien sûr, tu peux faire de même avec les muséums, éco-musées, associations (les historiques La Main à la Pâte & Les Petits Débrouillards et puis Science ouverte, Planète Sciences …), etc.. Regarde du côté de l’AMCSTI, tu devrais pouvoir en trouver !

- OK ! Et si je vis à Nantes, Paris, Grenoble ou près d’Yverdon-les-Bains (Suisse) ?

- A Nantes, je te conseille le festival de science-fiction les Utopiales, la dernière journée est dédiée aux scolaires. A Yverdon, petit chanceux, il y a le musée qu’il te faut & à Grenoble (presque) tous les acteurs sur un même site (oui bon, OK, c’est de l’autopromo) ! A Paris, à part les incontournables (Universcience, Musée des Arts et Métiers, Muséum, ESPGG, Paris Montagne, etc.), tu peux facilement aborder l’histoire des sciences au détour d’une rue : Amélie te propose des petits balades scientifiques pour chaque arrondissement à compléter avec ce livre sur les grandes expériences scientifiques à Paris. Oh et puis tant que tu es dans l’histoire des sciences, profite-en pour évoquer les femmes scientifiques, ça ne coûte rien et ça pourrait donner des idées aux jeunes filles de ta classe.

- Wouha, super ! Mais tu sais, j’ai pas un kopeck pour organiser une sortie avec mes élèves…

- Alors là va peut-être falloir monter des dossiers et convaincre ton directeur… Mais bon, si tu oses affronter les sciences alors c’est pas un dossier qui va te faire peur ! Dans l’Académie de Grenoble, le « Contrat éducatif isérois » permet de financer certains projets. A toi de trouver l’équivalent dans ton académie !

- En attendant un financement, faut que je me débrouille tout seul à l’école.

- Bon alors il faut faire simple… Tu leur fait étudier des bouquins à tes élèves ?

- Bien sûr…

- Pourquoi ne pas tenter des livres dont la science fait d’une manière ou d’une autre partie de l’histoire (comme le très documenté « Prodigieuses créatures » de Tracy Chevalier ou plus étonnement de « La vie mode d’emploi » de Georges Perec, comme l’explique Jean-François Chassay dans cette vidéo), de la poésie ou des haïkus sur les sciences (soyons fous : des tweet-haïkus ?), ou carrément des livres de science-fiction (il y a de très bons livres jeunesse et tu peux organiser un rallye), voire des policiers qui laissent une bonne place à la police scientifique ? Benjamin en parle ici. N’hésite pas à questionner ton libraire, ils connait peut-être des auteurs locaux susceptibles d’intervenir dans ta classe. Et puis c’est l’occasion de proposer un cycle complet aux élèves en ajoutant des séances de dessin de vaisseaux spatiaux ;)

- Ah oui, les livres, j’adore ! J’aimerais bien les faire écrire un peu aussi, du coup…

- Ah oui, bonne idée ! Est-ce que ton école ou ta classe tient un journal ? Ça vaudrait le coup de te rapprocher du CLEMI local pour faire découvrir les média à tes élèves tout en leur faisant écrire sur les sciences. Et chaque année, tu pourras concourir pour le meilleur journal de France ! Et du côté de la fiction, tu pourrais travailler sur le format de la nouvelle et faire participer tes élèves à un concours (voir une liste ici). [Edit du 14/01/14] Il existe aussi le théâtre de sciences : tes élèves pourraient assister à une représentation (regarde dans cette base de données si tu trouves une compagnie qui te plait), voir écrire une petite pièce, éventuellement avec l’aide d’un auteur comme Anne Rougée [voir le commentaire de Delphine en-dessous du billet].

- Et pour faire des maths en rigolant, t’as quelque chose ?

- Peut-être coupler les chiffres à un soupçon de design en tentant la « data-visualisation » comme à Rennes ou bien ajoute des calculs et des conversions dans tes séances de sport (hop, un petit article et une vidéo)… Tu vois, c’est pas si compliqué ! Bon alors, tu essaies et tu m’en parles en commentaire ? ;-)

>> Quelques références supplémentaires :

>> Illustration : RDL (Flickr, licence cc)

20 Tumblr pour les amoureux des sciences

Avec ou sans gifs, vous les voyez passer presque quotidiennement dans votre timeline. Et si on joignait l’utile et l’agréable en découvrant des Tumblr sur les sciences ? Voici une sélection de 20 Tumblr pour commencer, en attendant les vôtres en commentaires !

GENERALITES

Future of science : A collection of signals for forecasting the future of science. Curated by Ariel Waldman and Eri Gentry, researchers at Institute For The Future.

#6SecondScience Fair : How much science can you fit into 6 seconds ?

Les joies du code :

 

Science Porn : The beauty of Science and the Cosmos.

ANIMAUX

WTF, Evolution ? : Honoring natural selection’s most baffling creations. Go home, evolution, you are drunk

Actual Pokemons : real-life animals that could have been pokemons

ILLUSTRATIONS

Scientific illustration :

Fuck Yeah Art & Science :

Fresh Photons : An infinitely expanding collection of science imagery curated by image enthusiast and scientist Chris Ing.

ArtoBlogica :

Fuck Yeah, Math and Science Tattoos!

CHERCHEURS & DOCTORANTS

This is what a scientist looks like : Change the perception of who and what a scientist is or isn’t.

Ciel mon doctorat :

La vie d’archéologie en gif : Toi aussi tu aimes les coupes strati ? Tu fais des sondages pelle-pioche alors que la pelle mécanique est ta meilleure amie ? Tu te moques des pinceaux de préhistoriens en agitant fièrement ta marshalltown toute neuve ? Ce Tumblr est fait pour toi.

The casual paleontologist :

FEMMES & SCIENCES

Women in space : Only 10% of people in space have been women, and on Tumblr that seemed even less. so here it is for your inspiration. Let’s hear it for our Female Astronauts!

Women rock science : Telling the Stories of Women and Girls in Science

HUMOUR

Trex Trying : The Unfortunate Trials of The Tyrant Lizard King, By Hugh Murphy

Fake Science :

Fuck yeah science jokes : Because science is awesome.

Y’EN A UN PEU PLUS, JE VOUS LE METS ?

SF, utopie et voyages extraordinaires à la Maison d’Ailleurs

Le 19 décembre dernier, j’ai fait un petit voyage en Suisse. Après un bon déjeuner à Lausanne avec Alan Vonlanthen (@alanvonlanthen), le nouveau président du C@fé des sciences et un des animateurs du site Podcast science, direction Yverdon-les-Bains pour (enfin) découvrir la Maison d’Ailleurs.

Ce musée « de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires » a été fondé en 1976 par Pierre Versins, qui a récolté près de 50 000 livres et objets en près de 25 ans, rédigeant au passage l’incroyable Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, parue quatre ans avant l’ouverture du musée (et dont je suis l’heureuse propriétaire). Ça, c’est l’encyclopédie :

Et ça, c’est le meuble rassemblant des fiches de lecture de Pierre Versins par ordre thématique, présenté à la Maison d’Ailleurs. En clair, une partie des notes qui lui ont servi à rédiger l’encyclopédie, sur des petites fiches perforées ! o_O’

L’exposition actuelle (jusqu’au 2 mars) est intitulée « Stalker l Expérimenter la Zone » et s’inspire du livre « Pique-nique au bord du chemin » des frères Strougatski (1972) adapté au cinéma en 1979 par le cinéaste russe Andreï Tarkovski.

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« Ce texte raconte les péripéties d’un personnage, un Stalker, qui passe son temps à se rendre dans la Zone – lieu mystérieux rendu dangereux par la visite d’extraterrestres –, afin de récupérer les objets laissés par ces visiteurs d’un autre monde dont on ne sait rien. Ce récit est le plus souvent interprété comme une métaphore sur le processus de connaissance ou, plutôt, sur les limites de ce même processus (…) Depuis 1986, le terme « Stalker » est également associé à la catastrophe de Tchernobyl : il désigne les personnes qui parcourent illégalement les zones interdites d’accès aux alentours de la centrale sinistrée, à la recherche de pièces détachées en métal (…) Le « Stalker », c’est le passeur illégal qui accompagne les visiteurs téméraires dans la Zone, un lieu interdit et énigmatique, théâtre d’un cataclysme sans précédent » (voir le guide du visiteur).

Vous l’aurez compris, il est sujet de SF post-apocalyptique dans cette exposition qui prend place dans tout « L’Espace Souvenirs du Futur » du musée, basé sur les collections de la Maison d’Ailleurs. Dans des salles au look très épuré (blanc, noir, miroirs…), cet espace « offre une chronologie générale de la science-fiction aux XXe et XXIe siècles [et] traite de la science-fiction à travers les quatre grands médias dans lesquelles elle s’est le plus couramment exprimée : la littérature, la bande dessinée, le cinéma et la musique« .

En effet, dans les deux premières salles, je découvre une sélection de livres traitant du thème du poste-apocalypse. Pour les avoir lus, j’ai reconnu Quinzinzinzili (Régis Messac), Ravage (René Barjavel), Demain les Chiens (Clifford Donald Simak) et La Route (Cormac McCarthy) ainsi que les différentes éditions du livre Stalker (voir photo ci-dessus).

Dans la salle suivante, la bande dessinée, les mangas et les comics sont à l’honneur avec entre autres Akira par  Katsuhiro Ōtomo, Nausicaä de la vallée du vent par Hayao Miyazaki (pour avoir grandement souffert du nucléaire, le Japon s’illustre dans cette veine), le Tranceperceneige de Jacques Lob & Jean-Marc Rochette (BD récemment adaptée au cinéma). Ces œuvres montrent le renouveau après l’apocalypse et une certaine volonté de changement. Je découvre par la même occasion que l’auteur de SF grenoblois Jean-Pierre Andrevon est également un dessinateur accompli (voir dessin ci-dessous) ! Dommage qu’on ne puisse pas feuilleter tous ces ouvrages !

Salle suivante : place au cinéma avec des affiches présentées dans une ambiance sombre. On apprend que les années 1970-1980 ont été l’âge d’or de la SF post-apocalyptique au cinéma tandis que les années 2000 voient le renouveau de ces films sur le thème des catastrophes écologiques (ex : Le Jour d’Après). En résumé, ces films sont présentés comme la mise en scène des angoisses des différentes époques.

La salle consacrée à la musique a été une bonne surprise ! On y découvre la capacité de la science-fiction à créer des mondes et l’importance de la musique sur nos sensations, notamment dans les bandes originales de films (voir photo d’albums ci-dessous, avec notamment « Don’t stop me know » de Status Quo et « Star’s end » de David Benford) :

J’ai un peu moins accroché dans les dernières salles de l’exposition, avec une mise en scène « fin du monde » peu convaincante, des photos de lieux réels abandonnés et du tournage du film Stalker ainsi qu’un écran avec un chien errant qui vous suit (cherchez la Kinect !).

En revanche, bonne surprise lorsque je traverse la rue via la passerelle pour atteindre l’Espace Jules Verne. Là, on quitte l’exposition Stalker et on pénètre dans une autre partie du bâtiment, dédiée aux ouvrages et documents anciens sur Jules Verne ainsi qu’au « pulps », ces magazines bon marché américains que j’avais eu l’occasion de découvrir aux Utopiales (lire mon article). Si la plupart des documents ne sont pas consultables librement, on devine qu’ils le sont pour qui en fait la demande (passionné, chercheur, etc.). Les plus curieux peuvent découvrir les titres des livres les plus éloignés grâce à une lunette placée à l’entrée de la pièce.

Mention spéciale à la borne interactive « Nouveaux voyages extraordinaires » conçue par l’agence Incandescence en collaboration avec ARTE afin de pouvoir voyager au sein de la vie des auteurs et de leurs œuvres. Je ne trouve pas trace de cette application en ligne, c’est bien dommage !

En résumé, cette visite de la Maison d’Ailleurs m’a beaucoup plu même si le thème de l’exposition n’était pas forcément celui qui m’attirait au premier abord. A tous les passionnés de SF, foncez ! Pour les autres, ne vous attendez pas à une visite « grand public ». Votre venue au musée pourrait s’accompagner par exemple d’un atelier pour ne pas rester sur votre faim !

A quoi servent les dinosaures ?

Il suffit de pas grand-chose pour être déstabilisé… Ainsi, la simple question d’une femme qui assiste à une conférence d’Eric Buffetaut, paléontologue et directeur de recherche au CNRS : « Mais, Monsieur, à quoi cela sert, ce que vous faites ? ». Peu satisfait de sa réponse ce jour-là (aspect culturel de la paléontologie, rôle dans l’accroissement des connaissances humaines…), le chercheur décide d’écrire un livre (1) pour répondre à cette curieuse… et à tous les autres.

Est-il besoin de le rappeler ? Si les derniers dinosaures qui ne sont pas devenus des oiseaux ont disparu il y a 66 millions d’années (et pas 65 !), ils sont aujourd’hui omniprésents dans la culture populaire. Et ça ne date pas de 1993 avec le film Jurassic Park. L’auteur se souvient très bien de ses livres des années 1950 qui regorgeaient de ces terribles lézards (2). Pourtant, avant la création du terme « dinosaure » il n’y a pas si longtemps (1842), ces fabuleuses bêtes étaient tout simplement inconnues !

Selon Eric Buffetaut, la paléontologie – une discipline qui a pris corps au tournant des 18ème et 19ème siècles avec la géologie – a permis de révéler les faunes et flores disparues et surtout de combattre les croyances qui prenaient les dents de requins fossiles pour des langues de serpent pétrifiées ou les ammonites pour des serpents transformés en pierre. En clair, la paléontologie ne se limite pas à quelques os de dinos poussiéreux ; elle a des messages à transmettre sur notre place dans l’univers !

A chaque chapitre, l’auteur nous emmène avec lui dans un voyage de plusieurs siècles (pour les sciences) et de plusieurs milliards d’années (pour leurs sujets d’étude) et aborde avec simplicité la méthode de datation radiométrique, la théorie de l’évolution, la disparition des espèces, la « valse des géographies et des climats » (oui, il y avait des dinosaures « polaires » vivant en Alaska)… « Ce n’est pas le moindre des paradoxes que cette science du pétrifié et du fossile soit avant tout celle qui souligne le changement » indique le journaliste Pierre Barthélémy (3). Un changement qui prend sens alors qu’on entend parler en permanence des dangers du changement climatique. Qu’on le veuille ou non, nous prévient l’auteur, le climat change et l’aspiration à la stabilité, à long terme, est vaine.

Au delà de cette réflexion profonde sur le changement et notre place sur Terre, j’ai bien apprécié la description de Paris à travers les âges : tour à tour steppe froide peuplée de mammouths, rhinocéros laineux et hommes de Néandertal (50 000 ans), lagunes au climat sec où gambadent le Palaeotherium (ancêtre du cheval) et l’Adapis, un primate (35 millions d’années, Ma), mer chaude qui abrite des requins et des mollusques (45 Ma), forêt tropicale avec ses tortues, crocodiles, et l’oiseau géant Gastornis (55 Ma) et enfin mer assez chaude où les mosasaures, reptiles marins contemporains des dinosaures, terrorisent leurs voisins aquatiques (75 Ma).

Un autre passage qui fixe bien les idées figure dans le chapitre « Les abysses du temps ». Eric Buffetaut nous rappelle différentes estimations de l’âge de la Terre : environ 4004 avant J.C. si on se fie aux créationnistes (je ne vous le conseille pas), 75 000 ans selon Buffon et enfin plus récemment (et toujours d’actualité), 4,5 milliards d’années. Si on ramène cette durée à une année, cela donnerait : création de la Terre le 1er janvier à minuit, premières traces d’êtres vivants le 18 février, fossiles en abondance le 15 novembre, apparition des premiers dinosaures et mammifères le 12 décembre, météorite à l’origine de la disparition des dinosaures le 26 décembre (joyeux Noël !), apparition du genre Homo le 31 décembre à 20h et début de l’ère chrétienne le 31 décembre à 23h59min45sec !

Ce nouveau livre sur le sujet de prédilection du chercheur (4) et de beaucoup (de grands) enfants est un bon moyen d’aborder la paléontologie mais aussi la géologie, leur histoire et leur technique. Il vient en partie combler l’absence d’ouvrages de vulgarisation pour adultes sur la paléontologie, même si on regrette sa petite taille et le manque de bibliographie…

>> Notes :

  1. Références : A quoi servent les dinosaures ? Eric Buffetaut, Manifestes, Editions Le Pommier, 2013, 90p., 12€
  2. Selon Eric Buffetaut, le cinéma et la télévision, en présentant les paléontologues comme des baroudeurs « chassant » les dinosaures, ont fait du tort à cette science. Il souligne les travaux de ses collègues qui s’intéressent à des organismes moins spectaculaires
  3. Lire la chronique de Pierre Barthélémy (@PasseurSciences) dans sa sélection de livres du 18 décembre 2013
  4. Eric Buffetaut a récemment écrit « La Fin des dinosaures : comment les grandes extinctions ont façonné le monde vivant » (Fayard), « Les Dinosaures » (Editions du Cavalier Bleu), « Les dinosaures sont-ils un échec de l’évolution ? » (Editions LePommier), « Que nous racontent les fossiles ? » (Le Pommier)
>> Lire aussi :
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Zapping Echosciences #5

Suite de la liste des articles que j’ai écrits pour Echosciences Grenoble ! Pour les curieux, voici les zappings #1, #2, #3 et #4 ! Cliquez sur les titres des articles pour les lire.

La littérature pour rendre le monde plus habitable

Le livre est la demeure naturelle des exilés, selon Michèle Petit, anthropologue et chercheur honoraire au CNRS qui a donné une conférence en ouverture du Printemps du livre, le 10 avril dernier.

Roméo & Juliette, nanohéros au cœur tendre

Nous avons rencontré Nathalie Vuillod, auteure de « La Matière, une grande histoire d’amour », un livre pour adolescents et « adultes ayant gardé une âme d’enfant ».

La culture scientifique à l’honneur à Fontaine

Du 13 au 17 mai, la ville de Fontaine organise son 14ème Festival de la Culture scientifique et technique. Le point avec Patrick Goffi, son organisateur.

Retour sur la visite de la centrale hydroélectrique du Cheylas

En octobre dernier, dans le cadre des Journées de l’Industrie Electrique EDF, j’ai eu l’occasion de pénétrer dans la centrale hydroélectrique du Cheylas. Retour sur ma visite.

Les visiteurs de la Casemate pensent une expo sur les squelettes

La future exposition de la Casemate prévue en 2014 sera conçue par… ses visiteurs. En avril dernier, un premier atelier a permis de créer plusieurs scenarii possibles. Retour sur un workshop plein de promesses.

Denis Palanque : la photo de nature pour étendard

Photographe isérois primé et mondialement connu, Denis Palanque a accepté de répondre à nos nombreuses questions dans un entretien fleuve.

Les jeunes & les écrans : retour sur les premiers RDV de l’image

Le 29 mai dernier, la Maison de l’Image organisait ses premiers Rendez-vous de l’image. Le thème : Les jeunes et les écrans : comment éduquer à l’image aujourd’hui.

En novembre, remixez le Musée dauphinois !

C’est officiel, le Musée dauphinois accueillera Museomix du 8 au 11 novembre prochain. Les contours de l’évènement ont été présentés lors d’un apéromix… décalé.

Les Z’animo de l’Agglo… et des réseaux

Profitez de vos vacances pour visiter la nouvelle exposition du Muséum, les Z’animo de l’Agglo et pour suivre les aventures d’autres « z’animo » sur les réseaux.

Une saison résolument Arts et Sciences à l’Hexagone

Rencontres-i, Atelier Arts Sciences, Atelier de l’imaginaire… cette saison, l’Hexagone persiste et signe dans une direction qui lui vaut son nouveau statut de « Scène nationale Arts Sciences ».

L’Histoire des jeux vidéos par Yacine Djelibi

Le 9 juillet dernier, l’Aconit, association grenobloise pour un conservatoire de l’informatique et de la télématique a accueilli le journaliste et conférencier Yacine Djebili pour une conférence sur l’histoire des jeux vidéos, des années 1950 à nos jours.

Quadrature, le magazine de mathématiques pures et épicées

Rencontre avec le grenoblois Jean-Paul Truc, rédacteur en chef du trimestriel Quadrature, dédié aux mathématiques.

Ressources : le meilleur de Museomix en une page !

Museomix a investi le Musée dauphinois et le FabLab de la Casemate depuis vendredi 8 et jusqu’au lundi 11 novembre. Pour s’y retrouver dans cet événement fou-fou, voici quelques éléments.

Les Sciences de l’ingénieur au féminin au lycée Vaucanson

Le 14 novembre dernier, le lycée Vaucanson a accueilli la 1ère journée « Les Sciences de l’Ingénieur au féminin ». Au programme : 50 jeunes filles, 5 marraines et beaucoup de questions.

Les Moulins de Villancourt : arts, (géo)sciences & société

En octobre dernier, nous avons rendu visite à Laurent Ageron au Village des sciences de Pont-de-Claix. Il nous a présenté le projet scientifique et culturel des Grands Moulins de Villancourt.

Une sélection pour fêter le 300ème article !

A l’occasion du 300ème article sur Echosciences, nous vous proposons une sélection de 30 billets, parmi les plus lus sur notre plateforme, classés par rubrique.

>> Crédits photos : indiqués en bas de chaque article !

Femmes et sciences : les articles de Jade Le Maître

Je ne vous apprends rien : nouvelle année rime avec résolutions (qu’on ne tient pas forcément). Mais autant profiter de ce regain d’optimisme pour mettre à jour mon blog, ça faisait longtemps ! Pour commencer en douceur, je pille sans vergogne met la lumière sur quelques billets de Jade Le Maître (@Aratta sur Twitter) au sujet des femmes et des sciences. Scientifique de formation, Jade a notamment effectué des recherches dans le domaine de la robotique. Elle travaille maintenant chez Provaltis, une agence de communication en sciences et techniques, et anime avec régularité son blog en s’inspirant des découvertes de sa veille. Cliquez sur les titres en gras et.. enjoy !

Ada Lovelace, ou la naissance de la programmation au XIXe siècle [edit du 07/01]

« Fin septembre début octobre, j’ai publié un article dans le magazine papier Bridget – Parce que le féminisme n’est pas un gros mot. Ce magazine n’étant plus publié (ce qui est bien dommage), le voici ici – pour aller de pair avec mes nombreux articles traitant de la thématique Femmes et Sciences. L’avantage ici est que je peux y ajouter de nombreux liens pour aller plus loin dans la connaissance du sujet… » 

Femmes et sciences : regard sur l’Institut Curie

« Lors de la visite du Musée Curie, le directeur du musée a mentionné la part des femmes travaillant dans l’institut, et ce depuis sa création. Voici quelques liens et réflexions pour aller plus loin ».

Comment donner envie aux jeunes filles de faire de la science ?

« La question s’est posée hier, à une table ronde organisée par l’Oréal, à laquelle étaient présentes des boursières venues témoigner aux côtés d’une blogueuse scientifique et d’une professeure de mathématiques très engagée ».

Rencontre à l’UNESCO autour des femmes et de la science

« Le monde a besoin de la science, la science a besoin des femmes. Cette conviction unit l’UNESCO et l’Oréal depuis bientôt 15 ans, et leur permet d’unir leurs forces afin de promouvoir les carrières scientifiques au féminin ».

Le #Mix50 des femmes qui en ont dans la tête

« Et si pour une fois, nous arrêtions de parler extérieur, et faisions l’éloge de la capacité des femmes à faire acte d’esprit? Voici donc un Mix50 des femmes qui en ont dans la tête, et le montrent sans pudeur. Pas de Top 50 – car, qui suis-je pour juger? » [Bon, OK, j'avoue, Jade m'a citée dans ce Mix50 mais bon, je suis bien entourée alors ça vaut le coup de découvrir mes co-mixées ! :) ]

Et tant que j’y suis, j’ajoute deux autres articles de Jade, sur d’autres thèmes tout aussi intéressants :

Réseaux sociaux et recherche. Communiquer autrement. Raconter la science ensemble 

« Compte-rendu de la table ronde s’étant déroulée le 20 novembre à l’INED, sur les réseaux sociaux dans la recherche publique ».

Les Nobel sous le prisme d’Instagram

« Lundi 10 décembre, avait lieu la cérémonie des Nobel – avec discours, banquet et champagne. Très solennel comme évènement. A l’heure des réseaux sociaux, un évènement comme celui-ci a-t’il une résonance particulière ? Comment les réseaux sociaux fonctionnent-ils dans ce cas ? Miroir exact ou déformant ? Le banquet des Nobel se prête-t’il au lulz ? Décryptage ».

Et voilà comment faire un article intéressant sans trop se fatiguer ! ;) Merci, Jade, de partager le fruit de tes réflexions avec nous ! :)

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